📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Ézéchiel 34, 1-11

DU LIVRE D’EZECHIEL

Texte

1 La parole de l’Éternel me fut adressée, en ces mots:
2 Fils de l’homme, prophétise contre les pasteurs d’Israël! Prophétise, et dis-leur, aux pasteurs: Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel: Malheur aux pasteurs d’Israël, qui se paissaient eux-mêmes! Les pasteurs ne devaient-ils pas paître le troupeau?
3 Vous avez mangé la graisse, vous vous êtes vêtus avec la laine, vous avez tué ce qui était gras, vous n’avez point fait paître les brebis.
4 Vous n’avez pas fortifié celles qui étaient faibles, guéri celle qui était malade, pansé celle qui était blessée; vous n’avez pas ramené celle qui s’égarait, cherché celle qui était perdue; mais vous les avez dominées avec violence et avec dureté.
5 Elles se sont dispersées, parce qu’elles n’avaient point de pasteur; elles sont devenues la proie de toutes les bêtes des champs, elles se sont dispersées.
6 Mon troupeau est errant sur toutes les montagnes et sur toutes les collines élevées, mon troupeau est dispersé sur toute la face du pays; nul n’en prend souci, nul ne le cherche.
7 C’est pourquoi, pasteurs, écoutez la parole de l’Éternel!
8 Je suis vivant! dit le Seigneur, l’Éternel, parce que mes brebis sont au pillage et qu’elles sont devenues la proie de toutes les bêtes des champs, faute de pasteur, parce que mes pasteurs ne prenaient aucun souci de mes brebis, qu’ils se paissaient eux-mêmes, et ne faisaient point paître mes brebis, -
9 à cause de cela, pasteurs, écoutez la parole de l’Éternel!
10 Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel: Voici, j’en veux aux pasteurs! Je reprendrai mes brebis d’entre leurs mains, je ne les laisserai plus paître mes brebis, et ils ne se paîtront plus eux-mêmes; je délivrerai mes brebis de leur bouche, et elles ne seront plus pour eux une proie.
11 Car ainsi parle le Seigneur, l’Éternel: Voici, j’aurai soin moi-même de mes brebis, et j’en ferai la revue.

Commentaire

1. Situation

Ezéchiel a prêché durant l’exil des déportés du royaume de Juda à Babylone, à une période des plus dramatiques de l’histoire d’Israël. Emmené en exil avec les premiers déportés de 598, donc avant la ruine de Jérusalem et le second départ en exil un peu plus de 10 ans plus tard, il y a prêché des années 593 à environ 571.

Son livre se développe en trois grandes parties : - des oracles de jugement (1, 1 - 24, 27), - des oracles contre les nations étrangères (25, 1 - 32, 32), des oracles de restauration (33, 1 - 48, 35), parmi lesquels les derniers chapitres (40, 1 - 48, 35) concernent le nouveau Temple et le nouveau Culte à Jérusalem.

Ezéchiel est connu pour la puissance de ses visions, particulièrement celle de son appel prophétique, également par ses mimes prophétiques, autant que par son insistance sur la fidélité à l’Alliance conclue avec Dieu, son sens de la grandeur, de la sainteté et de la fidélité de Yahvé-Dieu, et des exigences de la vie morale et de l’exercice du culte authentique à rendre à Dieu

2. Message

Depuis Saul et David, les rois étaient des “oints” du Seigneur, chargés de conduire le peuple d’Israël, que Yahvé s’était choisi depuis son appel d’Abraham, et avec lequel il avait fait alliance, surtout depuis Moïse et la sortie d’Egypte. Sur la terre de Palestine, ces rois avaient reçu la mission de conduire ce peuple dans le concert des nations comme un témoin spécifique du Dieu unique.

Cependant, voulant à tout prix qu’Israël soit, en tous points et non pas seulement “jusqu’à un certain point”, une nation comme les autres, tous ces rois descendants ou successeurs de David, à l’exception de deux d’entre eux, se sont partiellement ou totalement détournés de Yahvé pour satisfaire leurs ambitions terrestres dont la démesure et l’orgueil ont conduit leur pays à la ruine.

A la suite des nombreux prophètes qui, depuis Elie, au 9ème siècle, se sont levés pour interpeller et contester les rois de leur époque, Ezéchiel condamne vigoureusement au nom du Seigneur ces dirigeants qui se sont comportés en mauvais propriétaires et non en serviteurs de ce peuple de Dieu, s’affichant tout implement comme des “pasteurs pour eux-mêmes”.

Ensuite, le prophète annonce que, de ce fait, Dieu va prendre lui-même la charge de ce peuple, à la fois - et surtout - personnellement, puis, comme cela est indiqué plus loin dans ce même chapitre d’Ezéchiel, par un nouveau “serviteur David”, qu’il fera surgir.

3. Decouvertes

Tout ce chapitre 34 d’Ezéchiel est constitué d’une “métaphore” d’Israël, présenté comme un “troupeau”, dont les responsables politiques sont les”pasteurs”.

Cette image ainsi utilisée du pasteur et du troupeau était répandue dans tout le Moyen Orient ancien, et prenait une signification particulière en Israël, du fait que David avait été un berger de son métier avant d’être oint comme roi d’Israël.

Que Dieu ait été vu également comme berger de son peuple se trouve affirmé dans les psaumes 23, 1 - 4 et 95, 7.

Dans cet oracle Ezéchiel vise probablement en premier lieu les responsables du peuple qui se trouvent avec lui en exil à Babylone.

Yahvé-Dieu se déclare ici le seul et véritable propriétaire de son troupeau, ce peuple qu’il a formé et s’est donné dans la descendance d’Abraham, et c’est bien la raison pour laquelle il demande des comptes à ceux qu’il a appelés à conduire ce peuple.

Dans une 2nde partie de ce chapitre 34 (34, 17 - 31), Yahvé s’adresse à son troupeau à la façon d’un juge qui va juger l’attitude des brebis dans leurs relations les unes avec les autres.

A noter que Yahvé ne met guère que les faibles et les petits dans son troupeau (34, 25 - 31), et qu’il promet la sécurité pour les brebis sur la terre de Palestine, sans parler du retour éventuel des exilés.

4. Prolongement

Jésus s’est appliqué on ne peut plus personnellement et uniquement cette image du Bon Pasteur : Jean

10.11 Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis.

10.12 Mais le mercenaire, qui n’est pas le berger, et à qui n’appartiennent pas les brebis, voit venir le loup, abandonne les brebis, et prend la fuite; et le loup les ravit et les disperse.

10.13 Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met point en peine des brebis. Je suis le bon berger.

10.14 Je connais mes brebis, et elles me connaissent,

10.15 comme le Père me connaît et comme je connais le Père; et je donne ma vie pour mes brebis.

10.16 J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là, il faut que je les amène; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger.

10.17 Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre.

10.18 Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même; j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre: tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père.

10.19 Il y eut de nouveau, à cause de ces paroles, division parmi les Juifs.

10.20 Plusieurs d’entre eux disaient: Il a un démon, il est fou; pourquoi l’écoutez-vous?

10.21 D’autres disaient: Ce ne sont pas les paroles d’un démoniaque; un démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles?

10.22 On célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C’était l’hiver.

10.23 Et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon.

10.24 Les Juifs l’entourèrent, et lui dirent: Jusques à quand tiendras-tu notre esprit en suspens? Si tu es le Christ, dis-le nous franchement.

10.25 Jésus leur répondit: Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les oeuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi.

10.26 Mais vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis.

10.27 Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent.

10.28 Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main.

10.29 Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père.

Moi et le Père nous sommes un.

De même, dès l’origine de l’Eglise, les responsables des communautés chrétiennes ont reçu le nom de “pasteurs” : 1Pierre

5.1 Voici les exhortations que j’adresse aux anciens qui sont parmi vous, moi ancien comme eux, témoin des souffrances de Christ, et participant de la gloire qui doit être manifestée:

5.2 Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec dévouement;

5.3 non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau.

5.4 Et lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous obtiendrez la couronne incorruptible de la gloire.

4.8 Avant tout, ayez les uns pour les autres une ardente charité, car La charité couvre une multitude de péchés.

4.9 Exercez l’hospitalité les uns envers les autres, sans murmures.

4.10 Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu,

4.11 Si quelqu’un parle, que ce soit comme annonçant les oracles de Dieu; si quelqu’un remplit un ministère, qu’il le remplisse selon la force que Dieu communique, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance, aux siècles des siècles. Amen!

4.12 Bien-aimés, ne soyez pas surpris, comme d’une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver.

4.13 Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous avez aux souffrances de Christ, afin que vous soyez aussi dans la joie et dans l’allégresse lorsque sa gloire apparaîtra.

Prière

*Seigneur Jésus, dans la mesure où le signe par excellence que nous sommes tes disciples est l’amour que nous nous portons les uns pour les autres, et où cet amour est défini par toi comme “service” et don de notre vie en faveur de nos frères et soeurs, nous sommes tous, selon notre situation ou notre appel à un vivre un ministère dans l’Eglise, nous sommes tous,à notre façon, chargés de nos frères et soeurs comme des “pasteurs” authentiques, bien que diifférents : apprends-moi toujours de façon renouvelée à devenir, à ton image, serviteurs de tous mes frères et soeurs. AMEN.

