📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Juges 6, 11-24

DU LIVRE DES JUGES

Texte

11 L’Ange de Yahvé vint et s’assit sous le térébinthe d’Ophra, qui appartenait à Yoash d’Abiézer. Gédéon, son fils, battait le blé dans le pressoir pour le soustraire à Madiân,
12 et l’Ange de Yahvé lui apparut : ” Yahvé avec toi, lui dit-il, vaillant guerrier! “
13 Gédéon lui répondit : ” Je t’en prie mon Seigneur! Si Yahvé est avec nous, d’où vient tout ce qui nous arrive ? Où sont tous ces prodiges que nous racontent nos pères quand ils disent : “Yahvé ne nous a-t-il pas fait monter d’Égypte ?” Et maintenant Yahvé nous a abandonnés, il nous a livrés au pouvoir de Madiân… “
14 Alors Yahvé se tourna vers lui et lui dit : ” Va avec la force qui t’anime et tu sauveras Israël de la main de Madiân. N’est-ce pas moi qui t’envoie ? ” -
15 ” Pardon, mon Seigneur! lui répondit Gédéon, comment sauverais-je Israël ? Mon clan est le plus pauvre en Manassé et moi, je suis le dernier dans la maison de mon père. “
16 Yahvé lui répondit : ” Je serai avec toi et tu battras Madiân comme si c’était un seul homme. “
17 Gédéon lui dit : ” Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, donne-moi un signe que c’est toi qui me parles.
18 Ne t’éloigne pas d’ici, je te prie, jusqu’à ce que je revienne vers toi. Je t’apporterai mon offrande et je la déposerai devant toi. ” Et il répondit : ” Je resterai jusqu’à ton retour. “
19 Gédéon s’en alla, il prépara un chevreau, et avec une mesure de farine il fit des pains sans levain. Il mit la viande dans une corbeille et le jus dans un pot, puis il lui apporta le tout sous le térébinthe. Comme il s’approchait,
20 l’Ange de Yahvé lui dit : ” Prends la viande et les pains sans levain, pose-les sur ce rocher et répands le jus. ” Et Gédéon fit ainsi.
21 Alors l’Ange de Yahvé étendit l’extrémité du bâton qu’il tenait à la main et il toucha la viande et les pains sans levain. Le feu jaillit du roc, il dévora la viande et les pains sans levain, et l’Ange de Yahvé disparut à ses yeux.
22 Alors Gédéon vit que c’était l’Ange de Yahvé et il dit : ” Hélas! mon Seigneur Yahvé! C’est donc que j’ai vu l’Ange de Yahvé face à face ? “
23 Yahvé lui répondit : ” Que la paix soit avec toi! Ne crains rien : tu ne mourras pas. “
24 Gédéon éleva en cet endroit un autel à Yahvé et il le nomma Yahvé-Paix. Cet autel est encore aujourd’hui à Ophra d’Abiézer.

Commentaire

1. Situation

l.e Livre des Juges est le premier d’une série de textes Bibliques qui couvrent la période qui va de la mort de Josué à l’avènement de Saül. Avec la disparition de Josué s’éteint l’époque dominée par la figure puissante de Moïse, et avec l’arrivée de Saül, se met en place l’époque de la royauté qui va durer jusqu’à l’exil Babylonien.

Ce Livre traite donc d’événements d’une époque de transition, donc de dangers et d’incertitudes, une époque qui représente en quelque sorte pour Israël une expérience du “seuil”. Ce Livre des Juges essaye d’apporter une réponse à la question suivante : comment Israël a-t-il vécu sans avoir de grand chef ?

l.a réponse est qu’il a continué d’exister vaille que vaille. Il a donc vécu, mais pas toujours bien, loin de là, et il a été amené à se situer face à des voisins envahisseurs, tels que les Midianites et les Philistins, ainsi que dans le voisinage des Cananéens qui habitaient les villes et acceptaient mal les innovations d’Israël.

Avec le Livre de Ruth, le I.ivre des Juges est le seul qui donne une grande importance aux femmes : voir les récits concernant, entre autres, Deborah et Jaël.

Il semble que ce Livre a été composé en 3 étapes : d’abord, avec la formation de collections rapportant les hauts faits de certains Juges, tels que Déborah, Gédéon, Samson, puis, peu à peu, d’autres Juges. Ensuite, vers l’époque de Jérémie et de l’école Deutéronomique du 7ème siècle, tous ces récits ont été mis en place et en forme, avec prologues, introductions et conclusions. Enfin, de nouvelles additions ont été effectuées après l’ exil Babylonien.

Après une série de Prologues (1, 1 - 3, 6), se déroule l’histoire des Juges successifs dont les récits se regroupent en deux ensembles : - de Othniel à Abimelech, incluant, entre autres, les actions de Déborah et de Gédéon (3, 7 - 9, 37), - de Tola à Samson, incluant, entre autres, les récits concernant Jephté et Samson (10, 1- 16, 31). Puis, un certain nombre d’épilogues concluent le Livre (17, 1 - 21,4).


Notre passage se situe dans le premier des deux ensembles de récits des faits et exploits des Juges d’Israël, et concerne l’un des deux plus grands héros de cet ensemlbe, Gédéon, dont nous assistons à l’appel et l’envoi en mission par le Seigneur.

2. Message

C’est au cours de son travail quotidien le plus ordinaire que Gédéon se découvre, de façon totalement surprenante, appelé par Dieu à servir son peuple.

La manière dont Gédéon répond à l’appel du Seigneur témoigne qu’il est croyant (bien que son père ait élevé un autel à Baal, comme l’indiquera la suite du texte), et se souvient des traditions des pères rappelant la sortie d’Egypte effectuée par la main puissante du Seigneur, dont il constate qu’il a actuellement abandonné son peuple livré à la misère.

Celui que Dieu appelle est le plus petit dans la maison et le clan de son père, clan qui, par ailleurs, est le plus petit des clans de sa tribu.

A cet homme qui fait valoir sa faiblesse et son incapacité, Dieu promet et confirme sa présence et son aide, et sur la demande de Gédéon de lui manifester un signe, lui accorde cette preuve que c’est bien lui, le Seigneur, qui, par son Ange, le rencontre.

Gédéon, saisi de crainte d’avoir vécu une telle proximité de Dieu, dresse un autel au Seigneur.

3. Decouvertes

Les chapitres 6, 7 et 8 du Livre des Juges sont consacrés à la mission et aux exploits de Gédéon.

Cet appel de Gédéon suit une introduction (6, 1 - 10) où il est rappelé les malheurs que vivent alors les Israélites, livrés par Dieu entre les mains des Madianites, et auxquels un prophète anonyme vient redire ce que Dieu a accompli pour son peuple lors de la sortie d’Egypte, et signaler leur désobéissance au Seigneur, qui est la cause de tous leurs malheurs.

Cette rencontre de Gédéon avec l’Ange du Seigneur se déroule selon le schéma quasi constant des “théophanies-annonciations” de l’Ancien et du Nouveau Testament :

  • arrivée inopinée d’un messager de Dieu, qui surprend son interlocuteur auquel il adresse une salutation de la part de Dieu, accompagnée d’une qualification de la mission qui va lui être proposée (vaillant guerrier),
  • réaction de crainte de l’interlocuteur qui a du mal à se sentir ainsi directement concerné,
  • mention des obstacles qui paraissent rendre une telle mission impossible, et confimation par Dieu qu’il va accompagner son serviteur de sa présence et de sa puissance,
  • demande d’un signe de la part de l’appelé, signe que Dieu accorde,
  • reconnaissance de la présence et de l’appel du Seigneur par celui qu’il a ainsi visité.

Voir des scénarios semblables dans les récits concernant Abraham (Genèse, 15, 2 - 8), Moïse (Exode, 3, 10 - 13), Jérémie (Jérémie, 1, 4 - 5), l’annonciation à Zacharie et à Marie la mère de Jésus, en Luc, 1.

A noter qu’à partir de ce moment, Yahvé-Dieu s’adressera directement à Gédéon, sans autre intermédiaire.

4. Prolongement

Relire l’ensemble du récit de l’annonce à Marie en Luc, 1 26 - 38, , dans lequel nous retrouvons tous les éléments évoqués plus haut du schéma de ce genre d’apparitions théophaniques.

La méthode de Dieu qui appelle les derniers, les petits et les humbles :

50 et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

51 Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe.

52 Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,

53 Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.

54 Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde,

8 à moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ

9 et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses,

10 pour que les Principautés et les Puissances célestes aient maintenant connaissance, par le moyen de l’Église, de la sagesse infinie en ressources déployée par Dieu

11 en ce dessein éternel qu’il a conçu dans le Christ Jésus notre Seigneur,

12 et qui nous donne d’oser nous approcher en toute confiance par le chemin de la foi au Christ.

Mais c’est toujours la puissance et la force de Dieu qui agissent, à travers ceux qu’il appelle et qu’il envoie ainsi en mission :

9 Car je suis le moindre des apôtres ; je ne mérite pas d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu.

10 C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous : oh ! non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.

12 Je sais me priver comme je sais être à l’aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l’abondance comme au dénuement.

13 Je puis tout en Celui qui me rend fort.

Prière

*Seigneur Jésus, c’est chacune et chacun d’entre nous quet tu continues d’appeler, par l’intermédaire des frères et des soeurs de ton Eglise, ou de tous ceux qui font appel à notre témpoignage, ou nous demandent un service que nous pourrions leur apporter, parce qu’ils perçoivent que nous sommes tes disciples, et que nous sommes habités par ta présence de Ressuscité en ton Esprit Saint : rends-moi toujours disponible à tous ces appels, qui sont autant de renouvellements de ton appel initial et fondamental à te suivre, en me laisant conduire et transformer par toi, qui me donnes ainsi, de devenir “fils” avec toi, et donc “frère” universel, comme toi, de tous ceux que tu es venu chercher pour les faire entrer dans ton Royaume de gloire. AMEN.

19.08.2003.*

Évangile : Matthieu 19, 23-30

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

23 Jésus dit alors à ses disciples : ” En vérité, je vous le dis, il sera difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux.
24 Oui, je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux.”
25 Entendant cela, les disciples restèrent tout interdits : ” Qui donc peut être sauvé ? ” disaient-ils.
26 Fixant son regard, Jésus leur dit : ” Pour les hommes c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. “
27 Alors, prenant la parole, Pierre lui dit : ” Voici que nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi, quelle sera donc notre part ? “
28 Jésus leur dit : ” En vérité je vous le dis, à vous qui m’avez suivi : dans la régénération, quand le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël.
29 Et quiconque aura laissé maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs, à cause de mon nom, recevra bien davantage et aura en héritage la vie éternelle.
30 ” Beaucoup de premiers seront derniers, et de derniers seront premiers. “

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Dans la série d’événements que Matthieu rapporte dans son Evangile, entre les 4ème et 5ème discours qu’il fait prononcer à Jésus (19, 1 - 22, 46), événements qui révèlent de façon nouvelle l’autorité de Jésus et son appel à le suivre, à travers toutes les situations qu’il rencontre et toutes les réponses aux questions qui lui sont posées, le chapitre 19 se distingue par son approche particulière.

On a cru longtemps que c’était le chapitre des appels spéciaux en vue d’une qualité de vie de plus haut niveau : appel au célibat pour la cause de Dieu, à la fin de l’enseignement de Jésus sur le divorce (verset 12 dans 19, 1 - 12), appel à une pauvreté totale et prophétique à la fin de la rencontre de .Jésus avec le jeune homme riche (versets 25 - 26 dans 19, 16 - 30, là où se trouve notre page d’aujourd’hui), sans oublier l’attention portée par Jésus, dc façon inattendue pour ses disciples, aux enfants qui lui sont présentés (19, 13 - 15).

En fait, il ne semble pas qu’il s’agisse dans ces cas d’appels nouveaux et inédits, mais d’une ouverture à la radicalité de l’Evangile pour tous ceux qui, suivant Jésus, découvrent qu’être un disciple authentique suppose qu’ils inscrivent les valeurs du Royaume au premier rang de leurs préoccupations.

Les réflexions de Jésus que nous lisons dans notre page se situent juste après le départ du jeune homme riche, qui, ayant de grands biens, n’a pas su répondre à l’appel de Jésus de tout vendre et distribuer aux pauvres, avant de le suivre (19, 16 - 22).

2. Message

Jésus estime qu’il est difficile, voire impossible, à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux. L’attitude du jeune homme riche souligne bien les dangers de la possession des richesses : - danger de la possessivité (je suis ce que je possède), qui fait que les richesses arrivent à prendre la première place réservée à Dieu dans l’existence croyante, - danger d’oublier que “posséder”, selon le projet de Dieu, c’est utiliser ce que l’on possède pour le service des autres, - danger de malhonnêteté ou de corruption dans la manière d’obtenir ou de conserver ces richesses.

Pourquoi Jésus insiste-t-il autant sur une telle impossibilité pour un riche d’entrer dans le Royaume des cieux ? C’est que cette situation de riche a du mal à ne pas s’identifier avec une maîtrise de sa propre vie, une non-dépendance des autres, alors que, pour le Royaume, il faut se dépouiller de soi, se rendre totalement, devenir toujours plus, disponible, tout le contraire d’un comportement de possédant. De plus, en tant que souvent source de “pouvoir”, les richesses sont une réalité aliénante. Néanmoins, le salut reste possible, du point de vue de Dieu, pour qui rien n’est impossible, et qui a pris l’initiative gratuite de “se livrer”, pour que nous traduisions en nos paroles et gestes sa propre attitude, qu’il nous révèle à travers le témoignage de Jésus.

Jésus répond ensuite en deux temps à la question que lui pose Pierre :

  • D’abord sous la forme de l’annonce d’une situation spécialement réservée aux Douze. Quand viendra le Royaume, les Douze seront associés à la fonction de jugement eschatologique réservée à Jésus. Les Douze tribus d’Israël n’existant plus, il s’agit ici de l’Israël nouveau, dont les Douze sont les assises et les fondations, si l’on reprend l’image de la cité céleste ou de la Jérusalem céleste de l’Apocalypse, au chapitre 21, 14. La réponse de Jésus, qui se définit comme le “Fils de l’homme” de la fin des temps, est donc bien d’ordre eschatologique, tout comme la scène très connue du jugement final du chapitre 25, versets 31 et suivants, qui est dévoilée dans le dernier discours de Jésus. Les Douze reçoivent ici la promesse de partager collègialement, avec Jésus, le jugement de toutes les tribus, prises ensemble, de l’Israël nouveau.

  • Ensuite, 2ème temps de la répouse de Jésus, il promet une récompense, très supérieure aux biens abandonnés, à tous ceux qui acceptent de vraiment le suivre comme disciples, allant jusqu’au bout avec lui (19, 29).

Quant à l’inversion des places entre les premiers et les derniers, qu’il annonce au dernier verset, il faut la considérer comme une suggestion du mystère de la fin des temps : Dieu ne juge pas selon nos vues. Et dans la perspective de la foi, et de l’enseignement de Jésus (voir plus haut ce qu’il dit des enfants, dans ce même chapitre 19), les “petits”, les “dépendants”, les “démunis”, les “derniers” de nos sociétés sont ceux auxquels il destine toujours la première place en son Royaume.

3. Decouvertes

En Matthieu, 5, 48, au cours de son premier discours, Jésus appelait déjà tous les hommes et toutes les femmes à la perfection par imitation du Père. Certains tiennent à maintenir une distinction, dans les textes de ce chapitre 19, entre un appel commun à tous et un appel à une perfection spécifique pour quelques uns, du fait que tous ne sont pas célibataires, et que tous ne vendent pas tous leurs biens pour les donner aux pauvres, à cause du “Royaume”.

D’autres préfèrent souligner la radicalité du “pour le Royaume”, qui exige, en toutes situations, un dépassement et une “mort à soi-même”, indépendamment des styles d’existence et des vocations diverses.

L’image du chameau qui passe à travers un trou d’aiguille n’est à prendre que dans le sens de son exagération, pour signifier l’impossibilité, la difficulté insurmontable. que rencontreront les riches à entrer dans le Royaume des cieux.

En 1 Corinthiens, 6, 2 - 3, tous les “saints”, c’est-à-dire tous les disciples de Jésus, sont appelés à juger le monde, jugement qui n’est pas réservé aux seuls Douze.

L’Israël nouveau. que Jésus rassemble (Matthieu, 6, 10 et 15, 24), sera accompli à la fin des temps, réalisant la prophétie d’Ezéchiel, 47, 13, et comprendra également les païens.

4. Prolongement

La foi qui nous anime suppose dépossession de soi, pauvreté du coeur et de tout l’homme, pour être le plus possible dispouible à Dieu. La possession de richesses pour soi, comme le pouvoir ou la maîtrise de soi et des autres, sont de fait incompatibles avec l’engagement de la foi, qu’il s’agisse de la richesse matérielle ou économique, ou, également, de la richesse spirituelle cultivée comme un bien que l’on possède.

l.a capacité de se donner entièrement, en s’abandonnant totalement, n’appartient qu’à Dieu, qui, dans l’Esprit de Jésus ressuscité, nous offre cette attitude de partage et d’amour.

Quand Paul, en 2 Corinthiens, 8, 9, nous dit que “Christ s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté”, il ne parle pas seulement d’un échange (en se faisant pauvre, Jésus nous donne la richesse du salut), mais d’un don, en ce sens que Jésus nous communique son attitude même de pauvreté, selon le mystère de Dieu. A nous d’en vivre.

Prière

*Seigneur Jésus, ton message est toujours d’une parfaite consistance et authenticité : tu déclares d’abord “heureux” les “pauvres de coeur”, tu nous montres les difficultés très grandes d’entrer dans le Royaume de Dieu, pour quiconque se considère propriétaire unique et absolu de toute richesse ou valeur, fusent-elles les plus hautes valeurs, et Paul, qui t’a bien compris pour t’avoir découvert, et été saisi, dans la puissance de ton Esprit Saint, vante le don suprême que tu nous fais de ta manière d’être “pauvre” à la façon de Dieu, pour qui la perfection de l’existence coïncide avec la perfection de sa capacité de tout donner toujours plus de ce qu’il est : aide-moi à enraciner ce message au plus profond de moi-même, là où je puis te rencontrer, présent en mon coeur par la foi, et par ton Esprit qui m’apprend sans cesse à me donner avec tout ce que je suis et ai reçu de tous horizons. AMEN.

19.08.2003.*


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