📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Évangile : Luc 6, 43-49

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

43 ” Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit.
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces.
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche.
46 ” Pourquoi m’appelez-vous “Seigneur, Seigneur”, et ne faites-vous pas ce que je dis ?
47 ” Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable.
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie.
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous continuons d’accompagner ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.

Depuis le verset 12 de ce chapitre 6, et jusqu’au verset 49, nous assistons à ce grand épisode du discours de Jésus dans la plaine, discours que Jésus a précédé du choix de ses Douze apôtres, entouré desquels il est descendu solennellement de la montagne où il venait de les désigner.

2. Message

Ce discours de Jésus dans la plaine, que nous relate Luc, se termine, avec cette page que nous lisons ce jour, par un portrait du véritable disciple, dont les traits principaux nous sont brossés, entre autres affirmations, en plusieurs paraboles très suggestives :

  • le vrai disciple est celui que l’on reconnaît à ses fruits, car s’il est bon, et donc conforme à ce que Jésus attend de lui, il porte de bons fruits, que tous peuvent vérifier,
  • sa qualité se mesure au niveau de son “coeur”, c’est-à-dire de son être profond, lieu où se situent ses valeurs et ses non-valeurs, qui s’expriment à travers ses actes et ses paroles,
  • il construit solidement sa vie sur les fondations que constituent les paroles de Jésus qu’il met en pratique. En conséquence, il fait preuve d’une stabilité et d’une résistance à l’adversité, que rien ne saurait ébranler.

Jésus demande donc de la part ses disciples qu’ils montrent à travers leurs comportements l’authenticité des propos qu’ils tiennent à son égard. Sinon l’appeler “Seigneur” ,“Seigneur”, ne sert strictement à rien.

3. Decouvertes

Au verset 45, le dernier membre de phrase, qui ne se trouve pas dans le texte parallèle de Matthieu, reprend, sous une autre forme, la parabole précédente de l’arbre et de ses fruits : les bonnes paroles sont celles qui débordent du coeur qui est bon. Ce qui pourrait se résumer ainsi de façon synthétique : les bons fruits que nous portons révèlent la qualité du trésor de notre coeur, d’où ils viennent.

Notons le langage très directement imagé de ces deux paraboles de l’arbre que l’on reconnaît à la qualité de ses fruits, et de la maison bâtie sur de solides fondations.

Cette dernière parabole est présentée par Luc dans une situation géographique qui n’est plus celle de la Palestine, mais celle des pays du monde grec méditerranéen. A la différence de Matthieu, 7, 24 - 25, où il parle de construire sur le roc qui affleure à même le sol en certains endroits du terrain sablonneux, Jésus parle ici de creuser très profond pour rejoindre le roc et échapper aux crues des rivières voisines.

4. Prolongement

Jésus lui-même a vécu une correspondance absolue entre ses paroles et ses actes, dans son obéissance au Père, au point de se définir comme étant “la vérité” (Jean, 14, 6). Et Paul de nous déclarer à son sujet qu’il n’y a eu que “OUI” en lui (2 Corinthiens, 1, 19 - 20). Relisons quelques affirmations du témoignage de Jésus :

37 Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ;

38 mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres, afin de reconnaître une bonne fois que le Père est en moi et moi dans le Père. ”

Jésus nous invite à le “représenter” face à nos frères, comme il nous “représente” le Père. Il nous appelle à le suivre de la même façon qu’il a été fidèle au Père :

44 Jésus a dit, il l’a clamé : ” Qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en celui qui m’a envoyé,

45 et qui me voit voit celui qui m’a envoyé.

46 Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres.

47 Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde pas, je le ne juge pas, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde.

48 Qui me rejette et n’accueille pas mes paroles a son juge : la parole que j’ai fait entendre, c’est elle qui le jugera au dernier jour ;

49 car ce n’est pas de moi-même que j’ai parlé, mais le Père qui m’a envoyé m’a lui-même commandé ce que j’avais à dire et à faire connaître ;

50 et je sais que mon commandement est vie éternelle. Ainsi donc ce que je dis, tel que le Père me l’a dit je le dis. “

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous demandes de marcher à ta suite pour rejoindre le Royaume de Dieu notre Père dans la vérité et la sincérité, selon la manière même dont tu as vécu au milieu de nous dans ton obéissance à la volonté du Père, qui définissait toute ton existence humaine : aide-moi à mieux te reconnaître comme le rocher qui nous sauve, et sur lequel je dois accepter de me laisser construire par ton Esprit Saint, avec la docilité de celui qui se rend, en toutes situations, disponible à recevoir ta Parole et l’action de Dieu au coeur de sa vie en chacun de ses jours. AMEN.

13.09.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour