📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Ézéchiel 18, 1-32

DU LIVRE DE EZECHIEL

Texte

1 La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
2 Q’avez-vous à répéter ce proverbe au pays d’Israël : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils ont été agacées ?
3 Par ma vie, oracle du Seigneur Yahvé, vous n’aurez plus à répéter ce proverbe en Israël.
4 Voici : toutes les vies sont à moi, aussi bien la vie du père que celle du fils, elles sont à moi. Celui qui a péché, c’est lui qui mourra.
5 Quiconque est juste, pratique le droit et la justice,
6 ne mange pas sur les montagnes et ne lève pas les yeux vers les ordures de la maison d’Israël, ne souille pas la femme de son prochain, ne s’approche pas d’une femme en son impureté,
7 n’opprime personne, rend le gage d’une dette, ne commet pas de rapines, donne son pain à qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu,
8 ne prête pas avec usure, ne prend pas d’intérêts, détourne sa main du mal, rend un jugement véridique entre les hommes,
9 se conduit selon mes lois et observe mes coutumes en agissant selon la vérité, un tel homme est juste, il vivra, oracle du Seigneur Yahvé.
10 Mais s’il engendre un fils violent et sanguinaire qui commet une de ces fautes,
11 alors que lui n’en a commis aucune, un fils qui va jusqu’à manger sur les montagnes et souiller la femme de son prochain,
12 qui opprime le pauvre et le malheureux, commet des rapines, ne rend pas le gage, lève les yeux vers les ordures, commet l’abomination,
13 prête avec usure et prend des intérêts, celui-ci ne vivra pas après avoir commis tous ces crimes abominables, il mourra et son sang sera sur lui.

30 C’est pourquoi je vous jugerai chacun selon sa manière d’agir, maison d’Israël, oracle du Seigneur Yahvé. Convertissez-vous et détournez-vous de tous vos crimes, qu’il n’y ait plus pour vous d’occasion de mal.
31 Débarrassez-vous de tous les crimes que vous avez commis et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Pourquoi mourir, maison d’Israël ?
32 Je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit, oracle du Seigneur Yahvé. Convertissez-vous et vivez!

Commentaire

1. Situation

Le prophète Ezéchiel a prêché durant l’exil des déportés du royaume de Juda à Babylone, à une période des plus dramatiques de l’histoire d’Israël. Emmené en exil avec les premiers déportés de 598, donc avant la ruine de Jérusalem et le second départ en exil un peu plus de 10 ans plus tard, il y a prêché des années 593 à environ 571.

Son livre se développe en trois grandes parties : - des oracles de jugement (1, 1 - 24, 27), - des oracles contre les nations étrangères (25, 1 - 32, 32), des oracles de restauration (33, 1 - 48, 35), parmi lesquels les derniers chapitres (40, 1 - 48, 35) concernent le nouveau Temple et le nouveau Culte à Jérusalem.

Ezéchiel est connu pour la puissance de ses visions, particulièrement celle de son appel prophétique, également par ses mimes prophétiques, autant que par son insistance sur la fidélité à l’Alliance conclue avec Dieu, son sens de la grandeur, de la sainteté et de la fidélité de Yahvé-Dieu, et des exigences de la vie morale et de l’exercice du culte authentique à rendre à Dieu.

2. Message

Le Seigneur déclare de la façon la plus claire, par l’intermédiaire de son prophète : tout homme sera désormais personnellement responsable de ses actes devant Dieu.

Devant Dieu, toute personne sera déclarée juste et vivra, si elle met en pratique le code de conduite établi par Dieu, et qui est un développement des 10 Paroles transmises par Yahvé à Moîse au Sinaî.

Un homme a beau être juste, il n’empêchera pas son fils d’être condamné si ce dernier n’obéit pas aux commandements.

L’important, pour le Seigneur, c’est que tous prennent conscience qu’ils ont à se convertir en profondeur.

3. Decouvertes

Ezéchiel conteste ici une ancienne tradition d’Israël, déclarant que les enfants payent les conséquences du péché de leurs parents (Exode, 34, 7; Jérémie, 32, 18). Il se situe ainsi en contradiction avec un proverbe fameux, cité au verset 2.

Il était tentant pour les exilés de Babylone, ou leurs contemporains encore à Jérusalem, de se disculper de toute responsabilité, en disant que leur malheur présent n’était que la conséquence des fautes commises par les générations qui les avaient précédés. Ils ont donc beaucoup de mal à admettre la déclaration d’Ezéchiel.

Cela n’empêche pas le prophète de préciser que la persone qui, dans sa propre histoire, passe d’une situation de justice à une situation d’injustice, ou réciproquement, sera jugée en fonction de la situation dans laquelle elle se trouve au moment du jugement, sans pouvoir tirer profit de mérites capitalisés lors d’une situation antérieure de justice devant Dieu.

En ceci, Dieu manifeste sa propre justice et renvoie toute personne à sa conscience et à la nécessité de mener une vie selon la justice.

4. Prolongement

Au chapitre 36, 26 - 30, Dieu annoncera que lui-même réalisera cette conversion des Israélites, en leur donnant un coeur et un esprit nouveaux. Mais nous n’en sommes pas encore là dans la présente page.

Jésus, de son côté, a prolongé cet argument sur un autre terrain, celui du malheur, qui, pour lui, n’est plus à interpréter comme la conséquence d’un péché commis contre Dieu :

1 En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes.

2 Prenant la parole, il leur dit : ” Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ?

3 Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement.

4 Ou ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ?

5 Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même. ”

2 Ses disciples lui demandèrent : ” Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ”

3 Jésus répondit : ” Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu

Paul précisera, ensuite, que la bonne conscience, tout en étant nécessaire, ne garantit pas le jugement, qui n’appartient qu’à Dieu, auquel on se remet dans la confiance :

3 Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain. Bien plus, je ne me juge pas moi-même.

4 Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant ; mon juge, c’est le Seigneur.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as invites à chercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et à considérer que le but premier de tous nos engagements et de toutes nos entreprises était la manifestation de la gloire de Dieu : apprends-moi à regarder toute situation, comme le “lieu” d’une avancée vers le règne de Dieu, que tu nous révèles et nous apportes, et comme un événement qui te concerne, et que je dois vivre en ta présence, et selon ta vérité, donne-moi de savoir me demander concrètement, d’après ton Evangile, ce que tu ferais à ma place, dans la circonstance que je rencontre, de façon à ce que je ne manque jamais de découvrir et d’ accomplir la volonté de Dieu. AMEN.

17.08.2002.*

Évangile : Matthieu 19, 13-15

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

13 Alors des petits enfants lui furent présentés, pour qu’il leur imposât les mains en priant ; mais les disciples les rabrouèrent.
14 Jésus dit alors : ” Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux. “
15 Puis il leur imposa les mains et poursuivit sa route.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Dans la suite des récits que nous rapporte l’Evangile de Matthieu entre les 4ème et Sème grands discours de Jésus (19, 1 - 22, 46), nous retrouvons Jésus se manifestant avec autorité et invitant à le suivre, lors de ses rencontres avec des gens qui l’interrogent sur sa route vers Jérusalem, comme après son entrée triomphale à Jérusalem, dans les jours qui précèdent son arrestation, sa passion, sa mort et sa résurrection.

Dans ce chapitre 19 qui ouvre cette suite de récits, Jésus vient de répondre à une question qu’on lui a posée à propos du divorce (19, 1 - 12), et, avant de répondre à une nouvelle interrogation, cette fois par un jeune homme riche qui semble vouloir mettre toutes ses énergies en action pour obtenir la vie éternelle (19, 16 - 30), il se trouve devant des parents qui lui amènent leurs enfants pour qu’il leur impose les mains et prie pour eux.

2. Message

Face à cette demande de bénédiction d’enfants par l’imposition des mains, et à l’attitude des disciples qui rabrouent ces gens qui se présentent, Jésus prend nettement position.

Dans le discours communautaire qu’il a prononcé peu de temps auparavant, selon le plan de l’Evangile de Matthieu, Jésus a demandé à ses disciples de devenir aussi dépendants, et incapables de tenir debout tout seuls face au salut de Dieu, que peuvent l’être des enfants face à leur simple existence. Devenir petit comme un enfant, c’est être le plus grand dans le Royaume des cieux. De plus, Jésus, en quelque sorte, s’est identifié à tout enfant en proclamant que quiconque accueille un enfant en son nom l’accueille lui-même (18, 1 - 5).

Dans notre page, les enfants sont présentés à Jésus, et il les accueille, parce qu’ils sont toujours à ses yeux l’image du disciple authentique qui entre dans le Royaume des cieux. Non seulement en paroles, mais par ses gestes mêmes, Jésus traite les enfants comme ceux qui sont les plus importants, et, donc, il n’hésite pas à passer du temps avec eux, ainsi, gratuitement.

Du point de vue de l’efficacité apparente et mesurable de la mission, cette attitude de Jésus peut paraître à première vue une perte de temps, car ces enfants ne vont pas se mettre à le suivre immédiatement pour vivre et annoncer l’Evangile du Royaume.

Ce n’est pas à ce niveau que Jésus se situe, mais à celui de la réalité profonde qu’il exprime par ses paroles et ses gestes. Son comportement, en cette scène, s’offre à nous comme une parabole en acte, montrant le genre de disciples que Jésus désire comme témoins de son Royaume : des personnes qui accueillent le salut de Dieu comme un don gratuit, dans la simplicité de celui qui se laisse guider et conduire.

3. Decouvertes

A comparer ce texte avec le même épisode, plus primitif, en Marc, 10,13 - 16, Matthieu nous décrit Jésus, non pas seulement embrassant et bénissant ces enfants, mais les accueillant selon le rite bien plus élaboré de l’imposition des mains.

On a remarqué, à juste titre, que, parmi les Maîtres religieux et les sages de l’Antiquité, Jésus a été le seul à accorder de l’importance et une signification profonde aux enfants.

Le verset 14 a été utilisé dans l’Eglise des premiers siècles pour autoriser le baptême des enfants.

Un enfant, en ce texte, comme dans le discours communautaire, n’est pas un tout petit enfant, si on reprend le vocabulaire grec employé par Matthieu, encore que certains se sont demandés si tel n’était pas toutefois le cas dans notre passage. Le mot grec employé par Matthieu indique un enfant capable de répondre à un appel, mais qui n’en demeure pas moins sans prétention et dans une situation de dépendance.

4. Prolongement

L’Evangéliste Jean, utilise le mot “enfant”, dans son Evangile et ses Lettres, pour caractériser notre nouvelle naissance dans le Christ Ressuscité, là où Paul emploie le mot “fils”. Ce qui veut dire que la qualité d’enfant que nous devons devenir et manifester, comme appelés au Royaume de Dieu, est également un don reçu gratuitement. C’est parce que Dieu fait de nous ses enfants que nous avons à l’être de plus en plus, à la façon de Jésus, et dans l’accueil de son mystère de mort-résurrection et du don de l’Esprit, qui nous rend disponibles, comme lui, à la volonté du Père :

12 Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom,

13 eux qui ne sont engendrés ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.

14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

15 Jean lui rend témoignage et il clame : ” C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi, le voilà passé devant moi, parce qu’avant moi il était. ”

16 Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce.

1.Jn 3:1- Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu.

2 Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.

3 Quiconque a cette espérance en lui se rend pur comme celui-là est pur.

Prière

*Seigneur Jésus, c’est dans la mesure où nous nous reconnaissons “petits”, “enfants” ou “fils” à ton image, que nous pouvons, à notre tour, et dans la lucidité et la grâce de ton Esprit Saint, accueillir en ton Nom les “petits”, les “enfants” et tous les humbles de la terre, auxquels tu t’es identifié en priorité et en lesquels tu reconnais le plus authentique reflet de toi-même dans ta relation unique au Père : renouvelle donc en moi cette humilité profonde, cette pauvreté du croyant qui attend tout de toi, et ne compte jamais plus sur moi, sachant toujours rendre grâces au Père, par toi dans l’Esprit Saint, pour tout le positif que je découvre dans tous les aspects de mon existence. AMEN.

16.08.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour