📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Timothée 2, 1-8

DE LA 1ère LETTRE DE PAUL A TIMOTHEE

Texte

1 Je recommande donc, avant tout, qu’on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes,
2 pour les rois et tous les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité.
3 Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur,
4 lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.
5 Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même,
6 qui s’est livré en rançon pour tous. Tel est le témoignage rendu aux temps marqués
7 et dont j’ai été établi, moi, héraut et apôtre - je dis vrai, je ne mens pas -, docteur des païens, dans la foi et la vérité.
8 Ainsi donc je veux que les hommes prient en tout lieu, élevant vers le ciel des mains pieuses, sans colère ni dispute.

Commentaire

1. Situation

La Lettre à Tite, la 1ère Lettre à Timothée, et la 2ème Lettre à Timothée forment un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles ont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de la 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.

Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.

On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les développements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.

Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.

Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et nécessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.

En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le message, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.

A noter, toutefois, une tendance plus récente d’attribuer à Paul lui-même la 2nde Lettre à Timothée, différente des deux autres, et beaucoup plus proche des thèmes des Lettres que tous reconnaissent avoir été écrites par Paul.

Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent, sauf peut-être dans la 2nde Lettre à Timothée, avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.

Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.


Si le fait que les Pères de l’Eglise du 2ème siècle attribuent ces lettres à Paul lui-même pousse à les reconnaître comme authentiques, les grandes différences d’idées et de langue (un tiers des mots employés dans ces lettres ne se retrouvant pas dans les autres lettres attribuées à Paul), à côté néanmoins de nombreuses ressemblances, invitent finalement à les traiter comme une 3ème série des lettres de Paul, écrites par une autre génération de ses disciples et postérieurement à une 2ème série, dans laquelle on situe déjà les lettres aux Colossiens, aux Ephésiens et la 2de Lettre aux Thessaloniciens.

Cela n’empêche pas de reconnaître ces textes comme faisant partie intégralement des Ecritures du Nouveau Testament, et appartenant, au moins au sens large, à la pensée de Paul et celle de disciples se rattachant à lui, et faisant partie d’une école fidèle à son approche et à sa pensée.

2. Message

Paul invite ici ses correspondants à prier pour tous les hommes. Il s’agit d’une prière universelle en tous les sens de ce terme :

  • au niveau de l’extension de son objet absolument sans aucune restriction, avec toutefois un accent particulier pour les responsables politiques,
  • au niveau également du mode de prière, dans la mesure où Paul parle à la fois de demandes, de prières, de supplications et d’actions de grâces. Quant au but visé, c’est la paix qui permet le respect de tout homme et la pratique de la piété religieuse.

La raison de cette prière, c’est l’accomplissement du plan de salut de Dieu, annoncé comme “Bonne Nouvelle” par Paul tout au long de son ministère. Notons le remarquable résumé de ce plan de Dieu, exprimé d’abord dans cette affirmation qu’il “veut que tous ]es hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité” (verset 4). Projet de Dieu exprimé ensuite dans ce qu’il nous révèle de Dieu lui-même : Dieu est unique, et son salut, c’est-à-dire le partage de sa vie et de tout ce qu’il est, nous arrive uniquement par le Christ Jésus, unique lien, unique médiateur entre Dieu et nous, dans son rôle de Serviteur obéissant jusqu’à la mort subie pour toute l’humanité.

Cela dit, Paul peut donc reformuler son souhait d’une prière vraiment universelle, jaillissant en tous lieux dans un contexte et une ambiance de paix.

3. Decouvertes

A noter la constance de l’enseignement de Paul sur le respect et la soumission à manifester aux autorités civiles, pour lesquelles il demande maintenant tout spécialement de prier. Cette lettre écrite de prison, quelle qu’en soit la date exacte, se situe à une époque d’empereurs persécuteurs des chrétiens. Voir également à ce propos Romains 13,1 - 7 et 1 Pierre, 2, 13 - 17.

Les versets 5 et 6 constituent une profession de foi exprimée en formulation poétique, comme ce sera le cas d’une autre profession de foi plus loin, en 3, 16, et comme également de deux doxologies d’apparence liturgique en 1, 17 et 6, 15 - 16. Nous avons là des textes qui semblent utilisés couramment par les communautés de l’époque.

Que veut dire au juste le verset 6b : “Tel est le témoignage qui fut rendu aux temps fixés ” ! On hésite ici entre le témoignage apostolique de Paul, c’est-à-dire sa prédication de l’Evangile, ou le témoignage de Jésus, révélateur, en tous ses comportements, du projet de salut de Dieu pour tous les hommes, comme cela est précisé en 6, 11 -13, qui nous parle ensuite de “la belle profession de foi rendue par Jésus devant Pilate”.

4. Prolongement

Si toute femme, si tout homme, est une soeur ou un frère pour laquelle ou lequel Christ est mort (1 Corinthiens, 8, 11 et Romains, 14, 15), si Jésus est mort pour “rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés” (Jean, 11, 31 - 32), attirant “tous les hommes à lui” quand il est “élevé” sur sa croix (Jean, 12, 32),

notre prière peut-elle ne pas être toujours et partout la plus universelle possible, la plus ouverte à toutes les questions de nos soeurs et de nos frères que nous situons dans le dessein et le plan de salut de Dieu ?

Prière

*Seigneur Jésus, c’est toi qui nous as appris à prier le Père comme tu l’as fait, en toute vérité, en lui exprimant notre souhait de vivre conformément à sa volonté en toutes circonstances, de façon à permettre que son Règne vienne là où nous sommes, et à prendre en charge, face à Dieu, tous nos frères et soeurs en humanité : aide-moi à élargir cette prise en charge jusqu’aux extrémités de la terre, à me situer ainsi comme véritablement ton disciple, me souvenant que tu es mort pour rassembler dnas l’unité tous les enfants de Dieu dispersés. AMEN.

15.09.2003.*

Évangile : Luc 7, 1-10

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm.
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher.
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave.
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : ” Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ;
5 il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. “
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : ” Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ;
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri.
8 Car moi, qui n’ai rang que de subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. “
9 En entendant ces paroles, Jésus l’admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : ” Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi. “
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en parfaite santé.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.

2. Message

Le centurion païen, dont l’esclave est malade, ne rencontre pas personnellement Jésus, mais procède toujours par personne interposée : d’abord pour demander à Jésus de sauver son esclave malade, ensuite pour lui dire de ne pas se déranger en venant chez lui, et de guérir son esclave d’une parole prononcée à distance.

C’est dans cette seconde intervention qu’il manifeste particulièrement sa foi en Jésus, en insistant pour que Jésus commande à la maladie de quitter son esclave de la même façon qu’un responsable militaire commande à ses soldats.

Tout sympathisant qu’il soit à la foi d’Israël, comme le souligne l’insistance des Juifs auprès de Jésus, cet homme est un modèle de croyant, dans la manière où il se remet entièrement, et sans la moindre condition, entre les mains de Jésus. Ce que constate publiquement Jésus.

3. Decouvertes

Ce centurion est bien vu des Juifs, puisqu’il les a aidés à construire leur synagogue.

D’autre part, il semble appartenir à la catégorie des “craignant Dieu”, de ces païens qui, de l’extérieur, participent à la vie de la communauté Juive.

Homme en position d’autorité, il reconnaît l’autorité de Jésus, qu’il lui demande seulement d’exercer. Le degré de foi qu’il manifeste, Jésus ne l’a pas trouvé en Israël, d’où son admiration.

4. Prolongement

A noter que la foi du centurion est liée à la foi d’Israël, qui lui a été transmise, mais qu’il dépasse largement. Il ne revendique rien, et reçoit le salut que Jésus lui apporte.

Une foi grosse comme “une graine de moutarde” peut soulever les montagnes, a dit Jésus. Cette foi est la foi de Marie, la mère de Jésus, qui se soumet pleinement à la Parole de Dieu qui lui est adressée. Cette foi est la foi de Jésus, le chef de notre foi (Hébreux, 12, 1 - 2), qui accueille totalement, jusqu’à son dernier souffle sur la croix, la volonté du Père.

Cette même foi nous fait nous remettre entièrement, et sans conditions, entre les mains de Dieu. Cette foi nous fait proclamer que Jésus est ressuscité des morts, et le reconnaître comme unique Seigneur de nos vies :

8 Que dit-elle donc ? La parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur, entends : la parole de la foi que nous prêchons.

9 En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.

10 Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut.

Prière

*Seigneur Jésus, quand nous prétendons croire en ton Nom, sommes-nous entièrement disposés à te donner une première place, totale et absolue, dans notre existence de disciples ? A la façon de ce centurion Romain, qui ne s’est même pas considéré digne de te rencontrer personnellement, ni de te recevoir chez lui ? : apprends-nous, par le secours de ta grâce, à t’accueillir dans une proximité qui ne diminue pas en nous la distance de ta grandeur et de ta transcendance de Fils de Dieu, Verbe fait chair, et à mesurer l’ampleur du don que tu nous renouvelles sans cesse, dans ton Esprit Saint, de ta Vérité, de ta Lumière, et de ta capacité d’Aimer comme tu nous as aimés. AMEN.

16.09.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour