📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Corinthiens 15, 1-11

DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

1 Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu et dans lequel vous demeurez fermes,
2 par lequel aussi vous vous sauvez, si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; sinon, vous auriez cru en vain.
3 Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures,
4 qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures,
5 qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze.
6 Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois - la plupart d’entre eux demeurent jusqu’à présent et quelques-uns se sont endormis -
7 ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.
8 Et, en tout dernier lieu, il m’est apparu à moi aussi, comme à l’avorton.
9 Car je suis le moindre des apôtres ; je ne mérite pas d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu.
10 C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous : oh ! non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.
11 Bref, eux ou moi, voilà ce que nous prêchons. Et voilà ce que vous avez cru.

Commentaire

1. Situation

La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.

D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :

  • de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
  • de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
  • de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
  • de la résurrection (15, 1 - 58),

sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).

Notre page se situe vers la fin de cette lettre, Paul y traite de questions concernant la vie de la communauté chrétienne : après l’Eucharistie, et la question des charismes de l’Esprit Saint dans l’Eglise, il consacre un très long chapitre à la résurrrection des morts.

2. Message

C’est au verset 12 que Paul indique la raison de ce long développement qu’il commence ici sur la résurrection du Christ et des chrétiens, lorsqu’il déclare aux Corinthiens : “Comment certains d’entre vous disent-ils qu’il n’y a pas de résurrection des morts ?”

La Bonne Nouvelle absolument nécessaire au salut que Paul a transmise aux Corinthiens, après l’avoir reçue lui-même, c’est celle de la mort du Christ “pour nos péchés”, et de sa résurrection, le tout selon les Ecritures, résurrection attestée par toute une série d’apparitions.

Notons l’ordre de ces apparitions : à Pierre, aux Douze, à plus de 500 frères, à Jacques, à tous les apôtres, et, finalement, à Paul lui-même.

Pour avoir persécuté l’Eglise du Christ, Paul se traite “d’avorton” et de “moindre des apôtres”, tout en soulignant qu’il a été saisi par la grâce de Dieu qui n’a pas été vaine en lui, puisqu’il a travaillé plus que tous les autres.

3. Decouvertes

Alors qu’aux chapitres 1 et 2 Paul avait insisté sur le caractère central de la croix, ce chapitre 15 insiste, avec autant de poids, sur le caractère central de la résurrection (2, 2 paraît ainsi contredit par 15, 3 - 5). Il semble cependant que la discussion de Paul sur le corps en 6, 12 - 20 montre que, selon lui, les Corinthiens n’avaient pas tiré les conséquences de la résurrection du Christ pour leur vie de chrétiens.

Peut-être, marqués par leur culture grecque, considéraient-ils le corps comme un poids dont l’esprit était libéré par la mort, ce qui ne les empêchait pas de croire en une survie puisque certains se faisaient baptiser pour les morts (15, 29).

Cette page est le plus ancien “credo” chrétien que nous ayons sur la résurrection du Christ, “credo” dont on ne sait s’il s’arrête au verset 5 ou au verset 7.

Paul considère sa “saisie” par le Christ qui l’a envoyé en mission, comme la dernière apparition du Ressuscité, qui, de ce fait, garantit son autorité apostolique comme “grâce” reçue, sans aucun mérite de sa part.

Paul précise que ce message central sur la résurrection est proclamé par tous et partout.

4. Prolongement

Dans des textes probablement plus tardifs, Paul montre comment notre vie chrétienne est saisie et intégration dans le mystère de la résurrection du Christ, qui s’inaugure en notre vie de baptisés :

1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.

2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre.

3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu :

4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es le vivant de Dieu a jamais au cœur de nos vies, et tu nous transmets cette vie éternelle, selon la lumière de ton Royaume, dans le don de ton Esprit Saint, qui nous fait transiter mystérieusement de la mort à la vie, en nous entraînant dans ton passage pascal, qui fait de nous des “morts” au péché et des “vivants” pour Dieu : aide-moi à fonder toute mon existence, tous mes regards sur moi-même, ma vie à ta suite en qualité de disciple, sur la saisie de tout mon être en ta pâque de ressuscité, fais-moi mesurer la nouveauté radicale du salut que tu me donnes en me recreant à ton image, fils avec toi du Père, qui m’introduis avec toi dans son intimité. AMEN.

19.09.2002.*

Évangile : Luc 7, 36-50

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

36 Un Pharisien l’invita à manger avec lui ; il entra dans la maison du Pharisien et se mit à table.
37 Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse. Ayant appris qu’il était à table dans la maison du Pharisien, elle avait apporté un vase de parfum.
38 Et se plaçant par derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes ; et elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum.
39 A cette vue, le Pharisien qui l’avait convié se dit en lui-même : ” Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse ! “
40 Mais, prenant la parole, Jésus lui dit : ” Simon, j’ai quelque chose à te dire. ” - ” Parle, maître ”, répond-il. -
41 ” Un créancier avait deux débiteurs ; l’un devait cinq cents deniers, l’autre cinquante.
42 Comme ils n’avaient pas de quoi rembourser, il fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’en aimera le plus ? “
43 Simon répondit : ” Celui-là, je pense, auquel il a fait grâce de plus. ” Il lui dit : ” Tu as bien jugé. “
44 Et, se tournant vers la femme : ” Tu vois cette femme ? dit-il à Simon. Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds ; elle, au contraire, m’a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.
45 Tu ne m’as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis que je suis entré, n’a cessé de me couvrir les pieds de baisers.
46 Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds.
47 A cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d’amour. “
48 Puis il dit à la femme : ” Tes péchés sont remis. “
49 Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : ” Qui est-il celui-là qui va jusqu’à remettre les péchés ? “
50 Mais il dit à la femme : ” Ta foi t’a sauvée ; va en paix. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Au cours de sa mission en Galilée, 1ère grande étape de son ministère (4, 14 - 9, 50), Jésus contiue de répandre son message aux hommes et aux femmes qu’il rencontre, et sans se laisser arrêter par les barrières entre le “pur” et “l’impur” (7, 1 - 9, 6).

Après la révélation qu’il a donnée de lui-même à Nazareth, après avoir déjà expérimenté approbation et opposition, particulièrement lorsqu’il affirme sa capacité de remettre les péchés et de réinterpréter le Sabbat, après le choix de ses 12 apôtres et son grand discours-programme prononcé dans la plaine, il se manifeste ainsi maintenant dans un ensemble d’épisodes reliés à des situations concernant une ou plusieurs personnes. C’est ainsi qu’il a ressuscité le fils unique d’une pauvre veuve (7, 11 - 17), qu’il s’est défini en réponse aux envoyés de Jean-Baptiste (7, 18 - 35), et que nous le retrouvons aujourd’hui, partageant la table d’un Pharisien qui l’a invité à manger chez lui (7, 36 - 50).

2. Message

De ce genre de repas nous ne savons rien sinon qu’ils sont le lieu d’un enseignement de Jésus, souvent suite à un incident, mettant face à face Jésus, le principal invité, le Pharisien qui l’accueille, quelques autres convives (mentionnés tout à la fin de notre texte) et, dans le cas présent, une femme pécheresse publique, qui, ayant repéré la présence de Jésus à ce repas, entre dans la salle à manger et rejoint Jésus.

Luc, en cette scène qu’il est le seul à nous rapporter, nous proclame très fortement l’amour de Dieu pour les pécheurs et l’efficacité du pardon de Dieu accordé qui crée, chez le pécheur pardonné, une générosité absolument renouvelée.

En effet, Jésus constate que l’attitude de la “pécheresse”, qui baigne ses pieds de larmes et les oint de parfum, révèle qu’elle a été pardonnée de ses péchés préalablement à sa présente démarche au cours de ce repas. Les gestes d’amour et de reconnaissance que cette femme accomplit à l’égard de Jésus sont preuve qu’elle a éprouvé la puissance du don de réconciliation qui lui a été accordé par Dieu à travers le ministère de Jésus.

C’est ce que Jésus fait comprendre à son hôte, scandalisé qu’il se laisse approcher par une pécheresse, en lui racontant la parabole du créancier et des deux débiteurs auxquels leur dette est remise. Celui des deux dont la dette est la plus importante en est évidemment le plus reconnaissant. Et Jésus de comparer la démarche de la pécheresse à son égard avec l’accueil, simplement poli et correct, que lui a fait ce Pharisien.

Jésus peut alors déclarer clairement à cette femme que ses péchés ont été pardonnés et que sa foi l’a sauvée, suscitant ainsi par ces paroles grand étonnement parmi les convives, qui s’interrogent alors sur son identité, et n’osent plus conclure, comme le maître de maison l’avait fait auparavant, que Jésus ne saurait être prophète s’il accueille des pécheurs sans les traiter comme tels. Jésus est “le prophète qui remet les péchés”.

3. Decouvertes

Luc est le seul à nous montrer Jésus ainsi reçu et invité, à plusieurs reprises, chez des Pharisiens qui semblent lui être plutôt favorables (voir aussi 11, 37 et 14, 1ss.).

Cependant, lors de chacun de ces repas, Jésus ne manque pas d’intervenir ouvertement pour affirmer ses conceptions concernant l’application de la Loi, et prendre position sur des manières de faire, et, le tout, en fonction du Royaume de Dieu, dans le cadre d’un schéma de repas-débat, commun à tous ces repas.

La TOB, Luc, 7, 47, note “k”, montre bien qu’on a souvent mal traduit ce verset 47, comme c’est le cas de la version liturgique de notre texte qui propose: “si ses péchés, ses nombreux péchés ont été pardonnés, c’est à cause de son grand amour”. L’amour dont parle ici Jésus n’est pas la cause du pardon accordé à cette femme, mais en est la conséquence : du fait qu’elle montre tant d’amour, c’est que ses péchés ont été pardonnés, sans doute avant cette présente rencontre avec Jésus. Voir cependant TOB, à la note “l” suivante.

On a vu également dans cette scène la suite de l’accusation portée à l’encontre de Jésus dans le paragraphe qui précède notre texte, en 7, 34, où Jésus est déclaré “ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs”.

4. Prolongement

Nous sommes tous des pécheurs pardonnés, incapables de salut sans la grâce gratuite de Dieu (Romains, 3, 22 - 24; Ephésiens, 2, 4 - 10).

Notre prière ne peut donc qu’être celle du Publicain de la parabole du Pharisien et du Publicain, Luc, 18, 9 - 14), qui est reprise dans la formule bien connue de la prière du “Pélerin Russe” : “Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur”.

Prière

*Seigneur Jésus, comme le déclare Paul aux Colossiens “Tu nous as pardonné tous nos péchés” !, et, dans l’Esprit Saint que nous avons reçu, la conscience nous en est donnée, nous sommes devenus capables de vivre de ta Vérité et de reproduire tes gestes d’Amour et de pardon à la façon de Dieu : aide-moi à ôter de moi tout soupçon lorsque je suis surpris par l’attitude d’un de mes frères ou d’une de mes soeurs, apprends-moi à mettre vraiment en pratique ta Parole lorsque tu nous demandes de ne jamais juger ou prétendre juger qui que ce soit, et à chercher d’abord à comprendre, accueillir et aimer gratuitement. AMEN.

18.09.2003.*


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