📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Thessaloniciens 4, 1-8
DE LA 1ère LETTRE DE PAUL AUX THESSALONICIENS
Texte
1 Enfin, frères, nous vous le demandons et vous y engageons dans le Seigneur Jésus : vous avez reçu notre enseignement sur la manière de vivre qui plaît à Dieu, et déjà c’est ainsi que vous vivez ; faites-y des progrès encore.
2 Vous savez bien quelles prescriptions nous vous avons données de par le Seigneur Jésus.
3 Et voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification ; c’est que vous vous absteniez d’impudicité,
4 que chacun de vous sache user du corps qui lui appartient avec sainteté et respect,
5 sans se laisser emporter par la passion comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu ;
6 que personne en cette matière ne supplante ou ne dupe son frère. Le Seigneur tire vengeance de tout cela, nous vous l’avons déjà dit et attesté.
7 Car Dieu ne nous a pas appelés à l’impureté mais à la sanctification.
8 Dès lors, qui rejette cela, ce n’est pas un homme qu’il rejette, c’est Dieu, lui qui vous a fait le don de son Esprit Saint.
Commentaire
1. Situation
La 1ère l.ettre de Paul aux Thessaloniciens est considérée non seulement comme la 1ère lettre de Paul, écrite en 50 ou 51, mais encore comme le 1er écrit du Nouveau Testament.
Puisque cette lettre utilise des données traditionnelles plus anciennes qu’elle, et, particulièrement, des formules résumant la foi chrétienne (1, 9 - 10; 4, 14; 5, 10), elle est un témoin de l’Evangile, tel qu’il a été proclamé et vécu entre les années 30 et 50, soit dans l’intervalle entre la mort-résurrection de Jésus et le reste des textes du Nouveau Testament. On constate immédiatement que cette lettre nous fournit le plus ancien témoignage écrit de l’importance attachée à la mort-résurrection du Christ par les toutes premières générations chrétiennes.
A l’époque de Paul, Thessalonique était une ville portuaire de Macédoine, située à quelque 150 kilomètres à l’Ouest de Philippes, et dont l’importance tenait de sa proximifé de la voie Romaine “Egnatienne”, qui traversait les Balkans. Cette ville jouait donc un rôle à la fois politique, économique et commercial très reconnu.
Paul a écrit cette lettre depuis Corinthe, presque aussitôt après l’arrivée de Timothée qui venait de Thessalonique, où Paul l’avait envoyé, alors qu’il se trouvait lui-même à Athènes, et dans l’impossibilité de pouvoir s’y rendre en personne. Timothée venait juste donc de lui apporter de bonnes nouvelles de cette jeune Eglise. ainsi que quelques questions que se posaient les Tbessaloniciens concernant le sort de ceux qui sont morts. En grande partie, les détails de cette Lettre correspondent aisément au compte-rendu que Luc, dans les Actes des Apôtres, donnera de la 2ème mission de Paul : re!ire Actes, 16, 16 - 40; 17, 1 - 15 et 18, 5.
Cette Lettre n’est ni doctrinale, ni axée sur des consignes de comportement moral : son style est celui d’une lettre personnelle, construite à la façon des lettres personnelles de l’époque. Seuls quelques versets, en 4, 13 - 18 et 5, 1 - 11, présentent un enseignement quelque peu étendu sur la question de la fin des temps, exprimé dans le langage imagé, caricatural et symbolique des récits apocalyptiques.
Après la salutation du premier verset, cette lettre traduit d’abord l’action de grâces de Paul pour ce qu’il constate de la vie chrétienne des Thessaloniciens (1, 2 - 3, 13). Elle prend ensuite le ton d’une exhortation familière (4, 1 - 12), puis répond aux questions que se posent les Thessaloniciens sur Ia fin des temps (4, 13 - 5, 11), avant de se terminer par une seconde exhortation (5, 12 - 22 ), suivie d’une finale (5, 23 - 28).
Avec cette page nous abordons la 2ème partie de cette Lettre de Paul selon le plan général proposé ci-dessus (l’exhortation éthique).
2. Message
Jusqu’où la foi en Jésus Christ et la conversion à son Evangile doivent-elles transformer notre vie ? La réponse de Paul est : “jusqu’en tous ses aspects sans exception”. Car telle est la volonté de Dieu.
Paul exprime cela aux Thessaloniciens en les invitant à mener leur existence dans la sainteté - ce qu’il répète à trois reprises dans notre texte -, sainteté qui suppose une croissance constante dans le progrès spirituel.
Il est significatif que cette dynamique de la croissance en sainteté doive, selon l’apôtre, se manifester dans la qualité de nos relations humaines : le comportement des époux dans la vie conjugale (si l’on se réfère à la traduction liturgique, non reprise au début de ce commentaire dans le texte de la Bible de Jérusalem), ainsi que le refus de la violence et du mensonge dans nos relations avec tous nos frères et soeurs en humanité.
Paul n’hésite pas à appuyer ce message de toute son autorité apostolique : c’est au nom de Dieu qu’il parle, Dieu qui nous aide à vivre de son Esprit Saint.
3. Decouvertes
Le mot “enfin” qui ouvre notre page souligne bien que Paul aborde un dernier point, avant de répondre à des questions qu’il sait que se posent les Thessaloniciens.
Ces quelques versets s’inscrivent donc dans un ensemble où Paul rappelle à ses correspondants comment il leur faut toujours chercher à plaire à Dieu. Tel est pour tous les disciples de Jésus Christ le fondement de leur éthique, c’est-à-dire de tous leurs comportements concrets.
La façon dont les croyants expriment leur foi en Jésus Christ dans des attitudes courantes qui se réfèrent aux mêmes critères évangéliques, leur confère une identité personnelle et collective qui devient un témoignage (3, 6 - 13).
Selon Paul il s’agit pour les Thessaloniciens de grandir dans l’application des directives qu’il leur a données au moment de leur conversion : ce qui veut dire en étant fidèles à la tradition reçue de lui.
Ces directives de Paul visent donc l’accomplissemnt de la volonté de Dieu, en s’appuyant sur l’enseignement et l’engagement du Christ , en lequel ils vivent désormais, ainsi qu’en recevant la force de l’Esprit Saint : notons la dimension Trinitaire ainsi mentionnée.
La sainteté dont il est question ici permet une manière de se situer en relation avec les autres, mais selon les appels d’une vie morale de qualité en tous domaines (dans la vie conjugale ou dans la façon de traiter son propre corps, selon la traduction retenue, celle de la Bible de Jérusalem étant la plus admise) : en ce sens la sainteté, ou son contraire, l’impureté, ne se limitent pas à une perfection purement individuelle : l’idolâtrie des païens est à exclure sous toutes ses formes.
4. Prolongement
Le mystère du don qui nous est accordé en la résurrection de Jésus, et sa présence en nous par l’Esprit Saint reçu, est celui d’une radicale “nouveauté” en tous domaines. De ce fait, nos attitudes personnelles doivent tenir compte de cette transformation et chercher à l’exprimer au mieux :
14 En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.
15 Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père !
16 L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu.
17 Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui.
17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.
18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.
9 ne vous mentez plus les uns aux autres. Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements,
10 et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur.
11 Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, homme libre ; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout.
12 Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ;
13 supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour.
14 Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection.
15 Avec cela, que la paix du Christ règne dans vos cœurs : tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblés en un même Corps. Enfin vivez dans l’action de grâces !
Nous pouvons constater à quel point l’enseignement de Paul demeure constant à travers ses différentes lettres.
Prière
*Seigneur Jésus, dés maintenant, dans le don de ton Esprit Saint, tu nous rends conformes à ton image, dans l’attente de nous configurer totalement à ton “corps de gloire”, et tu as fait de nous des hommes nouveaux, en nous faisant bénéficier d’une nouvelle naissance dans notre baptême en ta mort-résurrrection : donne-moi de toujours me laisser conduire, dans la foi, à reproduire authentiquement ton image en tous mes comportemnts et toutes mes relations. AMEN.
29.08.2003.*
Évangile : Matthieu 25, 1-13
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
1 ” Alors il en sera du Royaume des Cieux comme de dix vierges qui s’en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l’époux.
2 Or cinq d’entre elles étaient sottes et cinq étaient sensées.
3 Les sottes, en effet, prirent leurs lampes, mais sans se munir d’huile ;
4 tandis que les sensées, en même temps que leurs lampes, prirent de l’huile dans les fioles.
5 Comme l’époux se faisait attendre, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
6 Mais à minuit un cri retentit : “Voici l’époux ! sortez à sa rencontre ! “
7 Alors toutes ces vierges se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes.
8 Et les sottes de dire aux sensées : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. “
9 Mais celles-ci leur répondirent : “Il n’y en aurait sans doute pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous. “
10 Elles étaient parties en acheter quand arriva l’époux : celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se referma.
11 Finalement les autres vierges arrivèrent aussi et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! “
12 Mais il répondit : “En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas ! “
13 Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Dans son dernier discours sur la fin ultime des temps, Jésus a commencé par donner une série de prédictions et d’avertissements concernant la destruction du Temple (24, 1 - 3), le commencement des douleurs (24, 4 - 14), la grande tribulation (24, 15 - 26), et l’avènement du Fils de l’homme (24, 26 - 35), en précisant que la date de cet avènement demeurait inconnue et qu’il fallait donc veiller (24, 36 - 44). Il développe ensuite un certain nombre de paraboles : celle du serviteur fidèle (24, 45 - 51), puis celle des 10 jeunes filles.
2. Message
Comme la précédente, cette parabole traite du retard que prend le retour du Seigneur, ce qui renforce la nécessité de veiller sans cesse. en l’attendant.
Elle n’insiste plus sur le danger que courent ceux qui se condusent mal , et risquent d’être surpris par ce retour, alors qu’ils n’y songent plus.
Elle souligne, en revanche, la nécessité d’être totalement prêt à l’accueillir, avec tous les moyens nécessaires, de façon à faire face à toute situation. Aucune circonstance atténuante ne sera accordée aux insouciants ou aux distraits.
3. Decouvertes
Cette parabole est en fait une allégorie de l’apparition finale du Christ, l’époux céleste. Les jeunes filles représentent la communauté chrétienne, le retard de l’époux est celui du Fils de l’homme à la fin ultime des temps, son arrivée soudaine représente celle de cette fin des temps, et la salle des noces est le lieu de la vérité définitive du jugement final.
Trois leçons se tirent de cette parabole en forme d’allégorie (récit dont la plupart, sinon tous, les éléments sont l’image d’une autre réalité) : - Nul ne connaît la date du retour du Fils de l’homme, - les disciples fidèles et prudents obtiendront la récompense eschatologique, - les disciples imprudents et infidèles en seront exclus.
4. Prolongement
Dans un autre langage, Jésus nous engage à croire en lui, nous remettant ainsi à Dieu dans l’accueil de son Fils. Une telle attitude nous situe à la juste place, qui est d’être aux côtés du Christ, dès maintenant, et lors de son avènement final en gloire :
16 Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.
17 Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
18 Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu.
19 Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises.
20 Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables,
21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. ”
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.
25 En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient - et c’est maintenant - où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront.
26 Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même
27 et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement parce qu’il est Fils d’homme.
28 N’en soyez pas étonnés, car elle vient, l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix
29 et sortiront : ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement.
30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous redis sans cesse l’importance de croire en toi, l’unique Fils du Père, et le Sauveur du monde, en écoutant ta Parole, en accomplissant des oeuvres de lumière dans l’amour de nos frères et la recherche de la Vérité, et en nous remettant complètement entre tes mains avec un coeur de pauvre : aide-moi à me tourner toujours ainsi vers toi, dans la force de ton Esprit, et de te suivre jusqu’au bout, comme un disciple fidèle et avisé, pour lequel ta rencontre, aujourd’hui et demain, demeure la priorité absolue. AMEN.
30.08.2002.*