📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Corinthiens 11, 17-33

DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

17 En donnant cet avertissement, ce que je ne loue point, c’est que vous vous assemblez, non pour devenir meilleurs, mais pour devenir pires.
18 Et d’abord, j’apprends que, lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a parmi vous des divisions, -et je le crois en partie,
19 car il faut qu’il y ait aussi des sectes parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient reconnus comme tels au milieu de vous. -
20 Lors donc que vous vous réunissez, ce n’est pas pour manger le repas du Seigneur;
21 car, quand on se met à table, chacun commence par prendre son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre.
22 N’avez-vous pas des maisons pour y manger et boire? Ou méprisez-vous l’Église de Dieu, et faites-vous honte à ceux qui n’ont rien? Que vous dirai-je? Vous louerai-je? En cela je ne vous loue point.
23 Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné; c’est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain,
24 et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit: Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous; faites ceci en mémoire de moi.
25 De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez.
26 Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.
27 C’est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur.
28 Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe;
29 car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même.
30 C’est pour cela qu’il y a parmi vous beaucoup d’infirmes et de malades, et qu’un grand nombre sont morts.
31 Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés.
32 Mais quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde.
33 Ainsi, mes frères, lorsque vous vous réunissez pour le repas, attendez-vous les uns les autres.

Commentaire

1. Situation

La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.

D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :

  • de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
  • de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
  • de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
  • de la résurrection (15, 1 - 58),

sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).

2. Message

Dans cette page Paul se prend à critiquer vertement les Corinthiens pour la tenue de leurs assemblées écclésiales..

Il s’agit de leurs rencontres dominicales où les chrétiens devaient prendre leur repas ensemble dans un geste de partage, de convivialité et d’unité, puis écouter la Parole de Dieu, prier, et surtout refaire les grestes de la Cène du Seigneur, c’est-à-dire célébrer ensemble l’eucharistie.

Mais Paul constate que leurs réunions se passent de manière scandaleuse, dans la division, non seulement entre factions de la communauté, mais encore entre riches et pauvres, les uns vivant d’abondance et les autres de disette, sans échange ni prise du repas en commun.. Attitude que Paul qualifie de “mépris” de l’Eglise de Dieu;

C’est dans ce contexte de reproches que Paul nous rapporte la célébration initiale de la Cène de Jésus effectuée par lui la nuit même de son arrestation et de son entrée en sa passion. Nous avons ici le récit le plus ancien de cette première eucharistie, celle du Seigneur lui-même : récit sobre, complet, insistant à deux reprises successives sur la consigne de Jésus :“faites ceci en mémoire de moi”.

Mais ce qui est le plus remarquable et unique dans tout le Nouveau Testament, c’est bien que Paul nous précise le sens exact de nos célébratious eucharistiques : “annoncer”, “faire mémoire” de la mort du Seigneur dans l’attente de son retour de ressuscité, c’est-à-dire que nous devons refaire les gestes de Jésus sur le pain et la coupe pour célébrer le mémorial de sa mort sur la croix au teme de sa mission de prophète.

En conséquence, tenir des assemblées chrétiennes autour de la Cène du Seigneur dans un contexte et une manifestation des divisions de la communauté, revient à se montrer indignes du corps et du sang dfu Seigneur, et donc de l’événement suprême de notre salut qu’est sa mort sur la croix, événement unique, que nous rendons présent dans nos célébrations eucharistiques, et qui a eu pour but de “rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés” et “d’attirer au Christ tous les hommes” (Jean, 11 et 12).

3. Decouvertes

Il faut noter la similarité du récit de la dernière Cène en ce texte de Paul et celui que nous en propose Luc en son Evangile. Les récits de Marc et Matthieu, tout en nous transmettant les mêmes gestes et paroles de Jésus dans ce qu’ils ont d’essentiel, diffèrent dans le détail.

Lorsqu(‘il parle des divisions dans la communauté, et qu’il précise qu’il faut qu’elles existent, il veut dire, d’une part, qu’elles doivent être prises en compte pour être dépassées dans une unité qui respecte et intègre la diversité, et,, d’autre part, que l’Assemblée communautaire est le lieu où les divisions apparaissent le plus nettement et appellent les chrétiens à se situer en vérité devant le problème de l’unité. de la communauté et celui du respect de leurs frères et soeurs.

Les paroles de Jésus mettent l’accent sur l’acte de manger et de boire le pain rompu et la coupe pris dans l’action de grâce et partagés entre tous.

Le lien majeur entre l’eucharistie et la communauté qu’elle contribue à unir, qui est le lien entre le Corps du C hrist livré en sa passion et communqué aux croyants dans la célébration eucharistique et le Corps du Christ que constituent et que construisent ensemble les croyants raasemblés en Eglise en son Nom.

4. Prolongement

Avons-nous perçu le lien entre Eucharistie et Assemblée des chrétiens ? Ce qu’écrit Paul sur les assemblées et leur fonctionnement est à l’origine de ce que nous appelons notre “messe” : communauté rassemblée, écoute et partage de la Parole, Cène du Seigneur : même si la dimension conviviale de prendre le repas ensemble n’existe plus de nos jours, l’esprit doit demeurer le même, celui de frères et de soeurs dans la foi qui se rencontrent au Nom du Seigneur mort et ressuscité.

Il est également clair dans ce passage que ce que Paul appelle le repas du Seigneur est différent des gestes eucharistiques proprement dits : c’est au cours et à la fin d’un repas que Jésus a effectué les gestes de bénédiction sur le pain et la coupe, et le reproche que Paul adresse aux Corinthiens vise la façon dont ils vivent un repas pris ensemble et au cours duquel se célébrait l’eucharistie. C’est dire que parler aujourd’hui de “repas eucharistique”, alors que l’Eucharistie n’est plus célébrée au cours d’un véritable repas, est pour le moins ambigu sinon iexact.

Prière

*Seigneur Jésus, donne-moi de ne jamais perdre de vue que la communication que tu nous fais, dans l’Eucharistie, du mystère de ton obéissance jusqu’à la mort sur la croix et de ta relation au Père doit renforcer mon engagement au service de mes frères et soeurs avec lesquels je “fais Eglise”. AMEN.

13.09.2004.*

Évangile : Luc 7, 1-10

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Après qu’il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm.
2 Or un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher.
3 Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver son esclave.
4 Arrivés auprès de Jésus, ils le suppliaient instamment : ” Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela ;
5 il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. “
6 Jésus faisait route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis pour lui dire : ” Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ;
7 aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri.
8 Car moi, qui n’ai rang que de subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon esclave : Fais ceci ! et il le fait. “
9 En entendant ces paroles, Jésus l’admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : ” Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi. “
10 Et, de retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en parfaite santé.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.

2. Message

Le centurion païen, dont l’esclave est malade, ne rencontre pas personnellement Jésus, mais procède toujours par personne interposée : d’abord pour demander à Jésus de sauver son esclave malade, ensuite pour lui dire de ne pas se déranger en venant chez lui, et de guérir son esclave d’une parole prononcée à distance.

C’est dans cette seconde intervention qu’il manifeste particulièrement sa foi en Jésus, en insistant pour que Jésus commande à la maladie de quitter son esclave de la même façon qu’un responsable militaire commande à ses soldats.

Tout sympathisant qu’il soit à la foi d’Israël, comme le souligne l’insistance des Juifs auprès de Jésus, cet homme est un modèle de croyant, dans la manière où il se remet entièrement, et sans la moindre condition, entre les mains de Jésus. Ce que constate publiquement Jésus.

3. Decouvertes

Ce centurion est bien vu des Juifs, puisqu’il les a aidés à construire leur synagogue.

D’autre part, il semble appartenir à la catégorie des “craignant Dieu”, de ces païens qui, de l’extérieur, participent à la vie de la communauté Juive.

Homme en position d’autorité, il reconnaît l’autorité de Jésus, qu’il lui demande seulement d’exercer. Le degré de foi qu’il manifeste, Jésus ne l’a pas trouvé en Israël, d’où son admiration.

4. Prolongement

A noter que la foi du centurion est liée à la foi d’Israël, qui lui a été transmise, mais qu’il dépasse largement. Il ne revendique rien, et reçoit le salut que Jésus lui apporte.

Une foi grosse comme “une graine de moutarde” peut soulever les montagnes, a dit Jésus. Cette foi est la foi de Marie, la mère de Jésus, qui se soumet pleinement à la Parole de Dieu qui lui est adressée. Cette foi est la foi de Jésus, le chef de notre foi (Hébreux, 12, 1 - 2), qui accueille totalement, jusqu’à son dernier souffle sur la croix, la volonté du Père.

Cette même foi nous fait nous remettre entièrement, et sans conditions, entre les mains de Dieu. Cette foi nous fait proclamer que Jésus est ressuscité des morts, et le reconnaître comme unique Seigneur de nos vies :

8 Que dit-elle donc ? La parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur, entends : la parole de la foi que nous prêchons.

9 En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.

10 Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut.

Prière

*Seigneur Jésus, quand nous prétendons croire en ton Nom, sommes-nous entièrement disposés à te donner une première place, totale et absolue, dans notre existence de disciples ? A la façon de ce centurion Romain, qui ne s’est même pas considéré digne de te rencontrer personnellement, ni de te recevoir chez lui ? : apprends-nous, par le secours de ta grâce, à t’accueillir dans une proximité qui ne diminue pas en nous la distance de ta grandeur et de ta transcendance de Fils de Dieu, Verbe fait chair, et à mesurer l’ampleur du don que tu nous renouvelles sans cesse, dans ton Esprit Saint, de ta Vérité, de ta Lumière, et de ta capacité d’Aimer comme tu nous as aimés. AMEN.

16.09.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour