📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Corinthiens 12, 1-31

DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

31 Aspirez aux dons les meilleurs. Et je vais encore vous montrer une voie par excellence.
1 Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.
2 Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.
3 Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien.
4 La charité est patiente, elle est pleine de bonté; la charité n’est point envieuse; la charité ne se vante point, elle ne s’enfle point d’orgueil,
5 elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s’irrite point, elle ne soupçonne point le mal,
6 elle ne se réjouit point de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité;
7 elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.
8 La charité ne périt jamais. Les prophéties prendront fin, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra.
9 Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie,
10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra.
11 Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant.
12 Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu.
13 Maintenant donc ces trois choses demeurent: la foi, l’espérance, la charité; mais la plus grande de ces choses, c’est la charité.

Commentaire

1. Situation

La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.

D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :

  • de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
  • de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
  • de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
  • de la résurrection (15, 1 - 58),

sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).

2. Message

Après avoir montré que tous les membres de la communauté chrétienne sont membres les uns des autres , ne formant ainsi qu’un seul “Corps”, et que Dieu dispensait ses dons variés, de façon diverse, aux uns et aux autres, pour le seul service de tous, Paul nous présente maintenant le don suprême que Dieu nous fait et que tous reçoivent du Seigneur dans l’Esprit Saint, pour le faire fructifier, à savoir la charité, c’est-à-dire la capacité d’aimer gratuitement, à la façon de Dieu.

Paul commence par nous affirmer ici la nécessité absolue de cette charité, sans laquelle les autres dons perdent absolument toute efficacité, car il s’agit de l’attitude fondamentale de Dieu lui-même, qui nous est transmise à travers l’événement unique de le mission-mort-résurrection de Jésus Christ.

Paul nous décrit ensuite toutes les coordonnées de la charité, tous ses aspects de gratuité infinie, avant d’en souligner les enjeux, vus dans la perspective de l’achèvement définitif du Royaume de Dieu : si tout passe et disparaît, la charité, elle, demeurera, et permettra notre rencontre définitive avec Dieu, dans le face à face d’une transparence totale.

3. Decouvertes

On a parfois considéré cette page comme une hymne à l’amour que Paul aurait reprise ici et qui donc ne serait pas de lui.

Il n’en reste pas moins que, de fait, ce passage est remarquablement situé dans l’argumentation de Paul et qu’il vient tout-à-fait à point comme une forte critique des comportements de trop grande sûreté et de valorisation d’eux-mêmes des Corinthiens, dont Paul prétend qu’ils doivent être totalement inversés et retournés.

Cette page se divise facilement en trois parties : versets 1 - 3; versets 4 - 7; versets 8 - 13.

La 1ère section envisage trois possibilités considérées comme sans valeur aucune s’il manque l’amour, qu’il s’agisse du don de la parole si cher aux Corinthiens, du don de prophétie, ou même des actes apparents de charité, de don de soi et de renoncement à ses biens pour les distribuer aux pauvres.

La 2ème section nous énumère treize verbes présentant l’amour (charité/“agapé”), successivement sous une forme positive, puis négative et finalement de nouveau postive.

La dernière partie nous caractérise la suprême valeur de l’amour, vu dans sa dimension d’éternité. La charité comme attitude manifestée dans notre vie terrestre continuera comme telle au-delà de cette existence historique que nous menons, et dans laquelle elle est associée inséparablement à la foi et à l’espérance, mais en étant la plus grande des trois.

4. Prolongement

Cette page magnifique et si souvent reprise par les chrétiens en diverses occasions, se trouve en parfaite connivence avec d’autres passages de Paul comme de Jean : Romains

5.1 Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ,

5.2 à qui nous devons d’avoir eu par la foi accès à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu.

5.3 Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l’affliction produit la persévérance,

5.4 la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance.

5.5 Or, l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné.

5.6 Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies.

5.7 A peine mourrait-on pour un juste; quelqu’un peut-être mourrait-il pour un homme de bien.

5.8 Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous.

5.9 A plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère.

5.10 Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie.

5.11 Et non seulement cela, mais encore nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, par qui maintenant nous avons obtenu la réconciliation.

Jean

15.7 Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.

15.8 Si vous portez beaucoup de fruit, c’est ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes disciples.

15.9 Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour.

15.10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j’ai gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour.

1 Jean

4.7 Bien-aimés, aimons nous les uns les autres; car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu.

4.8 Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.

4.9 L’amour de Dieu a été manifesté envers nous en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui.

4.10 Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés.

4.11 Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres.

4.12 Personne n’a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous.

4.13 Nous connaissons que nous demeurons en lui, et qu’il demeure en nous, en ce qu’il nous a donné de son Esprit.

4.14 Et nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé le Fils comme Sauveur du monde.

4.15 Celui qui confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu.

4.16 Et nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.

4.17 Tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde: c’est en cela que l’amour est parfait en nous, afin que nous ayons de l’assurance au jour du jugement.

4.18 La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour.

4.19 Pour nous, nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier.

4.20 Si quelqu’un dit: J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas?

4.21 Et nous avons de lui ce commandement: que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.

Prière

*Seigneur Jésus, ouvre davantage nos coeurs à ta présence qui demeure en nous par ton Esprit Saint, et apprends-nous ainsi à nous laisser modeler par ta façon d’aimer jusqu’à tout donner de ce que nous sommes et avons reçu de toi. AMEN.

15.09.2004.*

Évangile : Luc 7, 31-35

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

31 ” A qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération ? A qui ressemblent-ils ?
32 Ils ressemblent à ces gamins qui sont assis sur une place et s’interpellent les uns les autres, en disant : “Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! Nous avons entonné un chant funèbre, et vous n’avez pas pleuré ! “
33 ” Jean le Baptiste est venu en effet, ne mangeant pas de pain ni ne buvant de vin, et vous dites : “Il est possédé ! “
34 Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs !“
35 Et la Sagesse a été justifiée par tous ses enfants. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.

2. Message

Jésus vient de répondre aux envoyés de Jean Baptiste qui l’interrogeaient sur sa mission, puis de faire l’éloge de Jean, en constatant que les Pharisiens et les Légistes, en refusant le baptême de Jean, avaient rejeté le dessein de dieu.

En les comparant à des gamins qui ne parviennent pas à s’entendre pour pratiquer ensemble le même jeu au même moment, Jésus condamne l’attitude de ces Pharisiens et Légistes.

En effet, ces gens critiquent à la fois l’ascétisme de Jean Baptiste et le manque d’ascèse de Jésus, en reprochant à l’un de ne pas faire ce qu’ils reprochent à l’autre.

Heureusement, face à cet enfantillage négatif, comprennent ceux qui restent ouverts à la sagesse de Dieu.

3. Decouvertes

En refusant de jouer le jeu que Dieu leur propose par les ministères successifs de Jean et de Jésus, les responsables du peuple rejettent le Royaume de Dieu qui leur est proposé.

Cela n’empêchera pas pourtant l’action de salut de Dieu (personnifiée ici dans sa Sagesse, comme elle l’est ailleurs dans l’Esprit ou la Parole : voir Proverbes, 8 et Sagesse, 7) de parvenir à son terme pour ceux qui ont reconnu Dieu à l’oeuvre dans la mission de Jean, et, à plus forte raison, dans la mission de Jésus.

4. Prolongement

En mourant sur la croix, Jésus va conduire jusqu’à son ultime terme le paradoxe d’un Messie crucifié, révélant la puissance infinie de Dieu à l’oeuvre dans la faillite apparemment absolue de celui qui meurt en étant compté au rang des pécheurs :

7 à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir -;

8 mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.

22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,

23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,

24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.

4 Certes, il a été crucifié en raison de sa faiblesse, mais il est vivant par la puissance de Dieu. Et nous aussi, nous sommes faibles en lui, bien sûr, mais nous vivrons avec lui, par la puissance de Dieu, à votre égard.

Prière

*Seigneur Jésus, nous sommes de mauvais joueurs chaque fois que nous nous fermons à l’invitation que tu nous adresses, par nos frères et soeurs dans ton Eglise, de participer à la fête de ton salut et de la miséricorde de Dieu, que tu es venu célébrer une fois pour toutes, parmi nous, en ta mission, ta mort, ta résurrection et le don de ton Esprit : ouvre-moi à tes appels les plus discrets à vivre selon ta vérité, et à réexprimer ton attitude d’amour et de service gratuit, aide-moi, en outre, à comprendre que vivre à partir de toi, et pour toi, représente le sommet de la qualité d’existence que tu me proposes de vivre à ta suite. AMEN.

18.09.2002.*


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