📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 8, 1-13
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
1 Pour ce qui concerne les viandes sacrifiées aux idoles, nous savons que nous avons tous la connaissance. -La connaissance enfle, mais la charité édifie.
2 Si quelqu’un croit savoir quelque chose, il n’a pas encore connu comme il faut connaître.
3 Mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui. -
4 Pour ce qui est donc de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a point d’idole dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu.
5 Car, s’il est des êtres qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, comme il existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs,
6 néanmoins pour nous il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes.
7 Mais cette connaissance n’est pas chez tous. Quelques-uns, d’après la manière dont ils envisagent encore l’idole, mangent de ces viandes comme étant sacrifiées aux idoles, et leur conscience, qui est faible, en est souillée.
8 Ce n’est pas un aliment qui nous rapproche de Dieu: si nous en mangeons, nous n’avons rien de plus; si nous n’en mangeons pas, nous n’avons rien de moins.
9 Prenez garde, toutefois, que votre liberté ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles.
10 Car, si quelqu’un te voit, toi qui as de la connaissance, assis à table dans un temple d’idoles, sa conscience, à lui qui est faible, ne le portera-t-elle pas à manger des viandes sacrifiées aux idoles?
11 Et ainsi le faible périra par ta connaissance, le frère pour lequel Christ est mort!
12 En péchant de la sorte contre les frères, et en blessant leur conscience faible, vous péchez contre Christ.
13 C’est pourquoi, si un aliment scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
2. Message
Nouvelle question que Paul aborde ici avec une grande capacité de discernement : la question des viandes offertes aux idoles et dont les surplus étaient soit vendus sur le marché, soit consommés dans les dépendances des temples.
Certains Corinthiens, en tant que chrétiens issus du paganisme, se demandaient si en les mangeant ils ne devenaient pas complices de l’idolâtrie.
Pour Paul, Dieu étant unique et les idoles sans consistance, ces viandes n’ont rien de sacré, et l’on peut donc librement en manger, à la condition de le faire sans ambiguïté, donc avec discernement, et selon une bonne connaissance qui permet de se situer en vérité.
Il ne s’agit pas pour auitant de chercher à former la conscience de ceux qui sont “faibles”, c’est-à-dire de ceux qui hésitent devant ces viandes qui leur semblent douteuses. En effet, pour Paul, la charité, qui implique le respect et le refus de scandaliser ou de “faire tomber” un frère, doit toujours prévaloir sur la connaissance claire dont nous pouvons disposer : d’où les affirmations très nettes et tranchées de l’apôtre xur cette priorité absolue qu doit toujours l’emporter.
3. Decouvertes
A cette occasion, comme il l’a fait en traitant de la plupart des questions précédentes, Paul apporte une réponse qui s’ouvre sur les profondeurs du mystère de Dieu qui vient nous sauver en Jésus son Fils.
Cela se remarque d’abord lorsqu’il compare la connaissance et l’amour (ou la charité) aux versets 2 et 3. Notre connaissance, fût-elle la plus juste et la meilleure, est toujours, de fait, limitée. Ce qui compte donc n’est pas tant de connaître que d’aimer Dieu, et de recevoir en retour la connaissance que lui seul a de nous-mêmes et qu’il nous partage.
Autre “perle” de Paul : ce qui fait la valeur suprême d’un homme, c’est que par la mort du Christ il soit devenu un “frère” pour nous (verset 11). Pécher contre un frère c’est donc pécher contre le Christ lui-même. En conséquence, nous n’avons jamais le droit de blesser, d’une manière ou d’une autre, la conscience d’un frère ou d’une soeur.
4. Prolongement
En Romains 14, Paul reprendra cette même question pour en tirer les mêmes conclusions, à partir d’une appréciation de ce que font les uns et les autres de façon différente, mais toutjours “pour le Seigneur” : Romains
14.1 Faites accueil à celui qui est faible dans la foi, et ne discutez pas sur les opinions.
14.2 Tel croit pouvoir manger de tout: tel autre, qui est faible, ne mange que des légumes.
14.3 Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu l’a accueilli.
14.4 Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d’autrui? S’il se tient debout, ou s’il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l’affermir.
14.5 Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction.
14.6 Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. Celui qui mange, c’est pour le Seigneur qu’il mange, car il rend grâces à Dieu; celui qui ne mange pas, c’est pour le Seigneur qu’il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu.
14.7 En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même.
14.8 Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. …
14.13 Ne nous jugeons donc plus les uns les autres; mais pensez plutôt à ne rien faire qui soit pour votre frère une pierre d’achoppement ou une occasion de chute.
14.14 Je sais et je suis persuadé par le Seigneur Jésus que rien n’est impur en soi, et qu’une chose n’est impure que pour celui qui la croit impure.
14.15 Mais si, pour un aliment, ton frère est attristé, tu ne marches plus selon l’amour: ne cause pas, par ton aliment, la perte de celui pour lequel Christ est mort.
14.16 Que votre privilège ne soit pas un sujet de calomnie.
14.17 Car le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint Esprit.
14.18 Celui qui sert Christ de cette manière est agréable à Dieu et approuvé des hommes.
Bien que nous ne soyons plus concernés par la situation qui nous vaut ce discernement de Paul, les principes que proclame l’apôtre dans sa réponse demeurent valables et de la plus haute importance pour nous aujourd’hui : nous devons toujours agir en conformité avec notre conscience tout en veillant à ce que nos comportements n’aillent jamais à l’encontre du respect dû à nos frères et soeurs qui ont le droit à leur différence et qu’il ne nous appartient pas de juger en aucune façon.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends-moi à rechercher en toutes choses la gloire de Dieu ton Père, en faisant de mon mieux, dans l’accueil de ton Esprit Saint, et dans le respect toujours plus authentique de tous ceux et de toutes celles dont tu as fait mes frères et mes soeurs. AMEN.
09.09.2004.*
Évangile : Luc 6, 27-38
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
27 ” Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,
28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament.
29 A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre ; à qui t’enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique.
30 A quiconque te demande, donne, et à qui t’enlève ton bien, ne le réclame pas.
31 Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement.
32 Que si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.
33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on ? Même les pécheurs en font autant.
34 Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l’équivalent.
35 Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants.
36 ” Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis.
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous continuons d’accompagner ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
Depuis le verset 12 de ce chapitre 6, et jusqu’au verset 49, nous assistons à ce grand épisode du discours de Jésus dans la plaine, discours que Jésus a précédé du choix de ses Douze apôtres, entouré desquels il est descendu solennellement de la montagne où il venait de les désigner.
2. Message
Ce discours, dont beaucoup d’affirmations et de points y-développés nous proposent un contenu proche de celui du premier discours de Jésus en Matthieu 5 à 7, définissant la “charte du Royaume de Dieu”, a commencé par une série de “béatitudes”, comme Jésus le fait en Matthieu, mais qu’a suivi, ici, en outre, une série inverse de déclarations de malheur.
Et, avec notre page, nous sommes entrés dans le discours proprement dit, dans lequel, maintenant, Jésus nous invite à une attitude de dépassements radicaux et sans fin, tels que :
- l’amour des ennemis,
- la bénédiction à offrir à ceux qui nous maudissent,
- la prière pour ceux qui nous calomnient,
- le dépouillement volontaire en face de qui vous vole,
- l’amour des enemis, répété une seconde fois,
- le don gratuit sans espoir d’aucun retour.
Tout un programme qu demande, à ceux qui acceptent de suivre Jésus, de se comporter d’une manière bien différente de celle du commun des mortels, et dans une imitation de la bonté de Dieu.
Imitation qui nous est présentée comme étant principalement celle de la miséricorde de Dieu notre Père, se manifestant dans le refus de tout jugement d’autrui, aussi bien que dans le pardon à accorder et aux dons gratuits à multiplier.
3. Decouvertes
Cette version de Luc des attitudes fondamentales que suppose l’entrée dans le Royaume de Dieu lance un défi à la communauté de ceux qui croient en Jésus : cette communauté doit se découvrir comme étant le peuple de Dieu de la fin des temps, vivant de la grâce de Dieu et dans l’espérance du salut.
Alors que le Lévitique, 19, 2 (dans l’Ancien Testament) invitait Israël à imiter la sainteté même de Dieu, et que, selon Matthieu, 5, 48, Jésus invitait ses auditeurs à refléter la perfection de Dieu notre Père, ici Jésus nous demande d’imiter la miséricorde de Dieu, attitude du “coeur” de Dieu, et qui est source de son amour gratuit et infini pour nous.
4. Prolongement
En Ephésiens, 4, 22 - 5, 2, dans sa description de l’homme nouveau que nous sommes appelés à devenir tous , Paul nous transmet un message qui est bien une reprise de celui que Jésus nous offre en ces paroles centrales que nous lisons ce jour :
22 à savoir qu’il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes,
23 pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement
24 et revêtir l’Homme Nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité.
25 Dès lors, plus de mensonge : que chacun dise la vérité à son prochain ; ne sommes-nous pas membres les uns des autres ?
26 Emportez-vous, mais ne commettez pas le péché : que le soleil ne se couche pas sur votre colère ;
27 il ne faut pas donner prise au diable.
28 Que celui qui volait ne vole plus ; qu’il prenne plutôt la peine de travailler de ses mains, au point de pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux.
29 De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent.
30 Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption.
31 Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes.
32 Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.
1 Oui, cherchez à imiter Dieu, comme des enfants bien-aimés,
2 et suivez la voie de l’amour, à l’exemple du Christ qui vous a aimés et s’est livré pour nous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur.
Prière
*Seigneur Jésus, en tes paroles et tous tes comportements, tu nous offres d’imiter Dieu en sa miséricorde ainsi qu’en son amour gatuit et infini pour chacune et chacun d’entre nous, amour dont tu nous as précisé qu’il était celui que le Père te manifestait, et que tu nous transmets sans cesse dans ton Esprit Saint : donne-moi de toujours bien mesurer et apprécier les enjeux et les défis de cette révélation dont tu nous dis qu’elle doit nous transformer et nous conduire à une reprise, en nos gestes et paroles d’hommes et de femmes, de cette manière d’exister et de se donner totalement de Dieu lui-même, que tu es chargé de nous révéler en plénitude achevée. AMEN.
11.09.2003.*