📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Thessaloniciens 1, 1-10
DE LA 1ère LETTRE DE PAUL AUX THESSALONICIENS
Texte
1 Paul, Silvain et Timothée, à l’Église des Thessaloniciens qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ. A vous grâce et paix.
2 Nous rendons grâces à Dieu à tout moment pour vous tous, en faisant mention de vous sans cesse dans nos prières.
3 Nous nous rappelons en présence de notre Dieu et Père l’activité de votre foi, le labeur de votre charité, la constance de votre espérance, qui sont dus à notre Seigneur Jésus Christ.
4 Nous le savons, frères aimés de Dieu, vous avez été choisis.
5 Car notre Évangile ne s’est pas présenté à vous en paroles seulement, mais en puissance, dans l’action de l’Esprit Saint, en surabondance. De fait, vous savez comment nous nous sommes comportés au milieu de vous pour votre service.
6 Et vous vous êtes mis à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole, parmi bien des tribulations, avec la joie de l’Esprit Saint :
7 vous êtes ainsi devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et d’Achaïe.
8 De chez vous, en effet, la Parole du Seigneur a retenti, et pas seulement en Macédoine et en Achaïe, mais de tous côtés votre foi en Dieu s’est répandue, si bien que nous n’avons plus besoin d’en rien dire.
9 On raconte là-bas comment nous sommes venus chez vous, et comment vous vous êtes tournés vers Dieu, abandonnant les idoles pour servir le Dieu vivant et véritable,
10 dans l’attente de son Fils qui viendra des cieux, qu’il a ressuscité des morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.
Commentaire
1. Situation
La 1ère l.ettre de Paul aux Thessaloniciens est considérée non seulement comme la 1ère lettre de Paul, écrite en 50 ou 51, mais encore comme le 1er écrit du Nouveau Testament.
Puisque cette lettre utilise des données traditionnelles plus anciennes qu’elle, et, particulièrement, des formules résumant la foi chrétienne (1, 9 - 10; 4, 14; 5, 10), elle est un témoin de l’Evangile, tel qu’il a été proclamé et vécu entre les années 30 et 50, soit dans l’intervalle entre la mort-résurrection de Jésus et le reste des textes du Nouveau Testament. On constate immédiatement que cette lettre nous fournit le plus ancien témoignage écrit de l’importance attachée à la mort-résurrection du Christ par les toutes premières générations chrétiennes.
A l’époque de Paul, Thessalonique était une ville portuaire de Macédoine, située à quelque 150 kilomètres à l’Ouest de Philippes, et dont l’importance tenait de sa proximifé de la voie Romaine “Egnatienne”, qui traversait les Balkans. Cette ville jouait donc un rôle à la fois politique, économique et commercial très reconnu.
Paul a écrit cette lettre depuis Corinthe, presque aussitôt après l’arrivée de Timothée qui venait de Thessalonique, où Paul l’avait envoyé, alors qu’il se trouvait lui-même à Athènes, et dans l’impossibilité de pouvoir s’y rendre en personne. Timothée venait juste donc de lui apporter de bonnes nouvelles de cette jeune Eglise. ainsi que quelques questions que se posaient les Tbessaloniciens concernant le sort de ceux qui sont morts. En grande partie, les détails de cette Lettre correspondent aisément au compte-rendu que Luc, dans les Actes des Apôtres, donnera de la 2ème mission de Paul : re!ire Actes, 16, 16 - 40; 17, 1 - 15 et 18, 5.
Cette Lettre n’est ni doctrinale, ni axée sur des consignes de comportement moral : son style est celui d’une lettre personnelle, construite à la façon des lettres personnelles de l’époque. Seuls quelques versets, en 4, 13 - 18 et 5, 1 - 11, présentent un enseignement quelque peu étendu sur la question de la fin des temps, exprimé dans le langage imagé, caricatural et symbolique des récits apocalyptiques.
Après la salutation du premier verset, cette lettre traduit d’abord l’action de grâces de Paul pour ce qu’il constate de la vie chrétienne des Thessaloniciens (1, 2 - 3, 13). Elle prend ensuite le ton d’une exhortation familière (4, 1 - 12), puis répond aux questions que se posent les Thessaloniciens sur Ia fin des temps (4, 13 - 5, 11), avant de se terminer par une seconde exhortation (5, 12 - 22 ), suivie d’une finale (5, 23 - 28).
2. Message
Remarquons d’abord l’action de grâces de Paul pour l’oeuvre de Dieu dans cette communauté, et pour la foi et l’espérance des Thessaloniciens. Cette action de grâces surgit dans la conscience qu’a Paul du choix que Dieu a fait de ces chrétiens de Thessalonique ainsi appelés au Royaume.
Constatons ensuite I’efficacité du don de Dieu par son Esprit, efficacité liée à la prédication apostolique de l’Evangile. Comme Jésus, et comme Paul, les Thessaloniciens ont, à leur tour, accueilli la bonne nouvelle du salut, de façon exemplaire, comme la valeur suprême qui transforme leur existence, et la qualité de leur réponse est bien connue de tous.
C’est, en effet, un accueil positif et engagé que lcs Thessaloniciens ont accordé à la prédication de Paul, en se convertissant rapidement et radicalement de leur paganisme pour se tourner vers Dieu. Notons, à ce propos, la formulation d’un résumé de la foi., toute centrée sur le Christ ressuscité, dans les versets 9 - 10.
3. Decouvertes
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v. 4, Le Seigneur a choisi les Thessaloniciens, comme il a choisi et appelé Abraham et ses descendants, par pure grâce, et bien qu’ils soient d’origine païenne.Tel est Ie mystère de l’élection de tous les croyants au Christ, le mystère de notre élection commune : voir 2 Pierre, 1, 10 et Ephésiens, 1, 3 - 6.
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v. 5. La puissance de Dieu est agissante dans la prédication même de l’Evangile et le témoignage des chrétiens. Car, aussi bien dans la prédication de !a Parole (qui est le Verbe fait chair en Jésus : voir Jean, 1, 1 - 18) que dans nos gestes essayant de reproduire ceux de Jésus, l’Esprit Saint est à l’oeuvre, comme l’Esprit de Vérité (Jean, 15, 26 - 27) et Esprit d’ Amour (Romains, 5, 5).
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v. 6. Imiter Jésus et Paul, c’est d’abord recevoir et laisser triompher en nous l’engagement personnel de Jésus comme “Serviteur” disant OUI ” au Père pour sa mission jusqu’à devenir “le Serviteur souffrant” (Matthieu, 10, 18 et Jean, 15, 20),
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v. 6. “La Parole” veut dire ce que Dieu nous annonce par les Prophètes de l’Ancien Testament et surtout par Jésus, et, à sa suite, par les prédicateurs de l’Evangile : relire la parabole du Semeur (Marc, 4, 14 - 23). De ce fait. la Parole s’identifie à son contenu, la Bonne Nouvelle du Royaume et du salut de Dieu accompli, c’est-à-dire ce que nous appelons l’Evangile (Galates, 6, 6 et Philippiens, 1, 14). C’est donc la Parole qui vient de Dieu ou du Seigneur, et qui porte fruit quand on l’accueille avec foi.
4. Prolongement
Nous mesurons ici l’effet d’un rayonnement. Les Thessaloniciens vivent simplement selon l’Evangile leur vie quotidienne et Paul y discerne toutes les valeurs qui sont le fruit d’une présence du Seigneur en son Esprit.
Mesurons-nous suffïsamment l’importance d’une existence qui accueille l’Evangile de Jésus et sa présence, au quotidien, et qui porte du fruit pour Dieu et pour les autres ?
Car ce témoignage tout simple d’authenticité des Thessaloniciens, qui laissent la grâce de Dieu traverser leur vie et la transformer, révèle son origine : Dieu est à l’oeuvre en eux, lui qui a ressuscité Jésus et envoyé l’Esprit qui habite nos coeurs.
En sommes-nous assez persuadés ?
Prière
*Seigneur Jésus, donne-moi ton regard qui sonde les profondeurs et discerne, aussi bien dans la vie de mes frères et soeurs que dans la mienne, l’oeuvre que Dieu y accomplit, comme une lumière qui en dissipe et en dépasse toutes les ténèbres, et me conduit à l’action de grâces pour les merveilles de ton salut et de ta Parole qui nous sont offertes, à nous tous, qui avons reçu la grâce de croire en toi et d’essayer de te suivre comme d’authentiques disciples, au-delà de nos insuffisances et de notre péché. AMEN.
25.08.2003.*
Évangile : Matthieu 23, 13-22
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
13 ” Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le Royaume des Cieux ! Vous n’entrez certes pas vous-mêmes, et vous ne laissez même pas entrer ceux qui le voudraient !
[
14 ].
15 ” Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui parcourez mers et continents pour gagner un prosélyte, et, quand vous l’avez gagné, vous le rendez digne de la géhenne deux fois plus que vous !
16 ” Malheur à vous, guides aveugles, qui dites : “Si l’on jure par le sanctuaire, cela ne compte pas ; mais si l’on jure par l’or du sanctuaire, on est tenu. “
17 Insensés et aveugles ! quel est donc le plus digne, l’or ou le sanctuaire qui a rendu cet or sacré ?
18 Vous dites encore : “Si l’on jure par l’autel, cela ne compte pas ; mais si l’on jure par l’offrande qui est dessus, on est tenu. “
19 Aveugles ! quel est donc le plus digne, l’offrande ou l’autel qui rend cette offrande sacrée ?
20 Aussi bien, jurer par l’autel, c’est jurer par lui et par tout ce qui est dessus ;
21 jurer par le sanctuaire, c’est jurer par lui et par Celui qui l’habite ;
22 jurer par le ciel, c’est jurer par le trône de Dieu et par Celui qui y siège.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Après son entrée à Jérusalem, ses démélés avec les autorités et les enseignements qu’il a donnés en ces occasions, Jésus, en prélude à son tout dernier discours dans l’Evangile de Matthieu, déclare malheureux ceux qui vivent la Loi Juive d’une manière qui les ferme à sa Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. On a remarqué que ces déclarations de malheur, avant le Discours sur la fin des temps, correspondent aux déclarations de bonheur (les Béatitudes) qui avaient servi de prélude au premier discours de Jésus sur la Charte du Royaume.
2. Message
Jésus déclare les Scribes et Pharisiens “hypocrites”, c’est-à-dire ne vivant pas conformément à la vérité qu’ils professent, et à laquelle ils adhèrent.
Il les proclame “malheureux”, d’abord, parce qu’au lieu d’être une aide, ils constituent un obstacle à l’entrée des autres dans le Royaume des cieux, en leur communiquant leur propre attitude, qui les empêche eux-mêmes d’y entrer.
“Malheureux”, encore, parce qu’au lieu de former leurs disciples, ils les déforment.
“Malheureux” toujours, parce qu’ils ont perdu le sens de la hiérarchie des valeurs, et oublié que le Temple est plus que son or, que l’autel plus que les offrandes qu’il rend saintes. Il semblent ne plus savoir que le Temple est le lieu où Dieu demeure, et le ciel le lieu où se trouve son trône. On ne doit donc pas jurer parce qu’alors on touche au domaine de Dieu.
3. Decouvertes
Suite aux 12 premiers versets de ce chapitre 23, qui constituent la 1ère partie de ces invectives de Jésus, et où il a condamné l’hypocrisie, le “tape à l’oeil” religieux, la valorisation d’eux -mêmes de ses adversaires, et rappelé l’importance de la vérité, du respect de tous, et de l’humilité, Jésus, dans notre page, prononce ses 3 premières déclarations de “malheur” sur les 7 qu’il va proférer ainsi.
Ces condamnations, qui dénoncent une corruption totale de ses adversaires, ne sont pas une nouveauté dans les paroles de Jésus selon Matthieu, mais une concentration de reproches déjà faits à maintes reprises : comparer 23,13. 15 avec 11, 21 et 18, 7; 23, 13. 15. 25 - 28 avec 15, 7 et 22, 18; 23, 13 et 5, 20, sans oublier les rudes paraboles des vignerons homicides (21, 33 - 46) ou des invités au festin nuptial (22, 1 - 14).
Dans ce chapitre 23, Jésus ne critique pas les Scribes et Pharisiens pour ne pas le reconnaître comme Messie, il les condamne à partir de leur propre conduite, qui est contraire à leurs propres traditions.
4. Prolongement
Paroles de Jésus ou sur Jésus :
6 Jésus lui dit : ” Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi.
37 Pilate lui dit : ” Donc tu es roi ? ” Jésus répondit : ” Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. ”
17 Car la Loi fut donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
19 Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons prêché parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été oui et non ; il n’y a eu que oui en lui.
20 Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’” Amen ” à Dieu pour sa gloire.
34 Eh bien ! moi je vous dis de ne pas jurer du tout : ni par le Ciel, car c’est le trône de Dieu ;
35 ni par la Terre, car c’est l’escabeau de ses pieds ; ni par Jérusalem, car c’est la Ville du grand Roi.
36 Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux en rendre un seul cheveu blanc ou noir.
37 Que votre langage soit : “Oui ? oui”, “Non ? non” : ce qu’on dit de plus vient du Mauvais.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est par ton obéissance jusqu’à la mort de la croix, que tu as témoigné de la qualité unique de la vérité de ton message et de tous tes comportements : apprends-moi à ne jamais me constituer moi-même en critère de ma vérité, mais à la recevoir de toi avec ouverture, obéissance et humilité profonde, de façon à pouvoir dire que tu vis en moi, dans la mesure où je t’imite le plus possible en toutes mes attitudes. AMEN.
26.08.2002.*