📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Thessaloniciens 2, 9-16
DE LA 1ère LETTRE DE PAUL AUX THESSALONICIENS
Texte
9 Vous vous souvenez, frères, de nos labeurs et fatigues : de nuit comme de jour, nous travaillions, pour n’être à la charge d’aucun de vous, tandis que nous vous annoncions l’Évangile de Dieu !
10 Vous êtes témoins, et Dieu l’est aussi, combien notre attitude envers vous, les croyants, a été sainte, juste, sans reproche.
11 Comme un père pour ses enfants, vous le savez, nous vous avons, chacun de vous,
12 exhortés, encouragés, adjurés de mener une vie digne de Dieu qui vous appelle à son Royaume et à sa gloire.
13 Voilà pourquoi, de notre côté, nous ne cessons de rendre grâces à Dieu de ce que, une fois reçue la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie, non comme une parole d’hommes, mais comme ce qu’elle est réellement, la Parole de Dieu. Et cette parole reste active en vous, les croyants.
14 Car vous vous êtes mis, frères, à imiter les Églises de Dieu dans le Christ Jésus qui sont en Judée : vous avez souffert de la part de vos compatriotes les mêmes traitements qu’ils ont soufferts de la part des Juifs :
15 ces gens-là ont mis à mort Jésus le Seigneur et les prophètes, ils nous ont persécutés, ils ne plaisent pas à Dieu, ils sont ennemis de tous les hommes
16 quand ils nous empêchent de prêcher aux païens pour leur salut, mettant ainsi en tout temps le comble à leur péché ; et elle est tombée sur eux, la colère, pour en finir.
Commentaire
1. Situation
La 1ère l.ettre de Paul aux Thessaloniciens est considérée non seulement comme la 1ère lettre de Paul, écrite en 50 ou 51, mais encore comme le 1er écrit du Nouveau Testament.
Puisque cette lettre utilise des données traditionnelles plus anciennes qu’elle, et, particulièrement, des formules résumant la foi chrétienne (1, 9 - 10; 4, 14; 5, 10), elle est un témoin de l’Evangile, tel qu’il a été proclamé et vécu entre les années 30 et 50, soit dans l’intervalle entre la mort-résurrection de Jésus et le reste des textes du Nouveau Testament. On constate immédiatement que cette lettre nous fournit le plus ancien témoignage écrit de l’importance attachée à la mort-résurrection du Christ par les toutes premières générations chrétiennes.
A l’époque de Paul, Thessalonique était une ville portuaire de Macédoine, située à quelque 150 kilomètres à l’Ouest de Philippes, et dont l’importance tenait de sa proximifé de la voie Romaine “Egnatienne”, qui traversait les Balkans. Cette ville jouait donc un rôle à la fois politique, économique et commercial très reconnu.
Paul a écrit cette lettre depuis Corinthe, presque aussitôt après l’arrivée de Timothée qui venait de Thessalonique, où Paul l’avait envoyé, alors qu’il se trouvait lui-même à Athènes, et dans l’impossibilité de pouvoir s’y rendre en personne. Timothée venait juste donc de lui apporter de bonnes nouvelles de cette jeune Eglise. ainsi que quelques questions que se posaient les Tbessaloniciens concernant le sort de ceux qui sont morts. En grande partie, les détails de cette Lettre correspondent aisément au compte-rendu que Luc, dans les Actes des Apôtres, donnera de la 2ème mission de Paul : re!ire Actes, 16, 16 - 40; 17, 1 - 15 et 18, 5.
Cette Lettre n’est ni doctrinale, ni axée sur des consignes de comportement moral : son style est celui d’une lettre personnelle, construite à la façon des lettres personnelles de l’époque. Seuls quelques versets, en 4, 13 - 18 et 5, 1 - 11, présentent un enseignement quelque peu étendu sur la question de la fin des temps, exprimé dans le langage imagé, caricatural et symbolique des récits apocalyptiques.
Après la salutation du premier verset, cette lettre traduit d’abord l’action de grâces de Paul pour ce qu’il constate de la vie chrétienne des Thessaloniciens (1, 2 - 3, 13). Elle prend ensuite le ton d’une exhortation familière (4, 1 - 12), puis répond aux questions que se posent les Thessaloniciens sur Ia fin des temps (4, 13 - 5, 11), avant de se terminer par une seconde exhortation (5, 12 - 22 ), suivie d’une finale (5, 23 - 28).
Avec cette page nous continuons la lecture de la 1ère partie de cette Lettre de Paul selon le plan général proposé ci-dessus.
2. Message
Paul continue de qualifier son ministère, tel qu’il s’est déroulé à Thessalonique, en développant trois points :
- ce ministère représente pour lui et ses compagnons un “travail supplémentaire” (et donc fatigant), dans la mesure où ils ont choisi de continuer à exercer leur profession de façon à ne pas être à charge à ceux qu’ils évangélisent,
- c’est une activité de toute première qualité de par les relations saintes, justes et irréprochables qu’ils ont adoptées à l’égard des croyants,
- ce ministère a été une réelle prise en charge de chaque chrétien de Thessalonique, à la façon d’un Père qui éduque ses enfants.
Le résultat se manifeste dans la réponse des Thessaloniciens, source d’une action de grâces permanente pour Paul : ils ont accueilli la prédication apostolique comme la Parole même de Dieu, vivante et agissante dans le coeur des croyants.
3. Decouvertes
Beaucoup arrêtent cette section sur la conduite du ministère apostolique au verset 12 (2, 5 - 12), découpant ainsi l’ensemble 2, 1 - 16, consacré au ministère de Paul à Thesssalonique de la façon suivante, très différente de la répartition de nos lectures liturgiques : - 2, 1 - 4 (Dieu est la cause de cette 1ère visite de Paul à Thessalonique), - 2, 5 - 12 (la conduite exemplaire des prédicateurs de l’Evangile à Thessalonique), - la réponse des Thessaloniciens.
Certains sont même allés jusqu’à affirmer que ces versets 13 - 16 n’appartenaient pas à cette lettre, voire qu’ils n’étaient pas de Paul., mais cette opinion ne semble plus l’emporter aujourd’hui.
Dans ces versets 13 - 16 Paul compare la foi des Thessaloniciens à celle des Juifs devenus chrétiens de Jérusalem : comme eux, les croyants de Thessalonique ont eu a souffrir de leurs compatriotes.
A ce propos, dès cette toute première lettre que nous avons conservée de lui, Paul fait déjà état explicitement de certains Juifs qui, non seulement, se sont opposés à Jésus le Christ, mais empêchent maintenant la prédication aux païens.
Remarquons qu’après s’être situé comme une “mère nourricière” de ses chrétiens (2, 7 - 8), Paul se décrit maintenant sous l’image du “père” : c’est bien d’une totale prise en charge des nouveaux croyants qu’il veut nous parler.
4. Prolongement
La qualité de la prédication apostolique de l’Evangile de Jésus Christ est un thème qui traverse tous les écrits de Paul, y compris les lettres qui, sans être de lui, ont été inspirées par lui, ou écrites sous son autorité :
16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
17 Si j’avais l’initiative de cette tâche, j’aurais droit à une récompense ; si je ne l’ai pas, c’est une charge qui m’est confiée.
18 Quelle est donc ma récompense ? C’est qu’en annonçant l’Évangile, j’offre gratuitement l’Évangile, sans user du droit que me confère l’Évangile.
19 Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.
12 Que personne ne méprise ton jeune âge. Au contraire, montre-toi un modèle pour les croyants, par la parole, la conduite, la charité, la foi, la pureté.
13 En attendant que je vienne, consacre-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement.
14 Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, qui t’a été conféré par une intervention prophétique accompagnée de l’imposition des mains du collège des presbytres.
15 Prends cela à cœur. Sois-y tout entier, afin que tes progrès soient manifestes à tous.
16 Veille sur ta personne et sur ton enseignement ; persévère en ces dispositions. Agissant ainsi, tu te sauveras, toi et ceux qui t’écoutent.
1 Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, au nom de son Apparition et de son Règne :
2 proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire.
3 Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité
4 et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
5 Pour toi, sois prudent en tout, supporte l’épreuve, fais œuvre de prédicateur de l’Évangile, acquitte-toi à la perfection de ton ministère.
Où en sommes-nous de notre “prédication” de la Bonne Nouvelle de Jésus ?, par notre témoignage dans la conduite de nos affaires humaines ?, par notre exemple, notre attitude de “foi qui agit par la charité”(Galates, 5, 6) ?, en ne ratant jamais l’occasion de “rendre compte de l’espérance qui est en nous” (1 Pierre, 3, 15) ?
Prière
*Seigneur Jésus, au moment où tu comparaissais devant tes juges, Juifs ou païen, tu n’as pas hésité à rendre compte de l’étendue de ta mission, allant même jusqu’à déclarer que tu n’étais venu que pour rendre témoignage à la Vérité : donne-moi la docilité du coeur à l’Esprit de Vérité que tu as répandu sur nous les croyants, pour qu’il nous conduise à la Vérité toute entière, afin que je me laisse saisir et mener par lui pour t’imiter dans ton “beau” témoignage. AMEN.
