📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 12, 12-31
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
12 De même, en effet, que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ.
13 Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit.
14 Aussi bien le corps n’est-il pas un seul membre, mais plusieurs.
…
27 Or vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres chacun pour sa part.
28 Et ceux que Dieu a établis dans l’Église sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs… Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d’assistance, de gouvernement, les diversités de langues.
29 Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous docteurs ? Tous font-ils des miracles ?
30 Tous ont-ils des dons de guérisons ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ?
31 Aspirez aux dons supérieurs. Et je vais encore vous montrer une voie qui les dépasse toutes.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
Notre page se situe vers la fin de cette lettre, Paul y traite de questions concernant la vie de la communauté chrétienne : après l’Eucharistie, il aborde la question des charismes de l’Esprit Saint dans l’Eglise.
2. Message
Dans les divers dons de l’Esprit qui sont répartis différemment entre les membres de la communauté, en vue du bien commun de tous, c’est le seul et même Esprit de Jésus Christ qui agit.
Cette unité d’action dans la diversité conduit Paul à comparer la communauté chrétienne à un corps humain en la définissant “Corps du Christ”.
Tout différents qu’ils soient, les membres de la communauté ne forment qu’un seul corps, animé par le seul et unique Esprit de Jésus Christ.
La communauté ainsi unifiée en “corps” est le lieu de complémentarité de tous les dons, charismes et ministères de ses membres, qui sont, de ce fait, au service de l’ensemble.
3. Decouvertes
Tous les dons que se partagent les chrétiens n’ont donc qu’une unique source, l’Esprit de Jésus. Et c’est dans cet unique Esprit reçu gratuitement, que se crée l’unité entre les croyants d’origines différentes : Juifs, Grecs, esclaves, hommes libres, etc.
L’Eglise ne constitue pas pour autant la présence du Christ dans le monde sous la forme d’un corps : elle représente plutôt un corps qui appartient au Christ, identifié au Ressuscité, mais non identique à lui, au sens propre du terme.
Paul nous fournit une “hiérarchie” des dons reçus par les membres de ce corps, situant la mission d’apôtre au premier rang et le don des langues en dernière position. Reste que le don suprême de l’amour, qu’il va souligner au chapitre 13, demeure d’un tout autre ordre.
Vivre de la vie du Christ à la façon du Christ dépasse toute fonction à exercer dans la communauté.
4. Prolongement
Un autre texte de Paul sur le même thème est particulièrement éclairant :
4 Car, de même que notre corps en son unité possède plus d’un membre et que ces membres n’ont pas tous la même fonction,
5 ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres.
6 Mais, pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée, si c’est le don de prophétie, exerçons-le en proportion de notre foi ;
7 si c’est le service, en servant ; l’enseignement, en enseignant ;
8 l’exhortation, en exhortant. Que celui qui donne le fasse sans calcul ; celui qui préside, avec diligence ; celui qui exerce la miséricorde, en rayonnant de joie.
9 Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien ;
10 que l’amour fraternel vous lie d’affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants,
11 d’un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l’esprit, au service du Seigneur,
12 avec la joie de l’espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière,
Prière
*Seigneur Jésus, le regard que nous portons les uns sur les autres trouve sa source dans le regard que tu portes sur chacune et chacun d’entre nous, et, en nous animant de l’intérieur par ton Esprit Saint, tu nous rassembles dans l’unité de ton corps ressuscité, tout en nous rendant complementaires les uns des autres, tous témoins, à notre façon, de ton ministère : apprends-moi cette docilité intérieure totale et permanente à ton Esprit, au point que je puisse dire que ce n’est plus moi qui vis, mais toi qui vis en moi , et qui te sers de mon humanité dans ton Eglise, pour le service particulier de ceux qui sont tes frères et sœurs, et que tu me donnes comme frères et sœurs. AMEN.
17.09.2002.*
Évangile : Luc 7, 11-17
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
11 Et il advint ensuite qu’il se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui.
12 Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu’on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve ; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville.
13 En la voyant, le Seigneur eut pitié d’elle et lui dit : ” Ne pleure pas. “
14 Puis, s’approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s’arrêtèrent. Et il dit : ” Jeune homme, je te le dis, lève-toi. “
15 Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère.
16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : ” Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. “
17 Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d’alentour.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
La première grande étape du ministère de Jésus se situe en Galilée. Après son passage initial à Nazareth, où il avait proclamé le but essentiel de sa mission, qui est d’accomplir toute l’Ecriture pour tous les hommes (4, 16 - 30), et où les différents types d’accueil qu’il allait rencontrer étaient anticipés, Jésus avance sur son chemin de vérité, rencontrant des réponses positives (5, 1 - 11), n’hésitant pas à franchir les barrières des interdits (5, 12 - 16), se heurtant déjà à des oppositions lorsqu’il prétend remettre les péchés ou se déclare plus grand que le Sabbat (5,17 - 6, 11).
Cela se poursuit par l’appel des 12 apôtres et le grand discours de rassemblement d’Israël qu’il prononce dans la plaine (6, 12 - 49), ainsi que par une série d’épisodes (7,1 - 9, 6) où il rencontre beaucoup d’hommes et de femmes au delà des frontières du “pur” et de “l’impur”, frontières que défendent les Pharisiens dans une stricte application de leurs rites.
C’est dans cette série que nous le retrouvons alors qu’il croise un convoi funèbre, notre texte.
2. Message
Dans la composition de l’Evangile de Luc, cette scène de la résurrection du fils de la veuve de Nain semble bien préparer la réponse que Jésus donnera aux envoyés de Jean Baptiste dans le paragraphe suivant, en 7, 22, en précisant qu’entre autres fruits de sa mission, “les morts ressuscitent”.
Cette scène nous propose la découverte de la grande dimension prophétique de la mission de .Jésus. Le Dieu qu’il révèle en paroles et en actes est celui qui libère totalement tous les hommes, y compris ceux qui sont dans les prisons de la mort. Rien ne peut donc arrêter l’oeuvre de libération que Jésus accomplit.
.Jésus agit ici par pure et totale compassion : rien ne lui est demandé, et, de son côté, il ne demande aucune réponse, aucune confession de foi, aucune reconnaissance préalable de son identité ou de son pouvoir d’agir au nom de Dieu. Il intervient de façon purement gratuite, et avec une sobriété extraordinaire : une parole à la mère, une parole au cadavre, suivies du geste par lequel il rend le fils à sa mère. Il “passe” simplement, mais en apportant vie et libération.
De ce fait, Jésus est reconnu et proclamé comme prophète, à la façon d’Elie et d’Elisée, les seuls prophètes de l’Ancien Testament à avoir accompli des résurrections (1 Rois, 17, 17 - 20 et 2 Rois, 4, 18 - 37 et 13, 20 - 21), et dont il renouvelle et achève à sa façon les gestes qu’ils firent alors.
3. Decouvertes
Luc insiste sur des détails qu situent l’événement. Comme en 8, 42 et en 9, 38, il nous dit qu’il s’agit d’un fils “unique”, et, dans la mesure où cette femme est veuve, perdre son fils unique représente pour elle la fin de tout support masculin, ce qui la met dans une extrême détresse.
La compassion de Jésus ne se laisse arrêter par aucune règlementation de pureté rituelle. Il touche le cadavre, bien que cela lui soit interdit par la Loi (Nombres, 19, 11. 16). Rien ne saurait l’arrêter dans le service de l’homme, et c’est là une attitude constante chez lui.
Par plusieurs détails, ce récit rappelle des traits du miracle d’Elie (1 Rois, 17, 10. 12. 17 - 24), en particulier la phrase de Luc: “Jésus le rendit à sa mère”.
A noter que la qualité de”prophète” attribuée à Jésus est très fréquente dans l’Evangile de Luc. Il est clair qu’en beaucoup de ses actes il se comporte comme un prophète (par exemple en 9, 22 - 23). Parfois, Jésus s’applique ce titre à lui-même (4, 24 et 13, 33), parfois également, comme dans notre passage, ce titre lui est donné pour caractériser son action (7, 16 et 39; 9, 8 - 9. 11). Cependant, dans de nombreux cas, bien qu’il soit prophète, Jésus est rejeté.
Jésus est ici perçu comme “passage-présence” de Dieu qui, à travers lui, “visite” et sauve son peuple, dans l’accomplissement de ce que Zacharie déclarait dans son Cantique de l’Evangile de l’Enfance du Christ : Jésus est bien “l’astre levant” qui vient visiter Israêl (1, 78). Jésus donne l’ordre au mort de “se réveiller”, verbe qui veut dire à la fois “se lever” et “se réveiller”, et qui a été très souvent utilisé pour exprimer la résurrection. Voir TOB, Luc, 7, 14, note “v”.
4. Prolongement
La mission de Jésus est continuée par chaque chrétien croyant, qui, parce qu’il suit Jésus comme disciple, accepte d’être envoyé par lui. En ressuscitant 2 ou 3 morts, Jésus a signifié la libération totale qu’il apporte et qu’il réalisera dans son passage au Père en sa mort-résurrection.
Cela nous pose deux questions : - Nous considérons-nous vraiment, et totalement, libérés par Jésus (Galates. 5, 1. 5. 13 - 14. 22 - 25) ?
- Manifestons-nous les fruits de cette libération ?
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui, sans cesse, nous communiques ta présence libératrice dans l’Esprit Saint, ouvre nos yeux à cette transformation que tu opères en nous, et apprends - nous à témoigner activement de ton oeuvre de salut dans ce monde où nous vivons et vers lequel tu nous envoies. AMEN”.
16.09.2003.*