📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Josué 24, 1-29
DU LIVRE DE JOSUE
Texte
1 Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem; puis il convoqua tous les anciens d’Israël, ses chefs, ses juges, ses scribes qui se rangèrent en présence de Dieu.
2 Josué dit alors à tout le peuple : ” Ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël : Au-delà du Fleuve habitaient jadis vos pères, Térah, père d’Abraham et de Nahor, et ils servaient d’autres dieux.
3 Alors je pris votre père Abraham d’au-delà du Fleuve et je lui fis parcourir toute la terre de Canaan, je multipliai sa descendance et je lui donnai Isaac.
4 A Isaac, je donnai Jacob et Ésaü. A Ésaü, je donnai en possession la montagne de Séïr. Jacob et ses fils descendirent en Égypte.
5 J’envoyai ensuite Moïse et Aaron et frappai l’Égypte par les prodiges que j’opérai au milieu d’elle; ensuite je vous en fis sortir.
6 Je fis donc sortir vos pères de l’Égypte et vous arrivâtes à la mer; les Égyptiens poursuivirent vos pères avec des chars et des cavaliers, à la mer des Roseaux.
7 Ils crièrent alors vers Yahvé qui étendit un brouillard épais entre vous et les Égyptiens, et fit revenir sur eux la mer qui les recouvrit. Vous avez vu de vos propres yeux ce que j’ai fait en Égypte, puis vous avez séjourné de longs jours dans le désert
8 Je vous fis entrer ensuite dans le pays des Amorites qui habitaient au-delà du Jourdain. Il vous firent la guerre et je les livrai entre vos mains, aussi avez-vous pris possession de leur pays, car je les anéantis devant vous.
9 Puis se leva Balaq, fils de Çippor, roi de Moab, pour faire la guerre à Israël, et il envoya chercher Balaam, fils de Béor, pour vous maudire.
10 Mais je ne voulus pas écouter Balaam : il dut même vous bénir et je vous ai sauvés de sa main.
11 Vous avez ensuite passé le Jourdain pour atteindre Jéricho, mais les habitants de Jéricho vous firent la guerre, les Amorites, les Perizzites, les Cananéens, les Hittites, les Girgashites, les Hivvites et les Jébuséens, et je les livrai entre vos mains.
12 J’envoyai devant vous les frelons qui chassèrent devant vous les deux rois amorites, ce que tu ne dois ni à ton épée ni à ton arc.
13 Je vous ai donné une terre qui ne vous a demandé aucune fatigue, des villes que vous n’avez pas bâties et dans lesquelles vous vous êtes installés, des vignes et des olivettes que vous n’avez pas plantées et qui sont votre nourriture.
14 ” Et maintenant, craignez Yahvé et servez-le dans la perfection en toute sincérité; éloignez les dieux que servirent vos pères au-delà du Fleuve et en Égypte, et servez Yahvé.
15 S’il ne vous paraît pas bon de servir Yahvé, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir, soit les dieux que servaient vos pères au-delà du Fleuve, soit les dieux des Amorites dont vous habitez maintenant le pays. Quant à moi et ma famille, nous servirons Yahvé. “
16 Le peuple répondit : ” Loin de nous d’abandonner Yahvé pour servir d’autres dieux!
17 Yahvé notre Dieu est celui qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, de la maison de servitude, qui devant nos yeux a opéré ces grands signes et nous a gardés tout le long du chemin que nous avons parcouru et parmi toutes les populations à travers lesquelles nous avons passé.
18 Et Yahvé a chassé devant nous toutes les populations ainsi que les Amorites qui habitaient le pays. Nous aussi, nous servirons Yahvé, car c’est lui notre Dieu. “
19 Alors Josué dit au peuple : ” Vous ne pouvez pas servir Yahvé car il est un Dieu saint, il est un Dieu jaloux, qui ne tolérera pas vos transgressions ni vos péchés.
20 Si vous abandonnez Yahvé pour servir les dieux de l’étranger, il vous maltraitera à nouveau et vous anéantira après vous avoir fait du bien. “
21 Le peuple répondit à Josué : ” Non! C’est Yahvé que nous servirons. “
22 Alors Josué dit au peuple : ” Vous êtes témoins contre vous-mêmes que vous avez fait choix de Yahvé pour le servir. ” Ils répondirent : ” Nous sommes témoins. ” -
23 ” Alors, écartez les dieux de l’étranger qui sont au milieu de vous et inclinez votre cœur vers Yahvé, Dieu d’Israël. “
24 Le peuple dit à Josué : ” C’est Yahvé notre Dieu que nous servirons, c’est à sa voix que nous obéirons. “
25 Ce jour-là, Josué conclut une alliance pour le peuple; il lui fixa un statut et un droit à Sichem.
26 Josué écrivit ces paroles dans le livre de la Loi de Dieu. Il prit ensuite une grosse pierre et la dressa là, sous le chêne qui est dans le sanctuaire de Yahvé.
27 Josué dit alors à tout le peuple : ” Voici, cette pierre sera un témoin contre nous parce qu’elle a entendu toutes les paroles que Yahvé nous a adressées; elle sera un témoin contre vous pour vous empêcher de renier votre Dieu. “
28 Puis Josué renvoya le peuple, chacun dans son héritage.
29 Après ces événements, Josué, fils de Nûn, serviteur de Yahvé, mourut, âgé de cent dix ans.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Josué est une reconstitution, historique et théologique à la fois. à partir de traditions anciennes d’Israël, de la conquête de la terre de Canaan par Josué et le peuple d’Israël, après la mort de Moïse. Tous les épisoles qui y sont rapportés sont marqués par la conviction profonde que c’est bien Yahvé-Dieu a donné cette terre à Israël.
On s’est, à plusieurs reprises, interrogé sur la situation de ce Livre de Josué par rapport aux livres qui le précèdent (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome) ou ceux qui le suivent (Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois) dans la Bible.
Certains l’ont rattaché aux 5 livres de Moïse qui le précèdent (Pentateuque), pour constituer un ensemble de 6 Livres (Hexateuque). D’autres préfèrent isoler les 4 premiers Livres de Moïse pour en faire un “Tétrateuque”, suivi d’une grande oeuvre attribuée à l’école “Deutéronomiste” du 7ème siècle, ct comprenant cc Livre de Josué et tous ceux qui le suivent, comme indiqué ci- dessus, et auxquels le Livre du Deutéronome lui-même servirait de préface théologique.
Dans les Bibles Juives et des Eglises liées à la Réforme Protestante, tous ces livres qui suivent de Deutéronome sont situés dans une catégorie qu’on appelle “les premiers prophètes”.
On peut diviser ce Livre de Josué en quatre parties :
- L’entrée dans la terre Promise (1, 1 - 5, 12, et comprenant une introduction dans laquelle Josué reçoit sa mission et s’adresse au Peuple (1,1-18),
- La conquête du pays (5, 13 - 12, 24),
- Le partage du pays entre les tribus (13, 1 - 21, 45),
- La relation à Dieu dans cette Terre Promise et conquise (22, 1 - 24, 33). Certains préfèrent lire dans cette dernière partie une série d’appendices au texte principal. qui la précède.
Notre page de ce jour se situe au dernier chapître du Livre, que certains considèrent comme un appendice, qui nous relate le renouvellement solennel de l’Aliance avec Dieu au cours d’une grande Assemblée convoquée à Sichem par Josué (24, 1 - 28), que notre texte liturgique de ces deux jours nous présente.
2. Message
Josué, par cette convocation et ce renouvellement solennel de l’Alliance, accomplit les commandements de Moïse en Deutéronome, 11, 27 et 31.
Cette grande Assemblée, après celle qui s’est tenue autour de Moïse au Mont Sinaï (Exode, 24), et avec celle qui suit la redécouverte du Livre de la Loi à l’époque du roi Josias (2 Rois, 23), ainsi que celle qui suit le retour de l’exil Babylonien (Néhémie, 8) représente l’un des 4 temps forts de l’histoire religieuse d’Israël, chacun de ses grands moments étant nne assemblée de tont le peuple - ou du moins de tous ses représentants qualifiés - pour une relecture de la Loi ou des actions de Dieu et un renouvellement de l’Alliance.
Josué commence par y parler au nom de Dieu en rappelant les hauts faits de l’histoire d’Israël, depuis l’appel et la migration d’Abraham et la vie nomade d’Isaac et Jacob, puis la libération de l’esclavage Egyptien avec Moïse et Aaron, la prise de possession du pays des Amorites, et, finalement, le passage du Jourdain et l’entrée victorieuse dans la terre promise. Tous ces événements sont directement l’oeuvre de Dieu, agissant à son initiative, et qui s’est servi d’hommes appelés par lui spécialement à cet effet. Dieu a ainsi combattu pour son peuple et lui a fait don de sa terre, sans que le peuple lui-même ait, de fait, à combattre selon uniquement ses propres forces.
Suite à ce résumé des actions de Dieu, Josué, dans un deuxième temps (repris dans la lecture liturgique du samedi) va exhorter le peuple de façon à ce qu’il choisisse en toute liberté le Dieu d’Israël, pour le suivre et le servir. Et, à chaque fois que le peuple répond qu’il reconnaît Yahvé pour son Dieu, Josué les invite tous, et à plusieurs reprises, à se raviser et à bien réfléchir aux enjeux de ce choix, pour ne pas s’engager à la légère pour le Seigneur.
Quand il a obtenu finalement l’adhésion engagée du peuple, il conclut une Alliance officielle avec Dieu pour le peuple, donne à ce dernier un statut et un droit et formalise ce contrat avec Dieu en l’écrivant dans le Livre de la Loi et en dressant une grande pierre, une sorte de stèle, en mémorial de l’engagernent du peuple à l’égard de Dieu.
3. Decouvertes
Il est curieux que le sommaire de l’histoire du salut contenu dans les versets 2 à 13 ne mentionne pas l’histoire de Joseph, ni I’étape du Sinaï dans le désert et donne une présentation différente de certains épisodes tels que la rencontre du Prophète païen Balaam (voir Nombres, 22 - 24 ) ou même la prise de Jéricho (voir Josué, 6) sans compter les expressions différentes utilisées pour rapporter d’autres événements.
D’antre part, lors du renouvellement de l’ Alliance, il n’y a ni autel, ni offrande d’aucun sacrifice, à la différence d’Exode 24, 3 - 8, et de Deutéronome, 27, 7.
Cependant, ce qui parait Ie plus surprenant, c’est que Josué propose au peuple d’Israël de bien choisir d’adorer ou de ne pas adorer Yahvé, le Dieu de ses Pères, tout en précisant que lui et les siens ont délibérément fait le choix de suivre Dieu.
A noter que Sichem, où se déroule cette grande Assemblée, centre liturgique et politique qui a joué uu grand rôle dans l’histoire d’lsraël, est l’une des villes importantes de cette terre de Palestine qui n’a pas été détruite à l’époque de Josué, constatation confirmée par les fouilles archéologiques du 20ème siècle.
Cette Assemblée de Sichem, convoquée par Josué, sous-entend, semble-t-il, une autre version de la conquête de la terre promise, qui se serait plutôt faite progressivement, par l’émergence d’éléments ou tribus disparates qui se seraient ensuite confédérés en raison de leur commune acceptation de Yahvé comme leur unique Dieu et Seigneur.
4. Prolongement
Notre grande Assemblée de croyants en Jésus Sauveur se tient là où Jésus est présent, “élevé de terre, attirant tout à lui” (Jean, 12, 32). Nos réunions et asemblées écclésiales sont des points de rassemblement où nous venons ensemble le rencontrer en ce lieu de présence de sa mort-résurrection, où il nous rend, dans la puissance de son Esprit qui continue sa présence de Ressuscité au milieu de nous, contemporains de son “Heure” de passage définitif au Père.
C’est là l’Heure suprême de tout le plan de Dieu qui inaugure la fin des temps, qui nous est communiquée comme statut, dont nous avons à témoigner dans une histoire humaine qui continue.
Relisons ce passage de la Lettre aux Hébreux qui nous situe par rapport à la grande Assemblée d’Israël avec Moïse au Sinaï, d’Exode 24, et, du même coup, par rapport à toutes les autres grandes Assemblées d’Israël :
18 Vous ne vous êtes pas approchés d’une réalité palpable : feu ardent, obscurité, ténèbres, ouragan,
19 bruit de trompette, et clameur de paroles telle que ceux qui l’entendirent supplièrent qu’on ne leur parlât pas davantage.
20 Ils ne pouvaient en effet supporter cette prescription : Quiconque touchera la montagne, même si c’est un animal, sera lapidé.
21 Si terrible était le spectacle que Moïse dit : Je suis effrayé et tout tremblant.
22 Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, et de myriades d’anges, réunion de fête,
23 et de l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, d’un Dieu Juge universel, et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits,
24 de Jésus médiateur d’une alliance nouvelle, et d’un sang purificateur plus éloquent que celui d’Abel.
Prière
*Seigneur Jésus, depuis que tu nous as dit que là où deux ou trois sont assemblés en ton Nom, tu es au milieu d’eux, tes disciples se rassemblent régulièrement pour faire double mémoire de toi, en réécoutant ta Parole, et en reproduisant sur le pain et la coupe les gestes précis de mémorial de ta mort-résurrection que tu nous as demandé de refaire en souvenir vivant de toi : aide-moi à toujours vivre ces assemblées comme des temps forts de ta rencontre en ton “mystère”, où tu me donnes de me replonger totalement, dans la plénitude de ton OUI et du salut qu’il nous partage. AMEN.
15.08.2003.*
Évangile : Matthieu 19, 3-12
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
3 Des Pharisiens s’approchèrent de lui et lui dirent, pour le mettre à l’épreuve : ” Est-il permis de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? “
4 Il répondit : ” N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme,
5 et qu’il a dit : Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair ?
6 Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer. ” -
7 ” Pourquoi donc, lui disent-ils, Moïse a-t-il prescrit de donner un acte de divorce quand on répudie ? ” -
8 ” C’est, leur dit-il, en raison de votre dureté de cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; mais dès l’origine il n’en fut pas ainsi.
9 Or je vous le dis : quiconque répudie sa femme - pas pour ” prostitution ” - et en épouse une autre, commet un adultère. “
10 Les disciples lui disent : ” Si telle est la condition de l’homme envers la femme, il n’est pas expédient de se marier. “
11 Il leur dit : ” Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c’est donné.
12 Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Suite au 4ème discours que lui a fait prononcer Matthieu, nous retrouvons Jésus dans sa dernière mission qui va le conduire, cette fois, à Jérusalem. En réponse à des questions qui lui sont posées, ou à certaines attitudes, il aborde des sujets de la vie ordinaire : mariage et divorce, l’accueil des enfants, la relation à l’argent. Dans les positions qu’il prend dans ces différents domaines, Jésus manifeste une fois de plus son autorité, et ses appels à une existence conforme aux valeurs du Royaume qu’il annonce.
2. Message
A ceux qui l’interrogent sur la possibilité pour un époux de renvoyer sa femme, en invoquant une pratique autorisée par Moïse, à propos de laquelle ils sollicitent son interprétation, Jésus répond le plus fermement possible, en rappelant l’exigence inscrite aux chapitres 1 et 2 du Livre de la Génèse, pour en conclure : “que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni !”
Par delà toutes les conséquences qui découlent de cette conception exigeante de l’union des époux, à savoir que quiconque renvoie sa femme pour en prendre une autre commet l’adultère, Jésus nous fait comprendre que le mariage n’est pas, selon la tradition Biblique, un simple accord humain, mais une union indissoluble voulue par Dieu, en tant qu’il est créateur de l’homme et de la femme.
Se situer soi-même en vérité devant Dieu implique que l’on se reçoive de lui, en qui nous reconnaissons notre toute première origine. Se situer en couple uni devant Dieu relève d’une démarche semblable, le choix d’un conjoint devant se faire sous le regard et dans la dépendance de Dieu.
A la question des disciples soulevant la difficulté de se marier dans de telles conditions, Jésus répond que seul un regard de foi sur la condition matrimoniale peut faire comprendtre cette exigence.
Et ce regard de foi se porte désormais, non seulement sur la volonté de Dieu créateur, mais sur l’appel qu’il nous fait, en Jésus, de le rejoindre en son Royaume.
3. Decouvertes
Ce chapitre 19 traite de tout un ensemble de problèmes ayant trait à notre existence quotidienne : la mariage et le divorce (19, 3 - 9), le célibat, si on l’interprète ainsi (19, 10 - 12), les enfants (19, 13 - 15), l’argent (19, 16 - 20, 16), autant de questions aussi importantes les unes que les autres.
Notre passage est une reprise développée de ce que Jésus avait déjà déclaré dans son 1er discours sur la charte du Royaume (5, 31 - 32).
La question des Pharisiens porte, non pas sur la possiblité du divorce (qui, pour eux semble tout-à-fait acquise), mais sur la motivation que l’on pourrait invoquer selon le texte de Deutéronome, 24, 1 - 4, texte que les grandes écoles rabbiniques interprétaient différemment, soit de façon libérale, soit de façon restrictive.
Or, Jésus ne répond pas à cette question précise, qui, pour lui, ne se pose pas, et il en revient aux textes fondateurs de Genèse, 1, 27 et 2, 24, sur lesquels il se base pour affirmer l’indissolubilité du mariage.
Jésus ne dit pas que l’enseignement “de Dieu”, en Genèse 1 et 2 s’opposerait à l’enseignement “de Moïse” de Deutéronome 24, 1 - 4. Il explique Deutéronome, 24, 1 - 4, comme une simple concession à l’endurcissement moral des hommes, établissant ainsi une distinction entre la volonté de Dieu et la situation pécheresse de l’humanité.
Ce qui lui permet de demander qu’on mette désormais fin à cette concession, pour en revenir à l’exigence première et fondamentale établie par Dieu.
D’autre part, Jésus précise que Moïse n’a pas “prescrit” la remise d’un acte de divorce, mais l’a seulement “autorisé” : ce qui constitue une différence importante (relire Deutéronome, 24, 1 - 4).
La plupart des Pères de l’Eglise ont interprété les versets 10 - 12, concernant ceux qui ne se marient pas à cause du Royame des cieux comme visant ceux qui ont dû se séparer de leur conjoint coupable d’adultère, et qui ne se remarient pas.
A noter cependant que, d’une part, le verset 9 ne semble pas exclure le remariage, en cas d’une première union illégitime et, que, d’autre part, par sa dernière phrase, ainsi que par l’allusion à “ceux qui peuvent comprendre”, Jésus se contente de faire une recommandation, sans donner d’obligation, lorsqu’il parle de ceux qui ne se marieront pas “à cause du Royaume des cieux”.
Peut-être Jésus veut-il simplement dire qu’en cas d’union rompue pour motif d’adultère de la part d’un conjoint, l’autre conjoint peut, soit se remarier, soit, au contraire, ne pas le faire, “à cause du Royaume des cieux”. Cependant, de nombreux commentateurs préfèrent lire ici la possibilité du célibat choisi “à cause du Royaume des cieux”.
A noter que l’incise du verset 9 (“pas pour impudicité”, ou “sauf pour impudicité”) est interprétée de façon différente, en fonction des 3 sens qu’on peut légitimement lui donner : soit de façon générale “pour quelque chose de honteux”, soit “pour adultère”, soit “pour union conjugale illégale”, selon la législation de Lévitique 18, 6 - 18. Nos frères chrétiens des Eglises orthodoxes et réformées s’appuient sur la deuxième interprétation pour constater qu’il y a divorce en cas d’adultère. L’Eglise Catholique romaine privilégie la troisisème interprétation. Voir TOB, Matthieu, 5, 32, note “f”. Si Jésus insiste d’abord sur l’indissolubilité du mariage, et note, selon Matthieu, l’exception de “l’impudicité”, il n’a pas précisé davantage dans le détail la conduite à tenir quand ce dernier cas est constaté..
4. Prolongement
1 Soit un homme qui a pris une femme et consommé son mariage ; mais cette femme n’a pas trouvé grâce à ses yeux, et il a découvert une tare à lui imputer ; il a donc rédigé pour elle un acte de répudiation et le lui a remis, puis il l’a renvoyée de chez lui ;
2 elle a quitté sa maison, s’en est allée et a appartenu à un autre homme.
3 Si alors cet autre homme la prend en aversion, rédige pour elle un acte de répudiation, le lui remet et la renvoie de chez lui ou si vient à mourir cet autre homme qui l’a prise pour femme ,
4 son premier mari qui l’a répudiée ne pourra la reprendre pour femme, après qu’elle s’est ainsi rendue impure. Car il y a là une abomination aux yeux de Yahvé, et tu ne dois pas faire pécher le pays que Yahvé ton Dieu te donne en héritage.
Paul prend également position sur cette affaire, en disciple du Seigneur :
3 Que le mari s’acquitte de son devoir envers sa femme, et pareillement la femme envers son mari.
4 La femme ne dispose pas de son corps, mais le mari. Pareillement, le mari ne dispose pas de son corps, mais la femme.
5 Ne vous refusez pas l’un à l’autre, si ce n’est d’un commun accord, pour un temps, afin de vaquer à la prière ; et de nouveau soyez ensemble, de peur que Satan ne profite, pour vous tenter, de votre incontinence.
6 Ce que je dis là est une concession, non un ordre.
7 Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ; mais chacun reçoit de Dieu son don particulier, celui-ci d’une manière, celui-là de l’autre.
8 Je dis toutefois aux célibataires et aux veuves qu’il leur est bon de demeurer comme moi.
9 Mais s’ils ne peuvent se contenir, qu’ils se marient : mieux vaut se marier que de brûler.
10 Quant aux personnes mariées, voici ce que je prescris, non pas moi, mais le Seigneur : que la femme ne se sépare pas de son mari -
11 au cas où elle s’en séparerait, qu’elle ne se remarie pas ou qu’elle se réconcilie avec son mari - et que le mari ne répudie pas sa femme.
12 Quant aux autres, c’est moi qui leur dis, non le Seigneur : si un frère a une femme non croyante qui consente à cohabiter avec lui, qu’il ne la répudie pas.
13 Une femme a-t-elle un mari non croyant qui consente à cohabiter avec elle, qu’elle ne répudie pas son mari.
14 En effet le mari non croyant se trouve sanctifié par sa femme, et la femme non croyante se trouve sanctifiée par le mari croyant. Car autrement, vos enfants seraient impurs, alors qu’ils sont saints !
15 Mais si la partie non croyante veut se séparer, qu’elle se sépare ; en pareil cas, le frère ou la sœur ne sont pas liés : Dieu vous a appelés à vivre en paix.
16 Et que sais-tu, femme, si tu sauveras ton mari ? Et que sais-tu, mari, si tu sauveras ta femme ?
17 Par ailleurs, que chacun continue de vivre dans la condition que lui a départie le Seigneur, tel que l’a trouvé l’appel de Dieu. C’est la règle que j’établis dans toutes les Églises
Le commencement de la fin des temps, inaugurée en la mort-résurrection de Jésus, oblige les disciples de Jésus à tout re-situer en second plan par rapport à leur relation première et unique avec Jésus Christ, qui apporte un éclairage nouveau à tous les aspects personnels et relationels de leur existence. Ainsi, toutes leurs relations, tous leurs engagements, même si leur importance demeure très grande, deviennent-ils “seconds” par rapport à leur attachement total, et primordial, à Jésus le Christ :
29 Je vous le dis, frères : le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s’ils n’en avaient pas ;
30 ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas ; ceux qui sont dans la joie, comme s’ils n’étaient pas dans la joie ; ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas ;
31 ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde.
32 Je voudrais vous voir exempts de soucis. L’homme qui n’est pas marié à souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur.
33 Celui qui s’est marié a souci des affaires du monde, des moyens de plaire à sa femme ;
34 et le voilà partagé. De même la femme sans mari, comme la jeune fille, a souci des affaires du Seigneur ; elle cherche à être sainte de corps et d’esprit. Celle qui s’est mariée a souci des affaires du monde, des moyens de plaire à son mari.
35 Je dis cela dans votre propre intérêt, non pour vous tendre un piège, mais pour vous porter à ce qui est digne et qui attache sans partage au Seigneur.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous invites à vivre selon les valeurs de ton Evangile dans tous les domaines de notre existence humaine, et cela sans aucune exception : aide-moi à bien discerner ce que tu attends de moi, comme de tous mes frères et soeurs, dans chaque cas particulier où il faut allier la Vérité à la miséricorde, le pardon à l’exigence de la volonté de Dieu, le service jusqu’au don de sa vie pour ses frères et soeurs à la recherche de la paix et de l’équilibre pour soi-même, la défense de l’authenticité au respect de tout homme et de toute femme dans sa situation. AMEN.
15.08.2003.*