📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 4, 1-5
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
1 Qu’on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu.
2 Or, ce qu’en fin de compte on demande à des intendants, c’est que chacun soit trouvé fidèle.
3 Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain. Bien plus, je ne me juge pas moi-même.
4 Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant ; mon juge, c’est le Seigneur.
5 Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur ; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
Notre page se situe au début de cette lettre, Paul y traite des partis et des factions dans l’Eglise de Corinthe.
2. Message
Après avoir employé les images de l’agriculture (3, 5 - 9), et de la construction (3, 9 - 17), pour montrer comment les apôtres sont les collaborateurs de Dieu pour continuer la mission de Jésus, Paul emploie maintenant l’image de l’intendant, serviteur, et employé de son maître.
Ce qu’on attend d’un intendant, c’est qu’il pratique une bonne gestion des biens qu’on lui a confiés : il doit donc faire preuve de fidélité, et ce, d’autant plus que les biens dont il a la charge sont plus importants. A plus forte raison quand il s’agit des mystères de Dieu.
Il n’appartient pas aux chrétiens de juger le ministère de Paul, pas plus qu’il ne se juge lui-même. Car le jugement n’appartient qu’à Dieu, et apparaîtra en toute clarté au retour du Seigneur. Pour le bon moment, agir avec une bonne conscience suffit. .
3. Decouvertes
Derrière toute cette argumentation, développée de 3, 5 à 4, 5, Paul laisse entendre clairement que les factions dans l’Eglise de Corinthe sont l’expression d’une évaluation critique que les Corinthiens font de son ministère, dans la mesure où certains déclarent se rattacher à d’autres ministres ou apôtres, et non pas à lui.
Face à cette opposition, à laquelle il fera encore allusion en 9, 3, Paul les renvoie au seul jugement, authentique et vrai, de Dieu. Les Corinthiens n’ont pas la capacité de le juger.
4. Prolongement
A la suite de Jésus, Paul reprend, et étend à toutes les relations entre les chrétiens, cet argument sur le jugement que seul le “maître” peut porter sur la fidélité du ses serviteurs (voir aussi la prabole des “talents” en Matthieu, 25, 14 - 30) :
45 ” Quel est donc le serviteur fidèle et avisé que le maître a établi sur les gens de sa maison pour leur donner la nourriture en temps voulu ?
46 Heureux ce serviteur que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte !
47 En vérité je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens.
48 Mais si ce mauvais serviteur dit en son cœur : “Mon maître tarde”
49 et qu’il se mette à frapper ses compagnons, à manger et à boire en compagnie des ivrognes,
50 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas ;
51 il le retranchera et lui assignera sa part parmi les hypocrites : là seront les pleurs et les grincements de dents.
1 A celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants sans vouloir discuter des opinions.
2 Tel croit pouvoir manger de tout, tandis que le faible ne mange que des légumes :
3 que celui qui mange ne méprise pas l’abstinent et que l’abstinent ne juge pas celui qui mange ; Dieu l’a bien accueilli.
4 Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d’autrui ? Qu’il reste debout ou qu’il tombe, cela ne concerne que son maître ; d’ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir.
5 Celui-ci préfère un jour à un autre ; celui-là les estime tous pareils : que chacun s’en tienne à son jugement
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous demandes de faire de notre mieux, avec une bonne conscience, dans la mission confiée, tu comptes sur notre fidélité, tu nous interdis de nous juger les uns les autres, et tu nous rappelles ainsi que notre unité entre nous, comme avec toi, suppose l’accueil de nos diversités, et que le jugement n’appartient qu’à Dieu : donne-moi d’être vraiment fidèle à tout ce que tu attends de moi, dans le témoignage de ta bonne nouvelle, et le rayonnement de ton visage, à travers mes paroles et mes actes. AMEN.
06.09.2002.*
Évangile : Luc 5, 33-39
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
33 Ils lui dirent: Les disciples de Jean, comme ceux des pharisiens, jeûnent fréquemment et font des prières, tandis que les tiens mangent et boivent.
34 Il leur répondit: Pouvez-vous faire jeûner les amis de l’époux pendant que l’époux est avec eux?
35 Les jours viendront où l’époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là.
36 Il leur dit aussi une parabole: Personne ne déchire d’un habit neuf un morceau pour le mettre à un vieil habit; car, il déchire l’habit neuf, et le morceau qu’il en a pris n’est pas assorti au vieux.
37 Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement, le vin nouveau fait rompre les outres, il se répand, et les outres sont perdues;
38 mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves.
39 Et personne, après avoir bu du vin vieux, ne veut du nouveau, car il dit: Le vieux est bon.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
2. Message
Reproche des scribes et des Pharisiens à Jésus sur le comportement de ses disciples qu’ils jugent anormal et qu’ils comparent à celui (qu’ils approuvent) des disciples de Jean Baptiste.
Jésus leur répond en se présentant comme l’Epoux des noces définitives de Dieu avec son peuple, noces auxquelles on ne saurait prendre part en jeûnant.
Jésus souligne ainsi, et en ajoutant deux petites paraboles, que les pratiques juives de son temps sont devenues caduques et désuètes face à la nouveauté radicale qu’il propose en sa mission et sa Parole.
Pour lui, on ne peut donc pas plus concilier les pratiques dont s’abstiennent ses disciples qu’on ne mettrait une pîèce de vêtement neuf sur un vieux vêtement ou du vin nouveau dans de vieilles outres.
Jésus souligne, en concluant, qu’il nous est toujours difficile de changer véritablement nos habitudes et d’adopter des comportements nouveaux : on préfère en rester à la pratique de ce qui est ancien et que donc on connaît bien.
3. Decouvertes
En déclarant pardonnés les péchés d’un paralytique qu’il a ensuite guéri et en se proclamant en même temps de “Fils de l’homme” (5, 17 - 26), puis en invitant le publicain Lévi à le suivre comme un disciple, et en participant à un banquet avec des pécheurs publics (5, 27 - 32), Jésus a situé ses comportemsnts comme une approche nouvelle de Dieu qui vient ainsi par lui sauver son peuple Israël et toute l’humanité, en lançant un défi aux traditions Juives en vigueur, qui sont de fait devenues pour lui obsolètes.
Suivre Jésus, c’est donc aller avec lui de l’avant dans une direction inconnue jusqu’alors en acceptant de faire des choix décisifs et nouveaux qui impliquent que l’on renonce à des habitudes et pratiques antérieures qui ont fait leurs preuves, ce qui demande un effort réel de changement radical.
4. Prolongement
Si l’on pratique encore le jeûne aujourd’hui dans l’Eglise, il prend, et doit manifester, un sens totalement nouveau et doit donc être compatible avec les noces de l’Epoux auxquelles nous participons sans cesse depuis que Jésus est ressuscité des morts et nous a donné son Esprit Saint.
Ce jeûne ne peut donc être que le signe que la création nouvelle que nous avons reçue et que l’homme nouveau que nous sommes devenus supposent une toute nouvelle manière d’être en tous points à l’image de Jésus.
Il nous rappelle en quelque sorte la nécessité de porter tous les jours et sans cesse le vêtement de noces de ceux qui sont appelés à participer aux noces de l’Agneau.
Prière
*Seigneur Jésus, fais que jamais nos habitudes et nos traditions personnelles ou communautaires ne nous empêchent d’avancer toujours avec toi sur ton chemin de perpétuelle nouveauté, quels que soient les renoncements que tu nous proposes et pour lesquels tu nous assures de la présence et de la force de ton Esprit Saint. AMEN.
03.09.2004.*