📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 7, 1-17
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
1 En effet, ce Melchisédek, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très Haut, -qui alla au-devant d’Abraham lorsqu’il revenait de la défaite des rois, qui le bénit,
2 et à qui Abraham donna la dîme de tout, -qui est d’abord roi de justice, d’après la signification de son nom, ensuite roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix, -
3 qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n’a ni commencement de jours ni fin de vie, -mais qui est rendu semblable au Fils de Dieu, -ce Melchisédek demeure sacrificateur à perpétuité
…
15 Cela devient plus évident encore, quand il paraît un autre sacrificateur à la ressemblance de Melchisédek, .
16 institué, non d’après la loi d’une ordonnance charnelle, mais selon la puissance d’une vie impérissable; .
17 car ce témoignage lui est rendu: Tu es sacrificateur pour toujours Selon l’ordre de Melchisédek. .
.
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe dans la 3ème partie de cette homélie.
2. Message
L’auteur renvoie ici à la figure énigmatique de Melchisédek pour trouver dans l’Ancien Testament une anticipation du profil de Grand Prêtre réalisé pâr Jésus.
Il invoque à ce propos un certain nombre de points de comparaison.
Il insiste d’abord sur l’origine inconnue de Melchisedek (à comparer avec l’origine mystérieuse de Jésus, qui vient de Dieu).
Il cite également les titres attachés au nom de Melchisédek, “roi de justice” et “roi de paix” (Jésus seul nous transmet la justice et la paix de Dieu).
Il suggère que Melchisédek ne semble pas appartenir à l’histoire de ce monde et donc qu’il ne peut mourir (Jésus, ressuscité des morts, ne meurt plus et n’a donc pas besoin d’un autre Grand Prêtre pour lui succéder).
Enfin, Melchisédek est celui à qui Abraham (portant en lui sa descendance à venir des prêtres Lévitiques) a rendu hommage en lui payant la dîme (Jésus n’est-il pas le seul vers qui convergent tous les gestes et toutes les paroles signifivcatives de l’Ancien Testament, celui en qui tout s’accomplit ?).
3. Decouvertes
Ce passage n’est qu’un court extrait (comportant lui-même des coupures) de l’ensemble 7, 1 - 28, qui nous offre une ouverture sur le sacerdoce de Jésus à partir de la figure de Melchisédek, dans le cadre d’une réflexion sur des textes de la Bible le concernant.
Il s’appuie sur les deux passages de l’Ancien Testament qui parlent de Melchisédek, à savoir un verset du psaume 110 ainsi que l’épisode, au livre de la Génèse, de la rencontre d’Abraham et de Melchisédek (Genèse, 14, 17 - 20).
Les étymologies du Nom de Mekchisédek que propose notre texte sont techniquement incorrectes, bien que courantes chez les interprètes Juifs de la Bible au 1er siècle.
De nombreux textes non-bibliques de l’époque précédant immédiatement l’arrivée de Jésus dans l’histoire contiennent beaucoup de spéculations ou de théories sur le personnage de Melchisédek. Certains l’identifient à un ange chargé de rendre la justice, ou même à l’Archange Michel.
Notre passage suggère très nettement une opposition entre un sacerdoce selon une filiation humaine (le sacerdoce Juif Lévitique) et un sacerdoce établi dans le cadre d’une vie impérissable et donc sans filiation ni succession (celui de Jésus ressuscité des morts, au terme de l’accomplissement du salut de Dieu).
4. Prolongement
C’est ce sacerdocede Jésus qu iest d’abord transmis à tous ceux qui ont été baptisés en sa mort - résurrection et le don de l’Esprit Saint. Il s’inscrit dans le don de filiation divine qui nous est fait en nous faisant participer à l’héritage du Christ en qualité de fils adoptifs.
Et ce sacerdoce de tous les chrétiens, croyants et disciples de Jésus, au service duquel sont les “ministres ordonnés” (non pas de type sacerdotal en ce sens, mais de serviteurs “en tant qu’anciens de la communauté”) est donc reçu de Dieu et nous fait avoir part à la double appartenance de Jésus-Grand Prêtre.
Comme lui, nous sommes ainsi totalement du côté de Dieu par notre attachement à Jésus Christ présent en nous dans l’Esprit Saint, et totalement du côté de nos frères et soeurs les hommes et les femmes de notre temps, dont nous sommes solidaires. et ainsi, à la façon de Jésus, Juif laïc de son temps, nous rendons à Dieu le culte en esprit et en vérité de notre “OUI” engagé pour lui d’abord en toutes situations :
1 Pierre
2.9 Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière,
2.10 vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu, vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde.
Prière
*Seigneur Jésus, réapprends moi sans cesse davantage à te suivre en vivant de toi et en cherchant à toujours mieux t’imiter en toutes mes attitudes. AMEN.
19.01.2005.*
Évangile : Marc 3, 1-6
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
1 Il entra de nouveau dans une synagogue, et il y avait là un homme qui avait la main desséchée.
2 Et ils l’épiaient pour voir s’il allait le guérir, le jour du sabbat, afin de l’accuser.
3 Il dit à l’homme qui avait la main sèche : ” Lève-toi, là, au milieu. “
4 Et il leur dit : ” Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien plutôt que de faire du mal, de sauver une vie plutôt que de la tuer ? ” Mais eux se taisaient.
5 Promenant alors sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leur cœur, il dit à l’homme : ” Étends la main. ” Il l’étendit et sa main fut remise en état.
6 Étant sortis, les Pharisiens tenaient aussitôt conseil avec les Hérodiens contre lui, en vue de le perdre.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe à la fin de la 1ère étape du ministère de Jésus, qui se déroule en Galilée.
2. Message
Les affaires commencent à se gâter pour Jésus, à cause de la nouveauté de son message et de son comportement. Déjà, dans le passage qui précède immédiatement cette page, Jésus avait répondu que la nécessité l’emporte sur la Loi du Sabbat, lorsque des Pharisiens lui avaient reproché de laisser ses disciples froisser des épis un jour de Sabbat. Et Jésus avait, à cette occasion, prononcé une phrase très forte : “Le Sabbat est fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le Sabbat”.
Le débat sur ce sujet reprend de plus belle aujourd’hui, dans une synagogue de Galilée, un autre jour de Sabbat. où se trouve un homme dont la main est paralysée. Jésus va-t-il ou non le guérir, alors qu’il se rend compte que des gens l’épient et sont prêts à l’accuser ?
Remarquons son attitude à la fois franche et provoquante : il fait venir le malade au milieu de l’Assemblée, et demande à l’assistance s’il est permis de faire le bien en faveur de quelqu’un un jour de Sabbat. Comme personne ne lui répond, il guérit immédiatement le malade.
Comme c’est la deuxième fois que Jésus, pour ces Pharisiens, “viole” la Loi du Sabbat, ils se concertent avec des Hérodiens pour comploter sa mort. Cependant Jésus avait maintenu avec force sa position, et c’est avec un regard de colère qu’il avait “tancé” ses adversaires dans la synagogue.
3. Decouvertes
La guérison de cet homme à la main desséchée se trouve moins présentée comme un récit de miracle que comme une occasion offerte à Jésus pour se démarquer des Pharisiens, à propos de l’observation du Sabbat.
Jésus, au verset 4, contraste le “bien” qu’il va faire à l’homme souffrant, avec la malveillance de ses adversaires (qui lui veulent du mal et pensent déjà à le tuer).
La Loi du Sabbat ne s’appliquait pas en cas de danger de mort.Ce n’est donc pas une telle situation que rencontre ici Jésus, qui estime que toute bonne action, en faveur d’un frère ou d’une soeur de notre race humaine, l’emporte sur la Loi du Sabbat.
Les Hérodiens sont des partisans d’Hérode, le Tétrarque de Galilée, qui avait fait arrêter et emprisonner Jean-Baptiste, et qui le fera tuer (6, 15).
Avec cette page de l’Evangile de Marc, nous assistons à la cinquième et dernière des controverses sucitées autour de Jésus, en cette première partie de son ministère, qui se termine avec notre texte : à propos du pardon des péchés par Jésus, de sa participation à un repas avec des pécheurs, du jeûne qu’il ne fait pas accomplir par ses disciples, et de ces deux non observations consécutives de la Loi du Sabbat (2, 1 - 3, 6).
Dans cet Evangile de Marc, nous constatons que Jésus risque sa vie dès le début de son ministère. C’est ainsi qu’il se comporte en “Fils de Dieu”.
4. Prolongement
De telles controverses, à propos de Jésus, de son action de salut des hommes, ainsi que de son message, ont continué, après sa résurrection, et continuent jusqu’à notre époque présente. Nous en lisons des échos dans le Nouveau Testament :
18 Ils (les chefs des Juifs, les grands prêtres et les scribes) les rappelèrent donc et leur défendirent de souffler mot et d’enseigner au nom de Jésus.
19 Mais Pierre et Jean de leur rétorquer : ” S’il est juste aux yeux de Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu, à vous d’en juger.
20 Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu. ”
21 Puisqu’en en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie du message qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants.
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
Prière
*SEIGNEUR JESUS, LA BONNE NOUVELLE DU ROYAUME DE DIEU, QUE TU AS INAUGURE POUR NOUS, UNE FOIS POUR TOUTES, EN TA MORT-RESURRECTION ET LE DON DE L’ESPRIT SAINT, BONNE NOUVELLE QUE TES DISCIPLES NOUS ONT TRANSMISE, EN NOUS INVITANT A ÊTRE BAPTISES EN TOI, POUR QUE TU DEVIENNES LE “SEIGNEUR” DE NOTRE EXISTENCE, DESORMAIS VECUE POUR TOI, AVEC TOI, ET EN TOI, CETTE BONNE NOUVELLE DEMEURE, DE NOS JOURS, UN SUJET DE CONTROVERSE ET DE CONTRADICTION, DANS LA MESURE OU ELLE APPELLE UN “RETOURNEMENT” COMPLET DE NOTRE COEUR, QUI DOIT SE LAISSER “SAISIR” PAR TOI : DONNE-MOI LA FORCE DE LA PROCLAMER, A TEMPS ET A CONTRE TEMPS, DANS MA MANIERE DE VIVRE A TA FAçON, ET DANS LE COMPTE RENDU QUE J’EN FOURNIS PAR MA PAROLE, A TOUS CEUX ET TOUTES CELLES QUE JE RENCONTRE. AMEN.
22.01.2003.*