📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Évangile : Matthieu 19, 13-15

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

13 Alors des petits enfants lui furent présentés, pour qu’il leur imposât les mains en priant ; mais les disciples les rabrouèrent.
14 Jésus dit alors : ” Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux. “
15 Puis il leur imposa les mains et poursuivit sa route.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Dans la suite des récits que nous rapporte l’Evangile de Matthieu entre les 4ème et Sème grands discours de Jésus (19, 1 - 22, 46), nous retrouvons Jésus se manifestant avec autorité et invitant à le suivre, lors de ses rencontres avec des gens qui l’interrogent sur sa route vers Jérusalem, comme après son entrée triomphale à Jérusalem, dans les jours qui précèdent son arrestation, sa passion, sa mort et sa résurrection.

Dans ce chapitre 19 qui ouvre cette suite de récits, Jésus vient de répondre à une question qu’on lui a posée à propos du divorce (19, 1 - 12), et, avant de répondre à une nouvelle interrogation, cette fois par un jeune homme riche qui semble vouloir mettre toutes ses énergies en action pour obtenir la vie éternelle (19, 16 - 30), il se trouve devant des parents qui lui amènent leurs enfants pour qu’il leur impose les mains et prie pour eux.

2. Message

Face à cette demande de bénédiction d’enfants par l’imposition des mains, et à l’attitude des disciples qui rabrouent ces gens qui se présentent, Jésus prend nettement position.

Dans le discours communautaire qu’il a prononcé peu de temps auparavant, selon le plan de l’Evangile de Matthieu, Jésus a demandé à ses disciples de devenir aussi dépendants, et incapables de tenir debout tout seuls face au salut de Dieu, que peuvent l’être des enfants face à leur simple existence. Devenir petit comme un enfant, c’est être le plus grand dans le Royaume des cieux. De plus, Jésus, en quelque sorte, s’est identifié à tout enfant en proclamant que quiconque accueille un enfant en son nom l’accueille lui-même (18, 1 - 5).

Dans notre page, les enfants sont présentés à Jésus, et il les accueille, parce qu’ils sont toujours à ses yeux l’image du disciple authentique qui entre dans le Royaume des cieux. Non seulement en paroles, mais par ses gestes mêmes, Jésus traite les enfants comme ceux qui sont les plus importants, et, donc, il n’hésite pas à passer du temps avec eux, ainsi, gratuitement.

Du point de vue de l’efficacité apparente et mesurable de la mission, cette attitude de Jésus peut paraître à première vue une perte de temps, car ces enfants ne vont pas se mettre à le suivre immédiatement pour vivre et annoncer l’Evangile du Royaume.

Ce n’est pas à ce niveau que Jésus se situe, mais à celui de la réalité profonde qu’il exprime par ses paroles et ses gestes. Son comportement, en cette scène, s’offre à nous comme une parabole en acte, montrant le genre de disciples que Jésus désire comme témoins de son Royaume : des personnes qui accueillent le salut de Dieu comme un don gratuit, dans la simplicité de celui qui se laisse guider et conduire.

3. Decouvertes

A comparer ce texte avec le même épisode, plus primitif, en Marc, 10,13 - 16, Matthieu nous décrit Jésus, non pas seulement embrassant et bénissant ces enfants, mais les accueillant selon le rite bien plus élaboré de l’imposition des mains.

On a remarqué, à juste titre, que, parmi les Maîtres religieux et les sages de l’Antiquité, Jésus a été le seul à accorder de l’importance et une signification profonde aux enfants.

Le verset 14 a été utilisé dans l’Eglise des premiers siècles pour autoriser le baptême des enfants.

Un enfant, en ce texte, comme dans le discours communautaire, n’est pas un tout petit enfant, si on reprend le vocabulaire grec employé par Matthieu, encore que certains se sont demandés si tel n’était pas toutefois le cas dans notre passage. Le mot grec employé par Matthieu indique un enfant capable de répondre à un appel, mais qui n’en demeure pas moins sans prétention et dans une situation de dépendance.

4. Prolongement

L’Evangéliste Jean, utilise le mot “enfant”, dans son Evangile et ses Lettres, pour caractériser notre nouvelle naissance dans le Christ Ressuscité, là où Paul emploie le mot “fils”. Ce qui veut dire que la qualité d’enfant que nous devons devenir et manifester, comme appelés au Royaume de Dieu, est également un don reçu gratuitement. C’est parce que Dieu fait de nous ses enfants que nous avons à l’être de plus en plus, à la façon de Jésus, et dans l’accueil de son mystère de mort-résurrection et du don de l’Esprit, qui nous rend disponibles, comme lui, à la volonté du Père :

12 Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom,

13 eux qui ne sont engendrés ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.

14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

15 Jean lui rend témoignage et il clame : ” C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi, le voilà passé devant moi, parce qu’avant moi il était. ”

16 Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce.

1.Jn 3:1- Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu.

2 Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.

3 Quiconque a cette espérance en lui se rend pur comme celui-là est pur.

Prière

*Seigneur Jésus, c’est dans la mesure où nous nous reconnaissons “petits”, “enfants” ou “fils” à ton image, que nous pouvons, à notre tour, et dans la lucidité et la grâce de ton Esprit Saint, accueillir en ton Nom les “petits”, les “enfants” et tous les humbles de la terre, auxquels tu t’es identifié en priorité et en lesquels tu reconnais le plus authentique reflet de toi-même dans ta relation unique au Père : renouvelle donc en moi cette humilité profonde, cette pauvreté du croyant qui attend tout de toi, et ne compte jamais plus sur moi, sachant toujours rendre grâces au Père, par toi dans l’Esprit Saint, pour tout le positif que je découvre dans tous les aspects de mon existence. AMEN.

16.08.2003.*


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