📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 3, 18-23
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
18 Que nul ne s’abuse lui-même: si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage.
19 Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu. Aussi est-il écrit: Il prend les sages dans leur ruse.
20 Et encore: Le Seigneur connaît les pensées des sages, Il sait qu’elles sont vaines.
21 Que personne donc ne mette sa gloire dans des hommes; car tout est à vous,
22 soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir.
23 Tout est à vous; et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
Notre page se situe au début de cette lettre, Paul y traite des partis et des factions dans l’Eglise de Corinthe.
2. Message
Dans ce passage, lu pour lui-même, Paul nous paraît tirer une première conclusion de son argumentation développée précédemment sur la vanité et l’inanité de la sagesse humaine face à la folie de Dieu manifestée dans la croix du Christ, et qui est la seule authentique sagesse.
Il invite donc logiquement les Corinthiens à changer de maîtres de sagesse en se ralliant au seul Christ crucifié, c’est-à-dire en devenant “fous” pour devenir “sages”.
Si l’on fait cet effort de conversion, on ne s’attache plus à des “chefs”, ou des ” maîtres” humains tels que Paul, Apollos ou Pierre, ni à d’autres écoles de sagesse ou de pensée. En revanche, on appartient alors au Christ, et par le Christ à Dieu, et l’on se trouve en position de tirer profit de tout ce qui existe et qui, de ce fait, nous appartient et est à notre service, qu’il s’agisse des prédicateurs de l’Evangile, ou de toutes les autres réalités du monde et de l’histoire.
3. Decouvertes
La séquence 3, 5 - 4, 5 de cette 1ère Lettre aux Corinthiens revient directement sur la question des factions dans cette communauté, situation contre laquelle Paul développe une nouvelle série d’arguments basés sur une analyse du rôle des “chefs” ou des divers évangélistes intervenant.
Il reproche ainsi aux Corinthiens de placer ces personnes sur un piédestal auquel elles n’ont pas droit, de les opposer les unes aux autres d’une manière qui n’a rien à voir avec leur mission, et de chanter leurs louanges alors que Dieu seul est à même de juger en vérité l’oeuvre de chacun.
Pour expliquer sa position, Paul utilise des images tirées soit de l’agriculture (3, 5 - 9), soit de la construction (3, 9 - 17), soit du fonctionnement des personnes de service dans la maison de leur maître (4, 1 - 5).
Dans tout cet ensemble, notre page (3, 18 - 23) constitue un interlude qui relie cette section à l’ensemble 1, 18 - 31, en stigmatisant de nouveau la stupidité qu’ont les Corinthiens de se vanter de leur rattachement à tels ou tels prédicateurs de l’Evangile, et de les mettre ainsi en compétition les uns avec les autres.
Paul fait valoir aux Corinthiens qu’au lieu de proclamer qu’ils appartiennent à tel ou tel, ils devraient affirmer le contraire, à savoir que Paul, Apollos ou Pierre leur appartiennent. Quelle que soit l’importance ou la personnalité des prédicateurs de l’Evangile, leur but n’est que d’annoncer Jésus le Christ et de servir l’Eglise. En conséquence, se comporter comme le font les Corinthiens revient de fait à mépriser l’Eglise.
Et quand Paul élargit le champ de la question et déclare que le monde, la vie, la mort, et le temps sont au service de l’Eglise, il suggère que l’Eglise est beaucop plus qu’un “club” ou un groupe de personnes qui se rassemblent, mais le centre de la réalisation de tout le plan de salut de Dieu qui englobe le cosmos et l’histoire.
4. Prolongement
Cette page ne fait qu’appliquer à une situation bien précise l’enseignement et le témoignage de Jésus, tout en anticipant des développements que nous pouvons lire dans des lettres postérieures attribuées à Paul et qui résument bien sa pensée : Luc
22.24 Il s’éleva aussi parmi les apôtres une contestation: lequel d’entre eux devait être estimé le plus grand?
22.25 Jésus leur dit: Les rois des nations les maîtrisent, et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs.
22.26 Qu’il n’en soit pas de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert.
22.27 Car quel est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert? N’est-ce pas celui qui est à table? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.
Colossiens
1.15 Il (le Christ) est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création.
1.16 Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. .
1.17 Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. .
1.18 Il est la tête du corps de l’Église; il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier..
1.19 Car Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui; .
1.20 il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix.
2.1 Je veux, en effet, que vous sachiez combien est grand le combat que je soutiens pour vous, et pour ceux qui sont à Laodicée, et pour tous ceux qui n’ont pas vu mon visage en la chair,
2.2 afin qu’ils aient le coeur rempli de consolation, qu’ils soient unis dans la charité, et enrichis d’une pleine intelligence pour connaître le mystère de Dieu, savoir Christ,
2.3 mystère dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science.
2.4 Je dis cela afin que personne ne vous trompe par des discours séduisants.
2.5 Car, si je suis absent de corps, je suis avec vous en esprit, voyant avec joie le bon ordre qui règne parmi vous, et la fermeté de votre foi en Christ.
2.6 Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus Christ, marchez en lui,
2.7 étant enracinés et fondés en lui, et affermis par la foi, d’après les instructions qui vous ont été données, et abondez en actions de grâces.
2.8 Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, s’appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur Christ.
2.9 Car en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.
2.10 Vous avez tout pleinement en lui, qui est le chef de toute domination et de toute autorité.
Voir également Ephésiens, 1, 3 - 8.
Prière
*Seigneur Jésus, aide-nous à redécouvrir toute l’ampleur et toute la richesse de ce que tu es et de ce que tu as accompli en ta mission et en ta mort résurrection, et donne-nous de ne jamais rien considérer comme pouvant être plus important que le don que tu nous offres du salut de Dieu et de ta rencontre dans l’Esprit Saint. AMEN.
02.09.2004.*
Évangile : Luc 5, 1-11
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
1 Or il advint, comme la foule le serrait de près et écoutait la parole de Dieu, tandis que lui se tenait sur le bord du lac de Gennésaret,
2 qu’il vit deux petites barques arrêtées sur le bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.
3 Il monta dans l’une des barques, qui était à Simon, et pria celui-ci de s’éloigner un peu de la terre ; puis, s’étant assis, de la barque il enseignait les foules.
4 Quand il eut cessé de parler, il dit à Simon : ” Avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la pêche. “
5 Simon répondit : ” Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets. “
6 Et l’ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons, et leurs filets se rompaient.
7 Ils firent signe alors à leurs associés qui étaient dans l’autre barque de venir à leur aide. Ils vinrent, et l’on remplit les deux barques, au point qu’elles enfonçaient.
8 A cette vue, Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : ” Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! “
9 La frayeur en effet l’avait envahi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause du coup de filet qu’ils venaient de faire ;
10 pareillement Jacques et Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon. Mais Jésus dit à Simon : ” Sois sans crainte ; désormais ce sont des hommes que tu prendras. “
11 Et ramenant les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous rejoignons ici Jésus au début de son ministère public en Galilée.
2. Message
Comme dans les Evangiles de Marc et Mattrhieu, Jésus appelle, comme premiers disciples, deux groupes de deux frères, Simon-Pierre et André, d’une part, Jacques et Jean, d’autre part. Ce sont tous des marins pêcheurs, que Jésus rejoint dans leur activité professionelle, qu’ils vont quitter pour le suivre.
Ce n’est pas la seule fois où Jésus, pressé par la foule, doit prendre un peu de distance, dans une barque, pour annoncer, de là, la Bonne Nouvelle.
La nouveauté de l’Evangile de Luc, c’est que cet appel est lié à une pêche miraculeuse au résultat extraordinaire d’autant plus frappant pour ces pêcheurs qu’ils ont passé la nuit sans rien prendre. Simon-Pierre en est tout bouleversé de découvrir la sainteté de Dieu se manifester ainsi en Jésus par la seule puissance de sa parole. si bien qu’il ne peut que se considérer comme indigne d’une telle rencontre de Jésus “Seigneur”, et se déclarer immédiatement pécheur devant lui.
Ce miracle permet, d’autre part, à Jésus de définir la mission qu’il va confier à ses disciples, sous l’image d’une pêche, qui rassemble les hommes pour les sauver.
3. Decouvertes
Bien que l’on soit toujours au début du ministère de Jésus, Luc y retarde l’appel, par Jésus, de ses premiers disciples : de ce fait, selon le récit de Luc, Jésus connaissait déjà Pierre avant de l’appeler ainsi.
Cette pêche miraculeuse ressemble fort à celle qui accompagne une apparition de Jésus ressuscité en Jean, 21, 4 - 8, et d’autant plus que Pierre y vit également, ensuite, un grand moment de rencontre personnelle avec Jésus (Jean, 21, 15 - 19). S’agit-il de la même pêche, située différemment ?
Cette pêche extraordinaire constitue pour Simon Pierre un moment merveilleux, source pour lui d’une immense découverte : Dieu est présent , se révèle, et agit en Jésus, et Pierre, lorsqu’il perçoit ainsi la vértié de cette présence, se découvre indigne, comme Isaïe, lors de sa vocation, sous la forme d’une vision de Dieu, au Temple de Jérusalem (Isaïe, 6, 5).
A noter que Luc donne, dans toute son oeuvre , une grande importance à Pierre, surtout aux chapitres 3 - 4, 10 - 11 et 15 des Actes des Apôtres, ainsi que dans des particularités de son Evangile : bien que reniant Jésus, Pierre, après sa conversion, sera chargé de soutenir ses frères (Luc, 22, 31 - 34), et il bénéficiera d’une apparition particulière et personnelle du ressuscité en Luc, 24, 34, (dont ces récits de Luc, 5, 8 - 9, Jean, 21, 15 - 19, et Matthieu, 14, 28 - 31, reprennent peut-être des éléments).
4. Prolongement
L’appel de Jésus tient compte de la condition humaine concrète des disciples, et cherche à mettre en oeuvre toutes leurs capacités. Ainsi, Paul sera appelé différemment par le Ressuscité, en tant que docteur Juif, au cours d’une expérience personnelle “théophanique” dont il percevra que Jésus ressuscité est le centre (Actes, 9, 3 - 6, Galates, 1, 15 - 16 et 1 Corinthiens, 15, 8 - 10).
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous appelles à te suivre, à partir de notre insertion humaine concrète dans le monde et la société de notre temps, et en mettant toutes nos capacités d’hommes et de femmes au service de ta mission, et du témoignage engagé de ta Bonne Nouvelle : viens creuser plus profondément en moi cette disponibilité à me référer sans cesse à ton Evangile, pour éclairer toutes mes démarches, de façon à pouvoir rayonner davantage ta présence, dans la force de ton Esprit Saint, qui habite en moi. AMEN.
05.09.2002.*