📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Josué 3, 7-17
DU LIVRE DE JOSUE
Texte
7 Yahvé dit à Josué : ” Aujourd’hui même, je vais commencer à te grandir aux yeux de tout Israël, afin qu’il sache que, comme j’ai été avec Moïse, je serai avec toi.
8 Pour toi, tu donneras cet ordre aux prêtres portant l’arche d’alliance : “Lorsque vous aurez atteint le bord des eaux du Jourdain, c’est dans le Jourdain que vous vous tiendrez. ” “
9 Josué dit ensuite aux Israélites : ” Approchez et écoutez les paroles de Yahvé votre Dieu. “
10 Et Josué dit : ” A ceci vous reconnaîtrez que le Dieu vivant est au milieu de vous et qu’il chassera certainement de votre présence les Cananéens, les Hittites, les Hivvites, les Perizzites, les Girgashites, les Amorites et les Jébuséens.
11 Voici : l’arche de l’alliance du Seigneur de toute la terre va passer devant vous dans le Jourdain.
…
13 Aussitôt que les prêtres portant l’arche de Yahvé, Seigneur de toute la terre, auront posé la plante de leurs pieds dans les eaux du Jourdain, les eaux du Jourdain seront coupées, celles qui descendent d’amont, et elles s’arrêteront comme en une seule masse. “
14 Or quand le peuple quitta ses tentes pour traverser le Jourdain, les prêtres portaient l’arche de l’alliance en tête du peuple.
15 Dès que les porteurs de l’arche furent arrivés au Jourdain, et que les pieds des prêtres porteurs de l’arche touchèrent les eaux - or le Jourdain coule à pleins bords pendant toute la durée de la moisson -,
16 les eaux d’amont s’arrêtèrent et formèrent une seule masse à une très grande distance, à Adâm, la ville qui est à côté de Çartân, tandis que les eaux descendant vers la mer de la Araba, la mer Salée, étaient complètement séparées. Le peuple traversa vis-à-vis de Jéricho.
17 Les prêtres qui portaient l’arche de l’alliance de Yahvé se tinrent au sec, immobiles au milieu du Jourdain, tandis que tout Israël traversait à sec, jusqu’à ce que toute la nation eût achevé de traverser le Jourdain.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Josué est une reconstitution, historique et théologique à la fois. à partir de traditions anciennes d’Israël, de la conquête de la terre de Canaan par Josué et le peuple d’Israël, après la mort de Moïse. Tous les épisoles qui y sont rapportés sont marqués par la conviction profonde que c’est bien Yahvé-Dieu a donné cette terre à Israël.
On s’est, à plusieurs reprises, interrogé sur la situation de ce Livre de Josué par rapport aux livres qui le précèdent (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome) ou ceux qui le suivent (Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois) dans la Bible.
Certains l’ont rattaché aux 5 livres de Moïse qui le précèdent (Pentateuque), pour constituer un ensemble de 6 Livres (Hexateuque). D’autres préfèrent isoler les 4 premiers Livres de Moïse pour en faire un “Tétrateuque”, suivi d’une grande oeuvre attribuée à l’école “Deutéronomiste” du 7ème siècle, ct comprenant cc Livre de Josué et tous ceux qui le suivent, comme indiqué ci- dessus, et auxquels le Livre du Deutéronome lui-même servirait de préface théologique.
Dans les Bibles Juives et des Eglises liées à la Réforme Protestante, tous ces livres qui suivent de Deutéronome sont situés dans une catégorie qu’on appelle “les premiers prophètes”.
On peut diviser ce Livre de Josué en quatre parties :
- L’entrée dans la terre Promise (1, 1 - 5, 12, et comprenant une introduction dans laquelle Josué reçoit sa mission et s’adresse au Peuple (1,1-18),
- La conquête du pays (5, 13 - 12, 24),
- Le partage du pays entre les tribus (13, 1 - 21, 45),
- La relation à Dieu dans cette Terre Promise et conquise (22, 1 - 24, 33). Certains préfèrent lire dans cette dernière partie une série d’appendices au texte principal. qui la précède.
Notre page de ce jour se situe vers la fin de la première partie, qui, en deux chapitres (3, 1 - 5, 1, nous relate la traversée du Jourdain.
2. Message
Tel est le grand “Haut-Fait” du passage du Jourdain sur l’intervention de Dieu , qui, présent au milieu de son peuple par l’Arche d’Alliance, le guide et lui donne une force invincible.
Dieu, ici, ouvre le fleuve au peuple, pour qu’il puisse le traverser à pieds secs, comme il avait auparavant ouvert en deux la Mer des Roseaux (appelée Mer Rouge le plus souvent), lors de la sortie d’Egypte, au temps de Moïse et de l’Exode.
C’est donc Yahvé-Dieu qui agit, mais en se servant de Josué comme porte-parole et acteur, Josué dont il magnifie fortement le rôle par cette traversée spectaculaire : désormais tout le peuple saura que Dieu est avec lui, comme il était avec Moïse auparavant.
C’est bien le Seigneur qui prend l’initiative de s’adresser le premier à Josué pour lui transmettre ses ordres. Ensuite, Josué partage au peuple ce que le Seigneur lui a annoncé concernant ce passage du Fleuve, avant que la fin de notre page nous fasse assister à l’événement lui-même.
3. Decouvertes
Le passage du Fleuve est permis par une miraculeuse séparation des eaux d’amont et d’aval qui ouvre une véritable route pour tout le peuple d’Israël, séparation des eaux qui rappelle étrangement ce qui s’était passé lors du passage de la Mer Rouge, selon Exode, 14, 21 - 22.
Cette traversée est suivie de la première célébration de la Pâque en terre de Palestine, célébration aussi proche de la traversée des eaux que l’avait été celle de la toute première Pâque en Egypte, juste avant de départ d’Israël (Exode, 12 - 13).
Un grand accent est mis ici sur la place centrale de l’Arche de Dieu au coeur de cet événement : l’Arche symbolise la présence active du Seigneur, en tant que guide de son peuple et combattant avec lui une “guerre sainte”.
Ce récit du passage de l’Arche au milieu de la rivière, et de sa situation centrale lors de la traversée du Peuple, semble être la reprise d’un récit narratif liturgique, lié au sanctuaire de Gilgal, près de Jéricho, et sur les bords du Jourdain, qui était un lieu de culte important à l’époque monarchique initiale (1 Samuel, 11, 14 - 15). Une fête annuelle y était célébrée pour rappeler le souvenir de l’Exode avec Moïse et l’entrée triomphale d’Israël en Palestine.
Dans les textes postérieurs de l’Ancien Testament, la traversée du Jourdain est associée à celle de la Mer Rouge, et y fait écho (Psaume 114, 3 - 5; Michée, 6, 4 - 5)
A noter que cette traversée du Jourdain se fait dans le respect de toutes les règles de sainteté associées à l’Arche de Dieu : elle est prise en charge par ceux-là seuls qui ont mission de s’en occuper, les autres membres du Peuple se tenant à distance respectueuse.
4. Prolongement
Bien que ne faisant pas allusion directement à cette traversée du Jourdain, la Lettre aux Hébreux nous invite néanmoins à relire cet événement dans la foi, comme ceux, tirés du Livre de Josué, qui lui sont associés :
29 Par la foi, ils traversèrent la mer Rouge comme une terre sèche, tandis que les Égyptiens, ayant essayé le passage, furent engloutis.
30 Par la foi, les murs de Jéricho tombèrent, quand on en eut fait le tour pendant sept jours.
31 Par la foi, Rahab la prostituée ne périt pas avec les incrédules, parce qu’elle avait accueilli pacifiquement les éclaireurs.
Nous pouvons également, par analogie, relire les paroles de Paul relatives à la traversée de la Mer rouge :
1 Car je ne veux pas que vous l’ignoriez, frères : nos pères ont tous été sous la nuée, tous ont passé à travers la mer,
2 tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer,
Très souvent, quand il est question d’événements liés à “l’eau” dans l’Ancien Testament, nous sommes renvoyés au baptême dans les interprétations qu’en donnent les textes du Nouveau Testament :
18 Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit.
19 C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison,
20 à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau.
21 Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve à présent et qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus Christ,
22 lui qui, passé au ciel, est à la droite de Dieu, après s’être soumis les Anges, les Dominations et les Puissances.
L’action de Dieu faisant traverser la mer et le fleuve, chantée par le psaume bien connu :
1 Alleluia! Quand Israël sortit d’Egypte, la maison de Jacob, de chez un peuple barbare,
2 Juda lui devint un sanctuaire, et Israël, son domaine.
3 La mer voit et s’enfuit, le Jourdain retourne en arrière;
4 les montagnes sautent comme des béliers et les collines comme des agneaux.
5 Qu’as-tu, mer, à t’enfuir, Jourdain, à retourner en arrière,
6 et vous, montagnes, à sauter comme des béliers, collines, comme des agneaux?
Prière
*Seigneur Jésus, nous passons de la mort à la vie, quand, animés par l’Esprit Saint que tu nous as donné après ta résurrection d’entre les morts, nous aimons nos frères et soeurs comme tu nous as aimés, et, à ce signe, nous pouvons être reconnus comme tes disciples, devenus en toi “fils” et “héritiers “avec toi de ton Royaume : aide-moi à toujours mieux discerner ton action, qui est celle du Père dans l’Esprit Saint, au coeur de ma vie de tous les jours, et qui seule me rend capable de traverser toutes les nuits de mon existence ainsi que de passer toujours plus des ténèbres à ta lumière. AMEN.
14.08.2003.*
Évangile : Matthieu 18, 1-35
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
21 Alors Pierre, s’avançant, lui dit : ” Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ? “
22 Jésus lui dit : ” Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix-sept fois.
23 ” A ce propos, il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
24 L’opération commencée, on lui en amena un qui devait dix mille talents.
25 Cet homme n’ayant pas de quoi rendre, le maître donna l’ordre de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, et d’éteindre ainsi la dette.
26 Le serviteur alors se jeta à ses pieds et il s’y tenait prosterné en disant : “Consens-moi un délai, et je te rendrai tout. “
27 Apitoyé, le maître de ce serviteur le relâcha et lui fit remise de sa dette.
28 En sortant, ce serviteur rencontra un de ses compagnons, qui lui devait cent deniers ; il le prit à la gorge et le serrait à l’étrangler, en lui disant : “Rends tout ce que tu dois. “
29 Son compagnon alors se jeta à ses pieds et il le suppliait en disant : “Consens-moi un délai, et je te rendrai. “
30 Mais l’autre n’y consentit pas ; au contraire, il s’en alla le faire jeter en prison, en attendant qu’il eût remboursé son dû.
31 Voyant ce qui s’était passé, ses compagnons en furent navrés, et ils allèrent raconter toute l’affaire à leur maître.
32 Alors celui-ci le fit venir et lui dit : “Serviteur méchant, toute cette somme que tu me devais, je t’en ai fait remise, parce que tu m’as supplié ;
33 ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme moi j’ai eu pitié de toi ?“
34 Et dans son courroux son maître le livra aux tortionnaires, jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout son dû.
35 C’est ainsi que vous traitera aussi mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. “
1 Et il advint, quand Jésus eut achevé ces discours, qu’il quitta la Galilée et vint dans le territoire de la Judée au-delà du Jourdain.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Le 4ème discours de Jésus, le discours communautaire, que nous lisons actuellement, se déroule en 2 parties : - l’importance des “petits”, des “démunis”, qu’il faut savoir accueillir et imiter dans la communauté (18, 1 - 14), - comment se comporter en communauté de disciples de Jésus : correction fraternelle et exclusions, le pardon, avec en complément la parabole du serviteur pardonné qui ne pardonne pas (18, 15 - 35).
2. Message
Après avoir fait le point sur un certain nombre dc situations et défini un certain nombre d’attitudes (la vraie grandeur devant Dieu, le scandale causé aux “petits”, la nécessité de rechercher celui qui s’égare, les procédures dc jugement), Jésus en vient maintenant à la pratique du pardon entre frères et soeurs de la communauté. Pierre l’interroge à ce sujet de façon on ne peut plus précise : pardonner, est-ce une attitude exceptionnelle ou une attitude qu’il faut avoir constamment ?
La réponse de Jésus est absolument sans ambiguïté: il faut pardonner 70 fois 7 fois, c’est- à-dire toujours. “7” et “70” sont des chiffres symbolisant la plénitude et l’ accomplissement. Et .Jésus d’illustrer cette réponse d’une parabole sur le Royaume des cieux, mettant Dieu en scène sous le rôle du roi qui remet à l’un de ses serviteurs, qui l’en a supplié, une dette incommensurable de 60 millions de pièces d’argent, et cela sans condition aucune, simplement par pitié et par compassion. Le pardon que Dieu accorde est premier, et il dépasse tout ce qu’on peut imaginer.
Face à cela, le serviteur, bien que pardonné ainsi de façon magnifique, va se faire condamner parce qu’il n’a pas vraiment accueilli ce pardon comme un don gratuit, immérité totalement, et qu’il doit essayer de prolonger, en imitant l’attitude de Dieu qui lui a si bien pardonné. Pour quelque 100 pièces d’argent que lui doit un collègue, il exige remboursement immédiat, ne veut pas accorder le moindre délai de remboursement, et encore moins envisager de remettre la dette, et il fait jeter le débiteur en prison.
La leçon de ce récit nous est fournie au terme de la parabole, quand le roi reproche au serviteur, à qui il avait remis la totalité de son énorme dette, de n’avoir pas mesuré la dimension du don et du pardon qui lui avaient été accordés : ce serviteur aurait dû, à son tour, se comporter à l’égard de son collègue comme le roi s’était comporté envers lui.
Conclusion lumineuse : Dieu, qui nous pardonne en premier, avec une telle gratuité, attend de nous que nous pardonnions à nos frères et soeurs de tout notre coeur.
3. Decouvertes
L’importance de la somme que doit au roi le serviteur indique bien que, malgré ses paroles, il ne pourra jamais rembourser, même progressivement, avec le temps, comme il le demande. Il ne pourra s’en tirer que par une remise totale de sa dette, dans le don reçu de la miséricorde totalement gratuite. Devant Dieu, uous sommes ce serviteur, dans une situation absolument “bouchée”, et dont nous ne pouvons nous “dépétrer” sans recevoir la grâce gratuite du salut, qui est pardon et remise totale de nos péchés et autres dettes vis- à-vis du Seigneur et de ses exigences.
Notre seule attitude correcte de disciples pardonnés est donc d’être disposés à pardonner , indéfiniment, autant de fois qu’il le faudra. à nos frères et soeurs. selon le sens de l’expression “70 (ou 77) fois 7 fois”, même si nous ne pouvons y arriver sans la grâce de Dieu. La parabole répond donc entièrement à la question posée par Pierre à Jésus.
Le verset 34 laisse supposer un châtiment sans fin. dans la mesure où l’on pense que le remboursement d’une pareille somme est absolument impossible, encore que le jugement définitif n’appartient qu’à Dieu et que nous n’ayons aucun droit d’en présager l’issue pour qui que ce soit. La seule chose dont nous soyons sûrs, c’est que le don de Dieu dépassera toujours tout ce qu’on peut imaginer ou concevoir (Ephésiens, 3, 20 - 21).
A noter que la position de Jésus sur le pardon est complètement à l’inverse de celle de Lamech, concernant sa vengeance, en Genèse, 4, 15. 24. D’autre part, on s’est demandé si cette Parabole du serviteur impitoyable n’a pas d’abord été composée pour servir de commentaire imagé à l’instruction de Jésus en Matthieu, 6, 12, 14 et 15, sur la prière qu’il nous propose, le “Notre Père”, et les remarques qui la suivent, concernant le pardon.
4. Prolongement
Le pardon de Dieu, sa grâce gratuite qui nous rend justes devant lui, sont vraiment le fondement de notre existence chrétienne, si nous les accueillons dans la foi. C’est par grâce que nous sommes sauvés, nous n’y sommes pour rien, c’est un don de Dieu, écrit Paul aux Ephésiens, 2,4 -10. Voir également Colossiens, 2, 13.
Quand Jésus ressuscité apparaît à ses disciples, le soir de Pâques, dans l’Evangile de Jean, au chapitre 20, il leur donne, dans l’Esprit Saint, la capacité de remettre les péchés, c’est-à-dire de transmettre le salut qu’il apporte. en effet, ce salut, qui nous est donné dans l’Esprit Saint, qui nous rends “fils”, “héritiers” et “co-héritiers” avec le Christ, est vraiment pour nous une mort au péché, donc un pardon total : voir Romains, 8, 14 - 17 et 6, 4 - 11.
Lorsque nous nous adressons à Dieu comme Père, avec la prière que nous a laissée .Jésus, nous déclarons accepter la logique du pardon, en manifestant notre intention de pardonner à nos frères dans le prolongement du pardon reçu de Dieu. Sans cette logique, nous ne sommes pas disposés à recevoir le pardon de Dieu, d’où la formule de Jésus : “pardonne-nous nos péchés, eomme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés”. De nous-mêmes, nous ne sommes pas capables de vraiment pardonner, mais cela nous est possible avec la force reçue de Dieu qui nous sauve et nous pardonne, à la condition que nous soyons décidés à entrer dans cette logique du pardon, en essayant toujours de pardonner à nos frères et soeurs.
Prière
*Seigneur Jésus, nous avons du mal à nous rendre compte de l’extraordinaire grandeur de la gratuité de ton salut, et de la dimension de pardon qui lui est attachée, et nous sommes toujours tentés de nous justifier, de nous valoriser, à partir de nous-mêmes, en oubliant que tout est grâce et que nous avons tout reçu, ce qui nous engage à devenir d’autant plus humbles que nous avons à assumer nos responsabilités : fais que je n’oublie jamais que ma première dignité, face à ton Royaume, c’est d’être un pécheur pardonné, qui ne doit jamais douter de la miséricorde de Dieu, ni de la nécessité d’essayer de toujours mieux pardonner à tous mes frères et soeurs. AMEN.
14.08.2003.*