📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Ézéchiel 36, 23-28
DU LIVRE DE EZECHIEL
Texte
23 Je sanctifierai mon grand nom qui a été profané parmi les nations au milieu desquelles vous l’avez profané. Et les nations sauront que je suis Yahvé - oracle du Seigneur Yahvé - quand je ferai éclater ma sainteté, à votre sujet, sous leurs yeux.
24 Alors je vous prendrai parmi les nations, je vous rassemblerai de tous les pays étrangers et je vous ramènerai vers votre sol.
25 Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.
26 Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.
27 Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes.
28 Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères. Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu.
Commentaire
1. Situation
Le prophète Ezéchiel a prêché durant l’exil des déportés du royaume de Juda à Babylone, à une période des plus dramatiques de l’histoire d’Israël. Emmené en exil avec les premiers déportés de 598, donc avant la ruine de Jérusalem et le second départ en exil un peu plus de 10 ans plus tard, il y a prêché des années 593 à environ 571.
Son livre se développe en trois grandes parties : - des oracles de jugement (1, 1 - 24, 27), - des oracles contre les nations étrangères (25, 1 - 32, 32), des oracles de restauration (33, 1 - 48, 35), parmi lesquels les derniers chapitres (40, 1 - 48, 35) concernent le nouveau Temple et le nouveau Culte à Jérusalem.
Ezéchiel est connu pour la puissance de ses visions, particulièrement celle de son appel prophétique, également par ses mimes prophétiques, autant que par son insistance sur la fidélité à l’Alliance conclue avec Dieu, son sens de la grandeur, de la sainteté et de la fidélité de Yahvé-Dieu, et des exigences de la vie morale et de l’exercice du culte authentique à rendre à Dieu.
2. Message
Malgré toutes les infidélités d’Israël, Yahvé-Dieu annonce un renouvellement solennel de son Alliance avec son peuple, selon la grande formule : “Vous serez mon peuple, et moi, votre Dieu”.
Il est déjà clair, d’après le ton de ce message, et tous les verbes au futur qui l’énoncent, que cette Alliance va demeurer de façon définitive, et ne sera plus rompue.
Et pour qu’il en soit bien ainsi, Yahvé-Dieu va intervenir “autrement”, et selon un grande nouveauté : non seulement il va ramener son peuple sur sa terre, mais il va en purifier tous les membres, et leur donner un coeur nouveau, pour remplacer leur coeur de pierre ou de péché, ainsi qu’un esprit nouveau.
En cela sera manifestée la sainteté de Dieu face à toutes les nations.
3. Decouvertes
Cet oracle est d’abord un message de révélation sur Dieu lui-même, qui, en agissant ainsi, manifeste sa sainteté. L’ensemble auquel appartient notre page (36, 16 - 38) peut s’intituler : “Restauration de l’honneur de Yahvé-Dieu”, dont le Nom avait été profané.
Cette restauration de l’honneur de Dieu, face à toutes les nations, suppose donc beaucoup plus qu’un simple rapatriement des Israélites sur leur terre.
En effet, le fait que Yahvé ait permis la déportation du peuple, la ruine du Temple et de la Ville Sainte, peut donner aux païens l’impression que Dieu était incapable de protéger son peuple et son culte.
D’où les “grands moyens” qu’annonce le Seigneur : il rend désormais son peuple incapable de souiller son Nom à l’avenir, en le purifiant dans le don d’un coeur nouveau, acquis définitivement à Dieu.
4. Prolongement
Cette page est très semblable à l’oracle de Jérémie 31, 31 - 34, et est facilement relue par nous, les chrétiens, comme une annonce très proche de ce que réalisera Jésus dans sa mission, sa mort et sa résurrection.
Le don de l’Esprit Saint par Jésus ressuscité en est pour nous l’accomplissement absolu :
21 Il leur dit alors, de nouveau : ” Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. ”
22 Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : ” Recevez l’Esprit Saint.
23 Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. ”
6 Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père !
7 Aussi n’es-tu plus esclave mais fils ; fils, et donc héritier de par Dieu.
3 C’est pourquoi, je vous le déclare : personne, parlant avec l’Esprit de Dieu, ne dit : ” Anathème à Jésus ”, et nul ne peut dire : ” Jésus est Seigneur ”, s’il n’est avec l’Esprit Saint.
5 Et l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné.
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent.
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir.
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous le dévoilera.
Prière
*Seigneur Jésus, lorsque Paul, ton apôtre, déclare que ce n’est plus lui qui vit, mais toi qui vis en lui, il rend compte de l’intériorité de ta présence, avec le Père, en nous, par ton Esprit Saint, sans lequel nous ne pouvons ni te reconnaître, ni découvrir que Dieu est notre Père, ni aimer nos frères et nos sœurs en vérité : rends-moi docile à cette force transformante que tu nous as transmise, lors de ton “heure” de passage au Père, de façon à ce que les fruits de bienveillance, d’ouverture, de miséricorde, et de vérité, qui le révèlent, se manifestent vraiment à travers tous mes comportements. AMEN.
22.08.2002.*
Évangile : Matthieu 22, 1-14
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
1 Et Jésus se remit à leur parler en paraboles :
2 ” Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils.
3 Il envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux ne voulaient pas venir.
4 De nouveau il envoya d’autres serviteurs avec ces mots : ” Dites aux invités : “Voici, j’ai apprêté mon banquet, mes taureaux et mes bêtes grasses ont été égorgés, tout est prêt, venez aux noces. “
5 Mais eux, n’en ayant cure, s’en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce ;
6 et les autres, s’emparant des serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.
7 Le roi fut pris de colère et envoya ses troupes qui firent périr ces meurtriers et incendièrent leur ville.
8 Alors il dit à ses serviteurs : “La noce est prête, mais les invités n’en étaient pas dignes.
9 Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver. “
10 Ces serviteurs s’en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives.
11 ” Le roi entra alors pour examiner les convives, et il aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noces.
12 “Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces ?” L’autre resta muet.
13 Alors le roi dit aux valets : “Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. “
14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Les événements se précipitent dans cette dernière série d’actions et de paroles de Jésus que nous rapporte Matthieu entre les 4ème et 5ème discours de .Jésus (19, 1 - 22, 46). Série très riche en interventions qui soulignent l’impact puissant de Jésus et son autorité.
Après son enseignement sur le divorce, la priorité des enfants et de ce qu’ils représentent pour le Royaume, son invitation sans succès au jeune homme riche de le suivre, et sa parabole sur les ouvriers envoyés à la vigne, où il souligne la gratuité du don de Dieu offert à tous de façon identique, nous retrouvons Jésus dans Jérusalem où il est maintenant entré, où il a purifié le Temple. Tout un ensemble de passages ont été sautés dans la lecture continue que nous faisons de cet Evangile de Matthieu dans notre liturgie catholique (de 20, 17 à 21, 46).
Jésus, entre les interventions des scribes et des Pharisiens qui contestent sa purification du Temple, où il s’est installé en quelque sorte, pour enseigner le peuple, et qui cherchent à le piéger par des questions insidieuses en vue de le faire condamner, Jésus donc, s’est remis à parler en paraboles qui visent plus ou moins directement ses adversaires : la parabole des deux fils (21, 28 - 32), celle des vignerons homicides (21, 33 - 46), et nous lisons aujourd’hui la dernière de ses paraboles (si l’on ne tient pas compte de celles qui feront partie de son dernier discours eschatologique, qu’il va bientôt prononcer) : la parabole des invités au festin du Royaume.
2. Message
Cette parabole se déroule en 3 actes : - versets 2 à 7 : 2 appels à venir au festin à ceux qui y ont été invités, appels qui se heurtent au refus des invités, - versets 8 à 10 : suite à ce refus, l’invitation est étendue à tous les hommes rencontrés, en particulier à tous les rejetés de la société et les pécheurs, - versets 11 à 14 : vérification de la tenue des invités dans la salle de noces et parole d’interprétation finale.
Le Royaume des cieux est explicitement présenté ici sous son image de banquet messianique de la fin des temps, dont l’origine se trouve au livre d’Isaïe, 25, 6 - 10. Les invités d’office sont le peuple de l’ Alliance et de la Promesse, objet, depuis l’appel fait par Dieu à Abraham, de la tendresse et de l’initiative gratuite du Seigneur qui les appelle. Les serviteurs envoyés chercher les invités désignent les prophètes. Tout est désormais prêt : nous sommes dans l’urgence absolue de la fin des temps, à laquelle il faut se conformer immédiatement, et cela est redit avec insistance (2 fois au verset 4, puis 1 fois au verset 8). Mais les invités estiment qu’il n’y a pas d’urgence pour eux, car les affaires de Dieu sont passées pour eux au second plan.
Dans cette parabole, Matthieu pose une distinction entre l’appel initial au salut et l’entrée définitive et réelle dans le Royaume, pour ceux qui ont persévéré dans l’écoute et l’attente impliquées par cet appel. Car cette entrée dans le Royaume n’est pas de soi automatique, elle suppose que l’on soit prêt et disposé à saisir immédiatement l’occasion quand elle se présente. Les croyants ne doivent pas se laisser aller à traiter d’abord de leurs affaires en les mettant à la première place de leurs préoccupations. Si l’appel de Dieu ne demeure pas prioritaire dans leur existence, ils manqueront le Royaume. Le verset 14 résume bien cette logique de la présence et de la persévérance.
L’habit de noces exigé et présenté ici comme nécessaire, est l’expression d’un coeur qui accepte de se tourner vers le Royaume où Dieu l’appelle, et d’exprimer cette acceptation, ou cette conversion, par une vie de justice selon laquelle l’on essaye de produire les oeuvres que Dieu attend de nous. Ce qui veut dire que si les pécheurs sont bien parmi les invités, ils doivent se reconnaître pour ce qu’ils sont et s’ouvrir à la conversion.
3. Decouvertes
Les versets 6 et 7 (sur l’expédition militaire contre les rebelles) rompent la logique de l’histoire que raconte la parabole. Ils constituent une intrusion qui fait allusion à la capture et à la destruction de Jérusalem par les Romains en 70 de notre ère.
Tous ceux qui sont sur les chemins et que les serviteurs convoquent au banquet sont les exclus et les rejetés d’Israël, ceux qui sont “loin ” : les publicains, les pécheurs, les bergers, et tous ceux qu’on ne peut approcher sans se souiller. Mais les pécheurs sont invités.
Les versets 11 à 13 soulignent l’importance de l’ouverture du coeur au salut que Dieu propose, ainsi que le caractère absolu du Royaume : on en fait partie ou en n’en fait pas partie.
Cependant l’image d’exclusion “pieds et poings liés”, pour être dans la logique du Royaume et de son exigence de vérité, est tout de même un peu trop forte dans la logique du récit de cette parabole du festin. Ce qui veut dire que le récit que nous rapporte Matthieu de cette parabole, est marqué déjà par toute une interprétation.
4. Prolongement
Que l’appel soit adressé d’abord aux Juifs, ensuite aux païens, il est le même pour tous (Ephésiens, 3, 1 - 12), et pour tous les temps.
Cet appel, tout de gratuité et de grâce, demande cepndant à être reçu dans l’ouverture d’un coeur qui l’accueille avec confiance, en se remettant entre les mains de Dieu, par Jésus, dans l’Esprit. Il nous faut toujours demeurer en présence de cette initiative de Dieu, qui nous rejoint et doit être considérée comme l’événement le plus important de notre histoire. Nous ne devons pas nous en laisser distraire.
Notre devise perpétuelle : “Le Royaume, d’abord et toujours, Jésus Christ d’abord et toujours, le don que Dieu nous fait d’abord et toujours”. Méfions-nous de toute “banalisation” de Dieu ou du Christ.
Notre espérance, qui ne voit pas ce qu’elle espère, mais l’attend dans la confiance et la patience, demeure toujours associée à la persévérance (Romains, 8, 24 - 25).
Prière
*Seigneur Jésus, non seulement tu accueilles tous ceux qui vont vers toi, comme le Père attend son fils prodigue, mais tu viens sans cesse nous chercher, nous transformer, et nous envoyer, porteurs de ta Parole et de ta manière de vivre, à la rencontre, à temps et à contretemps, des frères et des soeurs que tu as placès sur nos chemins de vie : donne-moi de toujours répondre à ton appel et d’en bien saisir l’urgence, ainsi que d’en mesurer l’exigence de conversion et d’accueil de ta grâce avec un coeur nouveau. AMEN.
21.08.2003.*