📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Corinthiens 2, 9-16

DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

9 Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l’oeil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au coeur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment.
10 Dieu nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu.
11 Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu.
12 Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce.
13 Et nous en parlons, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles.
14 Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge.
15 L’homme spirituel, au contraire, juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne.
16 Car Qui a connu la pensée du Seigneur, Pour l’instruire? Or nous, nous avons la pensée de Christ.
.

Commentaire

1. Situation

La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.

D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :

  • de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 - 4, 21),
  • de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
  • de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
  • de la résurrection (15, 1 - 58),

sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).

Notre page se situe au début de cette lettre, Paul y traite des partis et des factions dans l’Eglise de Corinthe.

2. Message

De même que seul l’homme, en son propre esprit, peut se connaître lui-même en profondeur, seul l’Esprit de Dieu a l’authentique connaissance de Dieu, et dans la mesure où cet Esprit nous est communiqué par le Christ en sa mort-résurrection, nous recevons de cet Esprit de Dieu la connaissance intime qu’il a de Dieu, et pouvons alors, comme Paul, dire que nous connaissons Dieu en profondeur.

Mais nous ne pouvons en arriver là, ou être conduits là, que dans la mesure où, dans la pauvreté du coeur de notre ouverture dans la foi à Dieu qui nous sauve par la croix du Christ, nous nous “vidons” en quelque sorte de nous-mêmes, reconnassons ainsi notre impuissance, et nous laissons instruire par l’Esprit Saint qui nous fait comprendre de l’intérieur le paradoxe de Dieu qui se révèle en plénitude dans la “folie” et le “scandale” de la croix de Jésus, selon une attitude totalement contraire à toute sagesse et toute puissance humaines,comme Paul l’a démontré dans les pages précédentes de cette Lettre.

Ainsi se trouve donnée et accomplie la réponse à la question du 2nd Prophète Isaïe, que Paul cite en fin de cette page : “Qui a connu la pensée du Seigneur ?” La réponse apparemment audacieuse de Paul va bien dans le sens de l’importance et de la nécessité qu’il accorde à la prédication du Christ crucifié, comme message central de l’Evangile, qui, avec la révélation qu’il nous donne, nous fait recevoir la transformation intérieure de la création nouvelle réalisée par le Christ en sa Pâque.

3. Decouvertes

Cette page fait partie d’un ensemble qui va de 2, 6 à 3, 4 et dont le message peut se résumer ainsi : la vraie sagesse,selon l’Esprit du Seigneur, est donnée aux seuls chrétiens qui acceptent de vivre selon l’Evangile et l’Esprit de Dieu, et non pas aux chrétiens qui ne s’appuient en fait, dans leurs discussions inutiles ou leurs jalousies, que sur une sagesse humaine, “fausse” face au projet et au plan de Dieu.

A noter que Paul, dans tout cet ensemble parle désormais en disant “nous” à la 1ère personne du pluriel, alors que plus haut dans sa Lettre, il disait “Je”. C’est dire que toutes ses affirmations pourraient être reprises et assumées par tous les chrétiens croyants authentiques.

Quand il parle d’une sagesse et d’une connaissance supérieures, il ne fait pas appel à des données ésotériques qui seraient réservées à une élite ou à une classe supérieure de chrétiens qui seraient plus parfaits que d’autres. Il montre tout simplement en quoi l’accueil dans la foi du “scandale” et de la “folie” de la croix de Jésus est la clé d’une approche vraie du mystère de Dieu qui s’y est exprimé ainsi avec sa sagesse à lui, qui nous dépasse infiniment. Paul semble répondre aux Corinthiens qui s’attribuent une sagesse humaine contraire à la façon dont Dieu s’est manifesté en Christ : “Vous parlez de sagesse ? Eh bien parlons en vraiment…”

Dans ces versets 2, 10 - 16, Paul montre avec force que seul l’Esprit du Seigneur nous donne accès à l’authentique connaissance de Dieu et au langage qui lui est associé, connaissance et langage qui sont au-delà de toutes nos catégories et capacités simplement humaines : l’Evangile de la croix du Christ, dans sa révélation entièrement paradoxale de la manière dont Dieu se révèle et agit, permet cet accès à la rencontre et à la découverte de Dieu au-delà de toutes nos réflexions et hypothèses humaines.

Pour Paul, tous les croyants qui acceptent ce message paradoxal de la croix, entrent dans ce “nous” dont il nous décrit les possibilités de dépassement, cela n’étant en rien réservé à quelque “élite” ou quelques “gens initiés” que ce soit. La foi au Christ bien assumée nous ouvre à une dimension beaucoup plus profonde de la compréhension de Dieu que celle offerte à ceux qui n’ont pas cette foi au Christ crucifié-ressuscité.

Cela n’est pas en contradiction avec ce que Paul écrit après cette page dans sa Lettre (3, 1 - 4) lorsqu’il démontre aux Corinthiens qu’ils ne sont encore que des “débutants”, des “croyants et état d’enfance”, donc incapables, à ce niveau primaire et primitif de leur foi balbutiante, d’atteindre cette dimension, de découverte du mystère de Dieu manifesté en Jésus Christ.

4. Prolongement

Paul nous précise ailleurs à quel point l’Esprit de Jésus, en plus de cette connaissance intime de Dieu qu’il nous permet, nous transforme complètement : Romains

8.11 Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

8.12 Ainsi donc, frères, nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair.

8.13 Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez,

8.14 car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.

8.15 Et vous n’avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions: Abba! Père!

8.16 L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

8.17 Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être glorifiés avec lui. …

8.26 De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables;

8.27 et celui qui sonde les coeurs connaît quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints.

8.28 Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein.

8.29 Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères.

8.30 Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.

5.1 Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ,

5.2 à qui nous devons d’avoir eu par la foi accès à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu.

5.3 Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l’affliction produit la persévérance,

5.4 la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance. 5.5 Or, l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné.

1 Corinthiens

12.3 C’est pourquoi je vous déclare que nul, s’il parle par l’Esprit de Dieu, ne dit: Jésus est anathème! et que nul ne peut dire: Jésus est le Seigneur! si ce n’est par le Saint Esprit.

12.4 Il y a diversité de dons, mais le même Esprit;

12.5 diversité de ministères, mais le même Seigneur;

12.6 diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous.

12.7 Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune.

Prière

*Seigneur Jésus, renouvelle sans cesse en nous la présence agissante de ton Esprit Saint : rends-moi toujours plus docile à tous les mouvements profonds du coeur qu’il suscite en moi, afin de rendre plus crédible mon témoignage de ta Bonne Nouvelle auprès de mes frères et soeurs es hommes et les femmes de ce temps AMEN.

31.08.2004.*

Évangile : Luc 4, 31-37

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

31 Il descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et il les enseignait le jour du sabbat.
32 Et ils étaient frappés de son enseignement, car il parlait avec autorité.
33 Dans la synagogue il y avait un homme ayant un esprit de démon impur, et il cria d’une voix forte :
34 ” Ah ! que nous veux-tu, Jésus le Nazarénien ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. “
35 Et Jésus le menaça en disant : ” Tais-toi, et sors de lui. ” Et le précipitant au milieu, le démon sortit de lui sans lui faire aucun mal.
36 La frayeur les saisit tous, et ils se disaient les uns aux autres : ” Quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs et ils sortent ! “
37 Et un bruit se propageait à son sujet en tout lieu de la région. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous rejoignons ici Jésus au début de son ministère public en Galilée.

2. Message

En ce jour de sabbat, dès le tout début de son ministère, l’autorité unique de Jésus se manifeste avec force à la fois dans sa Parole et ses actes de libération et de miséricorde.

Il transmet son message directement, en se faisant comprendre immédiatement, car il va droit au but. Et, toujours par sa seule Parole, il chasse un esprit mauvais avec efficacité.

On ne peut pas ne pas remarquer la puissance de son intervention : avec lui, quelque chose de nouveau se passe.

3. Decouvertes

Notre texte fait partie de l’ensemble 4, 31 - 44, qui semble nous relater une journée typique de Jésus à Capharnaüm, au moment où il se lance dans sa mission. Il commence par assister à la célébration du sabbat à la synagogue, où il prend la parole et libère un possédé, il va continuer avec la guérison de la belle-mère de Simon-Pierre, et, dès la fin du sabbat, au coucher du soleil, il effectuera encore de nombreuses autres guérisons, car sa renommée se répand très vite, et on lui amène déjà de nombreux malades.

4. Prolongement

Dès le début, Jésus se révèle totalement en sa mission. Ce que lui diront, de lui, les deux disciples d’Emmaüs, quand il les rejoindra, ressuscité des morts, sur la route de leur découragement, est déjà vrai maintenant :

19 ” Quoi donc ? ” leur dit-il. Ils lui dirent : ” Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s’est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple,

20 comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié.

21 Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël ; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées !

Dans les Actes des Apôtres, Pierre, dans son discours au centurion Corneille, présentera, en termes semblables, l’activité de Jésus :

37 Vous savez ce qui s’est passé dans toute la Judée : Jésus de Nazareth, ses débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean ;

38 comment Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui.

Prière

*Seigneur Jésus, par ta Parole, annonçant la Vérité de Dieu et la venue de son Règne, ainsi que par tes gestes de miséricorde inaugurant le salut de Dieu, tu es le révélateur et l’acteur final de ce projet de Dieu, qui atteint avec toi, et en toi, son achèvement : donne-moi de redécouvrir ton action et ton message comme une réalité toujours nouvelle pour aujourd’hui, et d’en témoigner, en toutes circonstances, par mes paroles et mes attitudes, sur lesquelles tu comptes, comme sur celles de tous les croyants en ton Nom, pour rendre ta mission visible et appelante pour les hommes et les femmes de ce temps. AMEN.

03.09.2002.*


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