📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Colossiens 1, 1-8

DE LA LETTRE DE PAUL AUX COLOSSIENS

Texte

1 Paul, apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu, et le frère Timothée,
2 aux saints et fidèles frères en Christ qui sont à Colosses; que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père!
3 Nous rendons grâces à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, et nous ne cessons de prier pour vous,
4 ayant été informés de votre foi en Jésus Christ et de votre charité pour tous les saints,
5 à cause de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux, et que la parole de la vérité, la parole de l’Évangile vous a précédemment fait connaître.
6 Il est au milieu de vous, et dans le monde entier; il porte des fruits, et il va grandissant, comme c’est aussi le cas parmi vous, depuis le jour où vous avez entendu et connu la grâce de Dieu conformément à la vérité,
7 d’après les instructions que vous avez reçues d’Épaphras, notre bien-aimé compagnon de service, qui est pour vous un fidèle ministre de Christ,
8 et qui nous a appris de quelle charité l’Esprit vous anime.

Commentaire

1. Situation

La lettre aux Colossiens est considérée comme “Deutéro-Paulinienne”, c’est-à-dire composée après la mort de Paul, entre 70 et 80 par quelqu’un bien au fait de la tradition de Paul, et appartenant probablement à une “école” de la tradition Paulinienne, qu’on situe volontiers dans la région d’Ephèse.

En effet, le stvle de cette lettre est différent de celui des lettres considérées comme ayant été écrites par Paul lui-même : nous constatons ici un style non plus de débat et de discussion, mais de genre “hymnique” et “liturgique”, et le maniement de la langue grecque y est également autre.

Nous y trouvons, de même, de nouveaux développements théologiques : - d’abord sur le Christ : le grand hymne de Colossiens, 1, 15 - 20, qui marque toute cette lettre, ainsi que d’autres aspects, qu’on ne trouve pas dans les lettres attribuées à Paul lui-même, tels que le Christ est à situer dans le mystère de Dieu (1, 27; 2, 2 - 3), que le Christ pardonne les péchés (1, 13 - 14; 3, 13), qu’il est victorieux sur toute les puissances existantes (2, 11 -13), - ensuite, sur la conception de la fin des temps, l’eschatologie, décrite ici comme nous apportant déjà les choses “d’en haut” dans la réalité présente (3, 1 - 2), avec l’affirmation conjointe que les croyants sont déjà ressuscités avec le Christ (2, 12 et 3, 1), - enfin, à propos de la conception de l’Eglise, non plus principalement comme chaque Eglise locale, mais comme une “entité universelle”, le “Corps dont le Christ est la Tête” (1, 18 - 24; 2, 19; 3, 15), ce qui implique que les chrétiens doivent être toujours reliés au Christ-Tête.

Ces idées nouvelles n’annulent pas les points essentiels de la théologie de Paul, connus par ses lettres authentiques, mais coexistent bien avec elles et les précisent.

Cette lettre a pour but de renforcer la foi de la communauté de Colosses (ville située au Sud de la Phrygie), et de corriger des erreurs qui circulent (sur la “philosophie”, les “anges”, les “fêtes”, les “nouvelles lunes et sabbats” : 2, 4. 8. 16. 18 - 21), et peut-être des idées liées aux cultes païens ou aux religions “à mystères”, en vogue à cette époque.

On admet généralement que cette lettre a servi d’armature à la lettre aux Ephésiens, qui l’aurait développée.

Cette lettre aux Colossiens est très soigneusement composée avec des blocs d’ “idées chrétiennes traditionnelles” (hymne : 1, 15 - 20; catéchèse baptismale : 2, 6 - 15; listes de vices et de vertus : 3, 5 - 17; code de vie domestique : 3, 18 - 4, 1 ), soigneusement intégrées selon le plan suivant :

  • un ensemble de prière et d’action de grâces (1, 3 - 23),
  • un ensemble concernant le ministère de Paul (1, 24 - 2, 5),
  • un ensemble sur la vie dans le Corps du Christ, comme lieu d’enseignement (2, 6 -15),
  • un ensemble sur la vie dans le Corps du Christ, comme lieu de pratique (3, 5 - 4, 6).

Notre page, après nous avoir présenté l’adresse de cette lettre, se situe au début du 1er de ces ensembles.

2. Message

Après l’adresse et la salutation initiale qu’il envoie aux Colossiens, conjointement avec Timothée, qu’il désigne comme co-auteur de cette épître, Paul dresse un état rapide de la situation de ces chrétiens pour lesquels il rend grâces dans une prirèe de communion permanente avec eux.

Paul constate ainsi successivement :

  • que les Colossiens ont foi dans le Christ et vivent la charité envers tous les fidèles, en fonction de leur espérance de salut éternel.
  • que cette espérance, qui est le moteur de leur attitude chrétienne, leur a été donnée par la Parole de l’Evangile qu’ils ont reçu,
  • que cet Evangile grandit et fructifie chez eux comme partout ailleurs, dans la mesure où il a été pour eux découverte et accueil de la grâce de Dieu.

Ce n’est pas Paul qui a cependant évangélisé directement les Colossiens, mais son compagnon Epaphras, délégué par lui pour cette mission, et qui est la source de son information.

3. Decouvertes

Notre page se décompose ainsi en deux parties : - la salutation (1, 1 - 2), suivie d’une action de grâces (1, 3 - 8).

Dans la salutation, Paul ne se présente pas comme le repésentant d’une Eglise particulière qui l’aurait envoyé, mais comme un apôtre qui a reçu sa mission directement du Christ.

Paul désigne du nom de “saints” tous ceux qui ont été de fait mis à part, choisis ou appelés pour servir Dieu selon le Christ Jésus, dont ils sont devenus des disciples.

Dans toutes les lettres de Paul, à l’exception de celle adressée au Galates, de la 1ère à Timothée, et de la lettre à Tite, la salutation est également suivie d’une action de grâces. Mais, tout en obéissant ainsi à une pratique de la rhétorique grecque, Paul n’en établit pas moins, par ce moyen, un inventaire sérieux de ce qui est vécu positivement par les communautés auxquelles il écrit, ce qui lui permet de rendre grâces en vérité à leur sujet.

Certains incluent la prière de 1, 9 - 14 (qui fait suite à notre page) dans cette action de grâces, mais tout en maintenant une identité spécifique aux versets 3 - 8 que nous lisons ce jour.

C’est par Epaphras, qu’il avait envoyé évangéliser cette région, que Paul connaît la situation des chrétiens de Colosses. Le titre de “serviteur du Christ” qui lui est attribué signifie qu’il est dûment fondé et autorisé à annoncer l’Evangile.

Paul évoque à deux reprises l’amour vécu par les Colossiens, amour qu’il présente au verset 8 comme un fruit réel de l’Esprit Saint. A noter que c’est la seule fois où Paul parle de l’Esprit Saint dans cette Lettre, qui insiste beaucoup sur le rôle du Christ.

4. Prolongement

Faire le point, établir la vérité profonde sur nos comportements personnels et communautaires, reconnaître à la fois l’ampleur du don de Dieu en sa Parole et sa grâce qui nous sauve par le Christ dans l’Esprit, ainsi que les aspects positifs ou imparfaits de notre réponse, tout cela ne peut que nous conduire à l’action de grâces, et à une prière bien située dans notre vie, ou dans la vie de tous ceux et toutes celles avec lesquels nous sommes en communion dans la foi, l’espérance et la charité.

Prière

*Seigneur Jésus, de même que c’est toujours dans l’Esprit Saint, et par toi, que nous adressons au Père toutes les nuances de notre prière, c’est toujours également dans une situation de communion fraternelle que nous nous tournons ainsi vers Dieu, notre “je” personnel étant en permanence joint et relié au “nous” de tous nos frères et soeurs avec lesquels nous formons en toi un seul “Corps” : fais que ma prière ainsi “cadrée” en Eglise soit vraiment une démarche de vérité, d’action de grâces, d’accueil, de pardon, de repentir et de supplication, où je me découvre ouvert simultanément à Dieu, aux autres et à moi-même en qui tu demeures, de façon absolument inséparable. AMEN.

03.09.2003.*

Évangile : Luc 4, 38-44

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

38 En sortant de la synagogue, il se rendit à la maison de Simon. La belle-mère de Simon avait une violente fièvre, et ils le prièrent en sa faveur.
39 S’étant penché sur elle, il menaça la fièvre, et la fièvre la quitta. A l’instant elle se leva, et les servit.
40 Après le coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses maladies les lui amenèrent. Il imposa les mains à chacun d’eux, et il les guérit.
41 Des démons aussi sortirent de beaucoup de personnes, en criant et en disant: Tu es le Fils de Dieu. Mais il les menaçait et ne leur permettait pas de parler, parce qu’ils savaient qu’il était le Christ.
42 Dès que le jour parut, il sortit et alla dans un lieu désert. Une foule de gens se mirent à sa recherche, et arrivèrent jusqu’à lui; ils voulaient le retenir, afin qu’il ne les quittât point.
43 Mais il leur dit: Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu; car c’est pour cela que j’ai été envoyé.
44 Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Après le 1er Prologue de son Evangile de l’Enfance du Christ (1, 5 - 2, 52), puis la présentation de la préparation du ministère public de Jésus (mission de Jean-Baptiste, baptême et séjour de Jésus au désert de la tentation : 3, 1 - 4, 13), Luc nous a fait entrer dans la 1ère grande partie de la mission de Jésus, son ministère en Galilée (4, 14 - 9 ,50).

Le parcours prophétique de Jésus en Galilée a commencé par une introduction anticipant, en quelque sorte, les grands traits de son ministère (4, 14 - 15), suivie du passage de Jésus en son village de Nazareth, où il déclare avec solennité que les promesses de Dieu sont accomplies en lui pour tous les hommes, et où il vit en résumé les 3 étapes de son accueil par Israël (accueil chaleureux -contestation -rejet total : 4, 16 - 30).

Le passage que nous lisons ce jour fait partie d’un ensemble où nous voyons Jésus rendre santé et capacité de bien vivre à un certain nombre d’hommes et de femmes (4, 31 - 44). C’est ici que se situe notre page.

2. Message

Toutes ces activités de Jésus, regroupées en notre page, se déroulent un jour de Sabbat et le soir qui le suit, et se situent après une première intervention de Jésus à la synagogue, où il a accompli son premier exorcisme d’un démon (4, 31 - 37).

Il semble donc que toutes ces démarches de Jésus aient lieu le même jour, ou à peu près. Mais ce qui compte ici, ce n’est pas tant de nous fournir un emploi du temps, et encore moins un calendrier de Jésus, que de retenir le message transmis : Jésus est celui qui nous donne la véritable qualité de vie qui est liée au Règne de Dieu qu’il révèle par ses paroles, et par ses actes de guérison qui en sont les signes.

Ainsi guérit-il de sa forte fièvre la belle mère de Simon (Pierre), une telle fièvre étant souvent considérée à cette époque, comme dans l’Antiquité, comme pouvant mener au délire. Ainsi, également, permet-il à cette femme de se mettre sur le champ en état de servir. Ainsi, toujours, dans le sommaire qui nous est relaté ensuite, dès que le Sabbat est terminé, guérit-il, un par un, tous les malades qui lui sont présentés.

Notons que.Jésus traite la fièvre comme une sorte de démon qu’il chasse, comme par un exorcisme, en lui commandant de quitter la personne qui la subit. Notons encore le geste d’imposition des mains qu’il effectue sur tous les malades. Parole efficace et geste de prise en charge et de bénédiction, en même temps que d’échange entre la maladie que Jésus paraît prendre sur lui et la guérison qu’il transmet, à travers ce même geste. Autorité de la Parole qui commande et communication totale de celui qui reçoit tout et donne tout.

Cependant, Jésus n’est venu que pour accomplir la mission qui lui a été confiée, c’est-à-dire d’annoncer le plus largement possible, en paroles et gestes significatifs, le Règne de Dieu. Ce Règne de Dieu est l’action mystérieuse de Dieu qui sauve, et les gestes et paroles de Jésus ne servent qu’à le révéler en le manifestant. C’est pourquoi Jésus, pas plus ici qu’à Nazareth auparavant, n’accepte d’être récupéré ou utilisé par qui que ce soit. Il n’est pas venu pour être retenu ou conservé, mais pour aller “ailleurs”, et c’est sur ce chemin-Ià que les croyants, qui se quittent eux-mêmes et se risquent dans la foi confiance totale à Dieu, par Jésus, dans l’Esprit, sont invités à le suivre.

3. Decouvertes

Simon (Pierre) est ici mentionné avant même d’avoir été appelé, et Jésus, semble-t-il, s’installe chez lui. Il suivra Jésus, sans doute à cause de cette guérison dont il est le témoin, mais surtout après le miracle de la pêche miraculeuse racontée au chapitre 5 suivant. On a remarqué que Luc donne souvent le nom de ses personnages, avant de nous les faire vraiment découvrir par la quite. Tel est le cas de Barnabé en Actes, 4, 36 - 37 et de Saul (Paul) en Actes 7, 58 - 8, 3, et que nous retrouvons présentés à fond respectiverment en Actes 9 et 13.

Luc classe ici les possédés parmi les malades.

Remarquons l’ironie de la situation suggérée par le verset 41. Alors que les hommes s’interrogent sur l’identité et la mission de Jésus, les démons qu’il chasse le connaissent. Lorsque Jésus les expulse et met ainsi fin à leurs cris, il restaure les conditions d’une foi authentique chez ceux qu’il libère du mal, en leur rendant la possibilité d’une réponse volontaire.

A remarquer encore le caractère instantané de toutes ces guérisons et libérations du démon.

Ici les démons proclament Jésus “Fils de Dieu” et “Messie”.

Il serait plus logique, au dernier verset, de comprendre que Jésus s’en allait précher dans les synagogues de Galilée plutôt que de Judée, comme le fait notre texte cité plus haut, encore que la mention de la Judée à cet endroit du texte de l’Evangile soit attestée par beaucoup de manuscrits importants.

4. Prolongement

Cette “nécessité” qui incombe à Jésus d’annoncer la bonne Nouvelle du Règne de Dieu - car c’est pour cela qu’il a été envoyé - nous est transmise à notre tour. Tout disciple de Jésus est ainsi envoyé, avec la force de l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus, “actualiser” la mission de Jésus dans son propre environnement historique. C’est donc, par nous et à travers nous, que Jésus se manifeste aux gens de notre 21ème siècle.

Paul a vécu, à son tour, à la suite de Jésus, cette même nécessité. Il se déclare avoir été envoyé prêcher l’Evangile (1 Corinthiens, 1, 17), et précise que c’est également pour lui une nécessité quasi irrésistible (1 Corinthiens, 9, 16 - 18). Où en sommes-nous, chacune et chacun de nous, de cette mission nécessaire qui nous est confiée ?

Prière

*Seigneur Jésus, tu t’es manifesté comme “celui qui passe” en annonçant et réalisant la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu par ta Parole et par tes actions de miséricorde : aide-moi à vraiment t’imiter en ces deux dimensions de ton ministère et de ta révélation du Père, puisque tu m’as chargé, comme tous mes frères et soeurs dans la foi, de continuer ta mission aujourd’hui, en la rendant présente dans la force de ton Esprit Saint. AMEN.

03.09.2003.*


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