📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Deutéronome 4, 32-40
DU LIVRE DU DEUTERONOME
Texte
32 Interroge donc les anciens âges, qui t’ont précédé depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du ciel à l’autre y eut-il jamais si auguste parole ? En entendit-on de semblable ?
33 Est-il un peuple qui ait entendu la voix du Dieu vivant parlant du milieu du feu, comme tu l’as entendue, et soit demeuré en vie ?
34 Est-il un dieu qui soit venu se chercher une nation au milieu d’une autre, par des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, à main forte et à bras étendu, et par de grandes terreurs - toutes choses que pour vous, sous tes yeux, Yahvé votre Dieu a faites en Égypte ?
35 C’est à toi qu’il a donné de voir tout cela, pour que tu saches que Yahvé est le vrai Dieu et qu’il n’y en a pas d’autre.
36 Du ciel il t’a fait entendre sa voix pour t’instruire, et sur la terre il t’a fait voir son grand feu, et du milieu du feu tu as entendu ses paroles.
37 Parce qu’il a aimé tes pères et qu’après eux il a élu leur postérité, il t’a fait sortir d’Égypte en manifestant sa présence et sa grande
force,
38 il a dépossédé devant toi des nations plus grandes et plus puissantes que toi, il t’a fait entrer dans leur pays et te l’a donné en héritage, comme il le reste encore aujourd’hui.
39 Sache-le donc aujourd’hui et médite-le dans ton cœur : c’est Yahvé qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, lui et nul autre.
40 Garde ses lois et ses commandements que je te prescris aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils après toi, bonheur et longue vie sur la terre que Yahvé ton Dieu te donne pour toujours.
Commentaire
1. Situation
Le Deutéronome est le 5ème et le dernier des 5 premiers livres de l’Ancien Testament, série connue sous le nom de Pentateuque ou encore appelée la Torah (Loi). Ce Livre, comme ceux qui le précèdent, est attribué à Moïse, c’est-à-dire qu’il reprend des traditions qui remonteraient jusqu’à lui.
En sa forme actuelle, ce Livre a été composé au terme de toute une évolution. Au-delà des différentes théories qui s’opposent sur la genèse et la composition de ce Livre, on s’accorde toutefois à penser qu’il est une relecture du Livre de la Loi trouvé dans le Temple à l’époque de Jérémie et sous le règne de Josias en Juda. (2 Rois, 22, 3 - 10). A cette époque se mettait en route un mouvement de réforme religieuse, qui se manifeste à travers le courant, ou l’école dite “Deutéronomiste”, à laquelle on doit, outre l’essentiel de ce Livre, une part importante de la composition des Livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois, ensemble qu’on appelle “les premiers prophètes”. Ce mouvement réformiste, qui commence au 7ème siècle, marquera l’histoire d’Israël au moins pendant 2 siècles.
Ce Livre du Deutéronome consiste surtout en 3 discours de Moïse, dont les 2 premiers se suivent (1,1 - 4, 49 et 5, 1 - 11, 32). Une relecture de la Loi (12, 1 - 26, 15), suivie d’une conclusion où les 2 parties concernées s’engagent à en faire la base de leur relation (26, 16 - 28, 69), sépare ces 2 premiers discours du 3ème discours de Moïse (29, 1 - 30, 20). Une dernière partie nous donne les dernières volontés de Moïse, son testament, et nous raconte sa mort (31, 1 - 34, 12).
Notre passage constitue la finale (ou presque) du 1er grand discours de Moïse, que l’on fasse commencer ce discours proprement dit en 1, 1 ou en 4, 1, selon les divisions du livre adoptées.
2. Message
La dimension unique, absolument originale de l’appel et de l’accompagnement d’Israël par Dieu est ici soulignée. Aucun peuple dans l’histoire des hommes n’a jamais bénéficié d’un tel traitement particulier de faveur, et aucun “dieu” autre que Yahvé-Dieu ne s’est jamais comporté ainsi à l’égard d’un autre peuple. Tous les aspects importants et toutes les grandes heures de l’histoire d’Israël sont re-situés dans cette perspective.
La conclusion à en tirer est, d’abord, qu’il n’y a pas d’autre “dieu” que Dieu. L’appel particulier qu’il fait à Israêl est signe de son amour gratuit, de sa bienveillance et de sa puissance de salut.
C’est ensuite qu’il appartient à ce peuple choisi de garder tous les commandements que lui a donnés le Seigneur, et qui, ainsi traités, sont la manifestation de son acceptation de l’appel, de la promesse, de la fidélité et de l’action libératrice du Seigneur, autant de signes de son amour gratuit.
3. Decouvertes
Les versets 32 - 35 de ce chapitre représentent une confession de “monothéisme”, unique dans le Deutéronome, et comparable à celles que nous pouvons lire dans les chapitres 45 (versets 5 - 6. 12. 18. 21 - 22) et 46 (versets 9 - 10) du Deuxième Livre d’Isaïe.
Dans cette perspective universelle du monde créé par Dieu, la révélation de Dieu parlant au milieu du feu en haut de la montagne du Sinaï, et les actions prodigieuses de libération de l’Exode sont interprétées et considérées comme “preuves” de l’unique divinité du seul Dieu.
S’il n’y a pas d’autre Dieu, toutes les nations de la terre sont donc appelées à le rencontrer. (1 Rois, 8, 60 et Isaïe, 49, 6).
Notons le style “d’homélie liturgique” des versets 37 - 39.
C’est ainsi que se termine le 1er discours de Moïse, dans ce Livre du Deutéronome, discours sur l’excellence de la Loi (4, 1 - 40 avec 41 - 43 et 44- 49, comme ajouts possibles).
4. Prolongement
Après la mort-résurrection de Jésus Christ, nous relisons une telle page en la situant face à la place désormais centrale et totalement “incontournable” du Christ au coeur de Dieu, à partir, entre autres, du Prologue de l’Evangile de Jean (Jean, 1, 1 - 18) ou des grandes hymnes “christologiques “de Paul :
1 Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.
2 Il était au commencement avec Dieu.
3 Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut.
4 Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. …
14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
3 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ.
4 C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour,
5 déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté,
6 à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé.
7 En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce,
8 qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence :
9 Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance,
10 pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres.
13 Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé,
14 en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés.
15 Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,
16 car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui.
17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
Prière
*Seigneur Jésus, en toi, nous a dit Paul, habite corporellement la plénitude de la divinité de l’unique Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre, et unique Sauveur des hommes et des femmes qu’il appelle, gratuitement et par amour, au partage de sa gloire en son Royaume : donne-moi, dans ma prière ou mes relations avec toi, dans le cadre de la célébration de tes mystères de salut, ou de l’imitation de ton attitude parfaite d’amour à la façon de Dieu, de toujours voir en toi, et simultanément, ton humanité si proche de nous, de notre langage et de nos expériences d’action et de rencontre, ainsi que l’image parfaite du Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre, qui, par toi, non seulement s’est exprimé comme créateur de l’univers, mais également comme celui qui nous fait entrer dans la dimension de création nouvelle, où il sera possible qu’un jour Dieu soit totalement “tout en tous”. AMEN.
08.08.2003.*
Évangile : Matthieu 16, 24-28
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
24 Alors Jésus dit à ses disciples : ” Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive.
25 Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera.
26 Que servira-t-il donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie ? Ou que pourra donner l’homme en échange de sa propre vie ?
27 ” C’est qu’en effet le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa conduite.
28 En vérité je vous le dis : il en est d’ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venant avec son Royaume.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons d’accompagner Jésus dans sa 3ème grande mission apostolique, située dans l’Evangile de Matthieu, entre ses 3ème et 4ème grands discours, et au cours de laquelle il commence de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son “heure” de passage au Père en sa passion-mort-résurrection.
2. Message
Suite à la déclaration de Pierre le proclamant “Christ-Fils du Dieu Vivant”, Jésus vient, pour la première fois, d’annoncer à ses disciples sa passion et sa mort prochaines, ainsi que sa résurrection.
Il précise maintenant que ses disciples doivent suivre le même chemin que lui. Il s’agit pour eux de perdre leur vie pour lui, afin de la retrouver par lui.
Le Fils de l’homme qu’est Jésus est bien celui qui propose la vie de qualité nouvelle d’enfants de Dieu à ceux qui veulent bien l’accueillir et marcher avec lui dans la confiance. C’est dans le cadre de cette proposition, et en fonction de la réception qui lui est faite, qu’il est le Juge de la fin ultime des temps.
3. Decouvertes
C’est maintenant qu’il nous faut être disciples, en pensant à notre avenir de l’achèvement définitif de la fin des temps, qui est le plus important.
Être disciple suppose que l’on suive Jésus dans un engagement pesonnel qui implique que l’on renonce totalement à soi-même, en prenant tous les risques pour le message et la cause de Jésus, qui accomplit le plan de salut de Dieu.
Telle est l’obéissance de la foi, que Jésus lui-même a vécue en premier, et qu’il nous aide à vivre aujourd’hui par son Esprit Saint, qu’il a répandu en nous suite à sa résurrection.
4. Prolongement
Message de Jésus compris à cent pour cent par Paul :
19 En effet, par la Loi je suis mort à la Loi afin de vivre à Dieu : je suis crucifié avec le Christ ;
20 et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.
14 Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ, qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde.
14 Car l’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts.
15 Et il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux.
3 Nous vivons dans la chair, évidemment, mais nous ne combattons pas selon la chair.
4 Non, les armes de notre combat ne sont point charnelles, mais elles ont, au service de Dieu, la puissance de renverser les forteresses. Nous renversons les sophismes
5 et toute puissance altière qui se dresse contre la connaissance de Dieu, et nous faisons toute pensée captive pour l’amener à obéir au Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as annoncé et promis que, là où tu es, là aussi sera ton serviteur, sur le chemin de ton obéissance jusqu’à la mort de la croix, mais également dans la participation à ta gloire, dans l’unité totale avec le Père : que mon “OUI” à te suivre soit vraiment l’expression de ton propre “OUI” au Père, qu’il soit ouvert à ton Esprit que tu renouvelles en moi, pour qu’ainsi, par lui, tu me re-saisisses de l’intérieur, et que ma foi en toi soit réellement dépossession de moi-même, qui se traduise en priorité dans le service gratuit de tous mes frères et soeurs. AMEN.
09.08.2002.*