📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Hébreux 9, 1-14

DE LA LETTRE AUX HEBREUX

Texte

1 La première alliance, elle aussi, avait donc des institutions cultuelles ainsi qu’un sanctuaire, celui de ce monde.
2 Une tente, en effet - la tente antérieure - avait été dressée ; là se trouvaient le chandelier, la table, et l’exposition des pains ; c’est celle qui est appelée : le Saint.
3 Puis, derrière le second voile était une tente appelée Saint des Saints,

11 Le Christ, lui, survenu comme un grand prêtre des biens à venir, traversant la tente plus grande et plus parfaite qui n’est pas faite de main d’homme, c’est-à-dire qui n’est pas de cette création,
12 entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.
13 Si en effet du sang de boucs et de taureaux et de la cendre de génisse, dont on asperge ceux qui sont souillés, les sanctifient en leur procurant la pureté de la chair,
14 combien plus le sang du Christ, qui par un Esprit éternel s’est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant.

Commentaire

1. Situation

Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.

Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.

Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.

Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).

Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.

Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.


Notre page se situe au coeur de la 3ème partie de cette homélie, et du débat ouvert sur la nature du sacerdoce du Christ, débat important s’il en est.

2. Message

Dans la partie centrale de cette Homélie, sont développées les caractéristiques du sacerdoce du Christ : il est un Grand Prêtre d’un genre nouveau (7, 1 - 28), c’est par son offrande personnelle - différente des sacrifices du passé en Israël -, qu’il nous ouvre l’accès au véritable sanctuaire de Dieu (8, 1 - 28), et il nous obtient alors réellement le pardon des péchés (10, 1 er ss.).

Notre passage se situe justement dans ce regard sur l’originalité et la qualité de l’offrande personnelle du Christ Grand Prêtre.

Après un rappel de ce qu’était le sanctuaire, ou Temple terrestre, où se déroulait le culte Juif, avec ses deux composantes, ou tentes, qu’étaient le “Saint” et le “Saint des Saints” (9, 2 - 10), nous est affirmée et expliquée la différence fondamentale du sacrifice du Christ, qui se manifeste de diverses façons :

  • D’abord, Jésus est le Grand Prêtre des réalités définitives du salut de Dieu, autant donc des biens présents que des biens à venir.
  • Ensuite, il officie dans un Temple nouveau, qui n’appartient pas à ce monde, et qui est, soit son corps glorifié en sa résurrection, soit le ciel dans toute son ampleur, qu’il a traversé dans la gloire de son exaltation.
  • De même il officie et célèbre Dieu par son sang, qu’il a effectivement versé lors de sa mort brutale sur la croix, en sauvant le monde, une fois pour toutes.
  • Mais ce sang, qu’il a réellement versé est la manifestation dernière et suprême de sa vie donnée au Père, avec une obésissance constante et totale, et la présence en lui de l’Esprit de Dieu.

C’est pourquoi le Christ, qui n’a pas connu le péché, et que son engagement, en disant toujours “OUI” au Père, et en prenant tous les risques pour demeurer dans la vérité de sa mission prophétique, a conduit à être condamné comme un pécheur et un sédicieux, le Christ peut ainsi, dans cet acte unique qu’il a vécu comme offrande parfaite à Dieu son Père, transformer totalement notre coeur, et nous réconcilier avec Dieu

3. Decouvertes

La “tente plus grande ou plus parfaite” où le Christ est entré, évoque d’abord son passage à travers les cieux en son exaltation (2, 10 et 4, 14). Passage qui coïncide avec une omniprésence, d’une certaine façon, de son corps glorieux de ressuscité.

Dans le Nouveau Testament, en son ensemble, la mort du Christ nous est présentée comme un sacrifice unique qui nous purifie (Actes, 15, 9; Ephésiens, 5, 26; 1 Pierre, 3, 21; 1 Jean, 1, 7).

Même si une certaine ambigüité persiste, notamment sur le rôle de l’Esprit, et le lien entre l’Esprit et le sang, cet Esprit peut être considéré ici soit comme l’Esprit Saint qui donne à l’offrande de Jésus sa dimension totale de “dépassement” et de transcendance, soit également comme l’Esprit de Jésus lui-même, qui pénètre là où règne Dieu en complète transparence.

4. Prolongement

Renouvellement de notre regard sur le Christ mourant sur la croix, et dont le côté vient d’être transpercé par une lance (Jean, 19, 34) :

5 Quel est le vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?

6 C’est lui qui est venu par eau et par sang : Jésus Christ, non avec l’eau seulement mais avec l’eau et avec le sang. Et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la Vérité.

7 Il y en a ainsi trois à témoigner :

8 l’Esprit, l’eau, le sang, et ces trois tendent au même but.

9 Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Car c’est le témoignage de Dieu, le témoignage que Dieu a rendu à son Fils.

Prière

*Seigneur Jésus, a ceci nous avons connu l’amour, tu t’es livré pour nous, a ceci également nous avons connu l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et t’a envoyé vers nous, a ceci nous pouvons conclure que Dieu est pour nous, avec nous et non pas contre nous, parce qu’en t’envoyant vivre la mission risquée de ton “OUI” dans l’accomplissement de sa volonté et de son plan de salut, il est allé jusqu’au don suprême de lui-même : fais-moi redécouvrir aujourd’hui le triple “OUI” que tu portes en ta démarche d’obéissance jusqu’à la mort sur ta croix : à travers ta mission dans notre histoire, Dieu nous a dit son “OUI”, son amour, sa vérité, puis, dans tout ton parcours terrestre, tu n’as fait que dire ton “OUI” au Père en pleine liberté, enfin, à notre tour nous avons à recevoir ton “OUI”, et y situer, afin que tu le portes dans le tien, celui que nous essayons de prononcer dans la foi qui agit par la charité. AMEN.

25.01.2003.*

Évangile : Marc 3, 20-35

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

20 Ils se rendirent à la maison, et la foule s’assembla de nouveau, en sorte qu’ils ne pouvaient pas même prendre leur repas.
21 Les parents de Jésus, ayant appris ce qui se passait, vinrent pour se saisir de lui; car ils disaient: Il est hors de sens.
22 Et les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, dirent: Il est possédé de Béelzébul; c’est par le prince des démons qu’il chasse les démons.
23 Jésus les appela, et leur dit sous forme de paraboles: Comment Satan peut-il chasser Satan?
24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut subsister;
25 et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison ne peut subsister.
26 Si donc Satan se révolte contre lui-même, il est divisé, et il ne peut subsister, mais c’en est fait de lui.
27 Personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet homme fort; alors il pillera sa maison.
28 Je vous le dis en vérité, tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et les blasphèmes qu’ils auront proférés;
29 mais quiconque blasphémera contre le Saint Esprit n’obtiendra jamais de pardon: il est coupable d’un péché éternel.
30 Jésus parla ainsi parce qu’ils disaient: Il est possédé d’un esprit impur.
31 Survinrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, l’envoyèrent appeler.
32 La foule était assise autour de lui, et on lui dit: Voici, ta mère et tes frères sont dehors et te demandent.
33 Et il répondit: Qui est ma mère, et qui sont mes frères?
34 Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis tout autour de lui: Voici, dit-il, ma mère et mes frères.
35 Car, quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma soeur, et ma mère.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :

  • Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
  • Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
  • Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
  • Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52)
  • Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
  • Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).

Dans le 2ème grand épisode de l’Evangile de Marc, où l’on assiste au rejet de Jésus en Galilée (3,7 - 6, 6a), nous découvrons d’abord un ensemble de réponses variées adressées à Jésus (3, 7 - 35), certaines de ces réponses étant positives (3, 7 - 19a), d’autres étant négatives (3, 19b - 35, notre page se situant tout à la fin de cette série).

2. Message

Notre page liturgique de ce jour (3, 20 - 21) ne peut, en effet, se lire indépendamment de tout cet ensemble des versets 19b -35 du chapitre 3.

Car Jésus s’y trouve successivement affronté aux membres de sa famille proche, qui viennent pour s’emparer de lui, disant qu’il a perdu la tête (3, 20 - 21), puis à des scribes descendus de Jérusalem, qui affirment qu’il est possédé par Béelzéboul, le prince des démons (3, 22).

Face à cette double accusation, nous pouvons lire ici les réponses de Jésus. D’abord, en ce qui concerne le chef des démons, dont le royaume ne peut que s’écrouler s’il est ainsi divisé contre lui-même, dans la mesure où c’est par la puissance des démons que Jésus chasserait les démons.

Et Jésus de montrer, par une petite parabole, qu’il est bien, lui, le plus fort contre toutes les puisssances du Mal, et de porter un jugement sévère sur ceux qui osent ainsi attribuer au prince des démons ce qui est l’action de l’Esprit Saint, à travers les paroles et les gestes de Jésus.

C’est lorsqu’on lui signale l’arrivée des membres de sa famille que Jésus répond à l’accusation de ne plus être dans son bon sens, que les siens portaient contre lui, en déclarant que sa mission de salut, qui vient de Dieu, génère un autre genre de famille, la “famille de Dieu”, rassemblée autour de lui pour faire la volonté du Père.

Quand il s’agit d’obéir à Dieu, la famille humaine passe à un “second plan” : c’est ce que lui, Jésus, a vécu. C’est ce qu’il nous demande de vivre.

3. Decouvertes

Cet ensemble de versets que nous lisons (3, 19b - 35) est construit en forme concentrique, de parallèlisme inversé, la 1ère partie correspondant à la dernière, et les 2 parties mtermédiaires se répondant immédiatement et mutuellement.

A noter que ces accusations, relevées plus particulièrement dans cette page, ont été portées contre Jésus pratiquement tout au long de son mmistère, et jusqu’après sa mort : “il n’est pas dans son bon sens, c’est un possédé et un agent de Satan”.

A remarquer également que ces accusations permettent à Jésus de développer un enseignement théologique sur le pardon des péchés (refusé à ceux qui, en fait, n’en veulent pas s’ils prennent l’Esprit Saint pour l’esprit du mal), et sur la dignité d’enfants de Dieu, et donc de membres de la famille de Dieu, offerte à tous les croyants.

4. Prolongement

C’est en fonction de notre relation de foi au Père, par Jésus, dans l’Esprit, que nous sommes reliés en profondeur à nos frères et nos soeurs “en Christ”, qui, eux aussi, autant que nous, sont reliés à Dieu. Notre relation à Dieu est le terrain commun de notre fraternité.

C’est parce que Jésus ressuscité est, dès maintenant, “tout en tous”, que nous pouvons vivre de cette fraternité du Royaume, selon “la foi qui agit par la charité” (Galates, 5, 6) :

8 Eh bien! à présent, vous aussi, rejetez tout cela: colère, emportement, malice, outrages, vilains propos, doivent quitter vos lèvres ;

9 ne vous mentez plus les uns aux autres. Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements,

10 et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur.

11 Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, homme libre; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tous.

12 Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ;

13 supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour.

14 Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection.

Prière

*Seigneur Jésus, toi, le Ressuscité d’entre les morts, qui nous appelle à vivre pour Dieu en toi et par toi, et qui es déjà “tout en tous” pour tous ceux qui répondent dans la foi à ton appel à te suivre : que ton Esprit Saint me fasse dépasser tous particularismes, et voir d’abord en tout homme ou toute femme celui ou celle en qui tu demeures et qu’ainsi tu configures à ton image, et que, dès lors, toutes mes relations proches et privilégiées de famille ou d’amitié se trouvent, en un second temps, enrichies de ce regard nouveau que tu nous mets en nous, et qui nous permet de rayonner cette Lumière qui vient de Dieu, et que tu nous as donnée définitivement pour une création nouvelle de toutes nos valeurs humaines, fussent-elles les meilleures. AMEN.

24.01.2004.*


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