📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Timothée 3, 14-16
DE LA 1ère LETTRE DE PAUL A TIMOTHEE
Texte
14 En t’écrivant cela, j’espère te rejoindre bientôt.
15 Si toutefois je tardais, il faut que tu saches comment te comporter dans la maison de Dieu - je veux dire l’Église du Dieu vivant - : colonne et support de la vérité.
16 Oui, c’est incontestablement un grand mystère que celui de la piété : Il a été manifesté dans la chair, justifié dans l’Esprit, vu des anges, proclamé chez les païens, cru dans le monde, enlevé dans la gloire.
Commentaire
1. Situation
La Lettre à Tite, la 1ère Lettre à Timothée, et la 2ème Lettre à Timothée forment un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles ont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de la 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.
Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.
On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les développements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.
Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.
Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et nécessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.
En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le message, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.
A noter, toutefois, une tendance plus récente d’attribuer à Paul lui-même la 2nde Lettre à Timothée, différente des deux autres, et beaucoup plus proche des thèmes des Lettres que tous reconnaissent avoir été écrites par Paul.
Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent, sauf peut-être dans la 2nde Lettre à Timothée, avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.
Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.
L’auteur, qu’on croit unique, de ces 3 lettres, considère que la pensée de Paul, concernant la vie dans le Christ, est la seule voie à suivre, avec un engagement enthousiaste et renouvelé face aux circonstances, et dans le fonctionnement des communautés chrétiennes de son époque.
Après une introduction, dans laquelle Paul nous est présenté comme un Maître authentique (1, 3 - 20), cette lettre réfléchit sur la liturgie de l’Eglise et la responsabilité des chefs de communauté (2, 1 - 3, 13), et, ensuite, avec notre page, nous entrons dans un nouvel ensemble qui déclare spécifiquement le but et les perspectives théologiques de cette lettre (3, 14 - 4, 10). Suivent ensuite des enseignements adaptés aux différents groupes d’Eglise (4, 11 - 6, 2), avant les dernières affirmations de conclusion (6, 3 - 21).
2. Message
Deux développements sautent immédiatement aux yeux dans ces 3 versets : d’abord une allusion à un possible passage de Paul, et, ensuite, un fragment d’hymne chrétienne à la gloire du Christ.
En ce qui concerne l’annonce d’une éventuelle visite de Paul, qui, rapidement, envisage le retard ou le délai qui pourrait affecter une telle visite, il est clair que, si cette lettre a été écrite quelque 35 ans après la mort de l’apôtre, l’accent de ces versets 14 et 15 se concentre sur les instructions que Paul a laissées à Timothée, et que cette lettre reprend, sur la manière de vivre en Eglise.
L’Eglise est ici appelée “Maison de Dieu”, selon une formule biblique qui habituellement visait Israël, et encore plus souvent le Temple de Jérusalem, mais qui, ici, fait référence au caractère familial et domestique des premières communautés chrétiennes, qui se réunissaient dans des maisons particulières et non dans des lieux publics.
Il ressort donc de ces 2 versets que cette 1ère Lettre dite de Paul à Timothée a bien pour but d’instruire ce dernier sur la manière de vivre en Eglise, telle que Paul l’envisageait.
Le verset 16 nous présente une formulation poétique ancienne de la foi au Christ ressuscité. Les 3 phrases qui l’expriment ici sont arrangées de telle façon que les réalités “d’en haut” sont juxtaposées aux réalités “d’en bas” de notre monde. Notre existence chrétienne, comme la vie du Christ, a deux dimensions intégralement unifiées : le Ressuscité est toujours le Jésus de l’histoire, il est contemplé au ciel et annoncé dans la mission aux païens, il est proposé à notre foi et exalté auprès de Dieu.
Tel est bien le coeur du message chrétien : la réalité du Christ homme parmi nous, et dont l’humanité a rejoint maintenant le monde de Dieu, nous est proposée comme rencontre du Dieu vivant, qui se donne en partage en nous communiquant son salut.
3. Decouvertes
Au verset 15, est-ce l’Eglise du Dieu vivant ou Timothée, qui est décrit(e) comme “colonne et soutien” de la vérité ? Dans le 1er cas, la communauté des croyants est lieu de la vérité du Christ reçue et transmise, dans le 2nd, le chef de la communauté a une responsabilité particulière de gardien de la vérité.
Le “mystère de la piété”, c’est-à-dire de la révélation du salut de Dieu, est ici identifié au Christ lui-même dans les 3 strophes de cette hymne du verset 16. Il n’y a que Jésus Christ, en qui seulement Dieu se donne à rencontrer de façon définitive. Cette présentation du “Mystère” se trouve également déjà en Colossiens, 1, 26 - 27 et 2, 2. Elle est considérée par beaucoup comme une avancée théologique postérieure à Paul.
La précision que Jésus “est apparu” ou “a été manifesté” dans la “chair” semble bien impliquer une préexistence divine du Christ.
4. Prolongement
La communauté rassemblée dans l’unité est le lieu où l’Esprit Saint communique la vérité de Jésus mort et ressuscité comme vie nouvelle et source d’envoi en mission. Jésus avait dit que, là où 2 ou 3 sont réunis en son nom, il est lui-même présent (Matthieu, 18, 19 - 20).
L’unique message, que la communauté des croyants reçoit et transmet, est finalement très simple : Jésus est Seigneur, il a été, et demeure, présence de Dieu parmi nous. Il est le seul chemin du salut (Romains, 10; Jean, 14, 7; Actes, 4, 12).
La prière liturgique, et particulièrement la doxologie, sont la façon dont la communauté croyante s’ouvre au don de Dieu par Jésus, dans l’Esprit, et reçoit mission de témoigner. Il en va de même de notre prière personnelle en communion avec Dieu et toutes nos soeurs et tous nos frères.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es l’unique et indispensable accès au Père qui t’a envoyé partager notre existence humaine pour nous rendre capables de lui prononcer le “OUI” à sa volonté qu’il attend de nous, à la fois par la force de ton “OUI” vécu jusqu’à la mort de la croix et communique dans ton Esprit Saint, ainsi que par l’exemple de tes comportements au fil de ton parcours en notre humanité : aide-moi à me conformer au don que tu me fais de ta présence, de ta Parole et de ton Esprit, rends moi davantage disponible pour t’accueillir en ma vie et me laisser conduire par toi. AMEN.
17.09.2003.*
Évangile : Luc 7, 31-35
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
31 ” A qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération ? A qui ressemblent-ils ?
32 Ils ressemblent à ces gamins qui sont assis sur une place et s’interpellent les uns les autres, en disant : “Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! Nous avons entonné un chant funèbre, et vous n’avez pas pleuré ! “
33 ” Jean le Baptiste est venu en effet, ne mangeant pas de pain ni ne buvant de vin, et vous dites : “Il est possédé ! “
34 Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs !“
35 Et la Sagesse a été justifiée par tous ses enfants. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
2. Message
Jésus vient de répondre aux envoyés de Jean Baptiste qui l’interrogeaient sur sa mission, puis de faire l’éloge de Jean, en constatant que les Pharisiens et les Légistes, en refusant le baptême de Jean, avaient rejeté le dessein de dieu.
En les comparant à des gamins qui ne parviennent pas à s’entendre pour pratiquer ensemble le même jeu au même moment, Jésus condamne l’attitude de ces Pharisiens et Légistes.
En effet, ces gens critiquent à la fois l’ascétisme de Jean Baptiste et le manque d’ascèse de Jésus, en reprochant à l’un de ne pas faire ce qu’ils reprochent à l’autre.
Heureusement, face à cet enfantillage négatif, comprennent ceux qui restent ouverts à la sagesse de Dieu.
3. Decouvertes
En refusant de jouer le jeu que Dieu leur propose par les ministères successifs de Jean et de Jésus, les responsables du peuple rejettent le Royaume de Dieu qui leur est proposé.
Cela n’empêchera pas pourtant l’action de salut de Dieu (personnifiée ici dans sa Sagesse, comme elle l’est ailleurs dans l’Esprit ou la Parole : voir Proverbes, 8 et Sagesse, 7) de parvenir à son terme pour ceux qui ont reconnu Dieu à l’oeuvre dans la mission de Jean, et, à plus forte raison, dans la mission de Jésus.
4. Prolongement
En mourant sur la croix, Jésus va conduire jusqu’à son ultime terme le paradoxe d’un Messie crucifié, révélant la puissance infinie de Dieu à l’oeuvre dans la faillite apparemment absolue de celui qui meurt en étant compté au rang des pécheurs :
7 à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir -;
8 mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
4 Certes, il a été crucifié en raison de sa faiblesse, mais il est vivant par la puissance de Dieu. Et nous aussi, nous sommes faibles en lui, bien sûr, mais nous vivrons avec lui, par la puissance de Dieu, à votre égard.
Prière
*Seigneur Jésus, nous sommes de mauvais joueurs chaque fois que nous nous fermons à l’invitation que tu nous adresses, par nos frères et soeurs dans ton Eglise, de participer à la fête de ton salut et de la miséricorde de Dieu, que tu es venu célébrer une fois pour toutes, parmi nous, en ta mission, ta mort, ta résurrection et le don de ton Esprit : ouvre-moi à tes appels les plus discrets à vivre selon ta vérité, et à réexprimer ton attitude d’amour et de service gratuit, aide-moi, en outre, à comprendre que vivre à partir de toi, et pour toi, représente le sommet de la qualité d’existence que tu me proposes de vivre à ta suite. AMEN.
18.09.2002.*