📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Samuel 15, 16-28

DU 1er LIVRE DE SAMUEL

Texte

16 Samuel dit à Saül: Arrête, et je te déclarerai ce que l’Éternel m’a dit cette nuit. Et Saül lui dit: Parle!
17 Samuel dit: Lorsque tu étais petit à tes yeux, n’es-tu pas devenu le chef des tribus d’Israël, et l’Éternel ne t’a-t-il pas oint pour que tu sois roi sur Israël?
18 L’Éternel t’avait fait partir, en disant: Va, et dévoue par interdit ces pécheurs, les Amalécites; tu leur feras la guerre jusqu’à ce que tu les aies exterminés.
19 Pourquoi n’as-tu pas écouté la voix de l’Éternel? pourquoi t’es-tu jeté sur le butin, et as-tu fait ce qui est mal aux yeux de l’Éternel?
20 Saül répondit à Samuel: J’ai bien écouté la voix de l’Éternel, et j’ai suivi le chemin par lequel m’envoyait l’Éternel. J’ai amené Agag, roi d’Amalek, et j’ai dévoué par interdit les Amalécites;
21 mais le peuple a pris sur le butin des brebis et des boeufs, comme prémices de ce qui devait être dévoué, afin de les sacrifier à l’Éternel, ton Dieu, à Guilgal.
22 Samuel dit: L’Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l’obéissance à la voix de l’Éternel? Voici, l’obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l’observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers.
23 Car la désobéissance est aussi coupable que la divination, et la résistance ne l’est pas moins que l’idolâtrie et les théraphim. Puisque tu as rejeté la parole de l’Éternel, il te rejette aussi comme roi.
24 Alors Saül dit à Samuel: J’ai péché, car j’ai transgressé l’ordre de l’Éternel, et je n’ai pas obéi à tes paroles; je craignais le peuple, et j’ai écouté sa voix.
25 Maintenant, je te prie, pardonne mon péché, reviens avec moi, et je me prosternerai devant l’Éternel.
26 Samuel dit à Saül: Je ne retournerai point avec toi; car tu as rejeté la parole de l’Éternel, et l’Éternel te rejette, afin que tu ne sois plus roi sur Israël.
27 Et comme Samuel se tournait pour s’en aller, Saül le saisit par le pan de son manteau, qui se déchira.
28 Samuel lui dit: L’Éternel déchire aujourd’hui de dessus toi la royauté d’Israël, et il la donne à un autre, qui est meilleur que toi.

Commentaire

1. Situation

Les 2 Livres de Samuel s’occupent de la période durant laquelle deux événements importants se déroulent en Israël : l’un est l’apparition du prophétisme avec l’émergence de Samuel comme prophète pour tout le peuple d’Israël, l’autre est l’institution de la royauté.

Ainsi le 1er Livre commence immédiatement avec l’entrée en scène de Samuel, et le 2nd se termine juste à la veille du tansfert de la royauté de David à son fils Salomon, dans le cadre d’une succession dynastique.

Ce qui est en jeu dans ces 2 Livres, c’est, d’une part, la survivance et la stabilité d’Israël en tant que peuple unifié et nation, et, d’autre part, la continuité de la compréhension que ce peuple a de lui-même comme “peuple de Dieu”, porteur de la promesse de Dieu à Abraham et de l’Alliance conclue à l’époque de Moïse.

Ces Livres traitent successivement :

  • du changement qui se produit en Israël, lié à l’apparition de Samuel et au rôle que l’on veut faire jouer à l’Arche d’alliance (1 Samuel, 1, 1 - 7, 17),
  • de l’avènement de la royauté avec le choix de Saül (I Samuel, 8, 1 - 12, 25),
  • de la lente stabilisation de la royauté avec la décadence de Saül et la montée de David (1 Samuel,13, 1 - 2 Samuel, 5, 10),
  • de la centralisation du royaume sur Jérusalem (2 Samuel, 5, 11 - 12, 31),
  • des essais infructueux pour renverser David (2 Samuel, 13, 1 - 20, 25),
  • de la préparation par David de sa succession (2 Samuel, 21, 1 - 24, 25).

Dans la 3ème partie des Livres de Samuel. où nous nous trouvons avec ce passage (1 Samuel, 13,1 - 2 Samuel, 5, 10), et qui se caractérise par une lente mise en place de la royauté, nous voyons le système royal s’établir à travers, d’une part. le déclin de Saül, et, d’autre part, la montée de David.

Période très troublée, s’il en est, car les deux hommes vont s’affronter dans un combat quasi permanent qui va durer jusque après la mort de Saül, et ce n’est qu’au chapitre 5 du 2ème Livre de Samuel, que David sera, de façon indiscutable et ferme, roi reconnu par les 12 tribus d’Israël.

2. Message

Notre texte sur le rejet de Saül par Samuel, au nom de Yahvé Dieu, est pratiquement le dédoublement d’un premier récit (13, 1 - 15a), dans lequel Saül s’entend déjà dire par Samuel que sa royauté ne tiendra pas, et que Yahvé s’est déjà choisi un homme selon son coeur, et l’a institué chef de son peuple (1 Samuel, 13, 14).

Le motif en est qu’en raison d’un retard de Samuel à rejoindre Saül dans les délais prévus, ce dernier s’est permis de ne pas attendre davantage pour offrir l’holocauste à Yahvé à Gilgal, pour apaiser le Seigneur alors que les Philistins étaient menaçants.

Cette fois, après avoir vaincu complètement les Amalécites lors d’une guerre d’anéantissement demandée par Dieu, Saül n’est pas allé jusqu’au bout de l’ordre qu’il avait reçu de pratiquer l’anathème, c’est-à-dire de tout détruire immédiatement. Il a épargné le roi des Amalécites, fait prisonnier, ainsi que le meilleur du butin en bétail, sous le prétexte de l’offrir en sacrifice à Yahvé.

Ce rejet de Saül, à deux reprises, en deux situations, dont la seconde ne constitue pas une avancée par rapport à la première, s’explique par l’importance affirmée de la dimension absolue et immédiate de l’obéissance aux ordres de Dieu, pour les milieux prophétiques que représente ici Samuel.

Selon ces milieux prophétiques, dont la tradition se retrouve dans ces pages, la Parole de Dieu est absolue, et rien ne doit venir en empêcher l’éxécution. Aucun motif, aucune explication ne sont admis pour ne pas aller jusqu’au bout d’un ordre précis et formel du Seigneur. Saül n’a pas obéi à la lettre à un ordre spécifique de Yahvé, et c’est pourquoi il est rejeté.

Aux versets 26 - 28, Samuel ajoutera que la royauté sera déchirée de dessus Saül, comme le manteau de Samuel s’est déchiré, quand Saül a essayé de le retenir.

Vient alors l’affirmation solennelle de la grande formule prophétique : Dieu ne prend plaisir qu’à l’obéissance à sa Parole. L’obéissance vaut mieux que le sacrifice.

3. Decouvertes

Ce passage est l’un des plus dramatiques des Livres de Samuel et de tout l’Ancien Testament.

Saül est mis en face d’un événement qu’il ne peut dominer. Samuel, malgré son affection pour le héros qu’il a fait roi de par Yahvé, doit lui signifier, de par Yahvé, sa déchéance, et son rejet, ce dont il portera le deuil (16, 1).

L’anathème entraîne la destruction totale en l’honneur de la divinité.

Les paroles du verset 22 sont du meilleur style prophétique : voir leur reprise en Isaïe, 1, 11 - 17; Osée, 6, 6; Michée, 6, 6 - 8; Jérémie, 6, 20. Jésus fait de même en Matthieu 9, 13.

Au verset 23, la désobéissance à Yahvé est considérée comme aussi, sinon plus, grave que de se livrer à l’idolâtrie. Elle est péché de divination, laquelle est interdite formellement par la Loi (Nombres, 23, 23 et Deutéronome, 18, 10).

Les versets 27- 28, sur la déchirure de la royauté remise à un autre, seront repris en 1 Rois, 11, 30 - 31, suite au péché de Salomon.

4. Prolongement

Jésus a été obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix, à laquelle il a été condamné parce qu’il venait libérer ses contemporains d’une certaine conception de la Loi.

Pour lui, la Loi est au service de l’homme, et non l’inverse. Ce qui ne l’empêche pas de “dépasser” la Loi par une exigence quasi infinie de miséricorde, d’amour et de pardon sans limites, dans un esprit de gratuité absolue (Matthieu, 5, 17 - 47).

Nous avons à constater, et à accepter que les images que les croyants ont eues de Dieu à travers la Bible ont évolué jusqu’à Jésus, qui les a radicalement transformées. Pour lui, et pour nous après lui, Dieu n’est plus celui qui demande l’anéantissement des ennemis en les vouant à l’anathème. “Aimez-vos ennemis”, a dit .Jésus, qui a demandé, ensuite, le pardon de Dieu pour ses bourreaux (Matthieu, 5, 43 - 44 et Luc, 23, 34).

Lorsque Paul emploie la formule “qu’il soit anathème ” ! (Galates, 1, 9 et 1 Corinthiens, 16, 22), ce n’est plus, semble-t-il, qu’une violence oratoire. En effet, lorsqu’il envisage une “peine” à l’encontre d’une personne dans la communauté, qui a très gravement péché publiquement (cas d’inceste, par exemple), il cherche, en définitive, le salut du pécheur (1 Corinthiens, 5, 5 et 11, 30 - 32).

En revanche, le cas d’Ananie et Sapphire frappés sur le champ par Dieu devant Pierre et la communauté, pour avoir menti à l’Eglise, donc à l’Esprit-Saint qui l’habite, en choisissant de se situer comme Satan l’adversaire, est unique dans le Nouveau Testament (Actes,5, 1 - 11). Cas extrême, dont le seul but serait de souligner le rôle d’autant plus important de la communauté, à laquelle Jésus ressuscité s’identifie ?

Prière

*Seigneur Jésus, tu n’es venu en ce monde, nous as-tu dit, que pour faire la volonté du Père, dont tu déclarais qu’elle était ta nourriture, et tu attends de nous que nous t’imitions dans un comportement semblable au tien, car c’est ainsi que tu nous appelles à aimer Dieu de tout notre coeur, lui qui nous demande alors d’aimer notre prochain comme nous-mêmes : aide-moi à pratiquer ton obéissance au Père en toutes circonstances, et à toujours me tourner vers mes frères et soeurs dans une attitude de miséricorde, à la façon de Dieu notre Père, dont tu nous as révélé et manifesté l’infinie miséricorde. AMEN.

19.01.2004.*

Évangile : Marc 2, 18-22

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

18 Les disciples de
Jean et les Pharisiens étaient en train de jeûner, et on vient lui dire :
” Pourquoi les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens
jeûnent-ils, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? “
19 Jésus
leur dit : ” Les compagnons de l’époux peuvent-ils jeûner pendant que
l’époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’époux avec eux, ils ne peuvent
pas jeûner.
20 Mais viendront des jours où l’époux leur sera
enlevé ; et alors ils jeûneront en ce jour-là.
21 Personne ne
coud une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement ; autrement, la pièce
neuve tire sur le vieux vêtement et la déchirure s’aggrave.
22
Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ;
autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien
que les outres. Mais du vin nouveau dans des outres neuves ! “

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Notre passage se situe dans la 1ère étape du ministère de Jésus, qui se déroule en Galilée.

2. Message

Jésus, en dépit de la grande popularité qu’il connaît au début de son ministère, continue de surprendre par l’originalité de sa prédication, et la liberté qu’il prend avec un certain nombre de pratiques du Judaïsme : il ose déclarer le pardon des péchés de ceux qui s’adressent à lui, il appelle à sa suite, comme disciple, un publicain, et se permet de manger avec des pécheurs publics. C’est ainsi qu’on vient maintenant lui demander pourquoi ses disciples ne jeûnent pas, comme ceux des Pharisiens.

Jésus répond que sa présence et sa venue apportent un changement total dans la relation que l’on doit avoir avec Dieu et les autres hommes : le jeûne ne peut plus avoir la même signification qu’auparavant, et il n’y a aucune raison de jeûner lorsque lui-même est là.

L’audace de Jésus est ici très grande : non seulement il se compare à l’époux (image qui rappelle les relations de Dieu avec son peuple) et prétend que sa présence crée une situation de “Fête” de noces, mais encore il précise que la nouveauté qu’il nous offre représente un tel changement qu’elle ne peut s’accomoder des structures anciennes et ne peut s’adapter à elles. Avec lui, il faut absolument tout renouveler : aussi bien le tissu du vêtement qu’il propose, que les outres qui vont recevoir son vin nouveau, doivent être changés.

3. Decouvertes

Tous les Juifs devaient jeûner à certaines dates : en conséquence, le jeûne dont il est ici question vise des séances supplémentaires, et facultatives, de jeûne que certains Juifs pratiquaient par piété.

Par les images qu’il emploie, Jésus indique, on ne peut plus nettement, l’incompatibilité absolue des anciennes pratiques religieuses Juives avec la situation nouvelle qu’il révèle et vient mettre en place par sa seule présence, et sa mission prophétique bien particulières.

L’allusion à l’enlèvement et à la disparition de l’Epoux attire déjà notre attention vers la mort de Jésus, à laquelle ses comportements radicalement nouveaux, et de fait inacceptés, vont rapidement le conduire.

4. Prolongement

Lorsqu’il parle du jeûne (qu’il a lui-même pratiqué pendant 40 jours au désert, avant de se lancer dans sa mission publique ), Jésus le situe comme une manière secrète de vivre une relation de qualité avec Dieu, auquel on s’ouvre alors totalement, pour lui exprimer ainsi à quel point on attend tout de lui :

16 ” Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.

17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,

18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

Prière

*SEIGNEUR JESUS, C’EST VRAIMENT UNE CREATION NOUVELLE DE NOTRE REALITE LA PLUS PROFONDE ET LA PLUS INTERIEURE, QUE TU ES VENU ACCOMPLIR EN NOUS, POUR NOUS TRANSFORMER RADICALEMENT A TON IMAGE, ET NOUS FAIRE DEVENIR FILS DU PERE, PARTICIPANTS DE LA NATURE DIVINE, AINSI QUE DE SON ROYAUME DE GLOIRE : NE PERMETS PAS QUE J’OUBLIE LA DIMENSION DE NOUVEAUTE ABSOLUE QUE TU AS ETABLIE, UNE FOIS POUR TOUTES, EN TA MORT-RESURRECTION, ET QUE TU NOUS PROPOSES ET REPROPOSES CHAQUE JOUR PAR TON ESPRIT SAINT, DONNE-MOI UN COEUR CAPABLE DE S’EMERVEILLER TOUJOURS DEVANT LA MAGNIFICENCE DU DON DE DIEU QUE TU NOUS REVELES ET ACCORDES GRATUITEMENT. AMEN.

20.01.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour