📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Jérémie 31, 1-7

DU LIVRE DE JEREMIE

Texte

1 En ce temps-là, dit l’Éternel, Je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, Et ils seront mon peuple.
2 Ainsi parle l’Éternel: Il a trouvé grâce dans le désert, Le peuple de ceux qui ont échappé au glaive; Israël marche vers son lieu de repos.
3 De loin l’Éternel se montre à moi: Je t’aime d’un amour éternel; C’est pourquoi je te conserve ma bonté.
4 Je te rétablirai encore, et tu seras rétablie, Vierge d’Israël! Tu auras encore tes tambourins pour parure, Et tu sortiras au milieu des danses joyeuses.
5 Tu planteras encore des vignes sur les montagnes de Samarie; Les planteurs planteront, et cueilleront les fruits.
6 Car le jour vient où les gardes crieront sur la montagne d’Éphraïm:
7 Levez-vous, montons à Sion, vers l’Éternel, notre Dieu! Car ainsi parle l’Éternel: Poussez des cris de joie sur Jacob, Éclatez d’allégresse à la tête des nations! Élevez vos voix, chantez des louanges, et dites: Éternel, délivre ton peuple, le reste d’Israël!

Commentaire

1. Situation

Jérémie a vécu à l’une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d’un grand empire et de l’apparition d’un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n’avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l’histoire, et y avoir résisté.

Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s’adressait à Juda, ainsi qu’aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.

Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l’Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.

Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n’avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.

Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c’est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d’âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l’histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d’Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu’a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d’oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).


Notre page se situe donc dans la 2ème partie du Livre de Jérémie.

2. Message

Le Seigneur annonce qu’il va se reconstituer un peuple d’Israël complet, unifié et propsère à partir d’un petit reste, qu’il s’agisse tout siomplement de tous ceux qui survivront aux épreuves de la persécution et de l’exil, ou de l’ensemble de ceux qui, traversant cette épreuve, accepteront d’être purifiés par elle, et de la considérer comme un passage au désert qui les conduira à retrouver Dieu en se convertissant.

Dieu déclare ainsi solennellement que son alliance sera rétablie entre lui-même et toutes les tribus d’Israël qui seront son peuple particulier et dont il sera le seul Dieu.

La prospérité d’antan retrouvée nous est décrite par le prophète sous ses traits principaux :célébrations joyeuses, vignes replantées, unité de toute la terre d’Israël autour de Jérusalem, où on se rendra en pélerinage depuis la Samaruie, louange proclamée du Seigneur pour le salut qu’il accorde à partir de ce petit reste.

La raison de ces retrouvailles se trouve dans la fidélité du Seigneur qui a choisi et continué d’aimer son peuple d’un amour éternel et qui ne peut donc que chercher à le rétablir comme étant justement son peuple.

3. Decouvertes

Ce texte appartient à un ensemble connu sous le nom de “Petit Livre de Consolation”, qui va de 30, 1 à 33, 26,et qui traite d’abord de la Restauration d’Israël de 30, 1 à 31, 40. Cet ensemble se compose de deux chapitres de poèmes (30 - 31) et de deux chapitres en prose (32 - 33), qui nous brossent conjointement le tableau d’un renversement total de situation pour le peuple détruit et humilié.

Le premier thème abordé de la restauration d’Israël (30, 1 - 31, 40) se développe successivement en une introduction (30, 1 - 4), suivie de l’annonce poétique du renversement de situation (30, 5 - 17), de la célébration joyeuse qui y sera atttachée (30, 18 - 24), de la description du retour des exilés (31, 1 - 9), du jardin de délices que sera alors Israël (31, 10 - 14), et de la bonne nouvelle de la consolation de Rachel devant sa famille réunie (31, 15 - 40), cette dernière partie étant composée partiellement en poésie et en prose (31, 15 - 40).

Le poème des versets 2 - 6 célèbre le retour des exilés comme la restauration utopique du peuple entier. A noter que ce poème met en scène les futurs survivants de l’exil personnifiés dans l’image féminine de la “vierge” d’Israël.

En dépit, et au-delà de toutes les ruptures et de tous les divorces entre lui-même et son peuple, qu’avait souvent mentionnés Jérémie (voir par exemple 3, 1 - 10), Yahvé peut déclarer son amour éternel et sa fidélité immuable à l’égard de ce peuple, parce que justement il est seul capable de le transformer de fond en comble, jusqu’en son coeur, comme cela sera précisé plus loin dans ce même chapitre 31 (31, 31 - 34).

Le futur employé au verset 1 vise bien, semble-t-il, une fin des temps qui sera celle du renouvellement définitif de l’Alliance.

4. Prolongement

La mission de Jésus Christ, vécue par lui, et transmise à tous ceux qui croient en lui, après sa mort et sa résurrection, dans le don de l’Esprit Saint, accomplit pleinement pour nous cette vision si belle du retour d’exil que nous annonce Jérémie.

Transformés par notre baptème dans la mort-résurrection du Seigneur (Romains, 6, 1 - 12), devenus enfants de Dieu parce que “nés de Dieu” (Jean, 1, 1 - 18 et 1 Jean, 3, 1 - 2), nous devenons véritablement des hommes nouveaux aux dimensions du Christ Jésus (Ephésiens, 4,20 -24), marqués par une transformation radicale en l’image du Christ et une création nouvelle, si nous reprenons quelques passages de Paul : Ephésiens

4.20 Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris Christ,

4.21 si du moins vous l’avez entendu, et si, conformément à la vérité qui est en Jésus, c’est en lui que vous avez été instruits à vous dépouiller,

4.22 eu égard à votre vie passée, du vieil homme qui se corrompt par les convoitises trompeuses,

4.23 à être renouvelés dans l’esprit de votre intelligence,

4.24 et à revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité.

2 Corinthiens

3.17 Or, le Seigneur c’est l’Esprit; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.

3.18 Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit.

5.17 Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles.

5.18 Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par Christ, et qui nous a donné le ministère de la réconciliation.

5.19 Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation.

5.20 Nous faisons donc les fonctions d’ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu!

5.21 Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu.

6.1 Puisque nous travaillons avec Dieu, nous vous exhortons à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain.

6.2 Car il dit: Au temps favorable je t’ai exaucé, Au jour du salut je t’ai secouru. Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut.

Prière

*Seigneur Jésus, ouvre-nous toujours plus, en nous donant un coeur toujours plus pauvre, à cette transformation radicale de notre être que tu nous proposes : apprends-moi donc à me laisser ainsi transfigurer en ta ressemblance. AMEN.

04.08.2004.*

Évangile : Matthieu 15, 21-28

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
22 Et voici qu’une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : ” Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. “
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s’approchant, le priaient : ” Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. “
24 A quoi il répondit : ” Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. “
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : ” Seigneur, viens à mon secours ! “
26 Il lui répondit : ” Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. ” -
27 ” Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! “
28 Alors Jésus lui répondit : ” O femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! ” Et de ce moment sa fille fut guérie.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page, nous continuons d’accompagner Jésus dans sa 3ème grande mission apostolique, située dans l’Evangile de Matthieu, entre ses 3ème et 4ème grands discours, et au cours de laquelle il commence de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son “heure” de passage au Père en sa passion-mort-résurrection.

2. Message

Jésus se retire en terre païenne. Interpellé par une Cananéenne qui le supplie de libérer sa fille d’un démon, il rappelle que sa mission historique ne s’adresse qu’à ceux qui, en Israël, ont besoin de son salut. Ce qu’il reprécise par sa distinction, choquante pour nous, entre les “enfants” (Israël) et les “chiens” (païens).

La grande foi de cette femme s’exprime par son insistance, l’intensité de sa supplication, son humilité, qui ne revendique que quelques miettes perdues.

Reconnaissant la grandeur de cette foi, Jésus guérit la fillette, anticipant la transmission de son salut à toutes les nations, après sa résurrection (Matthieu, 28, 18 - 20).

3. Decouvertes

Tyr et Sidon, ainsi que les Cananéens avaient une très mauvaise réputation (Ezéchiel, 28). La démarche de foi de cette femme n’en apparaît que plus contrastée.

Dans les pays païens limitrophes d’Israël résidaient également de nombreux Juifs. Ce qui explique que la renommée de Jésus y soit parvenue.

La femme s’adresse à Jésus en l’appelant “Seigneur” et “Fils de David”.

Le refus de Jésus, par son silence, et ensuite par ses paroles, est, à la fois, mise à l’épreuve de la foi de cette femme et rappel de l’élection d’Israël par Dieu, de la priorité de la mission du Messie à l’égard de son peuple, et de la fidélité de Dieu, face à l’incroyance d’Israël, que Jésus rencontre à son tour.

Cette priorité d’Israël dans le plan du salut de Dieu demeure dans la prédication apostolique, même si celle-ci s’exerce massivement auprès des païens : Actes, 13, 46; 18, 4 - 6; 28, 16 - 28; Romains, 1, 16; 2, 9 - 10; 11, 10 - 14; Ephésiens, 3, 4 - 6.

La réponse finale, astucieuse, de la Cananéenne reconnaît la priorité d’Israël, tout en demandant l’extension aux païens des biens du salut.

Le centurion de 8, 5 - 13 et cette Cananéenne sont les deux seuls cas où Jésus vante le degré de foi qu’il rencontre. Il guérit leur malade à distance. La qualité de la foi qu’ils manifestent l’un et l’autre leur fait ainsi recevoir le salut de Dieu par delà Israël.

4. Prolongement

Depuis la résurrection de Jésus, et la prédication exercée en son Nom à toutes les nations, car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1 Timothée, 2, 4 - 6), notre foi est l’ouverture d’un coeur de pauvre au salut gratuit par grâce, que Dieu nous propose par Jésus, dans l’Esprit Saint.

Nous avons sans cesse à nous remettre entièrement entre les mains de Jésus, dans la confiance totale que hors de lui, nous ne pouvons rien faire (Jean, 15, 5 et Actes, 4, 12).

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous appelles à croire en toi et en ta mission de Sauveur unique de toute l’humanité, au terme du grand projet de Dieu de conduire tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps à partager sa gloire : viens augmenter ma foi, pour que le don de ton Esprit fructifie en moi, et que j’accepte de me laisser pénétrer par lui, en renonçant à la maîtrise de mon existence, et en me remettant sans cesse entre tes mains, dans l’attitude de celui qui se reconnaît, de lui-même, pauvre, impuissant, en manque de l’essentiel. AMEN.

07.08.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour