📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Corinthiens 4, 6-15

DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

6 C’est à cause de vous, frères, que j’ai fait de ces choses une application à ma personne et à celle d’Apollos, afin que vous appreniez en nos personnes à ne pas aller au delà de ce qui est écrit, et que nul de vous ne conçoive de l’orgueil en faveur de l’un contre l’autre.
7 Car qui est-ce qui te distingue? Qu’as-tu que tu n’aies reçu? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu?
8 Déjà vous êtes rassasiés, déjà vous êtes riches, sans nous vous avez commencé à régner. Et puissiez-vous régner en effet, afin que nous aussi nous régnions avec vous!
9 Car Dieu, ce me semble, a fait de nous, apôtres, les derniers des hommes, des condamnés à mort en quelque sorte, puisque nous avons été en spectacle au monde, aux anges et aux hommes.
10 Nous sommes fous à cause de Christ; mais vous, vous êtes sages en Christ; nous sommes faibles, mais vous êtes forts. Vous êtes honorés, et nous sommes méprisés!
11 Jusqu’à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, la nudité; nous sommes maltraités, errants çà et là;
12 nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains; injuriés, nous bénissons; persécutés, nous supportons;
13 calomniés, nous parlons avec bonté; nous sommes devenus comme les balayures du monde, le rebut de tous, jusqu’à maintenant.
14 Ce n’est pas pour vous faire honte que j’écris ces choses; mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés.
15 Car, quand vous auriez dix mille maîtres en Christ, vous n’avez cependant pas plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus Christ par l’Évangile.

Commentaire

1. Situation

La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.

D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :

  • de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 - 4, 21),
  • de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
  • de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
  • de la résurrection (15, 1 - 58),

sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).

Notre page se situe au début de cette lettre, Paul y traite des partis et des factions dans l’Eglise de Corinthe.

2. Message

Paul en arrive à la conclusion de toute cette 1ère partie de cette Lettre aux Corinthiens, dans laquelle il vient de prendre fermement position à l’encontre des divisons existantes dans cette communauté.

Il a pour cela démontré la suréminence de la croix du Christ, révélation et manifestation de la sagesse de Dieu, selon laquelle il est vain et contraire à l’Evangile de faire des comparaisons entre les prédicateurs de la Bonne Nouvelle, et de s’aligner derrière ceux que l’on préfère en créant des factions.

Ayant été amené ainsi à citer les noms de Pierre et d’Apollos, derrière lesquels se ralliaiant certains membres de l’Eglise de Corinthe, il en est venu finalement à délimiter le rôle des apôtres et à déclarer que Dieu seul est juge de la qualité du travail de chacun, au-delà de la conscience sans reproche que l’on peut avoir et compte tenu de la mise en valeur des dons reçus.

Tout triomphalisme est donc exclu et s’approprier ce que l’on a reçu pour en tirer gloire, comme le font les Corinthiens, revient à faire appel à des critères simplement humains qui sont contraires à la sagesse-folie de Dieu.

Et Paul d’énumérer ensuite les dangers, les risques, les difficultés de tous ordres encourus par lui et ses semblables pour annoncer l’Evangile dans une imitation concrète du rejet qu’avait connu Jésus conduit au supplice de la croix. Tel est bien le sort de ceux qui suivent Jésus dans la disponibilité non seulement aux dons reçus mais à la mission confiée, et c’est bien là tout l’inverse de ce que vivent et expriment les Corinthiens.

Humilité qui n’empêche pas pour autant Paul de rappeler que, parmi tous les évangélisateurs qui sont passés à Corinthe, lui seul a fondé cette Eglise, en est le seul “père”, et peut donc se permettre de les reprende ainsi.

3. Decouvertes

En 4, 1 - 5, lorsqu’il a défini son ministère comme un service vécu en bonne conscience, tout en se remettant au seul jugement de Dieu, Paul a de fait ouvert le dossier de sa propre défense face aux Corinthiens qui l’attaquent, le comparent à d’autres, et le critiquent particulièrement pour son style d’annonce de l’Evangile et pour ses longues absences.

C’est pourquoi, dans cet ensemble 4, 6 - 21, dont fait partie notre texte, il conteste l’orgueil des Corinthiens, qui, comme lui et comme tous, n’ont rien qu’ils n’aient reçu tout-à-fait gratuitement (versets 6 - 8), avant de détailler, en contraste, les conditions de grande vulnérabilité de l’exercice de son ministère (versets 9 - 13), et d’affirmer ensuite son autorité de père-fondateur de cette communauté et d’annoncer son prochain passage (versets 14 - 21).

Notons le ton sarcastique du verset 8 dénonçant l’orgueil des Corinthiens, verset à lire en lien avec les versets suivants concernant les épreuves en tous genres subies par les apôtres (considérés comme les modèles des croyants), ce qui montre bien que l’existence de Paul est tout le contraire de la quête d’honneurs et de victoires que les Corinthiens recherchent pour eux-mêmes.

Tels des condamnés à mort livrés en spectacle, les apôtres revivent à leur façon la folie et l’impuissance de la croix du Christ, le verset 10 étant à lire en écho à ce qui a été développé en 1, 18 - 23.

C’est l’occasion pour Paul de déclarer au verset 12 qu’il travaille de ses mains, attitude probablement considérée comme déhonorante pour les Corinthiens réagissant ainsi à la manière des personnes cultivées de la Grèce.

Le ton polémique de cette liste d’épreuves apostoliques est confirmé au verset 14 : Paul y précise nettement que tout ce qu’il écrit ici n’a pour but que d’instruire et d’éduquer les Corinthiens, et ce en raison de sa situation unique de seul fondateur de cette Eglise, comme il tient à le rappeler on ne peut plus clairement au verset 15.

4. Prolongement

De telles listes d’épreuves subies par Paul et d’autres évangélisateurs nous reviennent encore à trois reprises, aux chapitres 4, 6, et 11 - 12 de la 2nde Lettre aux Corinthiens.

Paul, comme non seulement les autres apôtres, mais comme tous les disciples, affirme ainsi vivre tout simplement en application de la Parole de Jésus concernant tous ceux qui le suivent : Jean

12.23 Jésus leur répondit: L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.

12.24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

12.25 Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle.

12.26 Si quelqu’un me sert, qu’il me suive; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera.

Prière

*Seigneur Jésus, renforce en nous tous, qui cherchons à te suivre, l’humilité du serviteur qui ne cherche qu’à reproduire ton image, dans le service gratuit de nos frères et soeurs. AMEN.

04.09.2004.*

Évangile : Luc 6, 1-5

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Or il advint, un sabbat, qu’il traversait des moissons, et ses disciples arrachaient et mangeaient des épis en les froissant de leurs mains.
2 Mais quelques Pharisiens dirent : ” Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis le jour du sabbat ? “
3 Jésus leur répondit : ” Vous n’avez donc pas lu ce que fit David, lorsqu’il eut faim, lui et ses compagnons,
4 comment il entra dans la demeure de Dieu, prit les pains d’oblation, en mangea et en donna à ses compagnons, ces pains qu’il n’est permis de manger qu’aux seuls prêtres ? “
5 Et il leur disait : ” Le Fils de l’homme est maître du sabbat. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.

2. Message

Face à cette interpellation de quelques Pharisiens qui reprochent à ses disciples d’avoir froissé quelques épis de blé le jour du Sabbat, Jésus répond d’abord que la nécessité ne connaît pas de loi.

Il rappelle à ce sujet l’épisode de David, lors de sa fuite devant l’armée de Saül, et qui a enfreint la loi pour faire face à une nécessité (1 Samuel, 21, 1 - 6).

Ce que David a fait, poursuit Jésus, à plus forte raison peut-il le faire, lui, en sa qualité de Fils de l’homme.

En se proclamant ainsi Maître du Sabbat parce que Fils de l’homme, Jésus prend, réellement et nettement, la place de la Loi, qu’il accomplit mais dépasse, comme il dépasse de loin la figure de David, qu’il a évoquée.

3. Decouvertes

En tant que Messie, et Fils de l’homme, Jésus dépassse toutes les figures de l’Ancien Testament, qu’il s’agisse de Moïse, de David ou des prophètes. D’où la portée de l’argument “a fortiori” qu’il emploie ici face à ses adversaires.

D’autre part, il se révèle Messie, en agissant comme tel, et en justifiant ensuite son action par ses paroles.

4. Prolongement

Quand Paul développe, au long de ses épîtres aux Galates et aux Romains, sa théologie sur la Loi qui ne peut sauver et qui, tout au plus n’est qu’un pédagogue, qui prépare la démarche toute autre de la foi, il remplace de fait la Loi par le Christ Jésus lui-même.

Il n’est plus désormais qu’un seul chemin : suivre Jésus, dans la foi qui accueille son message, et en essayant de l’imiter dans la charité qui cherche toujours à mettre les autres debout (Galates, 5, 6).

Prière

*Seigneur Jésus, en te proclamant, et en te comportant, comme celui qui accomplit définitivement le projet de salut de Dieu pout l’ensemble de l’humanité, tu es devenu notre seule référence, notre seul guide, notre seul chemin, et tu nous as traduit ton exigence pour Dieu dans le commandement unique de l’amour fraternel, vécu comme obéissance au Père et signe de notre amour premier pour lui : aide-moi à ne pas me protéger de la vérité lumineuse de ta Parole, par des lois, ou des “systèmes”, qui, finalement, m’éloignent de toi, apprends-moi à ne pas imposer mon point de vue en invoquant telle ou telle réglementation, pour me situer comme ayant une autorité ou un pouvoir, que tu ne m’as jamais donnés, face à mes frères et soeurs. AMEN.

07.09.2002.*


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