📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 10, 14-22
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
14 C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie.
15 Je parle comme à des hommes intelligents; jugez vous-mêmes de ce que je dis.
16 La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ?
17 Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps; car nous participons tous à un même pain.
18 Voyez les Israélites selon la chair: ceux qui mangent les victimes ne sont-ils pas en communion avec l’autel?
19 Que dis-je donc? Que la viande sacrifiée aux idoles est quelque chose, ou qu’une idole est quelque chose? Nullement.
20 Je dis que ce qu’on sacrifie, on le sacrifie à des démons, et non à Dieu; or, je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons.
21 Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur, et la coupe des démons; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur, et à la table des démons.
22 Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur? Sommes-nous plus forts que lui?
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 - 4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
2. Message
Paul revient ici sur la question, qu’il avait déjà abordée plus haut dans cette lettre, des viandes offertes et sacrifiées à des idoles païennes, mais en élargissant le débat et en spécifiant bien les enjeux.
Bien sûr, pour lui, les idoles n’existent pas et les viandes qui leur sont offertes ne sont que des viandes ordinaires, pour qui le leur donne pas une signification religieuse. Et c’est sur ce point précis qu’il reprend son argumentation dans cette page.
En effet, manger la victime du sacrifice, ou de ce que l’on a offert à Dieu, ou à une prétendue divinité est une démarche religieuse et cultuelle par laquelle on exprime sa communion dans l’unité avec Dieu ou la divinité vénérée. C’est bien ce qui se passait dans les sacrifices Juifs du Temple. C’est bien ce que cherchent à faire les adeptes des cultes païens qui, de fait, entrent en contact avec des puissances maléfiques à travers les fausses divinités qu’ils honorent. C’est ce que nous faisons, nous chrétiens, quand nous communions au corps et au sang du Christ dans l’eucharistie.
D’où l’importance religieuse du geste produit : à ce niveau il faut choisir, car on ne peut être en communion avec le Christ et chercher ou conserver une communion avec des puissances maléfiques.
Ce qui nous vaut un texte magnifique sur l’eucharistie, présentée comme participation au corps et au sang du Christ par le pain que nous rompons et la coupe que nous bénissons en faisant mémoire de lui, et présentée en même temps comme réalisatrice de notre unité entre frères et soeurs en Eglise, de par ce pain unique, devenu corps du Christ que nous partageons, et qui fait de nous tous une assemblée, un seul corps, le “Corps” du Seigneur, dont Paul écrira plus loin dans cette lettre que nous sommes tous membres, en étant les membres les uns des autres.
3. Decouvertes
Cette page s’inscrit dans un ensemble plus large qui traite de l’idolâtrie de 10, 1 à 10, 22.
Dans une première partie, Paul met les Corinthiens en garde contre l’idolâtrie en rappelant l’expérience des Israélites au désert, qui sont les ancêtres des chrétiens comme peuple de Dieu, et qui avaient succombé à l’immoralité et au culte des idoles. Paul, qui trouve les Corinthiens trop sûrs d’eux-mêmes, n’hésite pas à leur dire qu’ils sont autant en danger de pratiquer l’idolâtrie que l’étaient les Hébreux au désert du Sinaï.
Il insiste donc, dans notre page (10, 14 - 22) sur la nécessité présente de fuir les idoles et tout ce qui peut leur ressembler, et souligne à ce propos l’importance du lien qui se crée entre le croyant et la divinité lorsque l’on mange de ce qui est offert à Dieu ou accompli en sa présence, dans une démarche religieuse.
C’est ainsi qu’il traite de l’Eucharisite chrétienne et de l’Eglise corps du Christ de façon inséparable, anticipant dans le verset 17 ce qu’il développera en 11, 17 - 33 et en 12, 12 - 31, sans oublier que les versets 16 - 17 annoncent ce qui sera précisé en 11, 23 - 27.
4. Prolongement
Quelles sont les idoles dont le culte nous menace aujourd’hui, même s’il n’existe plus guère de cultes païens comme au temps de Paul dans notre Occident marqué par 2000 ans de christianisme ? Jésus nous a mis en garde très nettement sur tout ce à quoi nous pouvons trop nous attacher en oubliant la priorité, qu’il demande au nom de Dieu, de le suivre en renonçant à tout le reste, qui se trouve décalé à une seconde place : : Luc
14.25 De grandes foules faisaient route avec Jésus. Il se retourna, et leur dit:
14.26 Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple.
Cependant, la grande idole des temps modernes, vers laquelle nous sommes souvent tentés de nous tourner reste l’argent et tous ses succédanés : le confort, le marché et ses soi-disant lois, la consommation débridée… si bien que l’enseignement de Jésus demeure de la plus grande actualité sur ce point : Luc
16.13 Nul serviteur ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends-moi à ne jamais mettre aucun obstacle qui retarderait ou obscurcirait ta recherche et ta rencontre au coeur de ma vie : donne-moi de ne chercher d’abord que toi en toutes circonstances, pour marcher à ta suite dans l’accueil de ta vie et de Parole. AMEN.
11.09.2004.*
Évangile : Luc 6, 43-49
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
43 ” Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit.
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces.
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche.
46 ” Pourquoi m’appelez-vous “Seigneur, Seigneur”, et ne faites-vous pas ce que je dis ?
47 ” Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable.
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie.
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous continuons d’accompagner ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
Depuis le verset 12 de ce chapitre 6, et jusqu’au verset 49, nous assistons à ce grand épisode du discours de Jésus dans la plaine, discours que Jésus a précédé du choix de ses Douze apôtres, entouré desquels il est descendu solennellement de la montagne où il venait de les désigner.
2. Message
Ce discours de Jésus dans la plaine, que nous relate Luc, se termine, avec cette page que nous lisons ce jour, par un portrait du véritable disciple, dont les traits principaux nous sont brossés, entre autres affirmations, en plusieurs paraboles très suggestives :
- le vrai disciple est celui que l’on reconnaît à ses fruits, car s’il est bon, et donc conforme à ce que Jésus attend de lui, il porte de bons fruits, que tous peuvent vérifier,
- sa qualité se mesure au niveau de son “coeur”, c’est-à-dire de son être profond, lieu où se situent ses valeurs et ses non-valeurs, qui s’expriment à travers ses actes et ses paroles,
- il construit solidement sa vie sur les fondations que constituent les paroles de Jésus qu’il met en pratique. En conséquence, il fait preuve d’une stabilité et d’une résistance à l’adversité, que rien ne saurait ébranler.
Jésus demande donc de la part ses disciples qu’ils montrent à travers leurs comportements l’authenticité des propos qu’ils tiennent à son égard. Sinon l’appeler “Seigneur” ,“Seigneur”, ne sert strictement à rien.
3. Decouvertes
Au verset 45, le dernier membre de phrase, qui ne se trouve pas dans le texte parallèle de Matthieu, reprend, sous une autre forme, la parabole précédente de l’arbre et de ses fruits : les bonnes paroles sont celles qui débordent du coeur qui est bon. Ce qui pourrait se résumer ainsi de façon synthétique : les bons fruits que nous portons révèlent la qualité du trésor de notre coeur, d’où ils viennent.
Notons le langage très directement imagé de ces deux paraboles de l’arbre que l’on reconnaît à la qualité de ses fruits, et de la maison bâtie sur de solides fondations.
Cette dernière parabole est présentée par Luc dans une situation géographique qui n’est plus celle de la Palestine, mais celle des pays du monde grec méditerranéen. A la différence de Matthieu, 7, 24 - 25, où il parle de construire sur le roc qui affleure à même le sol en certains endroits du terrain sablonneux, Jésus parle ici de creuser très profond pour rejoindre le roc et échapper aux crues des rivières voisines.
4. Prolongement
Jésus lui-même a vécu une correspondance absolue entre ses paroles et ses actes, dans son obéissance au Père, au point de se définir comme étant “la vérité” (Jean, 14, 6). Et Paul de nous déclarer à son sujet qu’il n’y a eu que “OUI” en lui (2 Corinthiens, 1, 19 - 20). Relisons quelques affirmations du témoignage de Jésus :
37 Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ;
38 mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres, afin de reconnaître une bonne fois que le Père est en moi et moi dans le Père. ”
Jésus nous invite à le “représenter” face à nos frères, comme il nous “représente” le Père. Il nous appelle à le suivre de la même façon qu’il a été fidèle au Père :
44 Jésus a dit, il l’a clamé : ” Qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en celui qui m’a envoyé,
45 et qui me voit voit celui qui m’a envoyé.
46 Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres.
47 Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde pas, je le ne juge pas, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde.
48 Qui me rejette et n’accueille pas mes paroles a son juge : la parole que j’ai fait entendre, c’est elle qui le jugera au dernier jour ;
49 car ce n’est pas de moi-même que j’ai parlé, mais le Père qui m’a envoyé m’a lui-même commandé ce que j’avais à dire et à faire connaître ;
50 et je sais que mon commandement est vie éternelle. Ainsi donc ce que je dis, tel que le Père me l’a dit je le dis. “
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous demandes de marcher à ta suite pour rejoindre le Royaume de Dieu notre Père dans la vérité et la sincérité, selon la manière même dont tu as vécu au milieu de nous dans ton obéissance à la volonté du Père, qui définissait toute ton existence humaine : aide-moi à mieux te reconnaître comme le rocher qui nous sauve, et sur lequel je dois accepter de me laisser construire par ton Esprit Saint, avec la docilité de celui qui se rend, en toutes situations, disponible à recevoir ta Parole et l’action de Dieu au coeur de sa vie en chacun de ses jours. AMEN.
13.09.2003.*