📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Samuel 17, 32-51
DU 1er LIVRE DE SAMUEL
Texte
32 David dit à Saül: Que personne ne se décourage à cause de ce Philistin! Ton serviteur ira se battre avec lui.
33 Saül dit à David: Tu ne peux pas aller te battre avec ce Philistin, car tu es un enfant, et il est un homme de guerre dès sa jeunesse.
34 David dit à Saül: Ton serviteur faisait paître les brebis de son père. Et quand un lion ou un ours venait en enlever une du troupeau,
35 je courais après lui, je le frappais, et j’arrachais la brebis de sa gueule. S’il se dressait contre moi, je le saisissais par la gorge, je le frappais, et je le tuais.
36 C’est ainsi que ton serviteur a terrassé le lion et l’ours, et il en sera du Philistin, de cet incirconcis, comme de l’un d’eux, car il a insulté l’armée du Dieu vivant.
37 David dit encore: L’Éternel, qui m’a délivré de la griffe du lion et de la patte de l’ours, me délivrera aussi de la main de ce Philistin. Et Saül dit à David: Va, et que l’Éternel soit avec toi!
38 Saül fit mettre ses vêtements à David, il plaça sur sa tête un casque d’airain, et le revêtit d’une cuirasse.
39 David ceignit l’épée de Saül par-dessus ses habits, et voulut marcher, car il n’avait pas encore essayé. Mais il dit à Saül: Je ne puis pas marcher avec cette armure, je n’y suis pas accoutumé. Et il s’en débarrassa.
40 Il prit en main son bâton, choisit dans le torrent cinq pierres polies, et les mit dans sa gibecière de berger et dans sa poche. Puis, sa fronde à la main, il s’avança contre le Philistin.
41 Le Philistin s’approcha peu à peu de David, et l’homme qui portait son bouclier marchait devant lui.
42 Le Philistin regarda, et lorsqu’il aperçut David, il le méprisa, ne voyant en lui qu’un enfant, blond et d’une belle figure.
43 Le Philistin dit à David: Suis-je un chien, pour que tu viennes à moi avec des bâtons? Et, après l’avoir maudit par ses dieux,
44 il ajouta: Viens vers moi, et je donnerai ta chair aux oiseaux du ciel et aux bêtes des champs.
45 David dit au Philistin: Tu marches contre moi avec l’épée, la lance et le javelot; et moi, je marche contre toi au nom de l’Éternel des armées, du Dieu de l’armée d’Israël, que tu as insultée.
46 Aujourd’hui l’Éternel te livrera entre mes mains, je t’abattrai et je te couperai la tête; aujourd’hui je donnerai les cadavres du camp des Philistins aux oiseaux du ciel et aux animaux de la terre. Et toute la terre saura qu’Israël a un Dieu.
47 Et toute cette multitude saura que ce n’est ni par l’épée ni par la lance que l’Éternel sauve. Car la victoire appartient à l’Éternel. Et il vous livre entre nos mains.
48 Aussitôt que le Philistin se mit en mouvement pour marcher au-devant de David, David courut sur le champ de bataille à la rencontre du Philistin.
49 Il mit la main dans sa gibecière, y prit une pierre, et la lança avec sa fronde; il frappa le Philistin au front, et la pierre s’enfonça dans le front du Philistin, qui tomba le visage contre terre.
50 Ainsi, avec une fronde et une pierre, David fut plus fort que le Philistin; il le terrassa et lui ôta la vie, sans avoir d’épée à la main.
51 Il courut, s’arrêta près du Philistin, se saisit de son épée qu’il tira du fourreau, le tua et lui coupa la tête. Les Philistins, voyant que leur héros était mort, prirent la fuite.
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres de Samuel s’occupent de la période durant laquelle deux événements importants se déroulent en Israël : l’un est l’apparition du prophétisme avec l’émergence de Samuel comme prophète pour tout le peuple d’Israël, l’autre est l’institution de la royauté.
Ainsi le 1er Livre commence immédiatement avec l’entrée en scène de Samuel, et le 2nd se termine juste à la veille du tansfert de la royauté de David à son fils Salomon, dans le cadre d’une succession dynastique.
Ce qui est en jeu dans ces 2 Livres, c’est, d’une part, la survivance et la stabilité d’Israël en tant que peuple unifié et nation, et, d’autre part, la continuité de la compréhension que ce peuple a de lui-même comme “peuple de Dieu”, porteur de la promesse de Dieu à Abraham et de l’Alliance conclue à l’époque de Moïse.
Ces Livres traitent successivement :
- du changement qui se produit en Israël, lié à l’apparition de Samuel et au rôle que l’on veut faire jouer à l’Arche d’alliance (1 Samuel, 1, 1 - 7, 17),
- de l’avènement de la royauté avec le choix de Saül (I Samuel, 8, 1 - 12, 25),
- de la lente stabilisation de la royauté avec la décadence de Saül et la montée de David (1 Samuel,13, 1 - 2 Samuel, 5, 10),
- de la centralisation du royaume sur Jérusalem (2 Samuel, 5, 11 - 12, 31),
- des essais infructueux pour renverser David (2 Samuel, 13, 1 - 20, 25),
- de la préparation par David de sa succession (2 Samuel, 21, 1 - 24, 25).
Nous continuons de lire la 3ème partie des Livres de Samuel, qui nous décrit la mise en place de la royauté en Israël (1 Samuel, 13, 1 - 2 Samuel, 5, 10), et où nous assistons à la décadence de Saül (1 Samuel, 13, 1 - 15, 35), et à la montée de David (1 Samuel, 16, 1 - 2 Samuel, 5, 10).
Poussé par le Seigneur, qui lui a reproché de pleurer Saül, Samuel est allé oindre le jeune David au milieu de ses frères (1 Samuel, 16, 1 - 13), et nous assistons maintenant à la démonstration du charisme de David (1 Samuel, 16, 4 - 18, 5), démonstration dans laquelle la victoire de David sur Goliath le Philistin tient une place centrale.
2. Message
Si nous lisons cette page selon les multiples découpages qui y furent faits pour obtenir notre lecture liturgique de ce jour, l’idée centrale en est que David monte au combat avec la force de Dieu et pour défendre la cause de Dieu.
C’est ce qu’il déclare à Saül qui le trouve trop jeune pour affronter le guerrier Philistin Goliath, et Saül finit par accepter qu’il aille ainsi lutter avec l’aide du Seigneur.
C’est ce que David proclame ensuite publiquemùent devant les troupes d’Israël et les troupes Philistines, en réponse à Goliath qui le méprise, annonçant à ce dernier, que, pous avoir insulté le Dieu des troupes d’Israêl, il va perdre son combat contre David.
Ainsi, la preuve sera faite, une fois de plus, qu’il y a un Dieu en Israël, et qui combat avec et pour son peuple.
Ce thème de la victoire de Dieu qui combat avec Israël n’est pas nouveau dans la Bible. On l’a déjà rencontré au livre de l’Exode lors du combat du peuple d’Israël contre les Amalécites ( Exode, 17, 8 - 16). On l’a encore rencontré au Livre des Juges, lorsque Dieu réduit sensiblement l’armée de Gédéon (Juges. 7, 1 - 21). pour ne citer que ces 2 exremples.
Dans la mesure où Israël est le peuple de Dieu, son rôle au milieu des nations est d’abord de témoigner de Dieu. Chaque fois que les Isrélites l’oublieront, ils manqueront à leur vocation et ne respecteront ni l’alliance que Dieu a conclue avec eux, ni la Promesse de Dieu, offerte jadis à Abraham, leur fondateur.
3. Decouvertes
Les spécialistes distinguent, dans cet ensemble de 1 Samuel 16, 14 - 18, 5, deux histoires mélangées : - celle d’un jeune berger qui se distingue au combat pour obtenir la faveur du roi et la main de sa fille, - celle d’un jeune homme brillant qui fait son apparition, porteur de l’avenir d’Israël, et son futur roi.
Le récit exagère, par certains détails, le contraste entre David et Goliath. Il faut cependant y regarder à deux fois. Si David était si “petit”, pourquoi Saül. qui dépassait tout Israël d’une tête, lui aurait-il offert son armure ? David se présente comme un berger redoutable, qui n’a peur d’aucune bête féroce. Quant à la fronde qu’il utilise, c’était une arme de guerre très dangereuse et très efficace.
Déjà apparaît un autre contraste, entre David et Saül. Saül nous est présenté comme se fiant à la force des armes, alors que David ne paraît compter que sur Dieu. Et, comme il est victorieux. il montre que Dieu est avec lui. C’est ainsi qu’il commence à marcher vers la royauté.
4. Prolongement
L’histoire sainte d’Israël, peuple élu de Dieu, peut se résumer dans cette phrase: “Dieu est avec son peuple”. Cela a commencé avec Abraham. et a continué avec Moïse, Josué, les Juges, Samuel, David, les Prophètes, et a culminé en Jésus, “l’Emmanuel”.
Dieu est venu se mêler à notre histoire d’hommes pour qu’elle soit le “lieu” de sa présence, et de sa proposition de salut pour tous.
Jésus ressuscité, après sa victoire définitive, non pas sur des ennemis humains, mais sur les forces du Mal - et telle est la grande différence qu’il nous apporte d’avec beaucoup de textes de l’Ancien Testament - vient, par son Esprit, nous aider à transfigurer notre histoire personnelle et communautaire, pour qu’elle rayonne ce que Dieu attend d’elle : qu’elle soit le “lieu “de Dieu, pour témoigner de Dieu et rayonner Dieu, notre Père, par le Fils dans l’Esprit.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est lorsqu’elles sont accomplies en ta présence, en se référant à ton Nom, qui est le seul par lequel nous puissions être sauvés, que nos activités humaines prennent leur sens véritable dans le cadre de notre foi, qui les assume, et en fait ainsi le “lieu” de ta présence et de ta révélation aux hommes et femmes de notre temps : donne-moi de chercher sans cesse à tout faire en mon existence d’homme pour qu’y soit manifestée en premier lieu la gloire de Dieu notre Père, par toi, et dans ton Esprit qui nous habite, dès que nous nous remettons entre tes mains comme un pauvre. AMEN.
21.01.2004.*
Évangile : Marc 3, 1-6
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
1 Il entra de nouveau dans une synagogue, et il y avait là un homme qui avait la main desséchée.
2 Et ils l’épiaient pour voir s’il allait le guérir, le jour du sabbat, afin de l’accuser.
3 Il dit à l’homme qui avait la main sèche : ” Lève-toi, là, au milieu. “
4 Et il leur dit : ” Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien plutôt que de faire du mal, de sauver une vie plutôt que de la tuer ? ” Mais eux se taisaient.
5 Promenant alors sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leur cœur, il dit à l’homme : ” Étends la main. ” Il l’étendit et sa main fut remise en état.
6 Étant sortis, les Pharisiens tenaient aussitôt conseil avec les Hérodiens contre lui, en vue de le perdre.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe à la fin de la 1ère étape du ministère de Jésus, qui se déroule en Galilée.
2. Message
Les affaires commencent à se gâter pour Jésus, à cause de la nouveauté de son message et de son comportement. Déjà, dans le passage qui précède immédiatement cette page, Jésus avait répondu que la nécessité l’emporte sur la Loi du Sabbat, lorsque des Pharisiens lui avaient reproché de laisser ses disciples froisser des épis un jour de Sabbat. Et Jésus avait, à cette occasion, prononcé une phrase très forte : “Le Sabbat est fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le Sabbat”.
Le débat sur ce sujet reprend de plus belle aujourd’hui, dans une synagogue de Galilée, un autre jour de Sabbat. où se trouve un homme dont la main est paralysée. Jésus va-t-il ou non le guérir, alors qu’il se rend compte que des gens l’épient et sont prêts à l’accuser ?
