📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Corinthiens 15, 12-20
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
1Corinthiens
12 Or, si l’on prêche que Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu’il n’y a point de résurrection des morts?
13 S’il n’y a point de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité.
14 Et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine.
15 Il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l’égard de Dieu, puisque nous avons témoigné contre Dieu qu’il a ressuscité Christ, tandis qu’il ne l’aurait pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent point.
16 Car si les morts ne ressuscitent point, Christ non plus n’est pas ressuscité.
17 Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés,
18 et par conséquent aussi ceux qui sont morts en Christ sont perdus.
19 Si c’est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes.
20 Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
2. Message
Dans son grand développement sur la résurrection du Christ et notre propre résurrection, Paul affirme clairement maintenant le pourquoi de son intervention sur ce sujet dans cette lettre aux Corinthiens : il s’en trouve parmi eux qui prétendent qu’il n’y a pas de résurrection des morts.
Aussi Paul, tout en maintenant que la résurrection du Christ est la source de la nôtre, n’en déclare pas moins que si la résurrection des morts n’était pas inscrite dans notre humanité telle que Dieu l ‘a créée, c’est-à-dire si les morts ne sont pas appelés à ressusciter, alors, la résurrection du Christ serait impossible, et en conséquence n’aurait donc pas eu lieu. Et, en ce cas, tout ce que nous proclamons dans la Bonne Nouvelle de Jésus Chrsit nous apportant le salut de Dieu serait nul et sans aucune valeur, notre foi serait vaine, aucune libération du péché ne nous aurait été ainsi accordée, et notre prédication ne plus serait qu’une immense tromperie.
Mais non, rétorque Paul, le Christ est vraiment ressuscité ! Ce qui affirme dans les faits qu’il y a bien une résurrection des morts.
3. Decouvertes
Les Corinthiens, marqués par la culture grecque, étaient portés à nier la résurrection corporelle qui ne cadrait pas avec leur définition de ce qu’est l’homme (selon une anthropologie de l’âme immortelle sinon éternelle qui pouvait sans cesse se réincarner humainement).
Paul n’envisage cependant pas du tout une résurrection des morts comme une reconstitution physique à l’identique de notre existence historique, comme un “relèvement” de cadavres.
Cependant, la première réaction de Paul est de déclarer que nier la résurrection des morts revient à nier celle du Christ et tout ce qu’elle représente comme événement majeur de notre salut et comme appel pour nous à partager la plénitude de sa vie. Si la résurrection du Christ n’a pas eu lieu, tout l’édifice de notre relation à Dieu par le Christ dans l’Esprit s’écroule.
Les Corinthiens qui nient la résurrection se laissent glisser sur une pente qui mène au néant absolu et qui entraîne toutes les valeurs qu’ils prétendent chercher à vivre dans sa disparition.
4. Prolongement
Entre autres deux trextes, l’un de la Lettre de Paul aux Romains, et l’autre de la Lettre aux Colossiens qui a été probablement écrite par un de ses disciples après sa mort (encore que se manifeste depuis peu une tendance pour la considérer comme authentiquie) :
Romains
1.1 Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu, -
1.2 qui avait été promis auparavant de la part de Dieu par ses prophètes dans les saintes Écritures,
1.3 et qui concerne son Fils (né de la postérité de David, selon la chair,
1.4 et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts), Jésus Christ notre Seigneur,
1.5 par qui nous avons reçu la grâce et l’apostolat, pour amener en son nom à l’obéissance de la foi tous les païens,
1.6 parmi lesquels vous êtes aussi, vous qui avez été appelés par Jésus Christ-
1.7 à tous ceux qui, à Rome, sont bien-aimés de Dieu, appelés à être saints: que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ!
Colossiens
3.1 Si donc vous êtes ressuscités avec Christ, cherchez les choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu.
3.2 Affectionnez-vous aux choses d’en haut, et non à celles qui sont sur la terre.
3.3 Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu.
3.4 Quand Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui as dit : “Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, fût-il mort, il vivra” : donne-moi de croire pleinemnet en cette parole que tu nous as laissée, et de te suivre de mieux ne mieux dans une confiance sans faille. AMEN.
17.09.2004.*
Évangile : Luc 8, 1-3
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
1 Et il advint ensuite qu’il cheminait à travers villes et villages, prêchant et annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Les Douze étaient avec lui,
2 ainsi que quelques femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, appelée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons,
3 Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
2. Message
Luc est le seul à nous montrer ainsi Jésus entouré simultanément de 2 communautés de disciples : d’une part, les Douze, d’autre part, un certain nombre de femmes, dont Marie Madeleine et deux autres également nommées.
Ces femmes nous sont présentées par Luc comme des personnes reconnaissantes envers Jésus, et comme des volontaires qui se chargent plus ou moins des questions “d’intendance” du groupe.
3. Decouvertes
Avec ce texte, Luc nous présente Jésus reprenant son itinérance en Galilée, toujours occupé à prêcher le même message sur l’arrivée avec lui du Règne de Dieu (voir 4, 43 et 9, 6).
Ces femmes qui accompagnent Jésus sont des personnes qu’il a guéries de désordres physiques et psychologiques.
Alors que Marc, dans son récit de la Passion en 15, 40 - 41, mentionne la présence d’un groupe de femmes qui avaient accompagné Jésus en Galilée, ou qui étaient montées avec lui à Jérusalem, Luc les associe pour ainsi dire “officiellement” aux Douze dans leur marche quotidienne avec Jésus.
Marie Madeleine est sans doute nommée la première à cause de sa présence la première au tombeau de Jésus le matin de Pâques, comme cela est rapporté par les 4 Evangiles.
La mention du fait que Jésus l’avait délivrée de 7 démons souligne la gravité de son état maladif antérieur, mais n’implique aucunement une attitude immorale de sa part. Elle n’est pas la femme pécheresse dont il a été question dans l’épisode précédent de l’Evangile (7, 36 - 50).
Luc est très sensible à la présence de femmes dans l’entourage de Jésus : à la croix (23, 49), à la mise au tombeau (23, 55), au tombeau vide (24, 10), dans la communauté qui attend l’Esprit Saint après l’Ascension du Seigneur (actes, 1, 14), sans compter toutes les femmes présentes aux différentes étapes de l’expansion de l’Eglise racontée dans les Actes des Apôtres.
4. Prolongement
Paul, le plus ancien écrivain du Nouveau Testament, insiste fortement sur l’égalité en tous points de tous en Christ, donc des hommes et des femmes dans l’Eglise de Jésus Christ :
26 Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus.
27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :
28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as gratifiés d’une humanité nouvelle, en nous donnant d’avoir part, dans l’Esprit Saint, à ta vie de Ressuscité d’entre les morts, et pour cette raison, tu as supprimé toute différence de dignité entre ceux que tu as appelés à te suivre en qualité de disciples : fais-moi toujours mieux découvrir que ce qui constitue ma plus grande valeur, c’est d’être vraiment, avec toi, “Fils” de ton Père et héritier de ton Royaume, et que cette valeur, tu la donnes tout autant en partage à tous ceux et toutes celles que tu as sauvés, en les configurant à toi dans ton passage au Père. AMEN.
20.09.2002.*