📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 15, 35-49
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
35 Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ?
36 Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt.
37 Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre plante
…
42 Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité ;
43 on est semé dans l’ignominie, on ressuscite dans la gloire ; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force ;
44 on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel.
45 C’est ainsi qu’il est écrit : le premier homme, Adam, a été fait âme vivante ; le dernier Adam, esprit vivifiant.
46 Mais ce n’est pas le spirituel qui paraît d’abord ; c’est le psychique, puis le spirituel.
47 Le premier homme, issu du sol, est terrestre, le second, lui, vient du ciel.
48 Tel a été le terrestre, tels seront aussi les terrestres ; tel le céleste, tels seront aussi les célestes.
49 Et de même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
Notre page se situe vers la fin de cette lettre, Paul y traite de questions concernant la vie de la communauté chrétienne : après l’Eucharistie, et la question des charismes de l’Esprit Saint dans l’Eglise, il consacre un très long chapitre à la résurrrection des morts.
2. Message
Ce passage est le seul du Nouveau Testament qui essaye de nous expliquer le “comment” de la résurrection des morts.
Paul s’inspire de ce qu’il constate de façon empirique dans la reproduction des plantes : jetée en terre, porteuse d’une semence de vie, la graine disparaît pour être remplacée par une plante nouvelle, à l’évidence bien différente de la petite semence initiale.
Le corps humain mort mis en terre va se lever en corps spirituel, dont la source de vie “autre” est céleste.
Paul développe le contraste entre “l’homme terrestre”, créé à l’image de Dieu, et qui a reçu la vie, et “l’homme céleste” (le Christ ressuscité), qui, lui, donne la vie, toute autre, de ressuscité.
Par le partage qui nous est fait de la résurrection de Jésus Chriist, en plus de l’appartenance à la descendance du “premier Adam”, nous appartenons désormais à la descendance du “second Adam”, spirituel, venu du ciel.
3. Decouvertes
Paul tente ici de respecter un équilibre délicat entre la réalité du corps, qui est maintenue comme “corporelle” dans la résurrection, et une discontinuité d’avec notre statut actuel de “corps” dans l’histoire.
Le corps spirituel des ressuscités est habité par l’esprit, probablement l’Esprit de Dieu, mais il est dépourvu de sa dimension “biologique” mortelle.
Paul ne précise pas ici si, dans la résurrection des corps, il s’agit d’une transformation de notre corps actuel, ou du don d’un corps essentiellement nouveau.
4. Prolongement
La résurrection, dans le cas de Jésus (voir les récits des apparitions du Ressuscité dans les Evangiles), comme dans le nôtre, est à la fois “continuité” et “rupture”. Le Christ ressuscité s’est manifesté à la fois comme étant “le même”, et comme “n’étant plus le même”, et ayant besoin de se faire reconnaître par des signes bien spécifiques des relations qu’il avait eues avec les siens, ou de situations qu’il avait connues, avant sa mort, comme les traces de sa crucifixion.
Plus loin et dans d’autres textes, Paul a parlé de la résurrection en utilisant les images de “transformation” et de “nouvelle vêture” :
51 Oui, je vais vous dire un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés.
52 En un instant, en un clin d’œil, au son de la trompette finale, car elle sonnera, la trompette, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés.
53 Il faut, en effet, que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité.
1 Nous savons en effet que si cette tente - notre maison terrestre - vient à être détruite, nous avons un édifice qui est l’œuvre de Dieu, une maison éternelle qui n’est pas faite de main d’homme, dans les cieux.
2 Aussi gémissons-nous dans cet état, ardemment désireux de revêtir par-dessus l’autre notre habitation céleste,
3 si toutefois nous devons être trouvés vêtus, et non pas nus.
4 Oui, nous qui sommes dans cette tente, nous gémissons, accablés ; nous ne voudrions pas en effet nous dévêtir, mais nous revêtir par-dessus, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous appelles à partager ta gloire et ta vie nouvelle de ressuscité, et déjà, par le don de ton Esprit, tu marques notre existence historique d’une dimension radicalement nouvelle, qui reproduit en nous ton image de fils : apprends-moi à toujours me situer dans cette perspective de ta résurrection à recevoir, et à me laisser sans cesse conduire, en tous domaines, par le souffle de ton Esprit, qui vient animer ma vie de ta présence et de ta parole, accueillies dans la foi et agissant dans la charité. AMEN.
21.09.2002.*
Évangile : Luc 8, 4-15
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
4 Comme une foule nombreuse se rassemblait et que de toutes les villes on s’acheminait vers lui, il dit par parabole :
5 ” Le semeur est sorti pour semer sa semence. Et comme il semait, une partie du grain est tombée au bord du chemin ; elle a été foulée aux pieds et les oiseaux du ciel ont tout mangé.
6 Une autre est tombée sur le roc et, après avoir poussé, elle s’est desséchée faute d’humidité.
7 Une autre est tombée au milieu des épines et, poussant avec elle, les épines l’ont étouffée.
8 Une autre est tombée dans la bonne terre, a poussé et produit du fruit au centuple. ” Et, ce disant, il s’écriait : ” Entende, qui a des oreilles pour entendre ! “
9 Ses disciples lui demandaient ce que pouvait bien signifier cette parabole.
10 Il dit : ” A vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu ; mais pour les autres, c’est en paraboles, afin qu’ils voient sans voir et entendent sans comprendre.
11 ” Voici donc ce que signifie la parabole : La semence, c’est la parole de Dieu.
12 Ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui ont entendu, puis vient le diable qui enlève la Parole de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et soient sauvés.
13 Ceux qui sont sur le roc sont ceux qui accueillent la Parole avec joie quand ils l’ont entendue, mais ceux-là n’ont pas de racine, ils ne croient que pour un moment, et au moment de l’épreuve ils font défection.
14 Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais en cours de route les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie les étouffent, et ils n’arrivent pas à maturité.
15 Et ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la Parole avec un cœur noble et généreux, la retiennent et portent du fruit par leur constance.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Toujours à la disposition des hommes et des femmes qu’il rencontre, pour leur répandre sa parole au cours de sa mission qui progresse en Galilée (4, 14 - 9, 50), Jésus agit et parle (7, 1 - 9, 6). Tout en étant attentif aux personnes avec grande écoute et compassion, se manifestant comme prophète qui reconstruit l’homme blessé, qui réconcilie avec Dieu, qui appelle hommes et femmes à devenir des disciples qui le suivent sur sa route (8, 1 - 3), il n’en affirme pas moins l’importance de la Parole de Dieu qu’il annonce et qu’il faut accueillir comme il convient.
Tel est bien le propos de la parabole du semeur qu’il propose maintenant, en la faisant suivre de maximes et remarques concernant l’écoute de la Parole, écoute qui unit ses disciples à sa mission (8, 4 - 21).
2. Message
Dans cet Evangile de Luc, la parabole du semeur, en ses deux parties, est présentée par Jésus indépendamment de toute autre parabole, à la différence des Evangiles de Marc et de Matthieu, qui la situent comme la première d’une série plus ou moins longue. Cela ne veut pas dire que Luc accorde moins d’importance à ce genre de discours de Jésus, car nous trouvons 50 paraboles dans l’Evangile de Luc.
Comme dans les autres Evangiles synoptiques, cette parabole de Jésus est présentée en 2 temps : une parabole initiale et sa reprise pour ses disciples sous la forme d’une explication de genre allégorique, l’accent étant mis sur la signification des divers éléments du récit
Tel n’est pas d’abord le cas de la parabole “inititale” qui nous décrit l’activité du semeur quj sème son grain et obtient finalement une récolte extraordinaire dans la mesure où la semence est tombée, comme cela est pratiquement toujours normalement le cas, sur une quantité suffisante de bonne terre. Il vaut donc la peine de semer, même si toutes les parties du terrain ne sont pas capables de permettre une fructification, et qu’il y a de la perte.
Cette parabole est considérée comme la plus typique des paraboles de Jésus. En effet, Jésus n’y fait aucune allusion au Royaume de Dieu et n’emploie aucune formule de comparaison. Il nous raconte cette belle histoire en concluant : essayez de comprendre en quoi cela vous concerne actuellement : la mission de Jésus sera un succès, ouvrons-nous donc à ce qu’il propose, pour l’accueillir.
Accueillir la parole est un thème majeur chez Luc : voir comment il interprète les maximes sur la lampe ou le secret en Luc, 8, 18. Et, dans la mesure où, ayant le coeur ouvert, on n’arrive pas à saisir son message, Jésus accepte de l’expliquer. C’est ce qu’il dit à ses disciples en 8, 9 -10, et accomplit en 8, 11 -15, dans la relecture qu’il présente de cette parabole “initiale” du semeur.
Cette relecture identifie la semence comme “Parole de Dieu”, ainsi que les différents genres de terrain sur lesquels elle porte plus ou moins de fruit, en indiquant, chaque fois, les raisons de l’échec. D’une façon générale, ce que Jésus vise à travers ces explications qu’il donne à ses disciples, ce n’est pas le premier temps de l’accueil de la Parole, mais la continuité, la persévérance dans cet accueil. Il ne suffit donc pas d’entendre simplement, mais il est nécessaire de “garder”, de “retenir” cette Parole, telle qu’elle est, avec constance et fidélité.
3. Decouvertes
On estime que la parabole “initiale” nous vient du Jésus historique, alors que la reprise qui en est faite, sous forme d’explication, témoigne de la façon dont les communautés primitives ont essayé de vivre de cette Parole et ont fait des efforts pour la présenter aux autres et la leur faire comprendre.
La parabole initiale nous met en scène, sous forme d’énigme, Dieu, à qui l’on peut faire totalement confiance pour la réussite de son plan, de son projet de salut, en dépit des échecs de notre accueil, dûs à l’exercice de notre liberté qui peut toujours refuser ce qu’il nous offre.
Dans la parabole initiale, Luc prend soin d’insister chaque fois sur la semence, la graine, à mesure qu’elle tombe sur une partie de terrain différente: versets 5, 6, 7, 8. De même, il insiste énormément sur l’acte d’écouter : versets 10, 12, 13, 14, 15, 18, 21.
Au verset 14, les “soucis”, les “richesses”, et les “plaisirs de la vie” sont trois obstacles formidables à la germination de la Parole. En Luc, 12, 19 et 16, 19, Luc reprend, dans un langage plus dramatique, les dangers de la richesse et des plaisirs de la vie. En Luc, 21, 34, il revient sur la question des soucis à propos des affaires du monde.
Au verset 13, Luc est le seul à nous dire que la Parole doit être accueillie dans la foi.
4. Prolongement
Jésus est, et demeure, pour nous, la Parole de Dieu envoyée en ce monde, et ceux qui la reçoivent deviennent enfants de Dieu, selon le processus d’une nouvelle naissance (Jean, 1, 1 - 18). Pour Paul, cette Parole est le témoignage que les apôtres rendent sur Jésus, “la parole de la foi que nous proclamons” (Romains, 10, 8 - 9).
Pour nous, cette Parole est la tradition, reçue de l’Eglise et en Eglise, sur Jésus, et que nous avons à transmettre à notre tour, par une vie de témoignage, dont nous devons être capables de rendre compte à qui nous en demande raison (1 Pierre, 3, 15). Le coeur de cette Parole reçue, méditée en Eglise, et affirmée face au monde, est à jamais notre Bible (le Nouveau Testament en lui- même, et comme achèvement de l’Ancien Testament, que nous lisons également pour lui- même).
Cette parabole du semeur nous paraît être la reprise et l’application directe par Jésus, de ce texte du chapitre 55 du 2ème Prophète Isaïe :
10 De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger,
11 ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es toi-même la Parole de Dieu faite chair, par qui tout ce qui existe a été créé, et tu es venu partager notre existence humaine dans l’histoire, pour nous traduire, en notre langue et en tes comportements d’homme, ce message et cette communication que Dieu nous fait ainsi de lui-même : donne-moi de ne jamais douter de l’efficacité de cette Parole que tu as prononcée et vécue parmi nous, et de ne jamais y faire obstacle dans ma vie ou la vie de tous mes frères et soeurs. AMEN.
20.09.2003.*