📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Thessaloniciens 2, 1-17
DE LA 2ème LETTRE AUX THESSALONICIENS
Texte
1 Nous vous le demandons, frères, à propos de la Venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui,
2 ne vous laissez pas trop vite mettre hors de sens ni alarmer par des manifestations de l’Esprit, des paroles ou des lettres données comme venant de nous, et qui vous feraient penser que le Jour du Seigneur est déjà là.
3 Que personne ne vous abuse d’aucune manière…
14 C’est à quoi il vous a appelés par notre Évangile, pour que vous entriez en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ.
15 Dès lors, frères, tenez bon, gardez fermement les traditions que vous avez apprises de nous, de vive voix ou par lettre.
16 Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, ainsi que Dieu notre Père, qui nous a aimés et nous a donné, par grâce, consolation éternelle et heureuse espérance,
17 consolent vos cœurs et les affermissent en toute bonne œuvre et parole.
Commentaire
1. Situation
La datation de la 2ème Lettre de Paul aux Thessaloniciens est très contestée. Jusqu’à il y a quelques années, on la considérait comme une Lettre n’ayant pas été écrite par Paul, et donc composée à la fin du 1er siècle, comme une sorte de relecture et de commentaire de la 1ère Lettre aux Thessaloniciens, ce qui permettait de mesurer les différences de ton et de style entre les deux.
Aujourd’hui, les avis sont de plus en plus partagés et des spécialistes ont récemment établi que la 1ère Lettre de Paul aux Thessaloniciens, que tout le monde reconnaît comme ayant été la toute 1ère Lettre écrite par Paul que nous ayons, était en fait composée de 2 Lettres : l’une, plus ancienne, appelée Lettre A, correspondant à 1 Thessaloniciens, 2, 13 - 4, 2, lettre très émouvante de Paul, écrite suite à des nouvelles qu’il avait reçues suite à la persécution dont avait été affectée dette Eglise, l’autre, appelée Lettre B, de quelques mois plus tardive, traitant de questions d’ordre théologique, et comportant le reste de notre 1ère lettre aux Thessaloniciens.
Et lorsque l’on compare notre 2ème Lettre aux Thessaloniciens, qui est en fait une 3ème Lettre, dans cette perspective, à la Lettre B mentionnée ci-dessus, l’on s’aperçoit d’une grande proximité, très Paulinienne , entre ces 2 textes, et l’on conclut aisément que notre 2ème Lettre aux Thessaloniciens aurait bien été écrite par Paul soit ver fin 50, soit au printemps 51, suite à des nouvelles reçues par Paul sur la façon dont certains chrétiens de Thessalonique avaient interprété la Lettre B.
2. Message
En cette page, Paul tient à corriger un malentendu concernant l’interprétation de sa lettre précédente, la Lettre B (qui fait actuellement partie de notre 1ère Lettre aux Thessaloniciens).
Il leur déclare donc, on ne peut plus nettement, que le Jour du retour définitif du Seigneur n’est pas encore arrivé.
Ce qui compte pour le moment, c’est de marcher avec persévérance et fidélité selon l’Evangile que Paul leur a annoncé.
Vivre ainsi, c’est être en présence et en lien avec le Christ, et Dieu notre Père, qui nous aime, et nous donne force, grâce et réconfort.
3. Decouvertes
Notre page est en fait le regroupement de 2 passages, qui sont séparés par une dizaine de versets. C’est la raison pour laquelle un double message nous est proposé : d’abord la correction d’une erreur sur la date de la fin ultime des temps, ensuite, une invitation à la persévérance.
Le retour du Seigneur nous est présenté ici comme la venue du Christ en gloire et le rassemblement de tous les sauvés, plus ou moins dans la perspective de l’accomplissemnt de l’Ancien Testament (Isaïe, 27, 13; 43, 4 - 7; Jérémie, 31, 8). Quelle que soit son origine (une lettre dite comme venant de lui, ou une révélation), Paul dénonce clairement une fausse doctrine sur le retour du Seigneur. Il précise, dans les versets suivants, non lus aujourd’hui, que, de toute façon, ce retour sera précédé de l’apparition de “l’Impie” ou de “l’homme de péché”.
4. Prolongement
Nous sommes appelés à vivre le “déjà-là” du Christ ressucité, dans l’Esprit Saint, dans le “pas-encore” de la fin ultime des temps, toujours à venir, tout en nous rappelant qu’avec l’apparition , la mission, la mort et la résurrection de Jésus, la “fin des temps” est définitivement inaugurée.
Quelques textes de Paul et Jean, en ce sens :
29 Je vous le dis, frères : le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s’ils n’en avaient pas ;
30 ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas ; ceux qui sont dans la joie, comme s’ils n’étaient pas dans la joie ; ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas ;
31 ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde.
11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru.
12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière.
1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.
2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre.
3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu :
4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire.
1 Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu.
2 Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.
Prière
*Seigneur Jésus, si nous attendons ta venue définitive en notre existence personnelle, et au terme de l’histoire du monde, nous savons que tu habites déjà en nos cœurs par la foi, et que tu te rends présent invisiblement quand nous nous rassemblons en ton nom : donne-moi donc de ne jamais oublier que je vis toujours en ta présence, et fais que toutes mes attitudes rayonnent cette présence, et se manifestent comme autant d’authentiques imitations de tes gestes et paroles d’homme de notre terre, en qui s’exprimait totalement le verbe de Dieu “fait chair” en toi. AMEN.
27.08.2002.*
Évangile : Matthieu 23, 23-26
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
23 ” Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi ; c’est ceci qu’il fallait pratiquer, sans négliger cela.
24 Guides aveugles, qui arrêtez au filtre le moustique et engloutissez le chameau.
25 ” Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui purifiez l’extérieur de la coupe et de l’écuelle, quand l’intérieur en est rempli par rapine et intempérance !
26 Pharisien aveugle ! purifie d’abord l’intérieur de la coupe et de l’écuelle, afin que l’extérieur aussi devienne pur.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Après son entrée à Jérusalem, ses démélés avec les autorités et les enseignements qu’il a donnés en ces occasions, Jésus, en prélude à son tout dernier discours dans l’Evangile de Matthieu, déclare malheureux ceux qui vivent la Loi Juive d’une manière qui les ferme à sa Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. On a remarqué que ces déclarations de malheur, avant le Discours sur la fin des temps, correspondent aux déclarations de bonheur (les Béatitudes) qui avaient servi de prélude au premier discours de Jésus sur la Charte du Royaume.
Dans cette série de 7 proclamations de malheur à l’encontre des scribes et des Pharisiens, Jésus a déjà, à 3 reprises, lancé son “Malheureux êtes-vous, scribes et Pharisiens hypocrites”, appellation qui représente moins une déclaration de malédiction que celle d’une profonde douleur et d’une indignation correspondant à une mise en garde prophétique.
Les raisons de cette désignation par Jésus ont été jusqu’à maintenant : la constatation qu’il fait que, non seulement ils n’entrent pas dans le Royaume des cieux, mais qu’ils empêchent les autres d’y entrer, ensujte, qu’ils essayent de convertir des païens sympathisants à la foi Juive, mais selon leur stricte observance, et les rendent, de ce fait, deux fois pires qu’eux et dignes de la “Géhenne”, enfin, qu’ils inversent l’échelle des valeurs essentielles, considérant l’or comme plus important que le Temple qu’il décore et l’offrande plus importante que l’autel dont elle reçoit sa consécration (23, 13 - 22).
2. Message
Notre page nous présente les 4ème et 5ème manifestations de l’indignation de Jésus à l’égard de ces scribres et Pharisiens.
D’abord, en ce qui concerne le coeur de la Loi. En étendant la pratique de prescriptions comme la dîme dans les moindres petits détails des moindres petites substances, ils rendent la Loi impossible pour les gens, et surtout ils étouffent et négligent l’essentiel qui est ainsi perdu de vue : l’attitude du coeur devant Dieu chez celui ou celle qui essaye de vivre la justice, la miséricorde et la fidélité.
II est vrai que, selon Matthieu (qui s’adresse à des chrétiens issus du Judaïsme), Jésus dit qu’il faut pratiquer toute la Loi, mais en la considérant comme “accomplie” et ouverte à des exigences plus profondes et plus larges dont l’achèvement ne se mesure pas, car elles font toujours davantage appel à un réel dépassement.
On ne peut comprendre ces paroles de Jésus sur l’essentiel à mettre en premier lieu sans pour autant négliger l’accessoire (23, 23), qu’en allant relire le “passage-clé” dans lequel Jésus se situe face à la Loi en Matthieu, 5, 17- 20, et sans oublier de relire également les dépassements qu’il propose dans la charte du Royaume, dans les versets qui suivent ce passage. Notons ici la puissance de l’image employée par Jésus, et qui est très parlante : “filtrer le moucheron pour avaler le chameau” (23, 24).
Ensuite, Jésus reproche aux scribes et aux Pharisiens de ne pas mettre au premier plan l’attitude intérieure de conversion et de purification de soi dans l’humilité du coeur. La purification extérieure des marmites et des ustensiles ne sert à rien. Car, ce sont les hommes, avec leur valeur de personnes et leur conscience, qui importent. Marc, au chapitre 7 de son Evangile, nous rapporte un débat sur ce thème entre Jésus et des scribes et Pharisiens ainsi que la discussion qui s’ensuit entre Jésus et ses disciples. Débat dont Jésus conclut que c’est ce qui sort du coeur de l’homme qui souille l’homme. Cette priorité de l’homme à respecter et à accueillir, ou, plus encore, à aider, considérée comme plus importante que le Sabbat, ou cette priorité de valoriser ce que cherche à vivre tout homme ou toute femme au fond de soi-même face à Dieu et face aux autres, comme plus important que les rites, cette priorité est une constante dans l’enseignement de Jésus.
3. Decouvertes
Dans ces 7 “cris” de Malheur qu’il lance à l’encontre des scribes et des Pharisiens, Jésus unifie, en quelque sorte, tout ce qu’il reproche aux scribes et Pharisiens. Et derrière toutes ces accusations lourdes, se profile une condamnation centrale, celle de ne pas avoir accepté la mission de Jésus comme Christ-Messie, qui sauve par sa Parole et par ses actes.
Matthieu, de son côté, en regroupant ainsi la plupart des invectives de Jésus contre les scribes et les Pharisiens, vise également les opposants de l’Eglise pour laquelle il compose son Evangile. Mais, en même temps, il met son Eglise en garde contre la tentation de reprendre à son compte “l’esprit de complaisance et de satisfaction de soi” qui animait les scribes et les Pharisiens.
A noter que ces 7 invectives ne contiennent pas 2 autres condamnations de leur attitude que Jésus adresse à ses adversaires scribes et Pharisiens et qu’on trouve en Luc 20, 47 et Marc, 12, 40 : à savoir qu’ils dévorent les biens des veuves et affectent de faire de longues prières. La TOB, Matthieu, 23, 14, note “z”, précise qu’un verset 14 de ce chapitre, reprenant ces deux attitudes, avait été ajouté ici dans l’Evangile de Mattthieu, selon certains manuscrits.
4. Prolongement
Ce qui compte d’abord pour nous, face à Jésus Sauveur, c’est de nous reconnaÎtre pécheurs, ayant un besoin absolument nécessaire du salut qu’il nous apporte.
Puis, d’essayer de le suivre sur son chemin de l’accomplissement de l’Alliance que Dieu avait contractée avec son peuple, et dont les conditions se résument dans les Livres de la Loi et les Livres des Prophètes de l’Ancien Testament, qui soulignent l’expression incontournable de l’amour que représentent les 10 commandements, et l’attitude d’obéissance à Dieu et de miséricorde pour ses frères et soeurs, qui doit habiter chacun des croyants.
Tel est toujours le “centre” de notre foi : chercher à éviter la reprise en main par nous- mêmes de notre destin devant Dieu et devant nos frères et soeurs, en nous distrayant de l’essentiel, en ajoutant sans cesse des précisions dans les rites, et en nous créant des précepotes et des “règles” de vie plu ou moins inutiles.
Relire Osée, 6, 6 et Michée, 6, 8, textes qui nous concernent toujours tout autant que leurs premiers destinataires, et qu’a repris Jésus :
6 Car c’est l’amour qui me plaît et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes.
8 - ” On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu. “
Prière
*Seigneur Jésus, tu n’as jamais accepté qu’un commandement ou qu’une règlementation soit mis au-dessus des hommes qui font appel à toi dans leurs manques, leurs souffrances ou leurs misères, car pour toi, le Sabbat était fait pour l’homme, et non l’inverse, et, de la même façon, tu as proclamé que ce qui souille l’homme c’est ce qui, au plus profond de lui-même, ternit son coeur : renouvelle en moi le souci de ne jamais mettre mes “lois”, ou mes conditions de vie ou d’organistation, au-dessus du service immédiat à a rendre à mes frères et soeurs, apprends-moi à les mettre réellement debout par mon attitude ouverte et miséricordieuse, fondée sans cesse sur l’espérance. AMEN.
26.08.2003.*