📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Timothée 6, 13-16
DE LA 1ère LETTRE DE PAUL A TIMOTHEE
Texte
13 Je t’en prie devant Dieu qui donne la vie à toutes choses et devant le Christ Jésus qui, sous Ponce Pilate, a rendu son beau témoignage,
14 garde le commandement sans tache et sans reproche, jusqu’à l’Apparition de notre Seigneur Jésus Christ,
15 que fera paraître aux temps marqués le Bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs,
16 le seul qui possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul d’entre les hommes n’a vu ni ne peut voir. A lui appartiennent honneur et puissance à jamais ! Amen.
Commentaire
1. Situation
La Lettre à Tite, la 1ère Lettre à Timothée, et la 2ème Lettre à Timothée forment un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles ont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de la 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.
Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.
On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les développements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.
Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.
Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et nécessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.
En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le message, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.
A noter, toutefois, une tendance plus récente d’attribuer à Paul lui-même la 2nde Lettre à Timothée, différente des deux autres, et beaucoup plus proche des thèmes des Lettres que tous reconnaissent avoir été écrites par Paul.
Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent, sauf peut-être dans la 2nde Lettre à Timothée, avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.
Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.
Après une introduction, dans laquelle Paul, selon l’auteur qui parle en son nom, nous est présenté comme un Maître authentique (1, 3 - 20), cette lettre réfléchit sur la liturgie de l’Eglise et la responsabilité des chefs de communauté (2, 1 - 3, 13), et, ensuite, nous entrons dans un nouvel ensemble qui déclare spécifiquement le but et les perspectives théologiques de cette lettre (3, 14 - 4, 10). Suivent ensuite des enseignements adaptés aux différents groupes d’Eglise (4, 11 - 6, 2), avant les dernières affirmations de conclusion (6, 3 - 21).
2. Message
Notre page conclut quasiment cettte Lettre (à trois versets près) par une solennelle recommandation de “Paul” (de celui qui écrit sous son nom) à Timothée, suivie d’une doxologie.
C’est en faisant appel à la présence du Dieu Vivant et du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate, que “Paul” ordonne à Timothée de demeurer totalement fidèle au commandement du Seigneur jusqu’à sa manifestation finale.
Et ce, d’autant plus, ensuite, comme le présentent les derniers versets de cette page, écrits sous la forme d’une hymne, que cette manifestation défintive du Christ en gloire sera l’oeuvre de Dieu lui-même, dont la grandeur au-dessus de tout nous est rappelée sous les figures et images de “Bienheureux souverain”, de “Roi des rois”, de “Seul immortel”, et de “Lumière inaccessible”, que “personne n’a vu ni ne peut voir”.
3. Decouvertes
Cete page contient donc une doxologie ou formule liturgique semblable à d’autres du même genre que l’on trouve dans ces Lettres à Timothée et Tite (1 Timothée, 2, 5 - 6; 3, 16; 2 Timothée, 1, 9 - 10; 2, 11 - 13; Tite, 3, 4 - 7).
La présente doxologie illustre les idées de salut et d’espérance qui nous sont exprimées dès le début de cette Lettre.
Dieu, dont la transcendance est ici affirmée en de riches images, va faire se réaliser la seconde manifestation du Christ, au moment voulu. Ce qui veut dire que cette transcendance de Dieu, au delà de tout, est rendue présente, dans l’histoire de l’humanité, dans les deux apparitions du Christ, l’une passée, qui fut un modèle de fidélité et de témoignage, l’autre à venir.
En définitive, il n’y a qu’un seul Dieu qui désire le salut de tous, par la médiation de son Fils Jésus Christ.
4. Prolongement
Notons que cette doxologie finale est adressée au Père, source et terme du mystère du Dieu Vivant, mystère auquel nous avons accès, par le Christ, et dans l’Esprit Saint.
Cette pratique de la doxologie avait été appliquée également par Paul, mais plus rarement, dans ses lettres authentiques :
33 O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles !
34 Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur ? Qui en fut jamais le conseiller ?
35 Ou bien qui l’a prévenu de ses dons pour devoir être payé de retour ?
36 Car tout est de lui et par lui et pour lui. A lui soit la gloire éternellement ! Amen.
25 A Celui qui a le pouvoir de vous affermir conformément à l’Évangile que j’annonce en prêchant Jésus Christ, révélation d’un mystère enveloppé de silence aux siècles éternels,
26 mais aujourd’hui manifesté, et, par des Écritures qui le prédisent selon l’ordre du Dieu éternel, porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi ;
27 à Dieu qui seul est sage, par Jésus Christ, à lui soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen.
Prière
*Seigneur Jésus, tu attends de nous, d’une part, que nous soyons tes témoins, porteurs d’une foi en toi qui se manifeste pleine de fermeté et de résolution, et, d’autre part, que nous proclamions ta gloire de Ressuscité dans la puissance de ton Esprit, aussi bien dans nos liturgies d’Eglise que dans notre prière personnelle : renforce en moi cette ouverture totale que doit montrer mon attachement à Dieu, ton Père et notre Père, par toi, dans la foi confiante, et fais de toute mon existence, sous tous ses aspects d’engagement et de paroles, une louange inceessante à ta gloire. AMEN.
20.09.2003.*
Évangile : Luc 8, 4-15
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
4 Comme une foule nombreuse se rassemblait et que de toutes les villes on s’acheminait vers lui, il dit par parabole :
5 ” Le semeur est sorti pour semer sa semence. Et comme il semait, une partie du grain est tombée au bord du chemin ; elle a été foulée aux pieds et les oiseaux du ciel ont tout mangé.
6 Une autre est tombée sur le roc et, après avoir poussé, elle s’est desséchée faute d’humidité.
7 Une autre est tombée au milieu des épines et, poussant avec elle, les épines l’ont étouffée.
8 Une autre est tombée dans la bonne terre, a poussé et produit du fruit au centuple. ” Et, ce disant, il s’écriait : ” Entende, qui a des oreilles pour entendre ! “
9 Ses disciples lui demandaient ce que pouvait bien signifier cette parabole.
10 Il dit : ” A vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu ; mais pour les autres, c’est en paraboles, afin qu’ils voient sans voir et entendent sans comprendre.
11 ” Voici donc ce que signifie la parabole : La semence, c’est la parole de Dieu.
12 Ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui ont entendu, puis vient le diable qui enlève la Parole de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et soient sauvés.
13 Ceux qui sont sur le roc sont ceux qui accueillent la Parole avec joie quand ils l’ont entendue, mais ceux-là n’ont pas de racine, ils ne croient que pour un moment, et au moment de l’épreuve ils font défection.
14 Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais en cours de route les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie les étouffent, et ils n’arrivent pas à maturité.
15 Et ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la Parole avec un cœur noble et généreux, la retiennent et portent du fruit par leur constance.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Toujours à la disposition des hommes et des femmes qu’il rencontre, pour leur répandre sa parole au cours de sa mission qui progresse en Galilée (4, 14 - 9, 50), Jésus agit et parle (7, 1 - 9, 6). Tout en étant attentif aux personnes avec grande écoute et compassion, se manifestant comme prophète qui reconstruit l’homme blessé, qui réconcilie avec Dieu, qui appelle hommes et femmes à devenir des disciples qui le suivent sur sa route (8, 1 - 3), il n’en affirme pas moins l’importance de la Parole de Dieu qu’il annonce et qu’il faut accueillir comme il convient.
Tel est bien le propos de la parabole du semeur qu’il propose maintenant, en la faisant suivre de maximes et remarques concernant l’écoute de la Parole, écoute qui unit ses disciples à sa mission (8, 4 - 21).
2. Message
Dans cet Evangile de Luc, la parabole du semeur, en ses deux parties, est présentée par Jésus indépendamment de toute autre parabole, à la différence des Evangiles de Marc et de Matthieu, qui la situent comme la première d’une série plus ou moins longue. Cela ne veut pas dire que Luc accorde moins d’importance à ce genre de discours de Jésus, car nous trouvons 50 paraboles dans l’Evangile de Luc.
Comme dans les autres Evangiles synoptiques, cette parabole de Jésus est présentée en 2 temps : une parabole initiale et sa reprise pour ses disciples sous la forme d’une explication de genre allégorique, l’accent étant mis sur la signification des divers éléments du récit
Tel n’est pas d’abord le cas de la parabole “inititale” qui nous décrit l’activité du semeur quj sème son grain et obtient finalement une récolte extraordinaire dans la mesure où la semence est tombée, comme cela est pratiquement toujours normalement le cas, sur une quantité suffisante de bonne terre. Il vaut donc la peine de semer, même si toutes les parties du terrain ne sont pas capables de permettre une fructification, et qu’il y a de la perte.
Cette parabole est considérée comme la plus typique des paraboles de Jésus. En effet, Jésus n’y fait aucune allusion au Royaume de Dieu et n’emploie aucune formule de comparaison. Il nous raconte cette belle histoire en concluant : essayez de comprendre en quoi cela vous concerne actuellement : la mission de Jésus sera un succès, ouvrons-nous donc à ce qu’il propose, pour l’accueillir.
Accueillir la parole est un thème majeur chez Luc : voir comment il interprète les maximes sur la lampe ou le secret en Luc, 8, 18. Et, dans la mesure où, ayant le coeur ouvert, on n’arrive pas à saisir son message, Jésus accepte de l’expliquer. C’est ce qu’il dit à ses disciples en 8, 9 -10, et accomplit en 8, 11 -15, dans la relecture qu’il présente de cette parabole “initiale” du semeur.
Cette relecture identifie la semence comme “Parole de Dieu”, ainsi que les différents genres de terrain sur lesquels elle porte plus ou moins de fruit, en indiquant, chaque fois, les raisons de l’échec. D’une façon générale, ce que Jésus vise à travers ces explications qu’il donne à ses disciples, ce n’est pas le premier temps de l’accueil de la Parole, mais la continuité, la persévérance dans cet accueil. Il ne suffit donc pas d’entendre simplement, mais il est nécessaire de “garder”, de “retenir” cette Parole, telle qu’elle est, avec constance et fidélité.
3. Decouvertes
On estime que la parabole “initiale” nous vient du Jésus historique, alors que la reprise qui en est faite, sous forme d’explication, témoigne de la façon dont les communautés primitives ont essayé de vivre de cette Parole et ont fait des efforts pour la présenter aux autres et la leur faire comprendre.
La parabole initiale nous met en scène, sous forme d’énigme, Dieu, à qui l’on peut faire totalement confiance pour la réussite de son plan, de son projet de salut, en dépit des échecs de notre accueil, dûs à l’exercice de notre liberté qui peut toujours refuser ce qu’il nous offre.
Dans la parabole initiale, Luc prend soin d’insister chaque fois sur la semence, la graine, à mesure qu’elle tombe sur une partie de terrain différente: versets 5, 6, 7, 8. De même, il insiste énormément sur l’acte d’écouter : versets 10, 12, 13, 14, 15, 18, 21.
Au verset 14, les “soucis”, les “richesses”, et les “plaisirs de la vie” sont trois obstacles formidables à la germination de la Parole. En Luc, 12, 19 et 16, 19, Luc reprend, dans un langage plus dramatique, les dangers de la richesse et des plaisirs de la vie. En Luc, 21, 34, il revient sur la question des soucis à propos des affaires du monde.
Au verset 13, Luc est le seul à nous dire que la Parole doit être accueillie dans la foi.
4. Prolongement
Jésus est, et demeure, pour nous, la Parole de Dieu envoyée en ce monde, et ceux qui la reçoivent deviennent enfants de Dieu, selon le processus d’une nouvelle naissance (Jean, 1, 1 - 18). Pour Paul, cette Parole est le témoignage que les apôtres rendent sur Jésus, “la parole de la foi que nous proclamons” (Romains, 10, 8 - 9).
Pour nous, cette Parole est la tradition, reçue de l’Eglise et en Eglise, sur Jésus, et que nous avons à transmettre à notre tour, par une vie de témoignage, dont nous devons être capables de rendre compte à qui nous en demande raison (1 Pierre, 3, 15). Le coeur de cette Parole reçue, méditée en Eglise, et affirmée face au monde, est à jamais notre Bible (le Nouveau Testament en lui- même, et comme achèvement de l’Ancien Testament, que nous lisons également pour lui- même).
Cette parabole du semeur nous paraît être la reprise et l’application directe par Jésus, de ce texte du chapitre 55 du 2ème Prophète Isaïe :
10 De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger,
11 ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es toi-même la Parole de Dieu faite chair, par qui tout ce qui existe a été créé, et tu es venu partager notre existence humaine dans l’histoire, pour nous traduire, en notre langue et en tes comportements d’homme, ce message et cette communication que Dieu nous fait ainsi de lui-même : donne-moi de ne jamais douter de l’efficacité de cette Parole que tu as prononcée et vécue parmi nous, et de ne jamais y faire obstacle dans ma vie ou la vie de tous mes frères et soeurs. AMEN.
20.09.2003.*