📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 6, 10-20
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
10 Car Dieu n’est point injuste, pour oublier ce que vous avez fait et la charité que vous avez montrée pour son nom, vous qui avez servi et qui servez les saints.
11 Nous désirons seulement que chacun de vous montre le même zèle pour le plein épanouissement de l’espérance jusqu’à la fin ;
12 de telle sorte que vous ne deveniez pas nonchalants, mais que vous imitiez ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses.
13 En effet, lorsqu’il fit la promesse à Abraham, Dieu, ne pouvant jurer par un plus grand, jura par lui-même,
14 en disant : Certes, je te comblerai de bénédictions et je te multiplierai grandement.
15 C’est ainsi qu’Abraham, ayant persévéré, vit s’accomplir la promesse.
16 Les hommes jurent par un plus grand, et, entre eux, la garantie du serment met un terme à toute contestation.
17 Aussi Dieu, voulant bien davantage faire voir aux héritiers de la promesse l’immutabilité de son dessein, s’engagea-t-il par un serment,
18 afin que, par deux réalités immuables, dans lesquelles il est impossible à un Dieu de mentir, nous soyons puissamment encouragés - nous qui avons trouvé un refuge - à saisir fortement l’espérance qui nous est offerte.
19 En elle, nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par-delà le voile,
20 là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus, devenu pour l’éternité grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech.
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe au début de la 3ème partie de cette homélie, à la fin d’une longue introduction.
2. Message
Notre page se situe à la fin d’une longue introduction (5, 11 - 6, 9) de la 3ème partie de cette homélie, laquelle développe les caractéristiques essentielles du sacerdoce du Christ en toute sa nouveauté (5, 11 - 10, 39).
L’auteur vient de faire constater à ses correspondants qu’ils sont devenus lents à comprendre le message, et donc ne sont guère adultes en leur foi, et c’est pourquoi il en rappelle les données essentielles (5, 11 - 6, 9), pour qu’ils en produisent les fruits attendus, signes du salut de Dieu qu’ils accueillent en leur vie.
En effet, Dieu, qui est bon et juste, tient compte de notre réponse à son appel. Que donc cette réponse continue de grandir dans la foi et la persévérance.
D’autre part, Dieu s’est engagé gratuitement et solennellement, sur lui-même, et en vérité, en renouvelant par un serment la promesse de bénédiction qu’il avait faite à Abraham, promesse qui s’est réalisée pour le patriarche. Dieu s’est ainsi doublement engagé, par sa promesse intiale, et par le serment par lui-même de Genèse, 22, 16.
N’hésitons donc pas à marcher selon l’espérance qu’il nous a proposée, et qui est telle une ancre, qu’avec la force de Dieu, nous avons jetée dans l’espace de son Royaume céleste, et à laquelle nous devons demeurer solidement attachés, à la suite de Jésus, qui est entré le premier dans ce Royaume de Dieu, Jésus, véritable Grand Prêtre, Pontife, lien et passage pour l’Eternité, dans la mesure où, d’après notre auteur, il est Grand Prêtre “à la façon de Melchisédek” (comme cela va nous être expliqué ensuite).
3. Decouvertes
Ainsi parvenons-nous au terme d’une admonition, qui s’est déroulée en deux exhortations directes (5, 11 - 6, 3 et 6, 4 - 12), avant de nous offrir, une fois de plus, l’assurance, fondée sur l’Ecriture, que nous pouvons compter sur Dieu, et nous fier entièrement à sa Parole (6, 13 - 20).
Au verset 10, notre espérance pour l’avenir se fonde sur l’expérience de notre générosité, vécue dans le passé.
Au verset 13, le rappel du serment fait par Dieu à Abraham, en Genèse, 22, 16 - 17, anticipe une réflexion en Hébreux, 7, 20 - 25, sur le serment divin, auquel fait encore référence le psaume 110, 4.
La solidité de la Parole de Dieu, qui ne change pas, est affirmée plusieurs fois dans la Bible, en Nombres, 23, 19; 1 Samuel, 15, 29; Psaume 89, 35; Isaïe, 40, 8; Jérémie, 4, 28.
L’image de “l’ancre”, inconnue dans la littérature Biblique d’avant cette Lettre aux Hébreux, est classique dans la littérature grecque. Cette image d’un “accrochage” stable est cependant liée au “mouvement” de l’entrée de Jésus, en tant que notre Grand Prêtre, dans le Royaume de Dieu, et comme précurseur de la propre entrée que nous y ferons, grâce à lui et au salut de Dieu qu’il nous donne.
4. Prolongement
6 Jésus lui dit : ” Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi
10 sachez-le bien, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus Christ le Nazôréen, celui que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts, c’est par son nom et par nul autre que cet homme se présente guéri devant vous.
11 C’est lui la pierre que vous, les bâtisseurs, avez dédaignée, et qui est devenue la pierre d’angle.
12 Car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. ”
37 Et le Père qui m’a envoyé, lui, me rend témoignage. Vous n’avez jamais entendu sa voix, vous n’avez jamais vu sa face,
38 et sa parole, vous ne l’avez pas à demeure en vous, puisque vous ne croyez pas celui qu’il a envoyé.
39 Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage,
40 et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !
Prière
*Seigneur Jésus, toi seul es le chemin de vérité et de vie qui nous conduit au Père, en nous rendant capables, comme fils avec toi, de partager ta propre gloire et ta vie éternelle : donne-moi de ne jamais me séparer, ni m’écarter de toi, dans la conviction que je ne puis rien faire sans demeurer en toi, et que, dans la foi, et la grâce de ton Esprit-Saint, dont elle est inséparable, je me trouve place pour toujours à tes côtés, face au Père, et à tous mes frères et sœurs. AMEN.
21.01.2003.*
Évangile : Marc 2, 23-28
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
23 Et il advint qu’un jour de sabbat il passait à travers les moissons et ses
disciples se mirent à se frayer un chemin en arrachant les épis.
24 Et les Pharisiens lui disaient: ” Vois! Pourquoi font-ils le jour du
sabbat ce qui n’est pas permis ? “
25 II leur dit: ” N’avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu’il fut dans le
besoin et qu’il eut faim, lui et ses compagnons,
26 comment il entra dans la demeure de Dieu, au temps du grand prêtre
Abiathar, et mangea les pains d’oblation qu’il n’est permis de manger qu’aux
prêtres, et en donna aussi à ses compagnons ? “
27 Et il leur disait: ” Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme
pour le sabbat,
28 en sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. “
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”.
Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Dans le 3ème temps de la révélation de Jésus manifestant son autorité en Galilée, premier grand épisode de l’Evangile de Marc (1, 16 - 3, 6), suite à l’appel des 4 premiers disciples, et aux 5 événements de Capharnaüm, regroupés en presque une journée, nous retrouvons Jésus déjà engagé dans une série de 5 conflits ou controverses (2, 1 - 3, 6).
La première de ces 5 controverses portait sur son affirmation que le Fils de l’homme a sur terre le pouvoir de remettre les péchés, associée à la guérison d’un paralytique (2, 1 - 12).
Après une 2ème controverse, liée à son appel du publicain Lévi (2, 13 - 17), Jésus a dû ensuite expliquer pourquoi ses disciples n’étaient pas tenus de jeûner, face à la nouveauté de sa présence et de sa mission (2, 18 - 22).
Avec notre page, nous abordons maintenant un 4ème conflit avec les Scribes et les Pharisiens portant, cette fois, sur la mise en application du commandement sur le Sabbat.
2. Message
Les Pharisiens contestent un geste des disciples de Jésus, qu’ils interprètent comme une violation de la Loi sur le Sabbat.
La réponse de Jésus se fait en deux temps : d’abord, par analogie avec une situation vécue par David dans l’ Ancien Testament, alors qu’il avait faim et qu’il obtint alors, d’un prêtre, de la nourriture réservée aux seuls prêtres, et ce, contrairement aux prescriptions de la Loi (1 Samuel, 21, 1 - 6).
S’il n’est pas question directement du Sabbat dans cet événement de l’ Ancien Testament que rappelle Jésus, il s’y trouve, cependant, un principe sous-jacent, et qui semble très important pour “relativiser” la Loi, à savoir que la Loi ne peut s’opposer à la nécessité.
Ce qu’on pourrait, en l’interprétant de façon plus élargie, traduire par : La Loi est faite pour l’homme et non pas l’homme pour la Loi.
Aux versets 27 - 28, Jésus proclame explicitement cette destination du Sabbat, qui est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le Sabbat. C’est bien là une affirmation on ne peut plus radicale de Jésus, qui, en même temps, déclare sous forme de principe, ce qui a été, et sera toujours, sa pratique personnelle (voir 1, 21 - 28 et 3, 1 - 6).
Et c’est cela qu’il vient nous révéler en tant que Fils de l’homme, qui propose la Loi Nouvelle des “temps accomplis”, où paraît le Royaume de Dieu. Jésus déclare solennellement qu’il lui appartient, à lui, le Fils de l’homme, d’interpréter ainsi, à nouveaux frais, la Loi sur le Sabbat.
3. Decouvertes
Au verset 24, les Pharisiens considèrent que les disciples de Jésus font plus ou moins “la moisson” le jour du Sabbat.
Selon 1 Samuel, 21, 1 - 2, le Grand Prêtre concerné par le rappel de Jésus est Ahimélech, qui était le Père d’ Abiathar.
Au verset 25, selon Lévitique, 24, 5 - 9, douze gâteaux étaient disposés en 2 rangées devant Dieu dans le sanctuaire. Ces gâteaux étaient, par la suite, consommés par les seuls prêtres. C’est ce qu’on appelait les “pains de la Présence”.
4. Prolongement
Jésus nous a libérés de la Loi vécue pour elle-même, pour la dépasser dans l’exigence de la Vérité et de l’Amour gratuit et miséricordieux. Pour lui, quand il s’agit de rendre un service important à un frère, la Loi ne saurait jamais être un obstacle, et il nous dit ici qu’il en va de même, en cas de nécessité, quand il n’y a pas moyen de faire autrement.
Cependant, cette libération, cette liberté, que le Christ nous rend dans le don de son Esprit après sa résurrection, ne doivent jamais devenir pour nous le choix de la facilité ou de nos aises. Ecoutons Paul sur ce point :
1 C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage.
13 Vous en effet, mes frères, vous avez été appelés à la liberté; seulement, que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair; mais par la charité mettez-vous au service les uns des autres.
14 Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
15 Mais si vous vous mordez et vous vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous allez vous entre-détruire.
16 Or je dis: laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle.
17 Car la chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez.
18 Mais si l’Esprit vous anime, vous n’êtes pas sous la Loi.
19 Or on sait bien tout ce que produit la chair: fornication, impureté, débauche,
20 idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions,
21 sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses semblables -et je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n’hériteront pas du Royaume de Dieu.
22 -Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres,
23 douceur, maîtrise de soi: contre de telles choses il n’y a pas de loi.
24 Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises.
25 Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse agir .
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as libérés de la Loi pour que nous vivions selon les exigences de ta vérité que nous garantit la présence de ton Esprit Saint, mais cette libération doit devenir un affranchissement de nous-mêmes pour nous attacher totalement à toi, qui est la source de toute authentique liberté, et sans qui nous ne pouvons rien faire ni recevoir la vraie vie selon Dieu : aide-moi à ne désirer que de vivre en ta présence en demeurant en toi, qui demeures en moi, et qui, par ton Esprit me conduis partout, sur les sentiers de la volonté du Père, ainsi que dans le domaine de l’amour, de ce véritable amour qui vient de lui, jusqu’à moi, par ton intermédiaire. AMEN.
20.01.2004.*