📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 8, 6-13
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
6 Mais maintenant il a obtenu un ministère d’autant supérieur qu’il est le médiateur d’une alliance plus excellente, qui a été établie sur de meilleures promesses.
7 En effet, si la première alliance avait été sans défaut, il n’aurait pas été question de la remplacer par une seconde.
8 Car c’est avec l’expression d’un blâme que le Seigneur dit à Israël: Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, Où je ferai avec la maison d’Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle,
9 Non comme l’alliance que je traitai avec leurs pères, Le jour où je les saisis par la main Pour les faire sortir du pays d’Égypte; Car ils n’ont pas persévéré dans mon alliance, Et moi aussi je ne me suis pas soucié d’eux, dit le Seigneur.
10 Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, Après ces jours-là, dit le Seigneur: Je mettrai mes lois dans leur esprit, Je les écrirai dans leur coeur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple.
11 Aucun n’enseignera plus son concitoyen, Ni aucun son frère, en disant: Connais le Seigneur! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu’au plus grand d’entre eux;
12 Parce que je pardonnerai leurs iniquités, Et que je ne me souviendrai plus de leurs péchés.
13 En disant: une alliance nouvelle, il a déclaré la première ancienne; or, ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître.
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe au coeur de la 3ème partie de cette homélie, et du débat ouvert sur la nature du sacerdoce du Christ, débat important s’il en est.
2. Message
Les relations entre Dieu et Israël avaient fait l’objet d’une Alliance conclue d’abord avec Abraham et sa descendance, renouvelée avec Moïse, et toujours réaffirmée par les prophètes face à l’incrédulité du peuple Hébreu. C’est en ministres de cette alliance que les Grands Prêtres Juifs exerçaient leur fonction.
Jésus ayant par son attitude intérieure d’obéissance totale à la volonté du Père, exprimée en son engagement, ses paroles, ses actions, et cela jusqu’en l’Heure de sa mort-résurrection, a scellé une alliance nouvelle et définitive entre Dieu et toute l’humanité appelée à partager son royaume. A ce titre il est un Grand Prêtre unique et inégalable dans la médiation d’une alliance plus parfaite.
Et ainsi se trouve accomplie l’annonce d’une alliance nouvelle, qui devait supplanter l’ancienne, et dont avait prophétisé le prophète Jérémie, dont l’oracle du chapitre 31 de son livre est cité dans ce passage que nous lisons ce jour.
3. Decouvertes
Ce passage est un extrait de la section 8, 1 - 10, 18, qui, à partir de l’Ecriture de l’Ancien Testament, réfléchit au sacrifice du Christ et à l’alliance nouvelle qu’il inaugure.
Le passage de Jérémie 31, 31 - 34 constitue en quelque sorte l’axe central autour duquel tourne tout cet exposé de l’auteur.
Le chapitre 7 précédent s’était centré sur le statut personnel du Christ en sa qualité de “Fils”. Les chapitres 8 - 10 nous décrivent son ministère sacerdotal en nous proposant toute une série d’antithèses : céleste - terrestre, nouveau - vieux, intérieur - extérieur.
A noter que Jérémie n’est pas nommé lorsque nous est rappelé son message porteur du reproche que Dieu fait à l’ancienne alliance qui va être remplacée.
Cette alliance présentée comme “nouvelle” se situe au niveau de l’intériorité humaine, inscrite dans le coeur des hommes comme don de la connaissance de Dieu et du pardon de leurs péchés.
4. Prolongement
Cette prophétie de Jérémie 31 conduit l’Ancien Testament au seuil de la révélation que Jésus nous fait de la gratuité du salut de Dieu. En effet, selon le prophète, Dieu constate l’incapacité totale de son peuple à lui répondre dans la fidélité et l’obéissance. C’est pourquoi il nous annonce qu’avec cette nouvelle alliance Dieu va venir lui-même graver au plus profond de nos coeurs sa propre fidélité et sa propre ouverture à sa Parole.
Et le résultat de cette nouvelle alliance avec nous, en et par Jésus, nous pouvons le relire dans ce passage de la Lettre aux Ephésiens, attribuée à Paul :
Ephésiens
2.4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés,
2.5 nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés);
2.6 il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus Christ,
2.7 afin de montrer dans les siècles à venir l’infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus Christ.
2.8 Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.
2.9 Ce n’est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie.
2.10 Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.
Prière
*Seigneur Jésus, que ton Esprit Saint me fasse mieux découvrir à quel point nous avons tout reçu du Père, par toi, dans ce même Esprit, et l’ampleur infinie de ce que nous sommes tous appelés gratuitement à partager de l’intimité et de la gloire divines. AMEN.
21.01.2005.*
Évangile : Marc 3, 13-19
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
13 Puis il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui,
14 et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher,
15 avec pouvoir de chasser les démons.
16 Il institua donc les Douze, et il donna à Simon le nom de Pierre,
17 puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, c’est-à-dire fils du tonnerre,
18 puis André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d’Alphée, Thaddée, Simon le Zélé,
19 et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe au début de la 2ème étape du ministère de Jésus, qui se déroule toujours en Galilée, où Jésus va se trouver de plus en plus rejeté.
2. Message
Suite au sommaire, qu’il vient de donner (3, 7 - 12) des activités de Jésus qui l’ont rendu immensément populaire au cours de sa première mission en Galilée, Marc nous le montre maintenant accomplissant l’une des démarches les plus importantes de tout son ministère.
Démarche dont l’Evangéliste souligne l’entière liberté avec laquelle Jésus procède : il appelle ceux qu’il veut, et leur demande de le rejoindre sur la montagne. Et là, il institue les Douze, pour qu’ils soient avec lui.
Jésus leur confie ainsi en partage sa propre mission, de prêcher, et de pratiquer ses propres gestes de guérison, de miséricorde, et de purification.
La liste des Douze nous propose, en premier lieu, les quatre premiers disciples qu’il avait appelés au bord du Lac. A part le cas de Matthieu - si on l’identifie à Lévi le publicain, que Jésus est allé chercher derrière son comptoir de percepteur d’impôts (2, 13 - 14) - , nous n’avons aucune trace de l’appel initial des autres membres de cette liste.
A noter particulièrement la présence dans ce groupe d’un “Zélote” (résistant de tendance plutôt révolutionnaire face à l’occupant Romain), et, en dernier lieu, le nom de celui qui livrera Jésus aux autorités qui cherchent à le faire mourir. De plus, deux d’entre eux, André et Philippe, portent des noms grecs. Ces variations nous indiquent que Jésus s’est choisi des proches collaborateurs, bien différents, semble-t-il, les uns des autres.
Parmi les quatre premiers appelés, et cités dans cette liste, trois voient leur nom changé par Jésus.
3. Decouvertes
La désignation par Jésus d’un groupe de Douze disciples, dont il fait ses plus proches collaborateurs, est bien attestée, non seulement dans les Evangiles, mais dès les traditions les plus anciennes du Nouveau Testament (1 Corinthiens, 15, 5).
Le chiffre Douze est une allusion aux douze tribus d’Israël. Ces Douze sont donc le noyau d’un nouveau “peuple de Dieu” que Jésus rassemble autour de lui.
A bien remarquer que Jésus n’est pas lui-même l’un des Douze, et qu’il se situe à un autre niveau, celui de créateur et d’inaugurateur d’un Israël nouveau.
Jésus a-t-il employé le terme “apôtre”, qui ne figure pas dans cette page, mais que l’on trouve ailleurs (Matthieu, 10, 2 et Luc, 6, 13) ? On en doute fort. Ce terme semble avoir été surtout utilisé après sa résurrection pour désigner les premiers “leaders” chrétiens.
4. Prolongement
De même que l’accent est ici placé sur les Douze comme un ensemble d’hommes autour de Jésus, symbolisant et signifiant un peuple nouveau, de même, dans nos communautés de croyants, ce qui est premier c’est que nous formons un seul corps en Christ, résumant toute l’humanité qui cherche Dieu et reçoit de lui son salut, qui nous permet ensuite de vivre notre “OUI” personnel en toute vérité devant Dieu et nos frères et soeurs :
12 De même, en effet, que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ.
13 Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit.
10 Il me transporta donc en esprit sur une montagne de grande hauteur, et me montra la Cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu,
11 avec en elle la gloire de Dieu. Elle resplendit telle une pierre très précieuse, comme une pierre de jaspe cristallin.
12 Elle est munie d’un rempart de grande hauteur pourvu de douze portes près desquelles il y a douze Anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des Israélites ;
13 à l’orient, trois portes ; au nord, trois portes ; au midi, trois portes ; à l’occident, trois portes.
14 Le rempart de la ville repose sur douze assises portant chacune le nom de l’un des douze Apôtres de l’Agneau.
Prière
*SEIGNEUR JESUS, NOUS SOMMES TON PEUPLE, LE PEUPLE DE LA NOUVELLE ALLIANCE, PEUPLE DE CEUX QUI VIVENT DE TOI, PAR TOI, POUR TOI, ET QUI SONT APPELES A CONTINUER TA MISSION EN LA RENDANT VISIBLE, ET EN L’EXPRIMANT DANS LE LANGAGE DE TOUTES LES GENERATIONS QUI T’ONT SUIVI JUSQU’A NOUS, ET QUI CONTINUERONT APRES NOUS : APPROFONDIS EN MOI L’ENJEU ET LE SENS DE MON APPARTENANCE A UNE OU PLUSIEURS COMMUNAUTES DE CROYANTS, OU NOUS CONSTITUONS ENSEMBLE LE “LIEU” DE TA RENCONTRE, DU PARTAGE DE TA PAROLE, ET DES GESTES QUE TU NOUS, AS LAISSES POUR RENDRE PRESENT EN NOS VIES L’EVENEMENT DE TON “HEURE” DE PASSAGE AU PERE, ET OU NOUS CONTRIBUONS, LES UNS ET LES AUTRES, SELON LA DIVERSITE DE NOS APPELS ET DE NOS MISSIONS, A NE FORMER QU’UN SEUL CORPS DE CEUX QUE TU RASSEMBLES DANS LE MYSTERE DE TA PRESENCE DE RESSUSCITé, DANS L’ESPRIT SAINT. AMEN.
24.01.2003.*