📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Samuel 1, 1-27
DU 2nd LIVRE DE SAMUEL
Texte
1 Après la mort de Saül, David, qui avait battu les Amalécites, était depuis deux jours revenu à Tsiklag.
2 Le troisième jour, un homme arriva du camp de Saül, les vêtements déchirés et la tête couverte de terre. Lorsqu’il fut en présence de David, il se jeta par terre et se prosterna.
3 David lui dit: D’où viens-tu? Et il lui répondit: Je me suis sauvé du camp d’Israël.
4 David lui dit: Que s’est-il passé? dis-moi donc! Et il répondit: Le peuple s’est enfui du champ de bataille, et un grand nombre d’hommes sont tombés et ont péri; Saül même et Jonathan, son fils, sont morts.
5 David dit au jeune homme qui lui apportait ces nouvelles: Comment sais-tu que Saül et Jonathan, son fils, sont morts?
6 Et le jeune homme qui lui apportait ces nouvelles répondit: Je me trouvais sur la montagne de Guilboa; et voici, Saül s’appuyait sur sa lance, et voici, les chars et les cavaliers étaient près de l’atteindre.
7 S’étant retourné, il m’aperçut et m’appela. Je dis: Me voici!
8 Et il me dit: Qui es-tu? Je lui répondis: Je suis Amalécite.
9 Et il dit: Approche donc, et donne-moi la mort; car je suis pris de vertige, quoique encore plein de vie.
10 Je m’approchai de lui, et je lui donnai la mort, sachant bien qu’il ne survivrait pas à sa défaite. J’ai enlevé le diadème qui était sur sa tête et le bracelet qu’il avait au bras, et je les apporte ici à mon seigneur.
11 David saisit ses vêtements et les déchira, et tous les hommes qui étaient auprès de lui firent de même.
12 Ils furent dans le deuil, pleurèrent et jeûnèrent jusqu’au soir, à cause de Saül, de Jonathan, son fils, du peuple de l’Éternel, et de la maison d’Israël, parce qu’ils étaient tombés par l’épée.
13 David dit au jeune homme qui lui avait apporté ces nouvelles: D’où es-tu? Et il répondit: Je suis le fils d’un étranger, d’un Amalécite.
14 David lui dit: Comment n’as-tu pas craint de porter la main sur l’oint de l’Éternel et de lui donner la mort?
15 Et David appela l’un de ses gens, et dit: Approche, et tue-le! Cet homme frappa l’Amalécite, qui mourut.
16 Et David lui dit: Que ton sang retombe sur ta tête, car ta bouche a déposé contre toi, puisque tu as dit: J’ai donné la mort à l’oint de l’Éternel!
17 Voici le cantique funèbre que David composa sur Saül et sur Jonathan, son fils,
18 et qu’il ordonna d’enseigner aux enfants de Juda. C’est le cantique de l’arc: il est écrit dans le livre du Juste.
19 L’élite d’Israël a succombé sur tes collines! Comment des héros sont-ils tombés?
20 Ne l’annoncez point dans Gath, N’en publiez point la nouvelle dans les rues d’Askalon, De peur que les filles des Philistins ne se réjouissent, De peur que les filles des incirconcis ne triomphent.
21 Montagnes de Guilboa! Qu’il n’y ait sur vous ni rosée ni pluie, Ni champs qui donnent des prémices pour les offrandes! Car là ont été jetés les boucliers des héros, Le bouclier de Saül; L’huile a cessé de les oindre.
22 Devant le sang des blessés, devant la graisse des plus vaillants, L’arc de Jonathan n’a jamais reculé, Et l’épée de Saül ne retournait point à vide.
23 Saül et Jonathan, aimables et chéris pendant leur vie, N’ont point été séparés dans leur mort; Ils étaient plus légers que les aigles, Ils étaient plus forts que les lions.
24 Filles d’Israël! pleurez sur Saül, Qui vous revêtait magnifiquement de cramoisi, Qui mettait des ornements d’or sur vos habits.
25 Comment des héros sont-ils tombés au milieu du combat? Comment Jonathan a-t-il succombé sur tes collines?
26 Je suis dans la douleur à cause de toi, Jonathan, mon frère! Tu faisais tout mon plaisir; Ton amour pour moi était admirable, Au-dessus de l’amour des femmes.
27 Comment des héros sont-ils tombés? Comment leurs armes se sont-elles perdues?
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres de Samuel s’occupent de la période durant laquelle deux événements importants se déroulent en Israël : l’un est l’apparition du prophétisme avec l’émergence de Samuel comme prophète pour tout le peuple d’Israël, l’autre est l’institution de la royauté.
Ainsi le 1er Livre commence immédiatement avec l’entrée en scène de Samuel, et le 2nd se termine juste à la veille du tansfert de la royauté de David à son fils Salomon, dans le cadre d’une succession dynastique.
Ce qui est en jeu dans ces 2 Livres, c’est, d’une part, la survivance et la stabilité d’Israël en tant que peuple unifié et nation, et, d’autre part, la continuité de la compréhension que ce peuple a de lui-même comme “peuple de Dieu”, porteur de la promesse de Dieu à Abraham et de l’Alliance conclue à l’époque de Moïse.
Ces Livres traitent successivement :
- du changement qui se produit en Israël, lié à l’apparition de Samuel et au rôle que l’on veut faire jouer à l’Arche d’alliance (1 Samuel, 1, 1 - 7, 17),
- de l’avènement de la royauté avec le choix de Saül (I Samuel, 8, 1 - 12, 25),
- de la lente stabilisation de la royauté avec la décadence de Saül et la montée de David (1 Samuel,13, 1 - 2 Samuel, 5, 10),
- de la centralisation du royaume sur Jérusalem (2 Samuel, 5, 11 - 12, 31),
- des essais infructueux pour renverser David (2 Samuel, 13, 1 - 20, 25),
- de la préparation par David de sa succession (2 Samuel, 21, 1 - 24, 25).
Nous continuons de lire la 3ème partie des Livres de Samuel, qui nous décrit la mise en place de la royauté en Israël (1 Samuel, 13, 1 - 2 Samuel, 5, 10), et où nous assistons à la décadence de Saül (1 Samuel, 13, 1 - 15, 35), et à la montée de David (1 Samuel, 16, 1 - 2 Samuel, 5, 10).
Poussé par le Seigneur, qui lui a reproché de pleurer Saül, Samuel est allé oindre le jeune David au milieu de ses frères (1 Samuel, 16, 1 - 13), et nous assistons maintenant à la démonstration du charisme de David (1 Samuel, 16, 4 - 18, 5), démonstration dans laquelle la victoire de David sur Goliath le Philistin tient une place centrale.
Mais depuis qu’il a rejeté Saül et choisi David, Dieu a mis son Esprit sur ce dernier et l’accompagne en toutes ses démarches, alors qu’il a laissé un mauvais esprit tourmenter Saül (16, 14) et le remplir de jalousie à l’encontre de David.
David, après des réconciliations qui n’ont guère duré en dépit des serments prêtés alors par Saül, s’est convaincu définitivement que Saül veut sa mort, et a donc quitté l’entourage de Saül, pour se cacher afin d’éviter les poursuites du roi, et a finalement été s’établir en pays Philistin. C’est là que nous le rejoignons.
2. Message
Nous arrivons au terme des relations tumultueuses entre David, le nouvel élu de Dieu, et Saül, le roi que Dieu a depuis longtemps abandonné.
Alors que David, n’a cessé, selon ces Livres de Samuel, de grandir en stature, en réussite et en magnanimité, se refusant à deux reprises de tuer Saül quand l’occasion lui en était donnée de façon évidente, Saül est allé de malheur en faiblesse, et il vient de trouver la mort, ainsi que ses trois fils, lors d’une dernière et catastrophique rencontre avec les Philistins sur le mont de Gelboé.
Cette défaite de Saül contraste avec l’exploit que David, de son côté, vient juste de réaliser en se vengeant d’Amalécites qui avaient profité de son absence en sa ville de résidence pour y mettre le feu et emmener avec eux butin et habitants, qu’il s’en est allé récupérer.
A peine est-il de retour que l’annonce lui parvient de la mort de Saul et de Jonathan.
En dépit de tout le mal que lui a cherché Saül, David l’unit à Jonathan dans un même deuil, et les célébre dans une même plainte dans laquelle il les comble d’éloges en dépit de leur défaite, et proclame de nouveau sa grande amitié pour Jonathan.
En punissant de mort le messager Amalécite qui est venu lui porter la nouvelle, en lui avouant qu’il avait mis fin aux jours de Saül à la demande de ce dernier, David condamne celui qui a osé porter la main sur l’oint du Seigneur, et montre que c’est bien malgré lui qu’il est entré en possession des insignes royaux de Saül.
D’autre part, il prend sur lui la défaite de Saül comme étant la défaite d’Israël, et chante la grandeur de sa nation humiliée, dont il sera bientôt le chef incontesté et victorieux de tous ses ennemis.
3. Decouvertes
David, qui, avec les hommes de sa bande, avait rejoint Achish l’un des chefs Philistins, s’est vu refuser le droit de participer à la bataille que ces derniers allaient livrer au roi d’Israël. Il semble en cela que Dieu le protège de combattre sa propre nation. David se trouve renvoyé dans la portion de territoire qui lui avait été assignée en pays Philistin, pour constater que la ville de Ziklag avait été, en son absence, ravagée par les Amalécites qui l’avaient incendiée, et en avaient déporté toute la population, y compris les épouses de David.
David s’est donc, de ce fait, lancé à la poursuite de ces Amalécites pour les vaincre totalement, et récupérer épouses et butin, et c’est à son retour de cette expédition, qu’on vient lui apprendre la nouvelle de la défaite d’Israël face aux Philistins et de la mort de Saül et de Jonathan (29 - 30 - 31).
Les versets 1 - 16 de notre page nous donnent de la mort de Saül une version différente de celle de 1 Samuel, 31, 3 - 5, où il nous est raconté que Saül blessé, ne pouvant obtenir que son porte-bouclier l’achève, s’est suicidé en se jetant sur son épée.
L’Amacélite informateur deDavid, qui lui relate une toute autre version du décès de Saül, mentirait-il pour s’attirer les faveurs de celui qu’il considère comme l’éventuel successeur du roi défunt ? C’est ce que beaucoup pensent à la lecture de la mise en scène de ce dernier pour relater l’événement, et du récit qu’il en propose à David.
Il semble, en effet, plus logique de penser qu’il est allé sur le Mont Gilboé en quête de butin après la bataille et qu’étant tombé sur le corps de Saül, il l’a dépouillé de ses insignes royaux et a décidé qu’il ferait une bonne affaire en les apportant à David.
La réaction de David à l’égard de cet Amalécite s’explique également du fait que cet homme, qui était un étranger résidant en Israël, aurait dû se plier aux lois du pays et donc respecter l’oint du Seigneur.
La lamentation de David aux versets 17 - 27, avec la mention de son chagrin personnel pour la disparition de son ami Jonathan, qu’il aimait beaucoup, semble bien venir de David lui-même. Le refrain : “Comment des héros sont-ils tombés ?” rythme bien à trois reprises (versets 19, 25, 27) l’ensemble de ce poème.
4. Prolongement
Dieu est avec David, et Jésus le “Fils de David”, le “Fils de l’homme”, lui qui a pu déclarer : “le Père et moi, nous sommes un”, loin de connaître les succès humains de David, va se trouver “maudit”, rejeté par son peuple, sans être pleuré, sauf par ses proches qui seront peut-être plus décontenancés, et déçus dans leur espérance, que véritablement chagrins de son départ : Luc 24
24.17 Il (Jésus ressuscité) leur dit: De quoi vous entretenez-vous en marchant, pour que vous soyez tout tristes?
24.18 L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit: Es-tu le seul qui, séjournant à Jérusalem ne sache pas ce qui y est arrivé ces jours-ci? -
24.19 Quoi? leur dit-il. -Et ils lui répondirent: Ce qui est arrivé au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en oeuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple,
24.20 et comment les principaux sacrificateurs et nos magistrats l’on livré pour le faire condamner à mort et l’ont crucifié.
24.21 Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël; mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces choses se sont passées.
24.22 Il est vrai que quelques femmes d’entre nous nous ont fort étonnés; s’étant rendues de grand matin au sépulcre
24.23 et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leurs sont apparus et ont annoncé qu’il est vivant.
24.24 Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au sépulcre, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit; mais lui, ils ne l’ont point vu
Mais sa résurrection d’entre les morts lui assurera une lumière infiniment plus éblouissante que toutes les réussites humaines de David, suite à ses comportements de miséricorde et de vérité, dont la magnanimité de David et son respect de l’oint du Seigneur n’ont été qu’une bien pâle anticipation.
Et ce sont ces comportelments de Jésus, que, dans l’Esprit Saint qui nous configure à lui, nous devons reproduire, car sa lumière nous est donnée : 2 Corinthiens 3
3.17 Or, le Seigneur c’est l’Esprit; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.
3.18 Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit.
Prière
*Seigneur Jésus, notre victoire qui ne peut connaître de défaite, c’est notre foi en ta résurrection d’entre les morts, et la remise en toute confiance de nous-mêmes entre tes mains, en nous quittant nous-mêmes pour marcher à ta suite dans tous nos comportements : apprends-moi à vivre sans cesse de ta victoire et de ton salut que tu m’as chargé de manifester dans une recherche toujours accrue de ta Parole et de ta Vérité, ainsi que dans une pratique incessante de ta charité, que ton Esprit Saint a mise en nos coeurs, à l’égard de toutes et de tous. AMEN.
24.01.2004.*
Évangile : Marc 3, 20-35
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
20 Ils se rendirent à la maison, et la foule s’assembla de nouveau, en sorte qu’ils ne pouvaient pas même prendre leur repas.
21 Les parents de Jésus, ayant appris ce qui se passait, vinrent pour se saisir de lui; car ils disaient: Il est hors de sens.
22 Et les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, dirent: Il est possédé de Béelzébul; c’est par le prince des démons qu’il chasse les démons.
23 Jésus les appela, et leur dit sous forme de paraboles: Comment Satan peut-il chasser Satan?
24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut subsister;
25 et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison ne peut subsister.
26 Si donc Satan se révolte contre lui-même, il est divisé, et il ne peut subsister, mais c’en est fait de lui.
27 Personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet homme fort; alors il pillera sa maison.
28 Je vous le dis en vérité, tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et les blasphèmes qu’ils auront proférés;
29 mais quiconque blasphémera contre le Saint Esprit n’obtiendra jamais de pardon: il est coupable d’un péché éternel.
30 Jésus parla ainsi parce qu’ils disaient: Il est possédé d’un esprit impur.
31 Survinrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, l’envoyèrent appeler.
32 La foule était assise autour de lui, et on lui dit: Voici, ta mère et tes frères sont dehors et te demandent.
33 Et il répondit: Qui est ma mère, et qui sont mes frères?
34 Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis tout autour de lui: Voici, dit-il, ma mère et mes frères.
35 Car, quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma soeur, et ma mère.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52)
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Dans le 2ème grand épisode de l’Evangile de Marc, où l’on assiste au rejet de Jésus en Galilée (3,7 - 6, 6a), nous découvrons d’abord un ensemble de réponses variées adressées à Jésus (3, 7 - 35), certaines de ces réponses étant positives (3, 7 - 19a), d’autres étant négatives (3, 19b - 35, notre page se situant tout à la fin de cette série).
2. Message
Notre page liturgique de ce jour (3, 20 - 21) ne peut, en effet, se lire indépendamment de tout cet ensemble des versets 19b -35 du chapitre 3.
Car Jésus s’y trouve successivement affronté aux membres de sa famille proche, qui viennent pour s’emparer de lui, disant qu’il a perdu la tête (3, 20 - 21), puis à des scribes descendus de Jérusalem, qui affirment qu’il est possédé par Béelzéboul, le prince des démons (3, 22).
Face à cette double accusation, nous pouvons lire ici les réponses de Jésus. D’abord, en ce qui concerne le chef des démons, dont le royaume ne peut que s’écrouler s’il est ainsi divisé contre lui-même, dans la mesure où c’est par la puissance des démons que Jésus chasserait les démons.
Et Jésus de montrer, par une petite parabole, qu’il est bien, lui, le plus fort contre toutes les puisssances du Mal, et de porter un jugement sévère sur ceux qui osent ainsi attribuer au prince des démons ce qui est l’action de l’Esprit Saint, à travers les paroles et les gestes de Jésus.
C’est lorsqu’on lui signale l’arrivée des membres de sa famille que Jésus répond à l’accusation de ne plus être dans son bon sens, que les siens portaient contre lui, en déclarant que sa mission de salut, qui vient de Dieu, génère un autre genre de famille, la “famille de Dieu”, rassemblée autour de lui pour faire la volonté du Père.
Quand il s’agit d’obéir à Dieu, la famille humaine passe à un “second plan” : c’est ce que lui, Jésus, a vécu. C’est ce qu’il nous demande de vivre.
3. Decouvertes
Cet ensemble de versets que nous lisons (3, 19b - 35) est construit en forme concentrique, de parallèlisme inversé, la 1ère partie correspondant à la dernière, et les 2 parties mtermédiaires se répondant immédiatement et mutuellement.
A noter que ces accusations, relevées plus particulièrement dans cette page, ont été portées contre Jésus pratiquement tout au long de son mmistère, et jusqu’après sa mort : “il n’est pas dans son bon sens, c’est un possédé et un agent de Satan”.
A remarquer également que ces accusations permettent à Jésus de développer un enseignement théologique sur le pardon des péchés (refusé à ceux qui, en fait, n’en veulent pas s’ils prennent l’Esprit Saint pour l’esprit du mal), et sur la dignité d’enfants de Dieu, et donc de membres de la famille de Dieu, offerte à tous les croyants.
4. Prolongement
C’est en fonction de notre relation de foi au Père, par Jésus, dans l’Esprit, que nous sommes reliés en profondeur à nos frères et nos soeurs “en Christ”, qui, eux aussi, autant que nous, sont reliés à Dieu. Notre relation à Dieu est le terrain commun de notre fraternité.
C’est parce que Jésus ressuscité est, dès maintenant, “tout en tous”, que nous pouvons vivre de cette fraternité du Royaume, selon “la foi qui agit par la charité” (Galates, 5, 6) :
8 Eh bien! à présent, vous aussi, rejetez tout cela: colère, emportement, malice, outrages, vilains propos, doivent quitter vos lèvres ;
9 ne vous mentez plus les uns aux autres. Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements,
10 et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur.
11 Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, homme libre; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tous.
12 Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ;
13 supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour.
14 Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection.
Prière
*Seigneur Jésus, toi, le Ressuscité d’entre les morts, qui nous appelle à vivre pour Dieu en toi et par toi, et qui es déjà “tout en tous” pour tous ceux qui répondent dans la foi à ton appel à te suivre : que ton Esprit Saint me fasse dépasser tous particularismes, et voir d’abord en tout homme ou toute femme celui ou celle en qui tu demeures et qu’ainsi tu configures à ton image, et que, dès lors, toutes mes relations proches et privilégiées de famille ou d’amitié se trouvent, en un second temps, enrichies de ce regard nouveau que tu nous mets en nous, et qui nous permet de rayonner cette Lumière qui vient de Dieu, et que tu nous as donnée définitivement pour une création nouvelle de toutes nos valeurs humaines, fussent-elles les meilleures. AMEN.
24.01.2004.*