📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Corinthiens 6, 1-11

DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

1 Quelqu’un de vous, lorsqu’il a un différend avec un autre, ose-t-il plaider devant les injustes, et non devant les saints?
2 Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde? Et si c’est par vous que le monde est jugé, êtes-vous indignes de rendre les moindres jugements?
3 Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges? Et nous ne jugerions pas, à plus forte raison, les choses de cette vie?
4 Quand donc vous avez des différends pour les choses de cette vie, ce sont des gens dont l’Église ne fait aucun cas que vous prenez pour juges!
5 Je le dis à votre honte. Ainsi il n’y a parmi vous pas un seul homme sage qui puisse prononcer entre ses frères.
6 Mais un frère plaide contre un frère, et cela devant des infidèles!
7 C’est déjà certes un défaut chez vous que d’avoir des procès les uns avec les autres. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt quelque injustice? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller?
8 Mais c’est vous qui commettez l’injustice et qui dépouillez, et c’est envers des frères que vous agissez de la sorte!
9 Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point le royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas: ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères,
10 ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n’hériteront le royaume de Dieu.
11 Et c’est là ce que vous étiez, quelques-uns de vous. Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus Christ, et par l’Esprit de notre Dieu.

Commentaire

1. Situation

La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.

D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :

  • de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
  • de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
  • de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
  • de la résurrection (15, 1 - 58),

sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).

2. Message

Avec notre page nous abordons une troisième sujet de reproches dont Paul fait part aux Corinthiens : la manière selon laquelle certains d’entre eux font appel aux tribunaux civils païens pour régler leurs différends.

Ce que Paul conteste fortement en faisant valoir un certain nombre d’arguments :

  • celui de l’excellence et du niveau de qualité supérieure que doivent être les relations en Eglise dont les communautés assemblées au nom de Jésus Christ vivent de l’Esprit Saint en hommes nouveaux et création nouvelle, transformés par leur participation au mystère de la résurrection du Christ. D’où les affirmations très fortes de Paul telles que “nous jugeons le monde” ou “nous jugerons les anges (déchus)“. C’est donc se dégrader que de faire ainsi appel aux tribunaux païens.

  • celui de la suggestion : ne peuvent-ils pas trouver dans la communauté des personnes susceptibles d’exercer un arbitrage, voire d’instituer des procédures.

  • celui de l’esprit évangélique et de l’imitation de Jésus, dans le rappel que leur fait Paul de comportements extrêmes comme celui de supporter l’injustice ou de se laisser dépouiller.

  • celui de l’exigence chrétienne : avant même de voir comment régler différends et querelles, faire l’effort pour mieux vivre selon la justice et la pratique concrète de la charité et du respect entre membres de la communauté.

Finalement, Paul renvoie la question au mystère inscrit dans l’événement de la mort-résurrection du Christ.qui a rendu saints et justes tous ceux qui se sont attachés au Seigneur Jésus par leur adhésion de foi dans la conversion et la réception du baptême.

3. Decouvertes

. On ne peut pas ne pas remarquer le ton insistant et quelque peu exagéré de Paul, sans doute pour conduire les Corinthiens à se rendre compte de leur incapacité à régler leurs querelles, et les amener à changer leur comportement sur ce point.

Ce qui semble expliquer l’ampleur de la différence qu’il énonce entre la dignité des communautés d’Eglise et la non-valeur qu’il attribue aux instances judiciaires civiles de son époque. Ce qu’il écrit du respect dû aux autorités de la société civile en Romains, 13, 1 - 7, dont non seulement il reconnaît la validité, mais auxquelles il attribue une origine divine, nous permet de relativiser ses affirmations du verset 4 de notre page..

A moins qu’on se rallie à une autre façon de traduire ce verset : “si vous avez des procès de cet ordre, établissez pour juges les gens dont l’Eglise ne fait aucun cas”, c’est-à-dire les moins considérés parmi les chrétiens.

4. Prolongement

Bien que dans un langage différent et dans ces circonstances autres, la réaction de Paul se situe bien dans la ligne de l’enseignement de Jésus : Matthieu

5.38 Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent.

5.39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.

5.40 Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.

5.41 Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.

5.42 Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.

En énumérant sa liste de péchés graves dans lesquels il invite ses correspondants à ne pas retomber, car c’était bien ainsi qu’ils vivaient avant leur conversion, Paul souligne encore le fossé entre une vie sans le Christ et une existence chrétienne assumée.

Prière

*Seigneur Jésus, augmente en nous la conscience que notre communauté chrétenne, c’est ton Corps et le Temple de l’Esprit, et que notre adhésion à toi dans la foi est inséparable de la façon dont nous vivons nos relations en Eglise : donne-moi de savoir toujours me réconcilier avec mes frères et soeurs, en lesquels je reconnais de plus en plus ton image et ta présence.AMEN.

07.09.04*

Évangile : Luc 6, 12-19

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

12 En ce temps-là, Jésus se rendit sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu.
13 Quand le jour parut, il appela ses disciples, et il en choisit douze, auxquels il donna le nom d’apôtres:
14 Simon, qu’il nomma Pierre; André, son frère; Jacques; Jean; Philippe; Barthélemy;
15 Matthieu; Thomas; Jacques, fils d’Alphée; Simon, appelé le zélote;
16 Jude, fils de Jacques; et Judas Iscariot, qui devint traître.
17 Il descendit avec eux, et s’arrêta sur un plateau, où se trouvaient une foule de ses disciples et une multitude de peuple de toute la Judée, de Jérusalem, et de la contrée maritime de Tyr et de Sidon. Ils étaient venus pour l’entendre, et pour être guéris de leurs maladies.
18 Ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris.
19 Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous continuons d’accompagner ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.

2. Message

Comme les autres Evangiles, Luc nous rapporte le choix des Douze apôtres que Jésus effectue parmi ses disciples.

Luc nous définit cette démarche comme un événement très solennisé par Jésus : comme il le fait, toujours selon Luc, à chaque réalisation importante, il commence par s’y préparer, en quelque sorte, par un long temps de prière personnelle solitaire. Il nous est précisé ici qu’il a passé toute une nuit ainsi à prier.

Puis vient la désignation de ceux qu’il a choisis, et dont les noms nous sont donnés. C’est donc bien de sa propre initiative que Jésus appelle gratuitement,, et non pas en fonction d’un parcours de carrière ou de promotion individuelle, même justifiée.

Luc nous donne enfin de contempler cette descente solennelle de Jésus entouré des Douze apôtres dans une plaine où les attend une très grande foule de gens avides d’écouter Jésus, de bénéficier de ses gestes de miséricorde et de guérison, voire même de l’approcher de très près et de le toucher.

3. Decouvertes

Remarquons l’ouverture de Jésus, qui accueille dans son environnempent proche un zélote (plus ou moins révolutionnaire), un publicain, et quelqu’un qui finira par le trahir.

D’autre part, dans l’Evangile de Luc, cette page est en fait une introduction à un grand discours que Jésus va prononcer “dans la plaine”, et dans lequel Luc lui fait développer une grande partie des enseignements que Matthieu regroupe dans ce qu’il appelle le “Sermon sur la Montagne” (Matthieu, 5 -7).

Dans la liste des Douze que nous donne Luc, l’avant dernier a pour nom “Judas, fils de Jacques”, souvent transcrit “Jude” pour le distinguer de Judas l’Iscariote. A la place de Jude Matthieu parle d’un certain “Lebbée” et Marc de Thaddée. S’agit-il de la même personne sous ces trois noms ? Les avis sont sur ce point très partagés, bien que la tendance,dans le langage courant de l’Eglise Catholique soit de les unifier.

4. Prolongement

Ces Douze représentent, pour le Livre de l’Apocalypse la totalité du peuple de Dieu, car ils symbolisent les Douze tribus d’Israël : Apocalypse 21.10 Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne. Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d’auprès de Dieu, ayant la gloire de Dieu.

21.11 Son éclat était semblable à celui d’une pierre très précieuse, d’une pierre de jaspe transparente comme du cristal.

21.12 Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges, et des noms écrits, ceux des douze tribus des fils d’Israël:

21.13 à l’orient trois portes, au nord trois portes, au midi trois portes, et à l’occident trois portes. 21.14 La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l’agneau.

La vocation de Paul, et l’importance de sa mission pour le développement de l’Eglise en ses tout débuts, témoigne bien de la gratuité absolue de l’appel du Christ qui l’a saisi : Galates

1.15 Mais, lorsqu’il plut à celui qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce,

1.16 de révéler en moi son Fils, afin que je l’annonçasse parmi les païens, aussitôt, je ne consultai ni la chair ni le sang,

1.17 et je ne montai point à Jérusalem vers ceux qui furent apôtres avant moi, mais je partis pour l’Arabie. Puis je revins encore à Damas.

1.18 Trois ans plus tard, je montai à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et je demeurai quinze jours chez lui.

1.19 Mais je ne vis aucun autre des apôtres, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur.

1.20 Dans ce que je vous écris, voici, devant Dieu, je ne mens point.

1.21 J’allai ensuite dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie.

1.22 Or, j’étais inconnu de visage aux Églises de Judée qui sont en Christ;

1.23 seulement, elles avaient entendu dire: Celui qui autrefois nous persécutait annonce maintenant la foi qu’il s’efforçait alors de détruire.

1.24 Et elles glorifiaient Dieu à mon sujet.

Philippiens

3.8 Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ,

3.9 et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi,

3.10 Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir,

3.11 si je puis, à la résurrection d’entre les morts.

3.12 Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus Christ.

3.13 Frères, je ne pense pas l’avoir saisi; mais je fais une chose: oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant,

3.14 je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus Christ.

Sans compter que Paul, dans ses grandes lettres, développe toute une théologie des charismes divers de l’Esprit Saints, parmi lesquels il mentionne celui de “l’apostolat” 1 Corinthiens

12.4 Il y a diversité de dons, mais le même Esprit;

12.5 diversité de ministères, mais le même Seigneur;

12.6 diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous.

12.7 Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune.

12.8 En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit;

12.9 à un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit;

12.10 à un autre, le don d’opérer des miracles; à un autre, la prophétie; à un autre, le discernement des esprits; à un autre, la diversité des langues; à un autre, l’interprétation des langues.

12.11 Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut.

… 12.27 Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.

12.28 Et Dieu a établi dans l’Église premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues.

12.29 Tous sont-ils apôtres? Tous sont-ils prophètes? Tous sont-ils docteurs?

12.30 Tous ont-ils le don des miracles? Tous ont-ils le don des guérisons? Tous parlent-ils en langues? Tous interprètent-ils?

Prière

*Seigneur Jésus, apprends-nous à discerner et à accueillir la spécificité de l’appel à te suivre que tu nous adresses, car te suivre dans la foi, c’est toujours se laisser envoyer à ta mission : donne-moi la docilité d’un coeur pauvre, et la force de marcher avec toi AMEN.

07.09.2004.*


La Bible commentée · Liturgie du jour