Remarquons son attitude à la fois franche et provoquante : il fait venir le malade au milieu de l’Assemblée, et demande à l’assistance s’il est permis de faire le bien en faveur de quelqu’un un jour de Sabbat. Comme personne ne lui répond, il guérit immédiatement le malade.
Comme c’est la deuxième fois que Jésus, pour ces Pharisiens, “viole” la Loi du Sabbat, ils se concertent avec des Hérodiens pour comploter sa mort. Cependant Jésus avait maintenu avec force sa position, et c’est avec un regard de colère qu’il avait “tancé” ses adversaires dans la synagogue.
3. Decouvertes
La guérison de cet homme à la main desséchée se trouve moins présentée comme un récit de miracle que comme une occasion offerte à Jésus pour se démarquer des Pharisiens, à propos de l’observation du Sabbat.
Jésus, au verset 4, contraste le “bien” qu’il va faire à l’homme souffrant, avec la malveillance de ses adversaires (qui lui veulent du mal et pensent déjà à le tuer).
La Loi du Sabbat ne s’appliquait pas en cas de danger de mort.Ce n’est donc pas une telle situation que rencontre ici Jésus, qui estime que toute bonne action, en faveur d’un frère ou d’une soeur de notre race humaine, l’emporte sur la Loi du Sabbat.
Les Hérodiens sont des partisans d’Hérode, le Tétrarque de Galilée, qui avait fait arrêter et emprisonner Jean-Baptiste, et qui le fera tuer (6, 15).
Avec cette page de l’Evangile de Marc, nous assistons à la cinquième et dernière des controverses sucitées autour de Jésus, en cette première partie de son ministère, qui se termine avec notre texte : à propos du pardon des péchés par Jésus, de sa participation à un repas avec des pécheurs, du jeûne qu’il ne fait pas accomplir par ses disciples, et de ces deux non observations consécutives de la Loi du Sabbat (2, 1 - 3, 6).
Dans cet Evangile de Marc, nous constatons que Jésus risque sa vie dès le début de son ministère. C’est ainsi qu’il se comporte en “Fils de Dieu”.
4. Prolongement
De telles controverses, à propos de Jésus, de son action de salut des hommes, ainsi que de son message, ont continué, après sa résurrection, et continuent jusqu’à notre époque présente. Nous en lisons des échos dans le Nouveau Testament :
18 Ils (les chefs des Juifs, les grands prêtres et les scribes) les rappelèrent donc et leur défendirent de souffler mot et d’enseigner au nom de Jésus.
19 Mais Pierre et Jean de leur rétorquer : ” S’il est juste aux yeux de Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu, à vous d’en juger.
20 Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu. ”
21 Puisqu’en en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie du message qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants.
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
Prière
*SEIGNEUR JESUS, LA BONNE NOUVELLE DU ROYAUME DE DIEU, QUE TU AS INAUGURE POUR NOUS, UNE FOIS POUR TOUTES, EN TA MORT-RESURRECTION ET LE DON DE L’ESPRIT SAINT, BONNE NOUVELLE QUE TES DISCIPLES NOUS ONT TRANSMISE, EN NOUS INVITANT A ÊTRE BAPTISES EN TOI, POUR QUE TU DEVIENNES LE “SEIGNEUR” DE NOTRE EXISTENCE, DESORMAIS VECUE POUR TOI, AVEC TOI, ET EN TOI, CETTE BONNE NOUVELLE DEMEURE, DE NOS JOURS, UN SUJET DE CONTROVERSE ET DE CONTRADICTION, DANS LA MESURE OU ELLE APPELLE UN “RETOURNEMENT” COMPLET DE NOTRE COEUR, QUI DOIT SE LAISSER “SAISIR” PAR TOI : DONNE-MOI LA FORCE DE LA PROCLAMER, A TEMPS ET A CONTRE TEMPS, DANS MA MANIERE DE VIVRE A TA FAçON, ET DANS LE COMPTE RENDU QUE J’EN FOURNIS PAR MA PAROLE, A TOUS CEUX ET TOUTES CELLES QUE JE RENCONTRE. AMEN.
22.01.2003.*