📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 9, 16-27
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
1Corinthiens
16 Si j’annonce l’Évangile, ce n’est pas pour moi un sujet de gloire, car la nécessité m’en est imposée, et malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile!
17 Si je le fais de bon coeur, j’en ai la récompense; mais si je le fais malgré moi, c’est une charge qui m’est confiée.
18 Quelle est donc ma récompense? C’est d’offrir gratuitement l’Évangile que j’annonce, sans user de mon droit de prédicateur de l’Évangile.
19 Car, bien que je sois libre à l’égard de tous, je me suis rendu le serviteur de tous, afin de gagner le plus grand nombre.
20 Avec les Juifs, j’ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs; avec ceux qui sont sous la loi, comme sous la loi (quoique je ne sois pas moi-même sous la loi), afin de gagner ceux qui sont sous la loi;
21 avec ceux qui sont sans loi, comme sans loi (quoique je ne sois point sans la loi de Dieu, étant sous la loi de Christ), afin de gagner ceux qui sont sans loi.
22 J’ai été faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver de toute manière quelques-uns.
23 Je fais tout à cause de l’Évangile, afin d’y avoir part.
24 Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu’un seul remporte le prix? Courez de manière à le remporter.
25 Tous ceux qui combattent s’imposent toute espèce d’abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible.
26 Moi donc, je cours, non pas comme à l’aventure; je frappe, non pas comme battant l’air.
27 Mais je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur d’être moi-même rejeté, après avoir prêché aux autres.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
2. Message
Paul décrit ici son apostolat comme une saisie par Jésus le Christ qui l’a appelé et se l’est attaché. Comme il ne le fait pas de lui-même, et que c’est pour lui une nécessité, il estime ne pas avoir droit à une récompense matérielle, et ne peut, selon lui, prétendre à aucun des droits qui sont accordés normalement aux prédicateurs de l’Evangile.
Cela lui confère une très grande liberté qui lui permet de se mettre totalement à la disposition de tous pour rallier le plus grand nombre possible d’adeptes au message de Jésus et au salut qu’il offre.
Paul ne se situe pas cependant au-dessus de ceux vers qui il est envoyé, car il sait que c’est dans l’exercice même de sa mission, en obéissance au Christ pour la cause de l’Evangile, qui’il reçoit lui-même ce qu’il annonce aux autres.
Appeler les autres à la conversion ne dispense pas pour autant le prédicateur de l’Evangile de vivre lui-même une démarche de conversion, à travers toutes les exigences , tous les risques et les épreuves de la mission : sinon ce serait la disqualification. Réflexion que l’image des coureurs du stade vient bien éclairer.
3. Decouvertes
Cette page fait partie de l’ensemble 9, 1 - 23 ou même 9, 1 - 27, dans lequel Paul renonce à ses droits de support financier de la part de ses Eglises.
Cet ensemble constitue une digression dans le thème du culte rendu aux idoles et des repas qui leur étaient offerts.
La vigueur du plaidoyer de Paul tient au fait qu’il s’affirme bien comme apôtre à part entière (9, 1 - 2), avec tous les droits y attachés, y compris celui de sa prise en charge financière par les communautés (9, 3 - 14), ce qui ne l’empêche pas de proclamer sa fierté de ne pas user de ce droit (9, 15 -18), et de se mettre de lui-même, librement, au service de tous (9, 19 - 23).
Déjà, en 8, 15, Paul s’était donné en exemple de celui qui refuse de manger de la viande offerte aux idoles, par souci de ne pas scandaliser des frères. Il nous offre ici un élargissement de cette même attitude de renoncement, en abandonnant ses droits d’apôtre et de prédicateur de l’Evangile.
Il semble probable que ce renoncement avait été interprété par certains Corinthiens comme une démarche faisant douter de son statut d’apôtre : d’où le ton véhément de Paul pour défendre sa position et la présenter comme un modèle tout en réaffirmant très fortement sa dignité d’apôtre.
Dans ce contexte, il est bien un évangélisateur libre devant tous et entièrement à la disposition du Christ, et dont la récompense consiste justement à ne pas en avoir. car ce qui seul compte pour lui, c’est bien la cause de l’Evangile.
4. Prolongement
Pour Paul tout se tient : sa conversion à Jésus Christ et son envoi en mission, et il ne lui est jamais possible de séparer les deux. Cette page fait bien écho à ce qu’il écrit de sa rencontre du Christ : Philippiens
3.8 Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ,
3.9 et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi,
3.10 Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir,
3.11 si je puis, à la résurrection d’entre les morts.
3.12 Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus Christ.
3.13 Frères, je ne pense pas l’avoir saisi; mais je fais une chose: oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant,
3.14 je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus Christ.
En lisant ce témoignage de Paul dans notre passage de ce jour, une vraie et fondamentale question nous est posée : “pour qui marchons-nous ? pour qui courons-nous ? qui cherchons-nous d’abord ?”
A chacun d’essayer d’y répondre en vérité.
Prière
*Seigneur Jésus, depuis ta venur en notre monde, à qui d’autre que toi pouvons-nous aller pour atteindre Dieu en son mystère de salut ? : donne-moi de me laisser sans cesse conduire et envoyer par toi. AMEN.
10.09.2004.*
Évangile : Luc 6, 39-42
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
39 Il leur dit encore une parabole : ” Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ?
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître.
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas !
42 Comment peux-tu dire à ton frère : “Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil”, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous continuons d’accompagner ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
Depuis le verset 12 de ce chapitre 6, et jusqu’au verset 49, nous assistons à ce grand épisode du discours de Jésus dans la plaine, discours que Jésus a précédé du choix de ses Douze apôtres, entouré desquels il est descendu solennellement de la montagne où il venait de les désigner.
2. Message
Dans la continuité du discours que Luc lui fait prononcer dans la plaine (6, 12 - 49), Jésus nous propose maintenant deux paraboles : celle des deux aveugles qui ne peuvent se guider l’un l’autre, et celle de la paille et de la poutre.
On ne peut avancer sûrement sur un chemin que si l’on dispose de la lumière suffisante, et, si l’on est aveugle, que si l’on est guidé par quelqu’un qui voit suffisamment clair.
S’il est ainsi évident qu’un aveugle ne peut donc conduire un aveugle, il en va de même en ce qui concerne le Royaume de Dieu : un disciple ne peut sûrement guider un autre disciple et remplacer son maître, à moins qu’il n’ait été formé par ce dernier, et rendu capable de se substituer à lui.
De même, si l’on n’est pas capable de discerner la poutre dans notre oeil, ou quelque gros obstacle qui nous gêne, comment pouvons-nous prétendre discerner un infime détail, une “paille” dans l’oeil du voisin ? Prétention énormément ridicule et stupide de celui qui ne se rend pas compte qu’en réalité il est aveugle, ou ne veut pas le reconnaître, car telle est bien la vérité que Jésus cherche à nous faire comprendre : sur la route du Royaume qu’il nous annonce nous ne pouvons rien faire de nous-mêmes et sans lui, nous sommes aussi incapables d’avancer que des aveugles !
Il nous est donc toujours absolument interdit de juger qui que ce soit, car nous n’en avons pas la moindre capacité, le jugement, ou l’appréciation de ce qui est essentiel pour la qualité de la vie d’un homme, n’appartenant qu’à Dieu, qui seul peut sonder nos coeurs.
3. Decouvertes
Cette page nous confirme qu’il s’agit bien, dans tout ce discours, de chercher à vivre de la vie même de Jésus, donc de lui ressembler le plus possible, en se laissant former, transformer et conduire par sa Parole et son Esprit.
4. Prolongement
Ce message traverse tout le Nouveau Testament : de même que Jésus ne se situe que par rapport au Père, ne cherche que le vouloir du Père, ne fait rien de lui-même et reçoit tout du Père, il en va ainsi pour nous : hors de Jésus nous ne pouvons rien faire, et c’est par sa présence en nous de Ressuscité en son Esprit Saint que nous devons désormais vivre et avancer sur le chemin que lui seul “est” vers Dieu son Père et notre Père :
19 Jésus reprit donc la parole et leur dit : ” En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement.
20 Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait ; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, à vous en stupéfier.
21 Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut.
22 Car le Père ne juge personne ; il a donné au Fils le jugement tout entier, …
30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
39 Jésus dit alors : ” C’est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles. ”
40 Des Pharisiens, qui se trouvaient avec lui, entendirent ces paroles et lui dirent : ” Est-ce que nous aussi, nous sommes aveugles ? ”
41 Jésus leur dit : ” Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure. ”
Il nous est donc absolument interdit de juger qui que ce soit d’entre nos frères ou nos soeurs, même s’il nous arrive de constater des comportements de leur part qui nous semblent objectivement répréhensibles :
1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même : puisque tu agis de même, toi qui juges,
2 et nous savons que le jugement de Dieu s’exerce selon la vérité sur les auteurs de pareilles actions.
3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-même, que tu échapperas au jugement de Dieu ?
4 Ou bien méprises-tu ses richesses de bonté, de patience, de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir ?
4 Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d’autrui ? Qu’il reste debout ou qu’il tombe, cela ne concerne que son maître ; d’ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir
5 Celui-ci préfère un jour à un autre ; celui-là les estime tous pareils : que chacun s’en tienne à son jugement
11 Ne médisez pas les uns des autres, frères. Celui qui médit d’un frère ou qui juge son frère, médit de la Loi et juge la Loi. Or si tu juges la Loi, tu n’es pas l’observateur de la Loi, mais son juge.
12 Il n’y a qu’un seul législateur et juge, celui qui peut sauver ou perdre. Et toi, qui es-tu pour juger le prochain ?
Prière
*Seigneur Jésus, tu n’as jamais cessé de regarder le Père, de ne parler et d’agir qu’à partir de lui, de ce qu’il te proposait ou te révélait de sa volonté et de son dessein de salut, qu’il t’avait chargé de mener à son terme définitif en manifestant, en tous tes comportements, à quel point Dieu savait se quitter, se donner, se mettre à notre niveau comme serviteur, selon une disponibilité-pauvreté qui représente sa suprême richesse : donne-moi de ne pas te quitter ni du regard ni de la pensée, et de chercher toujours à te suivre en tous points comme un disciple, toi dont je suis appelé à reproduire l’image de “fils” et de “frère” dans la force de ton Esprit Saint. AMEN.
12.09.2003.*