27.08.2003.*
Évangile : Matthieu 23, 27-36
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
27 ” Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture ;
28 vous de même, au-dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence de justes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité.
29 ” Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui bâtissez les sépulcres des prophètes et décorez les tombeaux des justes,
30 tout en disant : “Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes. “
31 Ainsi, vous en témoignez contre vous-mêmes, vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes !
32 Eh bien ! vous, comblez la mesure de vos pères !
33 ” Serpents, engeance de vipères ! comment pourrez-vous échapper à la condamnation de la géhenne ?
34 C’est pourquoi, voici que j’envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes : vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues et pourchasserez de ville en ville,
35 pour que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang de l’innocent Abel jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel !
36 En vérité, je vous le dis, tout cela va retomber sur cette génération !
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Après son entrée à Jérusalem, ses démélés avec les autorités et les enseignements qu’il a donnés en ces occasions, Jésus, en prélude à son tout dernier discours dans l’Evangile de Matthieu, déclare malheureux ceux qui vivent la Loi Juive d’une manière qui les ferme à sa Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. On a remarqué que ces déclarations de malheur, avant le Discours sur la fin des temps, correspondent aux déclarations de bonheur (les Béatitudes) qui avaient servi de prélude au premier discours de Jésus sur la Charte du Royaume.
2. Message
La première de ces 2 dernières des 7 déclarations de malheur, adressées par Jésus à l’encontre des Scribes et Pharisiens, constate la contradiction absolue entre ce que ces hommes sont, en réalité, et ce qu’ils manifestent, et font paraître, d’eux-mêmes.
La seconde vise le manque d’analyse et de réflexion sérieuse, en vérité, qu’ils montrent dans leur relecture de l’histoire du passé d’Israël.
En effet, tout en se prétendant non solidaires des crimes de leurs pères qui avaient assassiné les prophètes, et tout en traduisant cette “distance” qu’ils affectent de prendre, par la construction de tombeaux ou de mausolées en l’honneur des prophètes, ils ne s’interrogent pas sur la désobéissance de leurs pères, de façon à envisager comment leur attitude personelle profonde devrait être transformée.
En effet, en cherchant à faire “supprimer” Jésus, ils continuent d’agir “comme” leur pères.
3. Decouvertes
Notons la forte et rude comparaison des Scribes et des Pharisiens à des sépulcres, lieux que ces gens considéraient comme “impurs”. Encore une fois, ils sont le contraire de ce qu’ils prétendent et confesssent.
La dernière déclaration de malheur est la plus sérieuse, et ne peut se comprendre vraiment, si nous ne prolongeons pas, jusqu’au verset 36, le texte de notrre lecture liturgique, qui, lui, s’arrête au verset 32.
Le verset 33 rappelle les paroles que Jean Baptiste lançait aux Scribes et Pharisiens, en 3, 7 (“Engeance de vipères”). Jésus s’exprime ici encore avec la violence de Jean Baptiste : les Scribes et Pharisiens n’échapperont pas à la colère divine de la fin des temps (Apocalypse, 6, 15 - 17).
Depuis la prédication de Jean Baptiste jusqu’à la croix de Jésus, ils sont demeurés imperméables à toute conversion.
4. Prolongement
Jésus demande à ses disciples l’authenticité et la vérité, d’abord intérieures, au niveau de la sincérité profonde, et en vérité, de leur conscience :
18 Et il leur dit : ” Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller,
19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s’en va aux lieux d’aisance ” ainsi il déclarait purs tous les aliments .
20 Il disait : ” Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme.
21 Car c’est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres,
22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison.
23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l’homme. ”
Paul écrit qu’il faut “vivre selon l’Esprit”, et non plus selon la “chair” (attitude de celui qui place toutes ses références en lui-même) :
22 - Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres,
23 douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n’y a pas de loi.
24 Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises.
25 Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse agir.
26 Ne cherchons pas la vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous enviant mutuellement
Prière
*Seigneur Jésus, en nous remettant à toi dans la foi, comme des pauvres, nous renonçons à tout jugement sur nous-mêmes, en nous confiant au tien, car toi seul, avec le Père, dans l’Esprit Saint, tu sondes nos coeurs en leur ultime profondeur, et peux faire totalement la vérité en nous : donne-moi de chercher sans cesse l’unité entre ce que je veux, je cherche, je pense, et ce que je laisse paraître de moi-même en mes paroles et mes gestes, apprends-moi à découvrir les véritables leçons de mon histoire, et à me tourner de façon nouvelle vers le Père, par toi, dans l’Esprit Saint, pour mieux accueillir en moi la grâce de ton salut, et en produire les fruits en vérité et transparence. AMEN.
28.08.2002.*