📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 1, 17-25
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
17 Ce n’est pas pour baptiser que Christ m’a envoyé, c’est pour annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine.
18 Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu.
19 Aussi est-il écrit: Je détruirai la sagesse des sages, Et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.
20 Où est le sage? où est le scribe? où est le disputeur de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde?
21 Car puisque le monde, avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication.
22 Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse:
23 nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs.
25 Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
Notre page se situe tout au début de cette lettre, Paul y aborde la question des divisions dans la communauté de Corinthe.
2. Message
Face aux divisions de la communauté de Corinthe, Paul situe la vérité de son message et de sa prédication évangéliques.
Il précise avec force qu’il n’a pas été envoyé prêcher une sagesse humaine pleine d’éloquence, mais bien tout le contraire dans le langage de la croix du Christ, puissance de Dieu pour ceux qui l’acceptent avec foi, et folie pour ceux qui le refusent.
Selon Paul, la sagesse humaine n’ayant pas été capable de reconnaître le Dieu unique à partir de ses oeuvres, Dieu vient sauver les croyants par et dans la proclamation d’un Christ-Messie crucifié, scandale pour les Juifs en quête des signes de ce Messie, et folie pour les païens en quête d’une sagesse humaine que l’Evangile de Jésus vient si radicalement contredire.
En effet, cet Evangile annonce la grandeur unique et incomparable de la folie et de la faiblesse de Dieu, qui surpassent toute valeur.
3. Decouvertes
Ce passage fait donc partie de l’appel insistant que Paul lance pour la nécessité de l’unité de la communauté de Corinthe et pour faire comprendre et accepter la valeur exacte et l’authenticité de son ministère (1, 10 - 4, 21).
Paul vient juste de dénoncer l’absurdité de l’existence de groupes qui divisent la communauté, groupes se rattachant à des personnalités diverses de référence, et constituant un obstacle important pour la maturation de cette Eglise et sa pratique de l’amour fraternel (1, 10 - 17). Ce thème de la division de l’Eglise de Corinthe réapparaît de façon latente tout au long de cette lettre, à propos des attitudes et positions de foi que Paul va essayer de corriger au travers des différents thèmes qu’il va aborder.
A partir du verset 18, et jusqu’en 2, 5 Paul développe le message unique et puissant de la croix du Christ, message dont notre page reprend le début.
A première vue, toute cette argumentation pourrait paraître constituer une “digression” au regard du thème des divisions, thème qui ne reviendra explicitement qu’à partir de 3, 4. Cependant, la conjonction des thèmes de la sagesse et de la vantardise des différentes factions divisant les Corinthiens en 3, 18 - 23 prouve que tous les développements de Paul s’harmonisent de façon précise. Il est d’ailleurs probable que les Corinthiens divisés choisissaient leurs “chefs” de factions en fonction de l’appréciation qu’ils donnaient de leur sagesse humaine et de leur éloquence.
Paul s’attache donc à démontrer que cette façon de voir des Corinthiens est complètement à l’opposé des critères évangélques. C’est donc selon lui une véritable maladie qui affecte cette communauté, dont Paul contrecarre les idées et positions par son insistance sur la Bonne Nouvelle du seul Christ crucifié.
Tel est bien ce message de contradiction (1, 18 - 25) s’adressant à des auditeurs capables de reconnaître leur faiblesse et leur impiuissance devant ce salut qui leur est proposé (1, 26 - 31), et sans que soit employé pour ce faire le langage de l’éloquence et de la sagesse ( 2, 1 - 5).
Le message de la croix du Christ est donc présenté en notre page comme une condamnation sans appel et sans compromis des valeurs de sagesse et de puissance humaines qu’il inverse totalement.
Toute cette section est marquée par la double antithèse “sagesse - folie ” et “puissance - faiblesse” en fonction de l’absurdité que représente la croix du Christ pour ceux qui la refusent et donc de ce fait “périssent”.
La mort de Jésus sur la croix comme unique voie de salut est donc non seulement à l’inverse de toutes les valeurs humaines mais encore une pierre d’achoppement : en effet, ce supplice était vu par les païens comme une mort cruelle eet honteuse, et considéré par les Juifs, selon l’Ecriture (Deutéronome, 21, 22 - 23, cité er repris en Galates, 3, 13 - 15) comme une malédiction divine affectant tous ceux que l’on pend sur un arbre.
C’est bien là le comble du paradoxe de la révélation suprême de Dieu, dans laquelle sa sagesse et sa puissance se manifestent à travers pareilles faiblesse et folie.
4. Prolongement
Il ne nous reste plus qu’à méditer sur le mystère insurpassable et transcendant de l’abaissement et de la “kénose” de Dieu en son Fils fait homme : Philippiens
2.5 Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ,
2.6 lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu,
2.7 mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme,
2.8 il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix.
2.9 C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom,
2.10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
2.11 et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.
2 Corinthiens
8.9 Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est toi que nous cherchons comme l’unique accès à Dieu, que tu nous révèles être notre Père dans ta démarche d’obéissance et d’abaissement de ta mort sur la croix, pour la vérité de ta mission vécue jusqu’à l’extrême : donne-moi de t’accueillir toujours selon la profondeur et le dépassement de ton mystère, dans lequel tu me demandes de pénétrer, au moment où tu m’appelles à marcher à ta suite, en qualité de disciple chargé de reproduire ton image dans la puissance de ton Esprit. AMEN.
27.08.2004.*
Évangile : Matthieu 25, 1-13
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
1 ” Alors il en sera du Royaume des Cieux comme de dix vierges qui s’en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l’époux.
2 Or cinq d’entre elles étaient sottes et cinq étaient sensées.
3 Les sottes, en effet, prirent leurs lampes, mais sans se munir d’huile ;
4 tandis que les sensées, en même temps que leurs lampes, prirent de l’huile dans les fioles.
5 Comme l’époux se faisait attendre, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
6 Mais à minuit un cri retentit : “Voici l’époux ! sortez à sa rencontre ! “
7 Alors toutes ces vierges se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes.
8 Et les sottes de dire aux sensées : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. “
9 Mais celles-ci leur répondirent : “Il n’y en aurait sans doute pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous. “
10 Elles étaient parties en acheter quand arriva l’époux : celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se referma.
11 Finalement les autres vierges arrivèrent aussi et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! “
12 Mais il répondit : “En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas ! “
13 Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Dans son dernier discours sur la fin ultime des temps, Jésus a commencé par donner une série de prédictions et d’avertissements concernant la destruction du Temple (24, 1 - 3), le commencement des douleurs (24, 4 - 14), la grande tribulation (24, 15 - 26), et l’avènement du Fils de l’homme (24, 26 - 35), en précisant que la date de cet avènement demeurait inconnue et qu’il fallait donc veiller (24, 36 - 44). Il développe ensuite un certain nombre de paraboles : celle du serviteur fidèle (24, 45 - 51), puis celle des 10 jeunes filles.
2. Message
Comme la précédente, cette parabole traite du retard que prend le retour du Seigneur, ce qui renforce la nécessité de veiller sans cesse. en l’attendant.
Elle n’insiste plus sur le danger que courent ceux qui se condusent mal , et risquent d’être surpris par ce retour, alors qu’ils n’y songent plus.
Elle souligne, en revanche, la nécessité d’être totalement prêt à l’accueillir, avec tous les moyens nécessaires, de façon à faire face à toute situation. Aucune circonstance atténuante ne sera accordée aux insouciants ou aux distraits.
3. Decouvertes
Cette parabole est en fait une allégorie de l’apparition finale du Christ, l’époux céleste. Les jeunes filles représentent la communauté chrétienne, le retard de l’époux est celui du Fils de l’homme à la fin ultime des temps, son arrivée soudaine représente celle de cette fin des temps, et la salle des noces est le lieu de la vérité définitive du jugement final.
Trois leçons se tirent de cette parabole en forme d’allégorie (récit dont la plupart, sinon tous, les éléments sont l’image d’une autre réalité) : - Nul ne connaît la date du retour du Fils de l’homme, - les disciples fidèles et prudents obtiendront la récompense eschatologique, - les disciples imprudents et infidèles en seront exclus.
4. Prolongement
Dans un autre langage, Jésus nous engage à croire en lui, nous remettant ainsi à Dieu dans l’accueil de son Fils. Une telle attitude nous situe à la juste place, qui est d’être aux côtés du Christ, dès maintenant, et lors de son avènement final en gloire :
16 Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.
17 Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
18 Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu.
19 Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises.
20 Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables,
21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. ”
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.
25 En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient - et c’est maintenant - où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront.
26 Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même
27 et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement parce qu’il est Fils d’homme.
28 N’en soyez pas étonnés, car elle vient, l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix
29 et sortiront : ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement.
30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous redis sans cesse l’importance de croire en toi, l’unique Fils du Père, et le Sauveur du monde, en écoutant ta Parole, en accomplissant des oeuvres de lumière dans l’amour de nos frères et la recherche de la Vérité, et en nous remettant complètement entre tes mains avec un coeur de pauvre : aide-moi à me tourner toujours ainsi vers toi, dans la force de ton Esprit, et de te suivre jusqu’au bout, comme un disciple fidèle et avisé, pour lequel ta rencontre, aujourd’hui et demain, demeure la priorité absolue. AMEN.
30.08.2002.*