📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Timothée 6, 2-12
DE LA 1ère LETTRE DE PAUL A TIMOTHEE
Texte
2 Quant à ceux qui ont pour maîtres des croyants, qu’ils n’aillent pas les mépriser sous prétexte que ce sont des frères ; qu’au contraire ils les servent d’autant mieux que ce sont des croyants et des amis de Dieu qui bénéficient de leurs services. Voilà ce que tu dois enseigner et recommander.
3 Si quelqu’un enseigne autre chose et ne reste pas attaché à de saines paroles, celles de notre Seigneur Jésus Christ, et à la doctrine conforme à la piété,
4 c’est un être aveuglé par l’orgueil, un ignorant en mal de questions oiseuses et de querelles de mots ; de là viennent l’envie, la discorde, les outrages, les soupçons malveillants,
5 les disputes interminables de gens à l’esprit corrompu, privés de la vérité, aux yeux de qui la piété est une source de profits.
6 Profitable, oui, la piété l’est grandement pour qui se contente de ce qu’il a.
7 Car nous n’avons rien apporté dans le monde et de même nous n’en pouvons rien emporter.
8 Lors donc que nous avons nourriture et vêtement, sachons être satisfaits.
9 Quant à ceux qui veulent amasser des richesses, ils tombent dans la tentation, dans le piège, dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition.
10 Car la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l’âme de tourments sans nombre.
11 Pour toi, homme de Dieu, fuis tout cela. Poursuis la justice, la piété, la foi, la charité, la constance, la douceur.
12 Combats le bon combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé et en vue de laquelle tu as fait ta belle profession de foi en présence de nombreux témoins.
Commentaire
1. Situation
La Lettre à Tite, la 1ère Lettre à Timothée, et la 2ème Lettre à Timothée forment un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles ont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de la 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.
Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.
On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les développements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.
Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.
Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et nécessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.
En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le message, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.
A noter, toutefois, une tendance plus récente d’attribuer à Paul lui-même la 2nde Lettre à Timothée, différente des deux autres, et beaucoup plus proche des thèmes des Lettres que tous reconnaissent avoir été écrites par Paul.
Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent, sauf peut-être dans la 2nde Lettre à Timothée, avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.
Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.
Après une introduction, dans laquelle Paul, selon l’auteur qui parle en son nom, nous est présenté comme un Maître authentique (1, 3 - 20), cette lettre réfléchit sur la liturgie de l’Eglise et la responsabilité des chefs de communauté (2, 1 - 3, 13), et, ensuite, nous entrons dans un nouvel ensemble qui déclare spécifiquement le but et les perspectives théologiques de cette lettre (3, 14 - 4, 10). Suivent ensuite des enseignements adaptés aux différents groupes d’Eglise (4, 11 - 6, 2), avant les dernières affirmations de conclusion (6, 3 - 21).
2. Message
L’enseignement donné en Eglise ne peut être que celui de la tradition qui remonte aux paroles de Jésus lui-même, et qui, pour nous, s’inscrit d’abord dans les textes du Nouveau Testament.
Tout enseignement qui viendrait simplement des hommes ne pourrait que conduire à des controverses, des disputes et même des affrontements très graves.
Si l’on recherche la vérité authentique du message chrétien, on doit se refuser à en tirer quelque profit financier que ce soit. C’est bien là un critère de base de discernement, dans la mesure où la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent.
Que tous les disciples de Jésus, comme “Paul” ici le recommande à Timothée, vivent donc au mieux dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur. Professer ainsi sa foi conduit en effet à la vie éternelle, à laquelle nous sommes tous appelés.
3. Decouvertes
A remarquer le lien dans cette page entre faux enseignement et mauvaise conduite, ainsi qu’entre la vitalité spirituelle (la piété) et la richesse véritable.
Le mot “piété”, dans ces lettres à Timothée et Tite, traduit la manière de vivre d’un véritable croyant qui honore Dieu comme Créateur et Sauveur et traite avec respect tous les humains. (voir : 2, 2; 4, 7 - 8; 5, 4). Elle sait aussi faire la distinction entre le vrai et le faux enseignements. Ceux qui professent des doctrines fausses font de ce qu’ils appellent, à tort, la “piété” une source de profits sordides et égoïstes.
Notons, dans les versets 3 - 10, l’opposition entre justement la piété et toute uns série de vices qui y sont énumérés.
Par contraste, les versets 11 - 12 nous décrivent celui qui vit selon la piété authentique comme fuyant les attraits des richesses de ce monde.
4. Prolongement
Jésus avait déclaré qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois (Dieu et l’argent), et l’auteur de cette Lettre reprend ici fidèlement cet enseignement du Seigneur :
13 ” Nul serviteur ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. ”
14 Les Pharisiens, qui sont amis de l’argent, entendaient tout cela et ils se moquaient de lui.
15 Il leur dit : ” Vous êtes, vous, ceux qui se donnent pour justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs ; car ce qui est élevé pour les hommes est objet de dégoût devant Dieu.
La Vérité qui concerne le Royaume de Dieu ne se recherche que pour elle-même et pour rien d’autre, et ce, d’autant plus que Jésus s’est identifié à la Vérité, dont il a déclaré à Pilate qu’il n’était venu que pour lui rendre témoignage :
37 Pilate lui dit : ” Donc tu es roi ? ” Jésus répondit : ” Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. ”
6 Jésus lui dit : ” Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi”.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as affirmé conjointement que celui qui fait la Vérité vient à la Lumière, et que celui qui aime son frère parvient également à cette Lumière de Dieu qui t’habitait spécifiquement, toi qui as pu proclamer : “Je suis la Lumière du monde, qui me suit, ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la Lumière de la vie” : apprends-moi de nouveau à ne jamais séparer ce que tu as si intimement uni dans ton témoignage terrestre, à savoir la vérité que nous professons de ton Evangile et la mise en pratique de toutes les directives que tu nous y donnes, et qui se résument dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain, comme tu nous as aimés en allant jusqu’à donner ta vie pour nous au nom de la vérité du salut de Dieu, jusqu’à cette extrémité de l’obéissance. AMEN.
19.09.2003.*
Évangile : Luc 8, 1-3
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
1 Et il advint ensuite qu’il cheminait à travers villes et villages, prêchant et annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Les Douze étaient avec lui,
2 ainsi que quelques femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, appelée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons,
3 Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
2. Message
Luc est le seul à nous montrer ainsi Jésus entouré simultanément de 2 communautés de disciples : d’une part, les Douze, d’autre part, un certain nombre de femmes, dont Marie Madeleine et deux autres également nommées.
Ces femmes nous sont présentées par Luc comme des personnes reconnaissantes envers Jésus, et comme des volontaires qui se chargent plus ou moins des questions “d’intendance” du groupe.
3. Decouvertes
Avec ce texte, Luc nous présente Jésus reprenant son itinérance en Galilée, toujours occupé à prêcher le même message sur l’arrivée avec lui du Règne de Dieu (voir 4, 43 et 9, 6).
Ces femmes qui accompagnent Jésus sont des personnes qu’il a guéries de désordres physiques et psychologiques.
Alors que Marc, dans son récit de la Passion en 15, 40 - 41, mentionne la présence d’un groupe de femmes qui avaient accompagné Jésus en Galilée, ou qui étaient montées avec lui à Jérusalem, Luc les associe pour ainsi dire “officiellement” aux Douze dans leur marche quotidienne avec Jésus.
Marie Madeleine est sans doute nommée la première à cause de sa présence la première au tombeau de Jésus le matin de Pâques, comme cela est rapporté par les 4 Evangiles.
La mention du fait que Jésus l’avait délivrée de 7 démons souligne la gravité de son état maladif antérieur, mais n’implique aucunement une attitude immorale de sa part. Elle n’est pas la femme pécheresse dont il a été question dans l’épisode précédent de l’Evangile (7, 36 - 50).
Luc est très sensible à la présence de femmes dans l’entourage de Jésus : à la croix (23, 49), à la mise au tombeau (23, 55), au tombeau vide (24, 10), dans la communauté qui attend l’Esprit Saint après l’Ascension du Seigneur (actes, 1, 14), sans compter toutes les femmes présentes aux différentes étapes de l’expansion de l’Eglise racontée dans les Actes des Apôtres.
4. Prolongement
Paul, le plus ancien écrivain du Nouveau Testament, insiste fortement sur l’égalité en tous points de tous en Christ, donc des hommes et des femmes dans l’Eglise de Jésus Christ :
26 Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus.
27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :
28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as gratifiés d’une humanité nouvelle, en nous donnant d’avoir part, dans l’Esprit Saint, à ta vie de Ressuscité d’entre les morts, et pour cette raison, tu as supprimé toute différence de dignité entre ceux que tu as appelés à te suivre en qualité de disciples : fais-moi toujours mieux découvrir que ce qui constitue ma plus grande valeur, c’est d’être vraiment, avec toi, “Fils” de ton Père et héritier de ton Royaume, et que cette valeur, tu la donnes tout autant en partage à tous ceux et toutes celles que tu as sauvés, en les configurant à toi dans ton passage au Père. AMEN.
20.09.2002.*