📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Colossiens 1, 9-14

DE LA LETTRE DE PAUL AUX COLOSSIENS

Texte

9 C’est pour cela que nous aussi, depuis le jour où nous en avons été informés, nous ne cessons de prier Dieu pour vous, et de demander que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle,
10 pour marcher d’une manière digne du Seigneur et lui être entièrement agréables, portant des fruits en toutes sortes de bonnes oeuvres et croissant par la connaissance de Dieu,
11 fortifiés à tous égards par sa puissance glorieuse, en sorte que vous soyez toujours et avec joie persévérants et patients.
12 Rendez grâces au Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière,
13 qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour,
14 en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés.

Commentaire

1. Situation

La lettre aux Colossiens est considérée comme “Deutéro-Paulinienne”, c’est-à-dire composée après la mort de Paul, entre 70 et 80 par quelqu’un bien au fait de la tradition de Paul, et appartenant probablement à une “école” de la tradition Paulinienne, qu’on situe volontiers dans la région d’Ephèse.

En effet, le stvle de cette lettre est différent de celui des lettres considérées comme ayant été écrites par Paul lui-même : nous constatons ici un style non plus de débat et de discussion, mais de genre “hymnique” et “liturgique”, et le maniement de la langue grecque y est également autre.

Nous y trouvons, de même, de nouveaux développements théologiques : - d’abord sur le Cllrist : le grand hymne de Colossiens, 1, 15 - 20, qui marque toute cette lettre, ainsi que d’autres aspects, qu’on ne trouve pas dans les lettres attribuées à Paul lui-même, tels que le Christ est à situer dans le mystère de Dieu (1, 27; 2, 2 - 3), que le Christ pardonne les péchés (1, 13 - 14; 3, 13), qu’il est victorieux sur toute les puissances existantes (2, 11 -13), - ensuite, sur la conception de la fin des temps, l’eschatologie, décrite ici comme nous apportant déjà les choses “d’en haut” dans la réalité présente (3, 1 - 2), avec l’affirmation conjointe que les croyants sont déjà ressuscités avec le Christ (2, 12 et 3, 1), - enfin, à propos de la conception de l’Eglise, non plus principalement comme chaque Eglise locale, mais comme une “entité universelle”, le “Corps dont le Christ est la Tête” (1, 18 - 24; 2, 19; 3, 15), ce qui implique que les chrétiens doivent être toujours reliés au Christ-Tête.

Ces idées nouvelles n’annulent pas les points essentiels de la théologie de Paul, connus par ses lettres authentiques, mais coexistent bien avec elles et les précisent.

Cette lettre a pour but de renforcer la foi de la communauté de Colosses (ville située au Sud de la Phrygie), et de corriger des erreurs qui circulent (sur la “philosophie”, les “anges”, les “fêtes”, les “nouvelles lunes et sabbats” : 2, 4. 8. 16. 18 - 21), et peut-être des idées liées aux cultes païens ou aux religions “à mystères”, en vogue à cette époque.

On admet généralement que cette lettre a servi d’armature à la lettre aux Ephésiens, qui l’aurait développée.

Cette lettre aux Colossiens est très soigneusement composée avec des blocs d’ “idées chrétiennes traditionnelles” (hymne : 1, 15 - 20; catéchèse baptismale : 2, 6 - 15; listes de vices et de vertus : 3, 5 - 17; code de vie domestique : 3, 18 - 4, 1 ), soigneusement intégrées selon le plan suivant :

  • un ensemble de prière et d’action de grâces (1, 3 - 23),
  • un ensemble concernant le ministère de Paul (1, 24 - 2, 5),
  • un ensemble sur la vie dans le Corps du Christ, comme lieu d’enseignement (2, 6 -15),
  • un ensemble sur la vie dans le Corps du Christ, comme lieu de pratique (3, 5 - 4, 6).

Notre page se situe dans le 1er de ces ensembles, et juste avant que commence la grande hymne christologique de 1, 15 - 20.

2. Message

A partir de ce qu’il sait de la vie chrétienne des Colossiens, Paul prie pour eux de façon incessante. Le contenu de cette prière se trouve entièrement contenu dans le verset 9 et le début du verset 10. Paul demande à Dieu que les Colossiens aient pleine connaissance de sa volonté, de façon à mener une vie digne du Seigneur et totalement approuvée par lui. En d’autres termes : Bien connaître ce qu’attend le Seigneur pour Bien agir selon sa volonté.

A partir de là, Paul développe 2 séries de conséquences de ce qu’il demande pour les Colossiens : - activité féconde, croissance dans la connaissance de Dieu, augmentation de leur force, - invitation à l’action de grâces pour tout ce qu’ils ont reçu du Père : l’héritage des saints, le transfert au royaume de son Fils, qui libère du péché.

Cette 2ème série de conséquences (1,12 - 14) sert de transition et de montée en puissance vers la révélation du Christ qui est proposée dans l’hymne des versets 15 - 20, qui suit immédiatement.

3. Decouvertes

Aux versets 3 - 8 de ce même ensemble, Paul avait déjà partagé sa propre action de grâces. Bien remarquer qu’ici tout dépend du verset 9 : nous ne cessons de… prier…demander…

Connaissance, sagesse, pénétration spirituelle : 3 termes à interpréter comme des situations pratiques et non “intellectuelles ” ou théoriques, car tout cela n’a de sens que pour conduire à l’obéissance concrète à la volonté de Dieu.

Les versets 12 - 14, de par leur contenu et leur construction grammaticale, sont liés tout autant à ce qui les précède qu’à ce qui leur fait suite. Certains en font nettement une introduction à l’hymne des versets 15 - 20. D’autres y voient déjà le début de l’hymne elle-même.

L’expression grecque du verset 14, traduite par “le pardon des péchés”, ne se trouve pas dans les lettres authentiques de Paul qui sont : 1ère aux Thessaloniciens, 1 et 2 Corinthiens, Romains, Galates, Philippiens, Philémon.

4. Prolongement

Pourrions-nous, en une phrase, résumer ce que nous demandons les uns pour les autres dans notre prière fraternelle ?

Nos demandes sont-elles uniquement limitées aux aspects courants de leur vie ordinaire (santé, réussite, obtention de tel ou tel avantage, protection ou extraction de tel ou tel danger, fin de telle ou telle épreuve, etc.) ? Va-t-elle jusqu’à requérir ce qui doit donner sens à toutes les dimensions de leur existence, ainsi qu’aux besoins “légitimes” exprimés ci-dessus ?

Prions-nous pour la qualité spirituelle et engagée de leur vie de foi, d’espérance et de charité, pour le triomphe de la grâce et de la présence agissante de Dieu (par le Christ dans l’Esprit) au coeur de leur existence toute entière ?

Prière

*Seigneur Jésus, de même que tu nous as toujours regardés et appelés en fonction du projet de Dieu qui doit transformer totalement notre existence humaine, ton apôtre Paul se met à prier pour les chrétiens de ses Eglises en donnant priorité aux perspectives de ta mission et du Règne de Dieu : donne-moi de regarder davantage mes frères et soeurs en fonction de leur vocation à te rencontrer, te suivre, vivre avec toi et pour toi, mettant ainsi l’accent sur leur dignité première d’images de Dieu appelés à reproduire le mieux possible ta propre image, dans l’Esprit Saint qu’ils ont reçu. AMEN.

04.09.2003.*

Évangile : Luc 5, 1-11

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Or il advint, comme la foule le serrait de près et écoutait la parole de Dieu, tandis que lui se tenait sur le bord du lac de Gennésaret,
2 qu’il vit deux petites barques arrêtées sur le bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.
3 Il monta dans l’une des barques, qui était à Simon, et pria celui-ci de s’éloigner un peu de la terre ; puis, s’étant assis, de la barque il enseignait les foules.
4 Quand il eut cessé de parler, il dit à Simon : ” Avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la pêche. “
5 Simon répondit : ” Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets. “
6 Et l’ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons, et leurs filets se rompaient.
7 Ils firent signe alors à leurs associés qui étaient dans l’autre barque de venir à leur aide. Ils vinrent, et l’on remplit les deux barques, au point qu’elles enfonçaient.
8 A cette vue, Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : ” Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! “
9 La frayeur en effet l’avait envahi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause du coup de filet qu’ils venaient de faire ;
10 pareillement Jacques et Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon. Mais Jésus dit à Simon : ” Sois sans crainte ; désormais ce sont des hommes que tu prendras. “
11 Et ramenant les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous rejoignons ici Jésus au début de son ministère public en Galilée.

