📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Thessaloniciens 3, 6-13

DE LA 1ère LETTRE DE PAUL AUX THESSALONICIENS

Texte

6 Maintenant Timothée vient de nous revenir de chez vous et il nous a donné de bonnes nouvelles de votre foi et de votre charité : il dit que vous conservez toujours de nous un bon souvenir, que vous aspirez à nous revoir autant que nous à vous revoir.
7 Nous avons trouvé là, frères, en raison de votre foi, un réconfort au milieu de toutes nos angoisses et tribulations.
8 Maintenant nous revivons, puisque vous tenez bon dans le Seigneur.
9 Comment pourrions-nous remercier Dieu suffisamment à votre sujet, pour toute la joie dont vous nous réjouissez devant notre Dieu ?
10 Nuit et jour nous lui demandons, avec une extrême instance, de revoir votre visage et de pouvoir compléter ce qui manque encore à votre foi.
11 Que Dieu lui-même, notre Père, et notre Seigneur Jésus aplanissent notre chemin jusqu’à vous.
12 Et vous, que le Seigneur vous fasse croître et abonder dans l’amour que vous avez les uns envers les autres et envers tous, comme nous-mêmes envers vous :
13 qu’il affermisse ainsi vos cœurs irréprochables en sainteté devant Dieu, notre Père, lors de l’Avènement de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints.

Commentaire

1. Situation

La 1ère l.ettre de Paul aux Thessaloniciens est considérée non seulement comme la 1ère lettre de Paul, écrite en 50 ou 51, mais encore comme le 1er écrit du Nouveau Testament.

Puisque cette lettre utilise des données traditionnelles plus anciennes qu’elle, et, particulièrement, des formules résumant la foi chrétienne (1, 9 - 10; 4, 14; 5, 10), elle est un témoin de l’Evangile, tel qu’il a été proclamé et vécu entre les années 30 et 50, soit dans l’intervalle entre la mort-résurrection de Jésus et le reste des textes du Nouveau Testament. On constate immédiatement que cette lettre nous fournit le plus ancien témoignage écrit de l’importance attachée à la mort-résurrection du Christ par les toutes premières générations chrétiennes.

A l’époque de Paul, Thessalonique était une ville portuaire de Macédoine, située à quelque 150 kilomètres à l’Ouest de Philippes, et dont l’importance tenait de sa proximifé de la voie Romaine “Egnatienne”, qui traversait les Balkans. Cette ville jouait donc un rôle à la fois politique, économique et commercial très reconnu.

Paul a écrit cette lettre depuis Corinthe, presque aussitôt après l’arrivée de Timothée qui venait de Thessalonique, où Paul l’avait envoyé, alors qu’il se trouvait lui-même à Athènes, et dans l’impossibilité de pouvoir s’y rendre en personne. Timothée venait juste donc de lui apporter de bonnes nouvelles de cette jeune Eglise. ainsi que quelques questions que se posaient les Tbessaloniciens concernant le sort de ceux qui sont morts. En grande partie, les détails de cette Lettre correspondent aisément au compte-rendu que Luc, dans les Actes des Apôtres, donnera de la 2ème mission de Paul : re!ire Actes, 16, 16 - 40; 17, 1 - 15 et 18, 5.

Cette Lettre n’est ni doctrinale, ni axée sur des consignes de comportement moral : son style est celui d’une lettre personnelle, construite à la façon des lettres personnelles de l’époque. Seuls quelques versets, en 4, 13 - 18 et 5, 1 - 11, présentent un enseignement quelque peu étendu sur la question de la fin des temps, exprimé dans le langage imagé, caricatural et symbolique des récits apocalyptiques.

Après la salutation du premier verset, cette lettre traduit d’abord l’action de grâces de Paul pour ce qu’il constate de la vie chrétienne des Thessaloniciens (1, 2 - 3, 13). Elle prend ensuite le ton d’une exhortation familière (4, 1 - 12), puis répond aux questions que se posent les Thessaloniciens sur Ia fin des temps (4, 13 - 5, 11), avant de se terminer par une seconde exhortation (5, 12 - 22 ), suivie d’une finale (5, 23 - 28).


Avec cette page nous continuons la lecture de la 1ère partie de cette Lettre de Paul selon le plan général proposé ci-dessus.

2. Message

Les bonnes nouvelles que Timothée, de retour de Thessalonique, vient de lui rapporter, sont pour Paul source de réconfort et consolation , alors qu’il connait une période d’angoisse et de détresse.

Nous constatons ici à quel point Paul vit la joie et l’action de grâces pour cette communauté de Thessalonique, qu’il souhaite revoir au plus vite pour la faire croître davantage encore dans sa foi.

Et tout cela, Paul le réexprime sous forme d’une prière ardente au Seigneur : Que Dieu permette qu’il se rende à Thessalonique, que le Seigneur augmente la capacité d’amour des Thessaloniciens, et qu’il les établisse dans une sainteté ferme et sans reproche dans l’attente du retour du Christ Ressuscité !

3. Decouvertes

Cette page est la fin d’un nouvel ensemble de textes qui appartient à la 1ère partie de cette Lettre, ensemble dans lequel Paul se situe au présent face à la communauté de Thessalonique, après avoir longuement rappelé leur premier accueil de la Parole de Dieu et leur conversion au Seigneur Jésus.

Dans cet ensemble, Paul traite successivement : - de son désir de rendre visite à cette Eglise (2, 17 - 20), - de son impatience d’avoir des nouvelles de Thessalonique qui l’a conduit à y envoyer Timothée (3, 1 - 5), - de la joie que lui causent les bonnes nouvelles de cette communauté que Timothée vient de lui partager : les Thessaloniciens pratiquent bien leur foi et leur charité, et il souhaitent ardemment revoir Paul, car ils ont toujours conservé de lui un très bon souvenir (3, 6 - 10), - la prière de Paul pour cette jeune Eglise (3, 11 - 13).

A noter que, dans sa prière, Paul demande que la charité des Thesaloniciens s’exerce dans une ouverture universelle, c’est-à-dire à l’égard de tous les hommes, et non pas seulement entre frères chrétiens.

4. Prolongement

La prédication de Paul n’est pas seulement pour lui un message ou un témoignage qu’il donne sur Jésus (sa mission, sa prédication, son engagement jusqu’à la mort-résurrection et l’envoi de l’Esprit), mais un message venant de Jésus, dont il reprend et développe certains thèmes, que nous trouvons dans les Evangiles :

44 Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs,

45 afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.

46 Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-il pas autant ?

47 Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?

48 Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

8 Oui, Dieu m’est témoin que je vous aime tous tendrement dans le cœur du Christ Jésus !

9 Et voici ma prière : que votre charité croissant toujours de plus en plus s’épanche en cette vraie science et ce tact affiné

10 qui vous donneront de discerner le meilleur et de vous rendre purs et sans reproche pour le Jour du Christ,

11 dans la pleine maturité de ce fruit de justice que nous portons par Jésus Christ, pour la gloire et louange de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui as dit : “venez à moi, vous tous qui peinez, et vous serez consolés”, toi qui t’es déclaré “doux et humble de coeur”, tenant à ce que ton “joug soit toujours doux et léger” pour nous : donne-moi un authentique sens de la prise en charge fraternelle de tous mes frères et soeurs, que je sois capable de les aider en vérité de toutes mes forces, par mes paroles et tous mes comportements, sur leur chemin vers le Père, par toi dans l’Esprit saint. AMEN.

28.08.2003.*

Évangile : Matthieu 24, 42-51

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

42 ” Veillez donc, parce que vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître.
43 Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur devait venir, il aurait veillé et n’aurait pas permis qu’on perçât le mur de sa demeure.
44 Ainsi donc, vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir.
45 ” Quel est donc le serviteur fidèle et avisé que le maître a établi sur les gens de sa maison pour leur donner la nourriture en temps voulu ?
46 Heureux ce serviteur que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte !
47 En vérité je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens.
48 Mais si ce mauvais serviteur dit en son cœur : “Mon maître tarde”
49 et qu’il se mette à frapper ses compagnons, à manger et à boire en compagnie des ivrognes,
50 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas ;
51 il le retranchera et lui assignera sa part parmi les hypocrites : là seront les pleurs et les grincements de dents.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec ce texte, nous sommes déjà bien avancés dans le dernier discours sur la fin des temps que Matthieu fait prononcer à Jésus, et qui contient ses dernières paroles avant son entrée dans l’événement de sa passion-mort- résurrection (24, 1 - 25, 46).

Jésus a d’abord parlé de la destruction du Temple et d’un commencement des douleurs de la fin des temps (24, 1 - 14), il a évoqué ensuite une grande tribulation à venir (24, 15 - 28), puis a annoncé la venue finale du Fils de l’homme (24, 29 - 31 ), avant de tirer leçon à partir de l’exemple du figuier (24, 32 - 35) et de préciser que le jour et l’heure de la suprême fin ne sont connus que du Père (24, 36 - 44).

Les 2 premiers versets de notre passage (24, 42 - 43) appartiennent à cette partie juste mentionnée ci-dessus, tandis que le reste de notre page traite de deux manières d’être serviteurs dans l’attente du retour du Maître, qui est le Seigneur de la fin des temps.

2. Message

La première partie du message à recevoir sert de conclusion à tout l’exposé qui a précédé sur le caractère inconnu du jour de la Parousie finale, dont seul le Père connaît l’heure.

Avec ce verset 42, commence une réflexion sur notre attitude à adopter dans ces circonstances : il s’agit d’être des veilleurs vigilants, dans l’attente du bon vouloir de Dieu. Et ce thème va se développer jusqu’au verset 13 du chapitre 25, avec la parabole des 2 types de serviteurs, qui forme la fin de notre page de ce jour, et celle, qui suit, des 10 jeunes filles dont la moitié seulement étaient avisées.

Dans les 2 premiers versets de notre page, qui nous concernent ici, la nécessité de veiller est explicitée dans la parabole du Maître de maison, qui ne sait pas quand va venir le voleur. Les conclusions en sont claires : moins nous connaissons l’heure et plus nous devons veiller, c’est-à-dire que notre veille doit être pour nous une démarche incessante, devenue habituelle.

Pour illustrer ce propos, arrive la parabole du serviteur fidèle ou infidèle. S’agit-il de deux personnes différentes ou de la même personne dont le comportement a changé ? Peu importe. Nous sommes ici interpellés, en tant que serviteurs, sur 2 manières d’attendre le retour du Seigneur, dont l’une est bonne et l’autre mauvaise. Si le serviteur est sage et fidèle, il sera dans l’attitude d’attente évoquée plus haut, et il s’en trouvera béni et récompensé au retour de son Maître.

Totalement différent est le cas de celui qui n’attend plus, de fait, ce retour du Maître, et prend même sa place en agissant avec autorité et brutalité sur ceux qu’il était chargé de servir de son mieux. Si bien que le Maître, à son retour imprévu et inattendu, se séparera de lui de façon on ne peut plus radicale.

Notons que le ou les serviteurs de cette parabole étai(en)t chargé(s) de prendre en charge leurs frères. Ce qui veut dire que la veille, l’attente, consistent à bien vivre sa mission, en vérité, pour Dieu et pour pour les hommes et les femmes qui nous ainsi confiés de par notre situation réelle dans ce monde où nous vivons.

3. Decouvertes

Dans cette dernière parabole sur les 2 manières d’être serviteur, le problème central est celui du “délai” du retour du Seigneur. Le mauvais serviteur se base sur ce délai pour agir à sa guise, et manque ainsi de charité et de responsabilité vis à vis de ceux qui lui sont confiés.

De même que prendre le pouvoir sur sa propre vie, c’est se mettre en situation de péché contraire à la foi, qui est remise de soi à un “autre”, de même vivre son service comme une attitude trop “personnalisée”, qui n’est plus exercée dans l’attente du Seigneur, cela devient prise de pouvoir, pouvoir que l’on se donne avec autonomie, et dont on se prévaut pour ne plus respecter ses frères et soeurs. D’où l’extrême sévérité de la rétribution qui s’ensuit lorsque le Maître est de retour.

4. Prolongement

Depuis que Jésus est ressuscité et que l’Esprit nous est donné, nous sommes dans la fin de temps, certains de la présence du Seigneur dans notre coeur par la foi (Ephésiens, 3, 16 - 21), ainsi qu’au coeur de nos communautés (Matthieu, 18, 20), et également dans la Parole de Dieu qu’est l’Ecriture reçue dans la foi, et dans les signes du Royaume qui nous font partager, dans l’Esprit Saint, le mystère de la mort-résurrection du Seigneur.

Etre vigilants,c’est vivre à fond pour, et à partir de, cette présence qui nous habite, et laisser croître en nous le dynamisme d’une attente toujours croissante du Seigneur.

Deux textes de Paul peuvent nous y aider :

11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru.

12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les ceuvres de énèbres et revêtons les armes de lumière.

13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité: point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies.

14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises.

10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à Ises souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,

11 afin de Darvenir si Dossible à ressusciter d’entre les morts.

12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.

13 Non, frères, je ne me flatte point d’avoir déjà saisi ; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être,

14 et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus.

Prière

*Seigneur Jésus, plus tu te rends présent à nous, en ta Parole, en ton Esprit Saint qui te fait demeurer au plus profond de nous-mêmes, en ton attitude de “OUI” permanent au Père, que nous communiquent les gestes eucharistiques de ton dernier repas que nous “faisons en mémoire de toi”, et plus tu nous devances et nous invites à te suivre sur le chemin que tu es et qui est celui de la rencontre infinie du Père qui demeure en toi : creuse en moi cette soif d’aller toujours plus loin, de l’avant, avec toi, assuré, dans ma foi, que ta présence en moi n’a d’autre but que de me saisir en toi, pour me faire sortir de moi-même, et entrer, transfiguré, dans le mystère de la réalité de ton Royaume. AMEN.

28.08.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour