📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Thessaloniciens 5, 1-11

DE LA 1ère LETTRE DE PAUL AUX THESSALONICIENS

Texte

1 Quant anx temps et moments, vous n’avez pas besoin, frères, qu’on
vous en écrive.
2 Vous savez vous-mêmes parfaitement que le Jour du Seigneur arrive
comme un voleur en pleine nuit.
3 Quand les hommes se diront : Paix et sécurité! c’est alors que tout
d’un coup fondra sur enx la perdition, comme les douleurs sur la femme
enceinte, et ils ne pourront y échapper.
4 Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, de telle sorte que
ce jour vous surprenne conlme un voleur :
5 tous vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour. Nous ne sommes
pas de la nuit, des ténèbres.
6 Alors ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons
éveillés et sobres.
7 Car ceux qni dorment dorment la nuit, ceux qui s’enivrent s’enivrent la
nuit.
8 Nous, au contraire, nous qui sommes du jour, soyons sobres; revêtons
la cuirasse de la foi et de la charité, avec le casque de l’espérance du salut.
9 Dieu ne nous a pas réservés pour sa colère, mais pour entrer en
possession du salut par notre Seigneur Jésus Christ,
10 qui est mort pour nous afin que, éveillés ou endormis, nous vivions
unis à lui.
11 C’est pourquoi il faut vous réconforter mutuellement et vous édifier
l’un l’autre, comme déjà vous le faites.

Commentaire

1. Situation

La 1ère l.ettre de Paul aux Thessaloniciens est considérée non seulement comme la 1ère lettre de Paul, écrite en 50 ou 51, mais encore comme le 1er écrit du Nouveau Testament.

Puisque cette lettre utilise des données traditionnelles plus anciennes qu’elle, et, particulièrement, des formules résumant la foi chrétienne (1, 9 - 10; 4, 14; 5, 10), elle est un témoin de l’Evangile, tel qu’il a été proclamé et vécu entre les années 30 et 50, soit dans l’intervalle entre la mort-résurrection de Jésus et le reste des textes du Nouveau Testament. On constate immédiatement que cette lettre nous fournit le plus ancien témoignage écrit de l’importance attachée à la mort-résurrection du Christ par les toutes premières générations chrétiennes.

A l’époque de Paul, Thessalonique était une ville portuaire de Macédoine, située à quelque 150 kilomètres à l’Ouest de Philippes, et dont l’importance tenait de sa proximifé de la voie Romaine “Egnatienne”, qui traversait les Balkans. Cette ville jouait donc un rôle à la fois politique, économique et commercial très reconnu.

Paul a écrit cette lettre depuis Corinthe, presque aussitôt après l’arrivée de Timothée qui venait de Thessalonique, où Paul l’avait envoyé, alors qu’il se trouvait lui-même à Athènes, et dans l’impossibilité de pouvoir s’y rendre en personne. Timothée venait juste donc de lui apporter de bonnes nouvelles de cette jeune Eglise. ainsi que quelques questions que se posaient les Tbessaloniciens concernant le sort de ceux qui sont morts. En grande partie, les détails de cette Lettre correspondent aisément au compte-rendu que Luc, dans les Actes des Apôtres, donnera de la 2ème mission de Paul : re!ire Actes, 16, 16 - 40; 17, 1 - 15 et 18, 5.

Cette Lettre n’est ni doctrinale, ni axée sur des consignes de comportement moral : son style est celui d’une lettre personnelle, construite à la façon des lettres personnelles de l’époque. Seuls quelques versets, en 4, 13 - 18 et 5, 1 - 11, présentent un enseignement quelque peu étendu sur la question de la fin des temps, exprimé dans le langage imagé, caricatural et symbolique des récits apocalyptiques.

Après la salutation du premier verset, cette lettre traduit d’abord l’action de grâces de Paul pour ce qu’il constate de la vie chrétienne des Thessaloniciens (1, 2 - 3, 13). Elle prend ensuite le ton d’une exhortation familière (4, 1 - 12), puis répond aux questions que se posent les Thessaloniciens sur Ia fin des temps (4, 13 - 5, 11), avant de se terminer par une seconde exhortation (5, 12 - 22 ), suivie d’une finale (5, 23 - 28).


Avec ce passage, nous concluons pratiquement le seul endroit de la 1ère Lettre aux Thessaloniciens, où Paul répond à une question touchant un point très important du message chrétien.

En effet, tout à la fin de cette 1ère Lettre aux Thessaloniciens, écrite seulement environ 20 ans après la mort-résurrection de Jésus, et juste avant les exhortations et salutations finales, Paul consacre 2 paragraphes à la résurrection des morts et l’attente du retour du Seigneur Jésus (4, 13 - 5, 11 ).

Il y commence par rassurer ses correspondants sur le sort de ceux qui sont morts avant le retour définitif du Seigneur, que Paul, alors, comme les chrétiens de cette génération, attendait dans un avenir proche, avant même sa propre mort.

Lors du retour du Seigneur, écrit-il, tout se fera dans l’ordre : ceux qui sont morts en Christ ressusciteront d’abord. Ensuite, les vivants encore présents en ce monde iront à la rencontre du Seigneur pour demeurer toujours avec lul (4, 13 - 18). Et cette affirmation n’est aux yeux de Paul qu’une conséquence de la mort-résurrection de Jésus, objet fondamental de notre foi (4, 14). Tel est l’essentiel de cette première partie de son message, par delà les images de type eschatologique et apocalyptique qu’il emploie pour, en quelque sorte, suggérer l’événement, en en proposant une description.

2. Message

Notre texte commence par un rappel de la surprise, l’inattendu, du retour du Seigneur (5, 1 - 3). Donc, pas question de s’interroger sur quelque date ou quelque signe avant-coureur que ce soit. Paul rappelle à ce propos des paroles qui remontent à Jésus (Matthieu, 24, 43), à propos de la venue du Seigneur comme un voleur dans la nuit.

l..‘essentiel est donc de mener sa vie en toute vérité, dans la lumière de la présence du Ressuscité en son Esprit Saint, car les croyants sont des “fils de lumière ” et des “fils du jour”. Dans le jour, on demeure présent à l’actualité des événements, on est donc vigilants, veiIlant dans la foi qui agit dans la charité et s’ouvre à l’espérance. Le croyant ne s’endort donc pas dans les ténèbres de la nuit du péché, de la recherche de soi ou du repli sur soi. (5, 4 - 9).

Ce retour du Seigneur, ainsi que l’attitude d’attente et de veille du croyant, se fondent sur la certitude que nous sommes appelés au salut de Dieu qui nous est venu par Jésus en sa mort-résurrection. Donc, que nous soyons en cette vie ou hors de cette vie au “moment” du retour du Seigneur, nous sommes appelés à partager la même vie éternelle avec lui (5, 9 - 11).

3. Decouvertes

Si cette 1ère l.ettre aux Thessaloniciens est d’environ 20 ans antérieure à l’Evangile de Marc et d’environ 35- 40 ans aux Evangiles de Matthieu et Luc, elle nous renvoie à d’anciennes traditions remontant à Jésus que les Evangiles en question nous présenteront en long et en large.

f:n ce qui concerne ce passage, relire donc, outre Matthieu, 24, 42 - 44 déjà signalé, Matthieu, 25, puis Luc, 12, 35 - 46 et 21, 36, ainsi que Marc, 13, 33 - 37. Quand il écrit notre page, Paul semble avoir présentes à l’esprit des paroles de Jésus que nous retrouvons dans les discours apocalyptiques que lui font prononcer les 3 Evangiles synoptiques cités. D’où l’importance de ces incitations par Paul à la vigilance, sur laquelle Jésus lui-même avait tant insisté.

“Fils de lumière”, c’est-à-dire, remplis, inondés de cette lumière qui vient d’ailleurs. Expression qui s’oppose à “fils des ténèbres”, distinguant ainsi ceux qui font le bien et ceux qui ne le font pas.

Comme tout au début de cette Lettre, nous retrouvons associées ici les 3 attitudes fondamentales de la vie chrétienne, et présentées dans le même ordre : la foi, la charité et l’espérance (1, 3 et 5, 8). Voir aussi 1 Cor. 13,13, où l’ordre est différent.

4. Prolongement

Nous qui vivons 2000 ans après l’entrée du Seigneur en sa résurrection, nous sommes, sans aucun doute, moins axés sur son retour de la fin ultime des temps. Sans compter que cette expression de “fin ultime des temps” demeure toujours très mystérieuse et n’invite à aucune description.

Nous n’en sommes pas moins sans cesse invités à une croissance de plus en plus dynamjque de notre réalité spirituelle de “fils adoptifs, héritiers et cohéritiers du Christ” : voir Romains, 8, 14 - 18 et 13, 11 - 14 ainsi que Philippiens, 3, 10 - 16.

Relisons également le passage plus tardif de la Lettre aux Ephésiens, inspirée par Paul, mais sans doute déjà écrite par l’un de ses disciples, et qui actualise fortement notre existence de “fils de lumière” : Ephésiens, 5, 8 - 20. Très beau passage qui illustre bien cet “aujourd’hui” constant et évolutif dans la grâce reçue de Dieu, que nous avons à vivre.

Prière

*Seigneur Jésus, nous croyons que tu es le Vivant en qui Dieu s’est manifesté et nous a sauvés de la mort et du péché, pour nous offrir en partage sa propre Vie de Lumière, de Vérité et d’Amour : rends-moi plus ouvert et vigilant à toutes les formes de ta présence, de ta Pazrole, et de ton appel à te suivre, que tu me renouvelles à mesure que j’essaye de situer les événements rencontrés dans mon histoire dans la perspective du mystère de Dieu créateur, et transfigurateur de tout ce qui existe. AMEN.

02.09.2003.*

Évangile : Luc 4, 31-37

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

31 Il descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et il les enseignait le jour du sabbat.
32 Et ils étaient frappés de son enseignement, car il parlait avec autorité.
33 Dans la synagogue il y avait un homme ayant un esprit de démon impur, et il cria d’une voix forte :
34 ” Ah ! que nous veux-tu, Jésus le Nazarénien ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. “
35 Et Jésus le menaça en disant : ” Tais-toi, et sors de lui. ” Et le précipitant au milieu, le démon sortit de lui sans lui faire aucun mal.
36 La frayeur les saisit tous, et ils se disaient les uns aux autres : ” Quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs et ils sortent ! “
37 Et un bruit se propageait à son sujet en tout lieu de la région. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous rejoignons ici Jésus au début de son ministère public en Galilée.

2. Message

En ce jour de sabbat, dès le tout début de son ministère, l’autorité unique de Jésus se manifeste avec force à la fois dans sa Parole et ses actes de libération et de miséricorde.

Il transmet son message directement, en se faisant comprendre immédiatement, car il va droit au but. Et, toujours par sa seule Parole, il chasse un esprit mauvais avec efficacité.

On ne peut pas ne pas remarquer la puissance de son intervention : avec lui, quelque chose de nouveau se passe.

3. Decouvertes

Notre texte fait partie de l’ensemble 4, 31 - 44, qui semble nous relater une journée typique de Jésus à Capharnaüm, au moment où il se lance dans sa mission. Il commence par assister à la célébration du sabbat à la synagogue, où il prend la parole et libère un possédé, il va continuer avec la guérison de la belle-mère de Simon-Pierre, et, dès la fin du sabbat, au coucher du soleil, il effectuera encore de nombreuses autres guérisons, car sa renommée se répand très vite, et on lui amène déjà de nombreux malades.

4. Prolongement

Dès le début, Jésus se révèle totalement en sa mission. Ce que lui diront, de lui, les deux disciples d’Emmaüs, quand il les rejoindra, ressuscité des morts, sur la route de leur découragement, est déjà vrai maintenant :

19 ” Quoi donc ? ” leur dit-il. Ils lui dirent : ” Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s’est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple,

20 comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié.

21 Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël ; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées !

Dans les Actes des Apôtres, Pierre, dans son discours au centurion Corneille, présentera, en termes semblables, l’activité de Jésus :

37 Vous savez ce qui s’est passé dans toute la Judée : Jésus de Nazareth, ses débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean ;

38 comment Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui.

Prière

*Seigneur Jésus, par ta Parole, annonçant la Vérité de Dieu et la venue de son Règne, ainsi que par tes gestes de miséricorde inaugurant le salut de Dieu, tu es le révélateur et l’acteur final de ce projet de Dieu, qui atteint avec toi, et en toi, son achèvement : donne-moi de redécouvrir ton action et ton message comme une réalité toujours nouvelle pour aujourd’hui, et d’en témoigner, en toutes circonstances, par mes paroles et mes attitudes, sur lesquelles tu comptes, comme sur celles de tous les croyants en ton Nom, pour rendre ta mission visible et appelante pour les hommes et les femmes de ce temps. AMEN.

03.09.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour