📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 7, 1-28
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
25 D’où il suit qu’il est capable de sauver de façon définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur.
26 Oui, tel est précisément le grand prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, immaculé, séparé désormais des pécheurs, élevé plus haut que les cieux,
27 qui ne soit pas journellement dans la nécessité, comme les grands prêtres, d’offrir des victimes d’abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple, car ceci il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même.
28 La Loi, en effet, établit comme grands prêtres des hommes sujets à la faiblesse ; mais la parole du serment - postérieur à la Loi - établit le Fils rendu parfait pour l’éternité.
1 Le point capital de nos propos est que nous avons un pareil grand prêtre qui s’est assis à la droite du trône de la Majesté dans les cieux,
2 ministre du sanctuaire et de la Tente, la vraie, celle que le Seigneur, non un homme, a dressée.
3 Tout grand prêtre, en effet, est établi pour offrir des dons et des sacrifices ; d’où la nécessité pour lui aussi d’avoir quelque chose à offrir.
4 A la vérité, si Jésus était sur terre, il ne serait pas même prêtre, puisqu’il y en a qui offrent les dons, conformément à la Loi ;
5 ceux-là assurent le service d’une copie et d’une ombre des réalités célestes, ainsi que Moïse, quand il eut à construire la Tente, en fut divinement averti : Vois, est-il dit en effet, tu feras tout d’après le modèle qui t’a été montré sur la montagne.
6 Mais à présent, le Christ a obtenu un ministère d’autant plus élevé que meilleure est l’alliance dont il est le médiateur, et fondée sur de meilleures promesses.
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe au coeur de la 3ème partie de cette homélie, et du débat ouvert sur la nature du sacerdoce du Christ, débat important s’il en est.
2. Message
Au coeur de la 3ème partie, la partie, centrale, de la Lettre aux Hébreux, l’auteur de cette homélie nous donne un premier développement (7, 1 - 28), nous situant le rapporrt entre le sacerdoce unique de Jésus et celui de la figure Biblique, énigmatique et mystérieuse, de Melchisédek, à partir de la ciation du Psaume 110, 4, lequel nous renvoie au récit d’Exode 14, 17 - 20.
De même, nous dit-il, qu’en payant la dîme à Melchisédek, Abraham, qui portait en lui l’origine biologique du sacerdoce Juif Lévitique, confié à la tribu de Lévi qui fait partie de sa descendance charnelle, avait reconnu la supériorité du sacerdoce de Melchisédek sur celui qui serait issu de sa postérité, et avait été béni par ce Melchisédek, ainsi en va-t-il du Christ Jésus, qui, laïc issu de la tribu de Juda, à laquelle appartenait David son ancêtre, est prêtre d’un autre ordre que les grands prêtres Juifs, tous issus de la tribu de Lévi, tribu de Moïse et d’Aaron (7, 1 - 19).
Et, de même que le descendant de Juda et de David, dont parle le Psaume 110, 4, a été désigné par Dieu, en une parole de serment, comme “prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédek”, ainsi en va-t-il toujours vraiment de Jésus, dont le sacerdoce ne connaîtra pas de fin, puisqu’il est vivant à jamais, en sa résurrection, de sa vie éternelle auprès du Père (7, 20 - 25).
Nous pouvons donc, à juste titre, reconnaître Jésus, et le célébrer, comme le Grand Prêtre, unique et sans péché, de la Nouvelle Alliance établie une fois pour toutes par l’attitude permanente et sans faille de son obéissance totale de toute son existence terrestre jusqu’en son “Heure” suprême de “passage” au Père en sa mort-résurrection.
Nous disposons donc désormais d’un Grand Prêtre, parfait et unique, toujours en fonction et rayonnant de sainteté, assis à la droite du Père dans le sanctuaire définitif du ciel de gloire où Règne Dieu, sanctuaire dont la Tente édifiée par Moïse au désert de l’Exode, ainsi que le Temple de Jérusalem, n’étaient qu’une bien pâle copie, réalisée selon les données et le modèle communiqués par Dieu à Moïse (Exode, 25, 40).
Quant au rôle de ce Grand Prêtre qu’est Jésus, c’est de nous avoir réalisé une nouvelle alliance entre Dieu et l’humanité, une nouvelle alliance qui transforme le coeur de l’homme, et y inscrit l’obéissance que Dieu attend de nous, selon l’accomplissement de la grande prophétie de Jérémie, 31, 31 - 34, dont le texte va être cité intégralement après la fin de notre passage.
3. Decouvertes
Prêtre d’un genre tout nouveau, sans péché, officiant unique et à perpétuité, dans sa vie éternelle au coeur de la demeure du Dieu vivant, par son unique sacrifice, offert une fois pour toutes, dans le “OUI” de son obéissance jusqu’à la mort de la croix, tel est Jésus le Christ. C’est ainsi qu’il a scellé un partenariat - une authentique relation de fils à Père - désormais défintif, stable et immuable, entre Dieu et nous.
4. Prolongement
Cette dignité unique de Prêtre éternel qu’a le Christ nous est également communiquée, à nous les croyants, avec le don de la filiation divine et de son image à reproduire, dans la force de l’Esprit Saint.
Notre vie, “saisie” par la sienne, peut donc être offerte, par lui, en nous, et donc intégrée dans sa propre offrande, ainsi rendue présente dans toutes les dimensions de notre existence. Tel est bien le nouveau “culte”, en esprit et vérité, annoncé par Jésus lui-même.
Notre participation à l’Eucharistie nous transmet cette attitude unique du Christ, vivant son obéissance totale sur sa croix, son “OUI” unique, définitif, “une fois pour toutes” et permanent, au Père, faisant de nous des “sujets” comme lui, et des partenaires de Dieu, dans la perspective de la Nouvelle Alliance qu’il a lui-même conclue pour nous, lors de sa mission terrestre d’envoyé du Père :
21 Jésus lui dit : ” Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père.
22 Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
23 Mais l’heure vient - et c’est maintenant - où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père.
24 Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer”.
1 Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre.
2 Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.
23 Pour moi, en effet, j’ai reçu du Seigneur ce qu’à mon tour je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain
24 et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit : ” Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. ”
25 De même, après le repas, il prit la coupe, en disant : ” Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi. ”
26 Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.
Prière
*Seigneur Jésus, nous ne pouvons qu’être confondus devant la profondeur du mystère du don de Dieu, que tu es venu nous révéler et nous transmettre, par ta parole, tes gestes de miséricorde, ta détermination à vivre jusqu’au bout selon la volonté du Père, et nous voici saisis dans cet “une fois pour toutes” de ton offrande unique, qui nous sauve, nous renouvelle sans cesse de l’intérieur, en nous configurant à ton image : donne-moi d’entrer dans ce mystère, de le laisser imprégner toute ma vie, afin que je sois de plus en plus rayonnant de ta lumière, en toutes les expressions humaines de mon engagement à ta suite. AMEN.
23.01. 2003.*
Évangile : Marc 3, 7-12
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
7 Jésus se retira vers la mer avec ses disciples. Une grande multitude le suivit de la Galilée;
8 et de la Judée, et de Jérusalem, et de l’Idumée, et d’au delà du Jourdain, et des environs de Tyr et de Sidon, une grande multitude, apprenant tout ce qu’il faisait, vint à lui.
9 Il chargea ses disciples de tenir toujours à sa disposition une petite barque, afin de ne pas être pressé par la foule.
10 Car, comme il guérissait beaucoup de gens, tous ceux qui avaient des maladies se jetaient sur lui pour le toucher.
11 Les esprits impurs, quand ils le voyaient, se prosternaient devant lui, et s’écriaient: Tu es le Fils de Dieu.
12 Mais il leur recommandait très sévèrement de ne pas le faire connaître.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”.
Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
A vec cette page, nous entrons dane le 2ème des 6 grands épisodes de l’Evangile de Marc, qu’on intitule souvent: “Jésus est rejeté en Galilée” (3, 7 - 6, 6a).
Titre qui se nuance très fortement si l’on suit le déroulement de l’Evangile tout au long de ce 2ème grand épisode.
En effet, L’Evangile enregistre d’abord un certain nombre de réponses positives à Jésus (3, 7
- 19a, où se situe notre page), puis il fait état de réponses négatives (3, 19b - 35), avant de nous proposer tout un ensemble de pages sur les Paraboles de Jésus et leurs explications (4, 1
- 34), de nous relater 3 actions miraculeuses (4, 35 - 5, 43), et de conclure très négativement sur le rejet de Jésus par son peuple (6, 1 - 6a).
2. Message
Dans le cadre des réponses positives évoquées ci-dessus, notre page nous montre l’engouement des foules, qui, de Palestine et d’au-delà du pays, se précipitent vers Jésus, au point qu’il ne peut parler à tous ces gens qu’en se mettant à distance, dans une barque au bord du lac.
La raison de cette attraction vers Jésus, est, sans aucun doute, la réputation de guérisseur de Jésus, ainsi que la libération de ceux qui sont possédés d’un esprit du Mal qui les habite, esprits auxquels Jésus défend, une fois de plus, de le faire connaître en qualité de “Fils de Dieu”.
On considère volontiers ce passage comme une transition tournée vers l’enseignement en paraboles, qui va bientôt suivre. Cependant, bien qu’il s’agisse d’un “sommaire”, ce passage est porteur d’un message important nous présentant l’origine des gens qui viennent à Jésus, et son interdiction renouvelée aux esprits mauvais de proclamer son identité véritable, qui ne sera affirmée publiquement qu’au moment de sa mort sur la croix par le témoignage du centurion romain présent à sa crucifixion (Marc, 15, 39).
3. Decouvertes
Au verset 7, dire que Jésus se retire ne signifie pas qu’il fuit la région, mais tout simplement qu’il se déplace hors de sa base de Capharnaüm, vers un autre endroit, près du lac.
Au verset 7, des gens viennent effectivement de partout, y compris des pays étrangers voisins. Seule la Samarie n’est pas mentionnée, et il sera question des villes de la Décapole en 5, 20. Il y avait, à cette époque, un certain nombre de Juifs qui résidaient dans les pays voisins.
Au verset 8, ce n’est plus Jésus qui va vers des hommes pour les rencontrer et les appeler, comme cela avait été le cas avec les premiers disciples. Il est maintenant le “centre d’attraction” pour tous ces gens.
Au verset 9, Il nous est précisé que Jésus a guéri “beaucoup” de malades, mais cela ne veut pas nécessairement dire “tous”.
A propos du verset 12, voir 1, 25. 39. Ce n’est pas la première fois que Jésus demande aux démons de se taire sur son identité.
4. Prolongement
Aujourd’hui, nous, les chrétiens, qui sommes désormais l’unique visibilité humaine de Jésus, comment attirons-nous vers son Evangile ?
Si nous rayonnons son message, et son image, dans une vie de foi qui agit par la charité (Galates, 5, 6), nous le rendons présent à travers nos gestes et comportements.
Donnons-nous assez de place, dans tous nos engagements d’hommes et de femmes, à l’originalité chrétienne qui nous anime intérieurement, et dont nous devons témoigner de façon claire et visible ?
Prière
*Seigneur Jésus, c’est parce que tu es venu à nous, pour nous conduire au Père, en nous délivrant de notre péché et de toute victoire du Mal dans notre existence, que tu es devenu celui qui nous attire de sa Lumière et de sa Vérité totales, et qui nous appelle à le rejoindre et à le suivre : mets en moi davantage de simplicité et d’ouverture du coeur, pour que je n’oublie jamais, au cours de mes journées, cette priorité absolue qui est de vivre avec toi et pour toi, qui t’es rendu le plus proche de moi, et demeure en moi par ton Esprit Saint. AMEN.
22.01.2004.*