📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Colossiens 1, 15-23
DE LA LETTRE DE PAUL AUX COLOSSIENS
Texte
15 Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création.
16 Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui.
17 Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui.
18 Il est la tête du corps de l’Église; il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier.
19 Car Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui;
20 il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix.
21 Et vous, qui étiez autrefois étrangers et ennemis par vos pensées et par vos mauvaises oeuvres, il vous a maintenant réconciliés par sa mort dans le corps de sa chair,
22 pour vous faire paraître devant lui saints, irrépréhensibles et sans reproche,
23 si du moins vous demeurez fondés et inébranlables dans la foi, sans vous détourner de l’espérance de l’Évangile que vous avez entendu, qui a été prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi Paul, j’ai été fait ministre.
Commentaire
1. Situation
La lettre aux Colossiens est considérée comme “Deutéro-Paulinienne”, c’est-à-dire composée après la mort de Paul, entre 70 et 80 par quelqu’un bien au fait de la tradition de Paul, et appartenant probablement à une “école” de la tradition Paulinienne, qu’on situe volontiers dans la région d’Ephèse.
En effet, le stvle de cette lettre est différent de celui des lettres considérées comme ayant été écrites par Paul lui-même : nous constatons ici un style non plus de débat et de discussion, mais de genre “hymnique” et “liturgique”, et le maniement de la langue grecque y est également autre.
Nous y trouvons, de même, de nouveaux développements théologiques : - d’abord sur le Cllrist : le grand hymne de Colossiens, 1, 15 - 20, qui marque toute cette lettre, ainsi que d’autres aspects, qu’on ne trouve pas dans les lettres attribuées à Paul lui-même, tels que le Christ est à situer dans le mystère de Dieu (1, 27; 2, 2 - 3), que le Christ pardonne les péchés (1, 13 - 14; 3, 13), qu’il est victorieux sur toute les puissances existantes (2, 11 -13), - ensuite, sur la conception de la fin des temps, l’eschatologie, décrite ici comme nous apportant déjà les choses “d’en haut” dans la réalité présente (3, 1 - 2), avec l’affirmation conjointe que les croyants sont déjà ressuscités avec le Christ (2, 12 et 3, 1), - enfin, à propos de la conception de l’Eglise, non plus principalement comme chaque Eglise locale, mais comme une “entité universelle”, le “Corps dont le Christ est la Tête” (1, 18 - 24; 2, 19; 3, 15), ce qui implique que les chrétiens doivent être toujours reliés au Christ-Tête.
Ces idées nouvelles n’annulent pas les points essentiels de la théologie de Paul, connus par ses lettres authentiques, mais coexistent bien avec elles et les précisent.
Cette lettre a pour but de renforcer la foi de la communauté de Colosses (ville située au Sud de la Phrygie), et de corriger des erreurs qui circulent (sur la “philosophie”, les “anges”, les “fêtes”, les “nouvelles lunes et sabbats” : 2, 4. 8. 16. 18 - 21), et peut-être des idées liées aux cultes païens ou aux religions “à mystères”, en vogue à cette époque.
On admet généralement que cette lettre a servi d’armature à la lettre aux Ephésiens, qui l’aurait développée.
Cette lettre aux Colossiens est très soigneusement composée avec des blocs d’ “idées chrétiennes traditionnelles” (hymne : 1, 15 - 20; catéchèse baptismale : 2, 6 - 15; listes de vices et de vertus : 3, 5 - 17; code de vie domestique : 3, 18 - 4, 1 ), soigneusement intégrées selon le plan suivant :
- un ensemble de prière et d’action de grâces (1, 3 - 23),
- un ensemble concernant le ministère de Paul (1, 24 - 2, 5),
- un ensemble sur la vie dans le Corps du Christ, comme lieu d’enseignement (2, 6 -15),
- un ensemble sur la vie dans le Corps du Christ, comme lieu de pratique (3, 5 - 4, 6).
Notre page se situe dans le 1er de ces ensembles, et juste avant que commence la grande hymne christologique de 1, 15 - 20.
2. Message
Un grand texte de cette Lettre aux Colossiens, commençant sous la forme d’une hymne (1, 15 - 20), qui devait être alors bien connue, et donc antérieure à la rédaction de cette Lettre.
En dépit d’un certain “flou” si on l’étudie en tous ses points détaillés, c’est un magnifique portrait du “Christ”, ou de “Jésus en tant que Christ” aujourd’hui, en sa dimension actuelle de ressuscité, qui nous est offert ici sous deux aspects successifs :
-
d’abord, le Christ dans sa relation à Dieu et à l’oeuvre de Dieu, à la fois image de Dieu invisible, créateur et maître de tout, et lui-même créé en tant que désigné comme “premier né de toute créature”. Le texte ne nous donne pas de précisions, mais semble s’orienter vers la double dimension du Christ, à la fois totalement homme créé en son humanité, et totalement du côté de Dieu créateur.
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ensuite, le Christ dans sa relation à l’Eglise, cette dernière étant reprise ici sous l’image du corps social déjà évoquée par Paul dans sa première Lettre aux Corintrhiens, 12 et dans sa Lettre aux Romains, 12, à la différence toutefois que le Christ n’est plus ici identifié à l’ensemble du corps, mais y joue la fonction spécifique de “tête du corps”, avec tout ce que représente cette situation d’initiative, de synthèse, et de globalisation. Ainsi le Christ peut-il être proclamé le “commencement, le premier-né d’entre les morts, total accomplissement” du salut de Dieu, qui se résume en ces deux termes de résurrection et de réconciliation, effectués dans tout le parcours historique de Jésus jusqu’en sa mort sur une croix.
Dans les versets 1, 21 - 23, qui suivent cettre hymne, l’auteur “rebondit” sur le thème de la réconciliation. Ainsi le lien est-il fourni entre ce qui vient juste d’être écrit du Christ, et développé à son sujet, et la situation des Colossiens.
Qu’ils prennent conscience que leur statut face à Dieu et face au Christ a changé de façon radicale : d’étrangers, ils sont devenus des réconciliés à travers la mission humaine et terrestre de Jésus qui s’est achevée et a culminé en son Heure de passage au Père, en la manière dont il a vécu sa mort sur la croix.
Ils sont donc désormais, depuis leur baptême, “saints et irréprochables” , mais invités à assumer ce don gratuit de Dieu avec une foi solide et ferme, une ouverture à l’avenir de Dieu toujours renouvelée dans l’écoute de la Bonne Nouvelle proclamée.
3. Decouvertes
D’après les éxégètes, Paul offrirait ici une version corrigée d’une hymne bien connue des Colossiens, compte tenu de la tendance de certains d’entre eux à accorder de l’importance à quelques “puissances célestes”.
Cette hymne semble comporter deux strophes : 1, 15 - 16 et 1, 18 - 20.
Le thème de base de l’hymne est bien l’unique médiation du Christ, dans la création et dans le salut.
Les titres donnés au Christ évoquent la Sagesse dans l’Ancien Testament : voir Proverbes, 3, 19; 8, 22. 30; Siracide, 1, 4. 9, et 24, 9; Sagesse, 8, 5 et 9, 4. 9; Psaume 104, 24.
Le mystère du Christ, tel que dévelopé ici, n’est pas, comme on l’a déjà signalé, dépourvu d’une ambiguïté certaine, peut-être voulue par l’auteur : comment, entre autres exemples, peut-on expliquer que le Christ soit, à la fois, l’instrument et le terme de la création et de la réconciliation ?
Reste que la supériorité du Christ sur tous les êtres célestes (auxquels s’intéressaient certains Colossiens) est absolument claire pour Paul en cette Lettre. Pour lui, en effet, les puissances célestes ont, elles aussi, besoin de réconciliation.
Les versets 1, 21 - 23 présentent et résument bien tout le thème de cette Lettre.
4. Prolongement
La question de l’identité du Christ est et demeure la plus centrale de notre foi chrétienne.
Suite à des théories qui se sont rapidement répandues dès la fin du 1er siècle, il a fallu près de 3 siècles à l’Eglise pour aboutir à une définition assez précise de son mystère au concile de Chalcédone de 451 :
Jésus-Christ est vraiment Dieu et vraiment homme sans qu’il y ait de confusion ou de division entre ces deux dimensions de son être divino-humain.
Il semble difficile à de nombreux chrétriens de ne pas favoriser l’une de ces deux dimensions du Christ au détriment de l’autre, qui se trouve dès lors sacrifiée.
Le Christ ne peut vraiment être notre sauveur et “Dieu avcec nous” que s’il partage intégralement et notre humanité, en ses beautés et ses limites, et la plénitude du mystère du Dieu unique et transcendant.
Prière
*Seigneur Jésus, renouvelle en nous ton Esprit Saint, de façon à ce que nous puissions vraiment vivre de ta double et parfaite relation à Dieu, ton Père et notre Père, et à nous toutes et tous, dont tu as fait réellement tes authentiques frères et soeurs, en te révélant “Emmanuel”, Dieu-avec-nous, et selon ta parole à Philippe : “qui m’a vu a vu le Père; ne sais-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?” AMEN.
03.09.2005.*
Évangile : Luc 5, 33-39
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
33 Ils lui dirent: Les disciples de Jean, comme ceux des pharisiens, jeûnent fréquemment et font des prières, tandis que les tiens mangent et boivent.
34 Il leur répondit: Pouvez-vous faire jeûner les amis de l’époux pendant que l’époux est avec eux?
35 Les jours viendront où l’époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là.
36 Il leur dit aussi une parabole: Personne ne déchire d’un habit neuf un morceau pour le mettre à un vieil habit; car, il déchire l’habit neuf, et le morceau qu’il en a pris n’est pas assorti au vieux.
37 Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement, le vin nouveau fait rompre les outres, il se répand, et les outres sont perdues;
38 mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves.
39 Et personne, après avoir bu du vin vieux, ne veut du nouveau, car il dit: Le vieux est bon.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
2. Message
Reproche des scribes et des Pharisiens à Jésus sur le comportement de ses disciples qu’ils jugent anormal et qu’ils comparent à celui (qu’ils approuvent) des disciples de Jean Baptiste.
Jésus leur répond en se présentant comme l’Epoux des noces définitives de Dieu avec son peuple, noces auxquelles on ne saurait prendre part en jeûnant.
Jésus souligne ainsi, et en ajoutant deux petites paraboles, que les pratiques juives de son temps sont devenues caduques et désuètes face à la nouveauté radicale qu’il propose en sa mission et sa Parole.
Pour lui, on ne peut donc pas plus concilier les pratiques dont s’abstiennent ses disciples qu’on ne mettrait une pîèce de vêtement neuf sur un vieux vêtement ou du vin nouveau dans de vieilles outres.
Jésus souligne, en concluant, qu’il nous est toujours difficile de changer véritablement nos habitudes et d’adopter des comportements nouveaux : on préfère en rester à la pratique de ce qui est ancien et que donc on connaît bien.
3. Decouvertes
En déclarant pardonnés les péchés d’un paralytique qu’il a ensuite guéri et en se proclamant en même temps de “Fils de l’homme” (5, 17 - 26), puis en invitant le publicain Lévi à le suivre comme un disciple, et en participant à un banquet avec des pécheurs publics (5, 27 - 32), Jésus a situé ses comportemsnts comme une approche nouvelle de Dieu qui vient ainsi par lui sauver son peuple Israël et toute l’humanité, en lançant un défi aux traditions Juives en vigueur, qui sont de fait devenues pour lui obsolètes.
Suivre Jésus, c’est donc aller avec lui de l’avant dans une direction inconnue jusqu’alors en acceptant de faire des choix décisifs et nouveaux qui impliquent que l’on renonce à des habitudes et pratiques antérieures qui ont fait leurs preuves, ce qui demande un effort réel de changement radical.
4. Prolongement
Si l’on pratique encore le jeûne aujourd’hui dans l’Eglise, il prend, et doit manifester, un sens totalement nouveau et doit donc être compatible avec les noces de l’Epoux auxquelles nous participons sans cesse depuis que Jésus est ressuscité des morts et nous a donné son Esprit Saint.
Ce jeûne ne peut donc être que le signe que la création nouvelle que nous avons reçue et que l’homme nouveau que nous sommes devenus supposent une toute nouvelle manière d’être en tous points à l’image de Jésus.
Il nous rappelle en quelque sorte la nécessité de porter tous les jours et sans cesse le vêtement de noces de ceux qui sont appelés à participer aux noces de l’Agneau.
Prière
*Seigneur Jésus, fais que jamais nos habitudes et nos traditions personnelles ou communautaires ne nous empêchent d’avancer toujours avec toi sur ton chemin de perpétuelle nouveauté, quels que soient les renoncements que tu nous proposes et pour lesquels tu nous assures de la présence et de la force de ton Esprit Saint. AMEN.
03.09.2004.*