📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 5, 1-8
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
1 On n’entend parler que d’inconduite parmi vous, et d’une inconduite telle qu’il n’en existe pas même chez les païens ; c’est à ce point que l’un de vous vit avec la femme de son père !
2 Et vous êtes gonflés d’orgueil ! Et vous n’avez pas plutôt pris le deuil, pour qu’on enlevât du milieu de vous celui qui a commis cet acte !
3 Eh bien ! moi, absent de corps, mais présent d’esprit, j’ai déjà jugé, comme si j’étais présent, celui qui a perpétré une telle action.
4 Il faut qu’au nom du Seigneur Jésus, vous et mon esprit nous étant assemblés avec la puissance de notre Seigneur Jésus,
5 nous livrions cet individu à Satan pour la perte de sa chair, afin que l’esprit soit sauvé au Jour du Seigneur.
6 Il n’y a pas de quoi vous glorifier ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ?
7 Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes. Car notre pâque, le Christ, a été immolée.
8 Ainsi donc, célébrons la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de pureté et de vérité.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
Notre page se situe vers le début de cette lettre, Paul y traite d’une attitude scandaleuse constatée dans l’Eglise de Corinthe.
2. Message
Deuxième sujet qu’aborde Paul dans cette 1ère Lettre aux Corinthiens : face à la conduite scandaleuse d’un de ses membres, la communauté n’a pas réagi.
Paul indique ce qu’il ferait s’il était là, et donc ce qui est à faire : ne pas rester dans l’ambiguïté et prendre une attitude claire à l’égard de ce pécheur public.
Si Paul, lui, réagit aussi vivement, c’est qu’il juge l’enjeu très important pour la communauté : il s’agit pour les chrétiens de témoigner, dans leurs comportements, de la nouveauté radicale de la Pâque du Christ ressuscité. qui leur a été donnée. Enfants de Dieu, ils sont une “pâte” nouvelle dans le Christ ressuscité, ce qui exclut tout vieux levain de perversité, et implique une attitude permanente de droiture et de vérité.
3. Decouvertes
Après avoir réaffirmé son autorité unique de fondateur de cette Eglise de Corinthe (1 Corinthiens, 1 - 4), Paul peut maintenant déclarer ouvertement ce qu’il pense de certains comportements, qui ne font pas honneur à cette Eglise, et dont la nouvelle lui est parvenue.
Pour lui, ce pécheur doit être expulsé de la communauté, suite à une asemblée de l’Eglise fonctionnant à la façon d’un tribunal. Il s’agit de détruire la capacité de péché, et la tendance à vivre à partir de soi et pour soi, qui est en cet homme, de façon à sauver son esprit.
En rappelant la pratique des pains sans levain de la Pâque Juive (Exode, 12, 15), il définit l’Eglise comme communauté renouvelée, et donc sans levain de péché, qui souillerait toute la pâte, dans sa participation à la Fête sans fin de la Pâque du Christ ressuscité, le véritable agneau pascal, dont le sacrifice nous a purifiés, et recréés hommes nouveaux, dans l’Esprit Saint.
4. Prolongement
Remarquons la facilité avec laquelle Paul fonde sa prise de position sur cette affaire, à partir du mystère du Christ, redéfini en toute sa profondeur. C’est la seule fois où il présente ainsi Jésus crucifié-ressuscité comme le véritable agneau pascal de la Pâque définitive des temps nouveaux.
Nos comportements moraux les plus concrets, qui mettent en pratique notre foi qui agit dans l’amour des frères en obéissance au Père, sont l’expression et la traduction du don que Dieu nous fait de son salut, et du mystère de sa rencontre, par le Christ ressucité et dans l’Esprit Saint répandu.
Prière
*Seigneur Jésus, par le don de ton Esprit, qui rend présente en nous la nouveauté totale accomplie dans le mystère de ta mort-résurrection, nous sommes devenus, personnellement, et ensemble dans nos communautés de croyants, une seule pâte nouvelle, purifiee de tous les vieux levains de péché et de perversite d’une vie autosuffisante, centree sur nous mêmes et nos égoïsmes : rends-moi capable de toujours redécouvrir cette condition renouvelée, qui est la mienne et celle de tous mes frères et sœurs dans la foi, et de célébrer le mystère pascal, de ton offrande une fois pour toutes, comme la réalité qui anime et transforme sans cesse mon existence quotidienne, à ton image et à ta ressemblance. AMEN.
09.09.2002.*
Évangile : Luc 6, 6-11
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
6 Il arriva, un autre jour de sabbat, que Jésus entra dans la synagogue, et qu’il enseignait. Il s’y trouvait un homme dont la main droite était sèche.
7 Les scribes et les pharisiens observaient Jésus, pour voir s’il ferait une guérison le jour du sabbat: c’était afin d’avoir sujet de l’accuser.
8 Mais il connaissait leurs pensées, et il dit à l’homme qui avait la main sèche: Lève-toi, et tiens-toi là au milieu. Il se leva, et se tint debout.
9 Et Jésus leur dit: Je vous demande s’il est permis, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une personne ou de la tuer.
10 Alors, promenant ses regards sur eux tous, il dit à l’homme: Étends ta main. Il le fit, et sa main fut guérie.
11 Ils furent remplis de fureur, et ils se consultèrent pour savoir ce qu’ils feraient à Jésus.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous continuons d’accompagner ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
2. Message
Une fois de plus, Jésus effectue une guérison un jour de sabbat.
Comme ce n’est pas la première fois, et que ce comportement est condamné par les scribes et les Pharisiens, Jésus est minutieusement surveillé par ses adversaires, et il le sait.
L’accent est mis ici sur son attitude provoquante : Jésus prend toutes ses responsabilités sur la question du sabbat : il fait venir le paralysé devant tout le monde, puis il pose une question publique qui stipule toutes les dimensions de la situation. Il s’agit en effet pour lui de choisir entre le bien à faire à une personne ou le respect de la lettre d’une règlementation.
Comme personne ne répond à son interrogation, Jésus traduit son choix en action et guérit le paralysé.
On ne peut pas ne pas remarquer la grande autorité avec laquelle Jésus intervient, non seulement en mettant ouvertement le problème sur la table, mais en donnant à deux reprises des ordres très nets à l’homme paralysé, qui, en lui obéissant, fait publiquement le choix de le suivre.
En agissant ainsi, Jésus, qui affirme, en le réalisant pratiquement dans la circonstance présente, ce qu’il dira à d’autres moments, à savoir que “le sabbat est pour l ‘homme et non l’homme pour le sabbat”, s’est donc démarqué on ne peut plus clairement face à ses adversaires, qui, dans la mesure où ils refusent de le suivre, vont donc le condamner aussi clairement et même envisager sa perte, tant pour eux la distance prise par Jésus par rapport à ce qu’ils estiment être la tradition authentique, leur paraît inadmissible et insupportable.
3. Decouvertes
Dès le début de son ministère, Jésus annonce et pratique la nouveauté du Royaume de Dieu qu’il est envoyé proclamer et inaugurer.
Sa position sur le rôle du sabbat est un aspect important de sa situation devant toute la Loi de Moïse, telle qu’elle a été détaillée en plus de 600 prescriptions. En fait il ne fera que manifester , autant par ses paroles que toutes ses manières d’agir que “la Loi est pour l’homme et non l’homme pour la Loi”
Cela, joint à sa relativisation du Temple et du culte public en regard au culte en esprit et en vérité qu’il promeut, joint également à sa révélation de la primauté de la miséricorde sur le jugement et le sacrifice, dans ses rencontres tout aussi contestées des publicains, des prostituées et des autres pécheurs publics.
Telle est cette nouveauté radicale dont il témoigne avec une autorité qui implique qu’il parle et agit au nom de Dieu, et qui lui vaudra le rejet absolu des responsables de son peuple et le conduira à la croix.
Paul, après la résurrection de Jésus, appliquera cette attitude du Seigneur, dans tout son enseignement concernant le salut par la foi et non par les oeuvres de la Loi, comme dans son refus de soumettre les chrétiens issus du paganisme à la circonncision et aux règlementations de la Loi Juive.
4. Prolongement
Paul a montré la même clarté et la même vigueur pour défendre ce qu’ il avait compris et reçu de l’Evangile de Jésus :
Galates
1.6 Je m’étonne que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre Évangile.
1.7 Non pas qu’il y ait un autre Évangile, mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser l’Évangile de Christ. .
1.8 Mais, quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème! .
1.9 Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure: si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème! .
1.10 Et maintenant, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou celle de Dieu? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ. .
1.11 Je vous déclare, frères, que l’Évangile qui a été annoncé par moi n’est pas de l’homme; .
1.12 car je ne l’ai ni reçu ni appris d’un homme, mais par une révélation de Jésus Christ.
Ephésiens
2.4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés,
2.5 nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés);
2.6 il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus Christ, 2.4
2.7 afin de montrer dans les siècles à venir l’infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus Christ.
2.8 Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.
2.9 Ce n’est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie.
2.10 Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.
2.11 C’est pourquoi, vous autrefois païens dans la chair, appelés incirconcis par ceux qu’on appelle circoncis et qui le sont en la chair par la main de l’homme,
Prière
*Seigneur Jésus, tu as fait preuve d’un très grand courage en prenant tous les risques pour aller jusqu’au bout de la vérité de ta mission, et tu as pu con fesser devant Pilate le jour de ta mort sur la croix, que tu “n’étais venu en ce monde que pour rendre témoignage à la vérité” : donne-moi “d’être de la vérité”, et donc d’entendre ta voix, et mettre toujours ta Parole en pratique dans la force de ton Esprit, et dans l’accueil au plus profond de moi-même de ta venue avec le Père pour y demeurer. AMEN.
06.09.2004.*