18.08.2004.*

Évangile : Matthieu 20, 1-16

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

1 ” Car il en va du Royaume des Cieux comme d’un propriétaire qui sortit au point du jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
2 Il convint avec les ouvriers d’un denier pour la journée et les envoya à sa vigne.
3 Sorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient, désœuvrés, sur la place,
4 et à ceux-là il dit : “Allez, vous aussi, à la vigne, et je vous donnerai un salaire équitable. “
5 Et ils y allèrent. Sorti de nouveau vers la sixième heure, puis vers la neuvième heure, il fit de même.
6 Vers la onzième heure, il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient là et leur dit : “Pourquoi restez-vous ici tout le jour sans travailler ?” -
7 “C’est que, lui disent-ils, personne ne nous a embauchés. ” Il leur dit : “Allez, vous aussi, à la vigne. “
8 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et remets à chacun son salaire, en remontant des derniers aux premiers. “
9 Ceux de la onzième heure vinrent donc et touchèrent un denier chacun.
10 Les premiers, venant à leur tour, pensèrent qu’ils allaient toucher davantage ; mais c’est un denier chacun qu’ils touchèrent, eux aussi.
11 Tout en le recevant, ils murmuraient contre le propriétaire :
12 “Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les as traités comme nous, qui avons porté le fardeau de la journée, avec sa chaleur.”
13 Alors il répliqua en disant à l’un d’eux : “Mon ami, je ne te lèse en rien : n’est-ce pas d’un denier que nous sommes convenus ?
14 Prends ce qui te revient et va-t’en. Il me plaît de donner à ce dernier venu autant qu’à toi :
15 n’ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme il me plaît ? ou faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon ?“
16 Voilà comment les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. “

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Suite au 4ème discours que lui a fait prononcer Matthieu, nous retrouvons Jésus dans sa dernière mission qui va le conduire, cette fois, à Jérusalem. En réponse à des questions qui lui sont posées, ou à certaines attitudes, il aborde des sujets de la vie ordinaire : mariage et divorce, l’accueil des enfants, la relation à l’argent.

2. Message

Cette parabole, en forme d’histoire illustrée, souligne la différence entre notre relation à Dieu, et nos relations horizontales entre hommes et femmes de notre monde.

Alors que nos relations sociales sont fondées sur un échange où chacune et chacun donne et reçoit équitablement, dans l’égalité et la proportionnalité, Dieu offre gratuitement à tous la plénitude de son don.

Que la proposition du Règne de Dieu nous atteigne à la 1ère ou à la 11ème heure, nous ne pouvons invoquer ni l’antériorité, ni l’ancienneté, ni la durée, ni nos mérites éventuels.

3. Decouvertes

Il y a 2 parties dans cette parabole : le recrutement des ouvriers (20, 1 - 7), et la paye en fin de journée (20, 8 - 16).

Ce qui est visé dans cete parabole, ce n’est ni le contraste entre les Juifs et les païens, ni le déroulement de l’histoire du monde ou de la vie des hommes, ni l’histoire du salut, ni le contraste entre les pécheurs publics (les derniers) et les Juifs pieux ou les Pharisiens (les premiers).

On peut considérer que cette parabole se situe dans la perspective du jugement dernier : nous sommes mis en garde contre nos prétentions à bien faire, ou à être parmi les premiers. D’où le renversement final de situation.

La bonté de Dieu dépasse toute justice simplement humaine : si Dieu s’est engagé de donner un denier à tous et à chacun, et s’il tient parole, ceux qui méritent le moins reçoivent cependant autant que les autres. Tout est grâce, au-delà de tous nos calculs humains, et de nos propres recherches de satisfaction.

4. Prolongement

4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,

5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -

6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;

9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.

10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

Prière

*Seigneur Jésus, le mystère de la gratuité de ta grâce nous étonnera toujours, ton message de salut nous invite à nous ouvrir à cette merveille inégalée du don reçu, et ta mission nous révèle à quel point Dieu s’est donné totalement, en toi, et par toi, pour que nous entrions dans sa vie : donne-moi de considérer toutes mes paroles, toutes mes actions, toutes mes attitudes, comme autant de lieux, où j’accueille ta grâce, et où je dois chercher à l’exprimer, comme un témoignage de “l’esprit” de partage et de service dont tu nous as fait part. AMEN.

21.08.2002.*


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