📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Corinthiens 3, 1-9

DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

1 Pour moi, frères, je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des êtres de chair, comme à de petits enfants dans le Christ.
2 C’est du lait que je vous ai donné à boire, non une nourriture solide ; vous ne pouviez encore la supporter. Mais vous ne le pouvez pas davantage maintenant,
3 car vous êtes encore charnels. Du moment qu’il y a parmi vous jalousie et dispute, n’êtes-vous pas charnels et votre conduite n’est-elle pas tout humaine ?
4 Lorsque vous dites, l’un : ” Moi, je suis à Paul ”, et l’autre : ” Moi, à Apollos ”, n’est-ce pas là bien humain ?
5 Qu’est-ce donc qu’Apollos ? Et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi, et chacun d’eux selon ce que le Seigneur lui a donné.
6 Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance.
7 Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu.
8 Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire selon son propre labeur.
9 Car nous sommes les coopérateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu.

Commentaire

1. Situation

La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.

D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :

  • de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
  • de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
  • de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
  • de la résurrection (15, 1 - 58),

sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).

Notre page se situe au début de cette lettre, Paul y traite des partis et des factions dans l’Eglise de Corinthe.

2. Message

Paul rappelle aux Corinthiens qu’ils se comportent encore comme les débutants dans la foi, qu’ils étaient à l’origine de leur conversion suite à sa prédication initiale. Ils restent, à ses yeux, marqués par une grande fragilité : par comparaison avec une croissance humaine normale, ils en sont toujours au stade de l’enfance.

La preuve en est qu’ils se situent en Eglise en se référant à des personnalités et se constituent donc en factions, selon une attitude toute humaine, et donc non spirituelle.

Paul lui-même, et Apollos, derrière lesquels ils prétendent s’aligner ainsi, ne sont que des ministres de Dieu, envoyés au service de leurs frères, chacun d’eux avec les dons reçus du Seigneur, chacun d’eux avec sa mission, soit de planter, soit d’arroser.

Ils collaborent ainsi à l’oeuvre de Dieu, qui seul est le “maître” du champ, qui seul donne la croissance, et à qui seul ils auront à rendre des comptes.

3. Decouvertes

Loin d’être des chrétiens “d’élite”, comme ils le pensent, les Corinthiens sont, en fait, demeurés des commençants, qui, de plus, n’ont guère progressé.

Tout ce que Paul vient d’écrire dans cettte Lettre, sur la compréhension du mystère de Dieu et de la pensée du Christ, et de l’action de l’Esprit du Seigneur, ne s’applique donc pas eux, dans leur situation actuelle, puisqu’ils sont jaloux, querelleurs, et revendiquent une sagesse humaine, qui est est à l’envers du message de la croix.

Paul leur reproche de placer les apôtres sur un piédestal qui ne leur convient pas, de chercher à les opposer les uns aux autres, et de juger la qualité de leur ministère, alors qu’il ne sont au service que de l’oeuvre de Dieu.

Paul va développer cet argument jusqu’en 4, 5, avec successivement des images tirées de l’agriculture (ici, en 3, 5 - 9), puis de la construction (3, 9 - 17), et enfin de l’état de serviteur (4, 1 - 5).

4. Prolongement

Paul ne fait que redire à sa manière le message de Jésus : être disciple, c’est se renoncer, tout quitter pour le suivre, comme un pauvre :

37 ” Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.

38 Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi.

39 Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera.

40 ” Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.

Prière

*Seigneur Jésus, devenir ton disciple, te suivre partout et toujours, voilà ce que tu nous demandes, et qui ne peut se réaliser en vérité que si nous nous quittons nous-mêmes, que si nous renonçons à bâtir notre projet de vie sur une synthese ou une sagesse elaboree par nous, que si nous nous rendons disponibles le plus possible à ce que nous discernons chaque jour de ton appel, et à la volonté du Père, que tu nous transmets ainsi : donne-moi la docilité à ton Esprit, afin qu’il me conduise à ta suite, et m’aide à témoigner que toi seul es le guide de ma vie en toutes mes expressions de recherche de la vérité, et d’entraide fraternelle. AMEN.

04.09.2002.*

Évangile : Luc 4, 38-44

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

38 En sortant de la synagogue, il se rendit à la maison de Simon. La belle-mère de Simon avait une violente fièvre, et ils le prièrent en sa faveur.
39 S’étant penché sur elle, il menaça la fièvre, et la fièvre la quitta. A l’instant elle se leva, et les servit.
40 Après le coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses maladies les lui amenèrent. Il imposa les mains à chacun d’eux, et il les guérit.
41 Des démons aussi sortirent de beaucoup de personnes, en criant et en disant: Tu es le Fils de Dieu. Mais il les menaçait et ne leur permettait pas de parler, parce qu’ils savaient qu’il était le Christ.
42 Dès que le jour parut, il sortit et alla dans un lieu désert. Une foule de gens se mirent à sa recherche, et arrivèrent jusqu’à lui; ils voulaient le retenir, afin qu’il ne les quittât point.
43 Mais il leur dit: Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu; car c’est pour cela que j’ai été envoyé.
44 Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Après le 1er Prologue de son Evangile de l’Enfance du Christ (1, 5 - 2, 52), puis la présentation de la préparation du ministère public de Jésus (mission de Jean-Baptiste, baptême et séjour de Jésus au désert de la tentation : 3, 1 - 4, 13), Luc nous a fait entrer dans la 1ère grande partie de la mission de Jésus, son ministère en Galilée (4, 14 - 9 ,50).

Le parcours prophétique de Jésus en Galilée a commencé par une introduction anticipant, en quelque sorte, les grands traits de son ministère (4, 14 - 15), suivie du passage de Jésus en son village de Nazareth, où il déclare avec solennité que les promesses de Dieu sont accomplies en lui pour tous les hommes, et où il vit en résumé les 3 étapes de son accueil par Israël (accueil chaleureux -contestation -rejet total : 4, 16 - 30).

Le passage que nous lisons ce jour fait partie d’un ensemble où nous voyons Jésus rendre santé et capacité de bien vivre à un certain nombre d’hommes et de femmes (4, 31 - 44). C’est ici que se situe notre page.

2. Message

Toutes ces activités de Jésus, regroupées en notre page, se déroulent un jour de Sabbat et le soir qui le suit, et se situent après une première intervention de Jésus à la synagogue, où il a accompli son premier exorcisme d’un démon (4, 31 - 37).

Il semble donc que toutes ces démarches de Jésus aient lieu le même jour, ou à peu près. Mais ce qui compte ici, ce n’est pas tant de nous fournir un emploi du temps, et encore moins un calendrier de Jésus, que de retenir le message transmis : Jésus est celui qui nous donne la véritable qualité de vie qui est liée au Règne de Dieu qu’il révèle par ses paroles, et par ses actes de guérison qui en sont les signes.

Ainsi guérit-il de sa forte fièvre la belle mère de Simon (Pierre), une telle fièvre étant souvent considérée à cette époque, comme dans l’Antiquité, comme pouvant mener au délire. Ainsi, également, permet-il à cette femme de se mettre sur le champ en état de servir. Ainsi, toujours, dans le sommaire qui nous est relaté ensuite, dès que le Sabbat est terminé, guérit-il, un par un, tous les malades qui lui sont présentés.

Notons que.Jésus traite la fièvre comme une sorte de démon qu’il chasse, comme par un exorcisme, en lui commandant de quitter la personne qui la subit. Notons encore le geste d’imposition des mains qu’il effectue sur tous les malades. Parole efficace et geste de prise en charge et de bénédiction, en même temps que d’échange entre la maladie que Jésus paraît prendre sur lui et la guérison qu’il transmet, à travers ce même geste. Autorité de la Parole qui commande et communication totale de celui qui reçoit tout et donne tout.

Cependant, Jésus n’est venu que pour accomplir la mission qui lui a été confiée, c’est-à-dire d’annoncer le plus largement possible, en paroles et gestes significatifs, le Règne de Dieu. Ce Règne de Dieu est l’action mystérieuse de Dieu qui sauve, et les gestes et paroles de Jésus ne servent qu’à le révéler en le manifestant. C’est pourquoi Jésus, pas plus ici qu’à Nazareth auparavant, n’accepte d’être récupéré ou utilisé par qui que ce soit. Il n’est pas venu pour être retenu ou conservé, mais pour aller “ailleurs”, et c’est sur ce chemin-Ià que les croyants, qui se quittent eux-mêmes et se risquent dans la foi confiance totale à Dieu, par Jésus, dans l’Esprit, sont invités à le suivre.

3. Decouvertes

Simon (Pierre) est ici mentionné avant même d’avoir été appelé, et Jésus, semble-t-il, s’installe chez lui. Il suivra Jésus, sans doute à cause de cette guérison dont il est le témoin, mais surtout après le miracle de la pêche miraculeuse racontée au chapitre 5 suivant. On a remarqué que Luc donne souvent le nom de ses personnages, avant de nous les faire vraiment découvrir par la quite. Tel est le cas de Barnabé en Actes, 4, 36 - 37 et de Saul (Paul) en Actes 7, 58 - 8, 3, et que nous retrouvons présentés à fond respectiverment en Actes 9 et 13.

Luc classe ici les possédés parmi les malades.

Remarquons l’ironie de la situation suggérée par le verset 41. Alors que les hommes s’interrogent sur l’identité et la mission de Jésus, les démons qu’il chasse le connaissent. Lorsque Jésus les expulse et met ainsi fin à leurs cris, il restaure les conditions d’une foi authentique chez ceux qu’il libère du mal, en leur rendant la possibilité d’une réponse volontaire.

A remarquer encore le caractère instantané de toutes ces guérisons et libérations du démon.

Ici les démons proclament Jésus “Fils de Dieu” et “Messie”.

Il serait plus logique, au dernier verset, de comprendre que Jésus s’en allait précher dans les synagogues de Galilée plutôt que de Judée, comme le fait notre texte cité plus haut, encore que la mention de la Judée à cet endroit du texte de l’Evangile soit attestée par beaucoup de manuscrits importants.

4. Prolongement

Cette “nécessité” qui incombe à Jésus d’annoncer la bonne Nouvelle du Règne de Dieu - car c’est pour cela qu’il a été envoyé - nous est transmise à notre tour. Tout disciple de Jésus est ainsi envoyé, avec la force de l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus, “actualiser” la mission de Jésus dans son propre environnement historique. C’est donc, par nous et à travers nous, que Jésus se manifeste aux gens de notre 21ème siècle.

Paul a vécu, à son tour, à la suite de Jésus, cette même nécessité. Il se déclare avoir été envoyé prêcher l’Evangile (1 Corinthiens, 1, 17), et précise que c’est également pour lui une nécessité quasi irrésistible (1 Corinthiens, 9, 16 - 18). Où en sommes-nous, chacune et chacun de nous, de cette mission nécessaire qui nous est confiée ?

Prière

*Seigneur Jésus, tu t’es manifesté comme “celui qui passe” en annonçant et réalisant la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu par ta Parole et par tes actions de miséricorde : aide-moi à vraiment t’imiter en ces deux dimensions de ton ministère et de ta révélation du Père, puisque tu m’as chargé, comme tous mes frères et soeurs dans la foi, de continuer ta mission aujourd’hui, en la rendant présente dans la force de ton Esprit Saint. AMEN.

03.09.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour