📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Timothée 4, 12-16
DE LA 1ère LETTRE DE PAUL A TIMOTHEE
Texte
12 Que personne ne méprise ton jeune âge. Au contraire, montre-toi un modèle pour les croyants, par la parole, la conduite, la charité, la foi, la pureté.
13 En attendant que je vienne, consacre-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement.
14 Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, qui t’a été conféré par une intervention prophétique accompagnée de l’imposition des mains du collège des presbytres.
15 Prends cela à cœur. Sois-y tout entier, afin que tes progrès soient manifestes à tous.
16 Veille sur ta personne et sur ton enseignement ; persévère en ces dispositions. Agissant ainsi, tu te sauveras, toi et ceux qui t’écoutent
Commentaire
1. Situation
La Lettre à Tite, la 1ère Lettre à Timothée, et la 2ème Lettre à Timothée forment un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles ont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de la 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.
Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.
On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les développements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.
Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.
Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et nécessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.
En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le message, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.
A noter, toutefois, une tendance plus récente d’attribuer à Paul lui-même la 2nde Lettre à Timothée, différente des deux autres, et beaucoup plus proche des thèmes des Lettres que tous reconnaissent avoir été écrites par Paul.
Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent, sauf peut-être dans la 2nde Lettre à Timothée, avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.
Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.
Après une introduction, dans laquelle Paul, selon l’auteur qui parle en son nom, nous est présenté comme un Maître authentique (1, 3 - 20), cette lettre réfléchit sur la liturgie de l’Eglise et la responsabilité des chefs de communauté (2, 1 - 3, 13), et, ensuite, nous entrons dans un nouvel ensemble qui déclare spécifiquement le but et les perspectives théologiques de cette lettre (3, 14 - 4, 10). Suivent ensuite des enseignements adaptés aux différents groupes d’Eglise (4, 11 - 6, 2), avant les dernières affirmations de conclusion (6, 3 - 21).
2. Message
Paul, en son absence, a confié à Timothée la charge des communautés où il se trouve, et il l’encourage dans cette mission.
En tant que chef d’Eglise, Timothée doit d’abord se montrer, en paroles et en actes, un modèle pour tous les croyants au service desquels il se trouve : modèle de foi, de charité, de pureté.
Il doit s’appliquer à étudier la Parole des Ecritures et à l’annoncer, en vertu du don de la grâce qu’il a reçu par l’imposition des mains des membres du conseil des Anciens.
En effet, c’est dans, et par, l’exercice de son ministère, vécu avec ardeur, fidélité et persévérance, qu’il se sanctifie lui-même en même temps que ceux qu’il évangélise.
3. Decouvertes
Bien que Timothée ne soit jamais jamais désigné comme un “épiscope”, il lui est, de fait, demandé, de manifester les qualités de l’épiscope, telles que “Paul” les a définies plus haut dans cette Lettre (3, 1 - 7). A noter toutefois que, selon les lettres authentiques de Paul, Timothée est bien plus qu’un “épiscope” ou responsable d’une ou de plusieurs communautés bien établies, puisqu’il prend part directement à la mission apostolique de l’Apôtre des Nations, dont il est un collaborateur tout proche.
Il a reçu particulièrement le don d’enseignement par l’imposition des mains (voir également 2 Timothée, 1, 6).
Depuis donc les origines de l’Eglise, comme l’atteste cette page parmi d’autres, l’imposition des mains est le geste de transfert du pouvoir de l’Esprit Saint d’une personne à une autre, confiant à cette dernière une autorité et certaines capacités pour son ministère (ici, la capacité d’enseigner dans la fidélité au message garantie en quelque sorte par l’Esprit).
4. Prolongement
Nous pouvons vérifier ici l’application des directives données par Jésus Ressucité à ses disciples, pour leur mission, présentée comme le prolongement de la sienne :
21 Il leur dit alors, de nouveau : ” Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. ”
22 Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : ” Recevez l’Esprit Saint.
23 Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. ”
Bien que vivant d’autres situations, les apôtres et disciples de Jésus demeurent appelés à exercer leur mission selon l’esprit et les lignes de force que leur a tracées Jésus lui-même :
7 Il appelle à lui les Douze et il se mit à les envoyer en mission deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs.
8 Et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route qu’un bâton seulement, ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture,
9 mais : ” Allez chaussés de sandales et ne mettez pas deux tuniques. ”
10 Et il leur disait : ” Où que vous entriez dans une maison, demeurez-y jusqu’à ce que vous partiez de là.
11 Et si un endroit ne vous accueille pas et qu’on ne vous écoute pas, sortez de là et secouez la poussière qui est sous vos pieds, en témoignage contre eux. ”
12 Étant partis, ils prêchèrent qu’on se repentît ;
13 et ils chassaient beaucoup de démons et faisaient des onctions d’huile à de nombreux infirmes et les guérissaient.
L’auteur qui écrit ici sous le nom de Paul ne fait qu’adapter les indications de Jésus concernant la mission à ses contemporains qui ont reçu la responsablité de communautés stables et localement bien établies.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous envoies tous en mission prolonger auprès de nos contemporains ton propre ministère, de façon à ce que ta Parole et le don, répandu par l’Esprit Saint, de ton engagement d’obéissance qui nous sauve, soient communiqués le plus possible aux hommes et aux femmes de tous les temps jusqu’à la fin définitive de l’histoire de l’humanité : donne-moi de me laisser davantage envoyer par toi vers tous mes frères et soeurs auprès desquels tu me demandes de rayooner ta présence par ma manière de vivre à ton imitation, et le compte rendu que j’en donne par la proclamation de ta Parole. AMEN.
18.09.2003.*
Évangile : Luc 7, 36-50
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
36 Un Pharisien l’invita à manger avec lui ; il entra dans la maison du Pharisien et se mit à table.
37 Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse. Ayant appris qu’il était à table dans la maison du Pharisien, elle avait apporté un vase de parfum.
38 Et se plaçant par derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes ; et elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum.
39 A cette vue, le Pharisien qui l’avait convié se dit en lui-même : ” Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse ! “
40 Mais, prenant la parole, Jésus lui dit : ” Simon, j’ai quelque chose à te dire. ” - ” Parle, maître ”, répond-il. -
41 ” Un créancier avait deux débiteurs ; l’un devait cinq cents deniers, l’autre cinquante.
42 Comme ils n’avaient pas de quoi rembourser, il fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’en aimera le plus ? “
43 Simon répondit : ” Celui-là, je pense, auquel il a fait grâce de plus. ” Il lui dit : ” Tu as bien jugé. “
44 Et, se tournant vers la femme : ” Tu vois cette femme ? dit-il à Simon. Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds ; elle, au contraire, m’a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.
45 Tu ne m’as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis que je suis entré, n’a cessé de me couvrir les pieds de baisers.
46 Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds.
47 A cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d’amour. “
48 Puis il dit à la femme : ” Tes péchés sont remis. “
49 Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : ” Qui est-il celui-là qui va jusqu’à remettre les péchés ? “
50 Mais il dit à la femme : ” Ta foi t’a sauvée ; va en paix. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Au cours de sa mission en Galilée, 1ère grande étape de son ministère (4, 14 - 9, 50), Jésus contiue de répandre son message aux hommes et aux femmes qu’il rencontre, et sans se laisser arrêter par les barrières entre le “pur” et “l’impur” (7, 1 - 9, 6).
Après la révélation qu’il a donnée de lui-même à Nazareth, après avoir déjà expérimenté approbation et opposition, particulièrement lorsqu’il affirme sa capacité de remettre les péchés et de réinterpréter le Sabbat, après le choix de ses 12 apôtres et son grand discours-programme prononcé dans la plaine, il se manifeste ainsi maintenant dans un ensemble d’épisodes reliés à des situations concernant une ou plusieurs personnes. C’est ainsi qu’il a ressuscité le fils unique d’une pauvre veuve (7, 11 - 17), qu’il s’est défini en réponse aux envoyés de Jean-Baptiste (7, 18 - 35), et que nous le retrouvons aujourd’hui, partageant la table d’un Pharisien qui l’a invité à manger chez lui (7, 36 - 50).
2. Message
De ce genre de repas nous ne savons rien sinon qu’ils sont le lieu d’un enseignement de Jésus, souvent suite à un incident, mettant face à face Jésus, le principal invité, le Pharisien qui l’accueille, quelques autres convives (mentionnés tout à la fin de notre texte) et, dans le cas présent, une femme pécheresse publique, qui, ayant repéré la présence de Jésus à ce repas, entre dans la salle à manger et rejoint Jésus.
Luc, en cette scène qu’il est le seul à nous rapporter, nous proclame très fortement l’amour de Dieu pour les pécheurs et l’efficacité du pardon de Dieu accordé qui crée, chez le pécheur pardonné, une générosité absolument renouvelée.
En effet, Jésus constate que l’attitude de la “pécheresse”, qui baigne ses pieds de larmes et les oint de parfum, révèle qu’elle a été pardonnée de ses péchés préalablement à sa présente démarche au cours de ce repas. Les gestes d’amour et de reconnaissance que cette femme accomplit à l’égard de Jésus sont preuve qu’elle a éprouvé la puissance du don de réconciliation qui lui a été accordé par Dieu à travers le ministère de Jésus.
C’est ce que Jésus fait comprendre à son hôte, scandalisé qu’il se laisse approcher par une pécheresse, en lui racontant la parabole du créancier et des deux débiteurs auxquels leur dette est remise. Celui des deux dont la dette est la plus importante en est évidemment le plus reconnaissant. Et Jésus de comparer la démarche de la pécheresse à son égard avec l’accueil, simplement poli et correct, que lui a fait ce Pharisien.
Jésus peut alors déclarer clairement à cette femme que ses péchés ont été pardonnés et que sa foi l’a sauvée, suscitant ainsi par ces paroles grand étonnement parmi les convives, qui s’interrogent alors sur son identité, et n’osent plus conclure, comme le maître de maison l’avait fait auparavant, que Jésus ne saurait être prophète s’il accueille des pécheurs sans les traiter comme tels. Jésus est “le prophète qui remet les péchés”.
3. Decouvertes
Luc est le seul à nous montrer Jésus ainsi reçu et invité, à plusieurs reprises, chez des Pharisiens qui semblent lui être plutôt favorables (voir aussi 11, 37 et 14, 1ss.).
Cependant, lors de chacun de ces repas, Jésus ne manque pas d’intervenir ouvertement pour affirmer ses conceptions concernant l’application de la Loi, et prendre position sur des manières de faire, et, le tout, en fonction du Royaume de Dieu, dans le cadre d’un schéma de repas-débat, commun à tous ces repas.
La TOB, Luc, 7, 47, note “k”, montre bien qu’on a souvent mal traduit ce verset 47, comme c’est le cas de la version liturgique de notre texte qui propose: “si ses péchés, ses nombreux péchés ont été pardonnés, c’est à cause de son grand amour”. L’amour dont parle ici Jésus n’est pas la cause du pardon accordé à cette femme, mais en est la conséquence : du fait qu’elle montre tant d’amour, c’est que ses péchés ont été pardonnés, sans doute avant cette présente rencontre avec Jésus. Voir cependant TOB, à la note “l” suivante.
On a vu également dans cette scène la suite de l’accusation portée à l’encontre de Jésus dans le paragraphe qui précède notre texte, en 7, 34, où Jésus est déclaré “ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs”.
4. Prolongement
Nous sommes tous des pécheurs pardonnés, incapables de salut sans la grâce gratuite de Dieu (Romains, 3, 22 - 24; Ephésiens, 2, 4 - 10).
Notre prière ne peut donc qu’être celle du Publicain de la parabole du Pharisien et du Publicain, Luc, 18, 9 - 14), qui est reprise dans la formule bien connue de la prière du “Pélerin Russe” : “Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur”.
Prière
*Seigneur Jésus, comme le déclare Paul aux Colossiens “Tu nous as pardonné tous nos péchés” !, et, dans l’Esprit Saint que nous avons reçu, la conscience nous en est donnée, nous sommes devenus capables de vivre de ta Vérité et de reproduire tes gestes d’Amour et de pardon à la façon de Dieu : aide-moi à ôter de moi tout soupçon lorsque je suis surpris par l’attitude d’un de mes frères ou d’une de mes soeurs, apprends-moi à mettre vraiment en pratique ta Parole lorsque tu nous demandes de ne jamais juger ou prétendre juger qui que ce soit, et à chercher d’abord à comprendre, accueillir et aimer gratuitement. AMEN.
18.09.2003.*