📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 1, 1-9
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
1 Paul, appelé à être apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Sosthène, le frère,
2 à l’Église de Dieu établie à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de Jésus Christ, notre Seigneur, le leur et le nôtre ;
3 à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père, et le Seigneur Jésus Christ !
4 Je rends grâces à Dieu sans cesse à votre sujet pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée dans le Christ Jésus ;
5 car vous avez été comblés en lui de toutes les richesses, toutes celles de la parole et toutes celles de la science,
6 à raison même de la fermeté qu’a prise en vous le témoignage du Christ.
7 Aussi ne manquez-vous d’aucun don de la grâce, dans l’attente où vous êtes de la Révélation de notre Seigneur Jésus Christ.
8 C’est lui qui vous affermira jusqu’au bout, pour que vous soyez irréprochables au Jour de notre Seigneur Jésus Christ.
9 Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur. Les divisions entre fidèles.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
Notre page se situe tout au début de cette lettre, Paul y présente ses voeux auc Corinthiens.
2. Message
Paul commence par saluer les Corinthiens, avant de les exhorter à persévérer dans la ligne des dons qu’ils ont reçus de Dieu en abondance. En effet, avec la grâce du Christ, les richesses de la Parole et de la connaisssance de Dieu leur ont été données.
Rien ne leur manque donc : alors, que leurs dons s’affermissent dans l’attente du Jour du Seigneur Jésus !
3. Decouvertes
D’après 1 Corinthiens, 5, 9 - 13, Paul avait déjà envoyé une lettre aux Corinthiens, avant qu’il ne leur écrive celle-ci, suite aux éclaircissements qu’ils lui demandaient dans leur réponse.
Les 3 premiers versets constituent le schéma-type du commencement de la plupart des Lettres de Paul : expéditeur - destinataires - salutations. Sosthène, qui semble associé à l’envoi , et probablement à la rédaction de cette Lettre, est peut-être le chef de synagogue mentionné dans les Actes, 18, 17, qui se serait converti à Jésus.
Les versets 4 - 9 sont, à proprement parler, une action de grâces, qui salue la vie de cette Eglise, dans la continuité de l’activité de Dieu.
Tout au long de cette Lettre, Paul va parler de l’avenir, face auquel il relativise toutes les autres valeurs vécues, ou discernées, dans la vie de l’Eglise.
4. Prolongement
Langage de communication “directe”, ces Lettres sont un lieu important de transmission du message du Christ : elles indiquent bien qui parle et à qui.
Comme témoins de l’Evangile de Jésus, à notre tour, faisons-nous suffisamment effort pour nous situer nous-mêmes en vérité, et pour bien identifier ceux à qui nous parlons au Nom de Jésus Christ ?
Prière
*Seigneur Jésus, c’est en toi que la communication généreuse de Dieu avec l’humanité a atteint son point culminant et définitif, et, dans ton Esprit Saint, qui nous remémore ce que tu nous as annonce toi-même, tu nous conduis à la vérité totale de ton message, ce qui nous permet, à notre tour, de transmettre fidelement à tous nos frères et sœurs ce que nous avons reçu : apprends-moi à approfondir davantage le cœur de ces paroles de salut, aide-moi à les faire miennes pour que je les partage fidelement, donne-moi de ne pas les proclamer, de façon generale et intemporelle, mais d’en témoigner dans la recontre personnelle de ceux et de celles vers qui tu m’envoies. AMEN.
29.08.2002.*
Évangile : Matthieu 24, 42-51
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
42 ” Veillez donc, parce que vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître.
43 Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur devait venir, il aurait veillé et n’aurait pas permis qu’on perçât le mur de sa demeure.
44 Ainsi donc, vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir.
45 ” Quel est donc le serviteur fidèle et avisé que le maître a établi sur les gens de sa maison pour leur donner la nourriture en temps voulu ?
46 Heureux ce serviteur que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte !
47 En vérité je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens.
48 Mais si ce mauvais serviteur dit en son cœur : “Mon maître tarde”
49 et qu’il se mette à frapper ses compagnons, à manger et à boire en compagnie des ivrognes,
50 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas ;
51 il le retranchera et lui assignera sa part parmi les hypocrites : là seront les pleurs et les grincements de dents.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec ce texte, nous sommes déjà bien avancés dans le dernier discours sur la fin des temps que Matthieu fait prononcer à Jésus, et qui contient ses dernières paroles avant son entrée dans l’événement de sa passion-mort- résurrection (24, 1 - 25, 46).
Jésus a d’abord parlé de la destruction du Temple et d’un commencement des douleurs de la fin des temps (24, 1 - 14), il a évoqué ensuite une grande tribulation à venir (24, 15 - 28), puis a annoncé la venue finale du Fils de l’homme (24, 29 - 31 ), avant de tirer leçon à partir de l’exemple du figuier (24, 32 - 35) et de préciser que le jour et l’heure de la suprême fin ne sont connus que du Père (24, 36 - 44).
Les 2 premiers versets de notre passage (24, 42 - 43) appartiennent à cette partie juste mentionnée ci-dessus, tandis que le reste de notre page traite de deux manières d’être serviteurs dans l’attente du retour du Maître, qui est le Seigneur de la fin des temps.
2. Message
La première partie du message à recevoir sert de conclusion à tout l’exposé qui a précédé sur le caractère inconnu du jour de la Parousie finale, dont seul le Père connaît l’heure.
Avec ce verset 42, commence une réflexion sur notre attitude à adopter dans ces circonstances : il s’agit d’être des veilleurs vigilants, dans l’attente du bon vouloir de Dieu. Et ce thème va se développer jusqu’au verset 13 du chapitre 25, avec la parabole des 2 types de serviteurs, qui forme la fin de notre page de ce jour, et celle, qui suit, des 10 jeunes filles dont la moitié seulement étaient avisées.
Dans les 2 premiers versets de notre page, qui nous concernent ici, la nécessité de veiller est explicitée dans la parabole du Maître de maison, qui ne sait pas quand va venir le voleur. Les conclusions en sont claires : moins nous connaissons l’heure et plus nous devons veiller, c’est-à-dire que notre veille doit être pour nous une démarche incessante, devenue habituelle.
Pour illustrer ce propos, arrive la parabole du serviteur fidèle ou infidèle. S’agit-il de deux personnes différentes ou de la même personne dont le comportement a changé ? Peu importe. Nous sommes ici interpellés, en tant que serviteurs, sur 2 manières d’attendre le retour du Seigneur, dont l’une est bonne et l’autre mauvaise. Si le serviteur est sage et fidèle, il sera dans l’attitude d’attente évoquée plus haut, et il s’en trouvera béni et récompensé au retour de son Maître.
Totalement différent est le cas de celui qui n’attend plus, de fait, ce retour du Maître, et prend même sa place en agissant avec autorité et brutalité sur ceux qu’il était chargé de servir de son mieux. Si bien que le Maître, à son retour imprévu et inattendu, se séparera de lui de façon on ne peut plus radicale.
Notons que le ou les serviteurs de cette parabole étai(en)t chargé(s) de prendre en charge leurs frères. Ce qui veut dire que la veille, l’attente, consistent à bien vivre sa mission, en vérité, pour Dieu et pour pour les hommes et les femmes qui nous ainsi confiés de par notre situation réelle dans ce monde où nous vivons.
3. Decouvertes
Dans cette dernière parabole sur les 2 manières d’être serviteur, le problème central est celui du “délai” du retour du Seigneur. Le mauvais serviteur se base sur ce délai pour agir à sa guise, et manque ainsi de charité et de responsabilité vis à vis de ceux qui lui sont confiés.
De même que prendre le pouvoir sur sa propre vie, c’est se mettre en situation de péché contraire à la foi, qui est remise de soi à un “autre”, de même vivre son service comme une attitude trop “personnalisée”, qui n’est plus exercée dans l’attente du Seigneur, cela devient prise de pouvoir, pouvoir que l’on se donne avec autonomie, et dont on se prévaut pour ne plus respecter ses frères et soeurs. D’où l’extrême sévérité de la rétribution qui s’ensuit lorsque le Maître est de retour.
4. Prolongement
Depuis que Jésus est ressuscité et que l’Esprit nous est donné, nous sommes dans la fin de temps, certains de la présence du Seigneur dans notre coeur par la foi (Ephésiens, 3, 16 - 21), ainsi qu’au coeur de nos communautés (Matthieu, 18, 20), et également dans la Parole de Dieu qu’est l’Ecriture reçue dans la foi, et dans les signes du Royaume qui nous font partager, dans l’Esprit Saint, le mystère de la mort-résurrection du Seigneur.
Etre vigilants,c’est vivre à fond pour, et à partir de, cette présence qui nous habite, et laisser croître en nous le dynamisme d’une attente toujours croissante du Seigneur.
Deux textes de Paul peuvent nous y aider :
11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru.
12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les ceuvres de énèbres et revêtons les armes de lumière.
13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité: point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies.
14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises.
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à Ises souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de Darvenir si Dossible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
13 Non, frères, je ne me flatte point d’avoir déjà saisi ; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être,
14 et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, plus tu te rends présent à nous, en ta Parole, en ton Esprit Saint qui te fait demeurer au plus profond de nous-mêmes, en ton attitude de “OUI” permanent au Père, que nous communiquent les gestes eucharistiques de ton dernier repas que nous “faisons en mémoire de toi”, et plus tu nous devances et nous invites à te suivre sur le chemin que tu es et qui est celui de la rencontre infinie du Père qui demeure en toi : creuse en moi cette soif d’aller toujours plus loin, de l’avant, avec toi, assuré, dans ma foi, que ta présence en moi n’a d’autre but que de me saisir en toi, pour me faire sortir de moi-même, et entrer, transfiguré, dans le mystère de la réalité de ton Royaume. AMEN.
28.08.2003.*