2. Message

Comme dans les Evangiles de Marc et Mattrhieu, Jésus appelle, comme premiers disciples, deux groupes de deux frères, Simon-Pierre et André, d’une part, Jacques et Jean, d’autre part. Ce sont tous des marins pêcheurs, que Jésus rejoint dans leur activité professionelle, qu’ils vont quitter pour le suivre.

Ce n’est pas la seule fois où Jésus, pressé par la foule, doit prendre un peu de distance, dans une barque, pour annoncer, de là, la Bonne Nouvelle.

La nouveauté de l’Evangile de Luc, c’est que cet appel est lié à une pêche miraculeuse au résultat extraordinaire d’autant plus frappant pour ces pêcheurs qu’ils ont passé la nuit sans rien prendre. Simon-Pierre en est tout bouleversé de découvrir la sainteté de Dieu se manifester ainsi en Jésus par la seule puissance de sa parole. si bien qu’il ne peut que se considérer comme indigne d’une telle rencontre de Jésus “Seigneur”, et se déclarer immédiatement pécheur devant lui.

Ce miracle permet, d’autre part, à Jésus de définir la mission qu’il va confier à ses disciples, sous l’image d’une pêche, qui rassemble les hommes pour les sauver.

3. Decouvertes

Bien que l’on soit toujours au début du ministère de Jésus, Luc y retarde l’appel, par Jésus, de ses premiers disciples : de ce fait, selon le récit de Luc, Jésus connaissait déjà Pierre avant de l’appeler ainsi.

Cette pêche miraculeuse ressemble fort à celle qui accompagne une apparition de Jésus ressuscité en Jean, 21, 4 - 8, et d’autant plus que Pierre y vit également, ensuite, un grand moment de rencontre personnelle avec Jésus (Jean, 21, 15 - 19). S’agit-il de la même pêche, située différemment ?

Cette pêche extraordinaire constitue pour Simon Pierre un moment merveilleux, source pour lui d’une immense découverte : Dieu est présent , se révèle, et agit en Jésus, et Pierre, lorsqu’il perçoit ainsi la vértié de cette présence, se découvre indigne, comme Isaïe, lors de sa vocation, sous la forme d’une vision de Dieu, au Temple de Jérusalem (Isaïe, 6, 5).

A noter que Luc donne, dans toute son oeuvre , une grande importance à Pierre, surtout aux chapitres 3 - 4, 10 - 11 et 15 des Actes des Apôtres, ainsi que dans des particularités de son Evangile : bien que reniant Jésus, Pierre, après sa conversion, sera chargé de soutenir ses frères (Luc, 22, 31 - 34), et il bénéficiera d’une apparition particulière et personnelle du ressuscité en Luc, 24, 34, (dont ces récits de Luc, 5, 8 - 9, Jean, 21, 15 - 19, et Matthieu, 14, 28 - 31, reprennent peut-être des éléments).

4. Prolongement

L’appel de Jésus tient compte de la condition humaine concrète des disciples, et cherche à mettre en oeuvre toutes leurs capacités. Ainsi, Paul sera appelé différemment par le Ressuscité, en tant que docteur Juif, au cours d’une expérience personnelle “théophanique” dont il percevra que Jésus ressuscité est le centre (Actes, 9, 3 - 6, Galates, 1, 15 - 16 et 1 Corinthiens, 15, 8 - 10).

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous appelles à te suivre, à partir de notre insertion humaine concrète dans le monde et la société de notre temps, et en mettant toutes nos capacités d’hommes et de femmes au service de ta mission, et du témoignage engagé de ta Bonne Nouvelle : viens creuser plus profondément en moi cette disponibilité à me référer sans cesse à ton Evangile, pour éclairer toutes mes démarches, de façon à pouvoir rayonner davantage ta présence, dans la force de ton Esprit Saint, qui habite en moi. AMEN.

05.09.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour